Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Pèlerinage des martyrs d’Innal. : « C’est une victoire pour le rétablissement des droits humains »

altDeux orphelines qui pleurent sur les bras de leur maman, l’une n’a pas connu son père, elle est née en 1991 quelques mois après les massacres d’Innal, qui ont eu lieu entre octobre et novembre 1990. L’autre sœur aussi n’a aucuns souvenirs de son père. Ce dernier l’a quitté alors qu’elle n’avait que 16 mois. Ces orphelines, comme une douzaine d’autres qui ont fait le voyage, ont bravé la faim, le froid et les nombreuses tracasseries pour se recueillir pour la première fois sur le lieu ou leurs pères ont été tués. l’IRA, qui avait annoncé ce voyage de recueillement depuis environ une année, est allé au bout de son initiative.

Innal, n’a pas encore fini de faire pleurer de pauvres innocents, 21 ans après les événements tragiques de 1990. Lundi, 28novembre 2011, plus de 250 personnes se sont recueillis sur les lieux du massacre pour commémorer la mémoire des 28 militaires négro-mauritaniens pendus dans la journée du 28 novembre 1990. Partis de Nouakchott, le dimanche 27 novembre à 8h 30 h du matin, ils sont arrivés à Innal le lundi 28 novembre à 13h, après avoir passé la moitié de la nuit à la belle étoile. Déterminés à accomplir leur rêve, ils ont résisté aux nombreuses tracasseries des forces de l’ordre, ainsi qu’au vent frais du désert. Ils sont arrivés à Innal avec le sentiment d’avoir accompli leur rêve. Un moment solennel plein d’émotion qui a fait pleurer veuves, orphelins et militants de droits de l’homme.
Maimouna Alpha Sy, présidente du collectif des veuves explique « c’est un moment plein d’émotion et de tristesse. On n’oubliera jamais ce qui s’est passé ici. Innal restera un lieu de pèlerinage pour nous. On ne pardonnera jamais les tortionnaires qui se pavanent librement dans les rues de Nouakchott». Même son de cloche pour la présidente de l’Association des Femmes Mauritaniennes du Fleuve (AFMAF), Maréme Kane qui réclame aussi la justice » C’est un moment inoubliable et plein d’émotion. Nous demandons justice, afin que les tortionnaires soient traduits devant la loi. Nous demandons au Président de la République de respecter sa parole car il avait promis de juger les coupables »clame-t-elle.
En face d’elle, un jeune garçon, âgé de 22 ans regarde hébété les lieux. Il tourne la tête à gauche, puis à droite avant de sangloter. A sa main, une liste de 162 personnes, présumées responsables par les Ong de droits de l’homme mauritaniens des meurtres de plus de 500 militaires négro-mauritaniens. Il, c’est Yaya Sy, fils d’Ousmane Seydiou Sy, capitaine de la garde, disparu à Innal en 1990. Il nous explique que son père servait à Atar.

Ce qui reste des lieux des massacres

Assis par terre ou sur des nattes, veuves et orphelins s’empressaient de connaître les lieux des massacres et des tortures. « Nous avons identifié les lieux où ont été pendus les 28 militaires et l’endroit où, ils ont été enterrés. Malheureusement les autorités ont tous rasé. N’oublions pas que les tueries ne se sont pas arrêtées à la journée du 28 novembre. 250 prisonniers ont été incarcérés ici entre octobre et novembre 1990, seul 96 d’entre eux, ont survécu. Notre premier acte fondamental est d’amener la justice nationale et internationale à Innal afin que les coupables puissent revenir sur les lieux du crime et raconter comment ils ont supprimé leurs frères d’armes. Nous allons délimiter prochainement les lieux du supplice, où repose les militaires tués » tonne Biran Ould Abeid.
Après la récitation du coran, veuves, orphelins et militants de droits de l’homme ont marché main dans la main pour aller vers les lieux de la pendaison. Un lieu tenu secret, qui va être mis à nu, d’ici quelques minutes par le leader de l’IRA. Au fur à mesure que le groupe s’avancait, on entendait quelques sanglots de femmes. Evoquant le nom d’Allah, le groupe se dirige vers le terrain de football, situé à quelques mètres de l’école. Après quelques pas sur le terrain de football, Biran s’arrête subitement et déclare « c’est ici, sur ces lieux que le 28 novembre 1990, 28 militaires négro-mauritaniens furent pendus. Ils ont rasé le camp et transformé les lieux en un terrain de football, pour banaliser les crimes. » Des mots qui mettent en transe veuves et orphelins. Fouillant et grattant le sol, les orphelins pleuraient un père qu’ils n’ont jamais connus, les veuves sanglotaient un mari qui est parti sans leur dire au revoir. Tandis que parents, amis proches et militants de droits de l’homme, priaient pour le repos de leurs âmes. Sous leurs pieds, reposent les corps des militaires tués entre octobre et novembre 1990, selon les témoignages.

