Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Monthly Archives: April 2016

Urgent / Infos sur la mise en liberté imminente du SG du Ministère de l’Intérieur

Urgent / Infos sur la mise en liberté imminente du SG du Ministère de l'IntérieurAtlasinfo – L’ex Secrétaire Général du ministère de l’intérieur et de la décentralisation Mohamed Hadi Macina, actuellement en détention pour corruption dans l’affaire d’impression de bulletins de vote par une société britannique, bénéficierait incessamment d’une liberté provisoire, rapportent des sources généralement bien informées.

Ce qui de l’avis des observateurs, augure une liberté totale de l’ex haut responsable de l’intérieur et une forte probabilité de clôture du dossier, comme c’est de règle dans ce type de scandales indiquent les sources précitées.

Macina, qui est toujours en détention, n’a pas fait l’objet jusqu’à présent d’une inculpation judiciaire.

Ce qui pourrait selon des analystes créditer les rumeurs selon lesquelles, son dossier se dirige vers un non-lieu.

Atlasinfo 

Le président mauritanien Ould Abdel Aziz prêt à violer la constitution

Le président mauritanien Ould Abdel Aziz prêt à violer la constitutionMondafrique – Malgré ses promesses, le président mauritanien, Ould Abdel Aziz, semble tenté, comme beaucoup de chefs d’Etat africains l’ont été avant lui, de contourner la constitution mauritanienne et de se présenter une troisième fois lors des élections présidentielles de 2019. Voici une contribution d’un opposant en exil, Marega Baba, responsable de l’UFP en Europe

Les Mauritaniens avaient toutes les raisons de croire en la parole de leur Président, Ould Abdel Aziz, lorsqu’il leur avait annoncé, au début de son règne qu’il n’irait pas au delà de deux mandats.

Lui qui se présente comme un musulman, avait juré, la main sur le Coran -ce Coran qui nous est si cher- qu’il respecterait à la lettre la constitution. Pour que personne n’ignore cet engagement, son intervention avait eu lieu devant le Conseil constitutionnel, en présence des bureaux de l’Assemblée Nationale et du Sénat, du président de la Cour suprême et du président du Haut Conseil islamique.

« Je jure par Allah l’Unique de ne point prendre ni soutenir, directement ou indirectement, une initiative qui pourrait conduire à la révision des dispositions constitutionnelles relatives à la durée du mandat présidentiel et au régime de son renouvellement.» A savoir un président de la République élu pour cinq ans