Lieutenant Sy Mouhamadou, rescapé « Je n’ai pas de haine pour ceux qui m’ont torturé, mais je suis assoiffé de justice »
Les lieux des tortures et de la pendaison ont été rasés, mais les souvenirs sont restés encore vivaces. 21 ans, après les événements tragiques, le lieutenant Sy Mouahamadou, l’un des rescapés du camp, venu de la France, raconte « je remercie Dieu de m’avoir donné longue vie. Je n’avais jamais imaginé que je remettrai les pieds à Innal. C’est une victoire pour le rétablissement des droits humains. Il ya 21 ans des choses atroces, horribles se sont produits ici. Il ne s’est pas passé, un jour, une minute ou une seconde sans entendre des pleurs. Ces tortionnaires ont fait du tort à tout le monde. Ils ont causé du tort à leurs enfants et aux enfants des victimes. Mais ils sont responsables de leurs actes et leurs enfants ne sont pas comptables des actes de leur père. 154 militaires négro-mauritaniens ont laissé leurs vies à Innal. Je me réjouis de voir 21ans après les événements, qu’il ya des maures, des noirs et des harratines qui n’ont pas oublié ce qui s’est passé ici. Je prie pour que cette action puisse contribuer à la solidarité nationale. Il ne peut pas y avoir de cohésion tant que ce problème n’est pas réglé. Je n’ai pas de haine pour ceux qui m’ont torturé, mais je suis assoiffé de justice. « déclare l’auteur de « l’enfer d’inal » qui vit désormais en France. « Comme vous voyez, ils ont tout rasé » Il nous montre le tas de gravats de la main « il n’ya plus rien, le camp se trouvait ici. »En face des ruines, une caserne flambant neuf a été construite depuis quelques années pour effacer les souvenirs douloureux du « camp d’extermination d’Innal ». « Acculés par les questions des journalistes, il raconte les circonstances de la mort du soldat Tambédou. Il n’a pas oublié aussi le nom de son étrangleur. Je ne veux pas revenir sur le film des événements, déclare-t-il le cœur meurtri»
Après les déclarations et témoignages, une prière des morts a été organisée à quelques mètres des lieux, où seraient enterrés les militaires afin que leurs âmes puissent reposer en paix. La prière était dirigée par l’imam de Mbalal. Une stèle a été ensuite construite sur le « Golgotha « à la mémoire des victimes. « Pour le respect des 154 militaires tués à Innal, ce lieu devait être un lieu de pèlerinage et non un terrain de football pour les jeunes de la localité » tonne un orphelin.

Youssouf Sylla, sénateur de Mbout« On ne pas construire une nation sur l’injustice »
Il a fait le déplacement jusqu’à Innal pour soutenir Birame et les familles des victimes.il c’est le sénateur de Mbout Youssouf Sylla « je suis venu à Innal pour soutenir les familles des victimes et de montrer mon soutien aux Ong des droits de l’homme et un encouragement à l’IRA . J’étais pris par l’émotion quand j’ai vu les veuves en larmes. Si le Président de la République avait vu ces moments, il allait avoir un sentiment de solidarité avec les familles des victimes. Si nous voulons une Mauritanie unifiée, il faut que l’Etat accepte le respect des droits, l’égalité des chances et du respect du droit de l’autre. Nous demandons l’ouverture d’une enquête transparente et respectueuse des droits de chacun pour démasquer les coupables et les juger, afin de permettre une réconciliation définitive. On ne pas construire une nation sur l’injustice. Nous ne voulons pas d’extrémisme, mais nous sommes pour le respect du citoyen et un partage des richesses entre toutes les composantes du pays et nous souhaitons que toutes les composantes puissent être recrutées au niveau de l’armée, de la gendarmerie, de la police…. Nous voulons une Mauritanie pour tous dans l’unité et le respect.


Dialtabé, envoyé spécial à INNAL-QDN

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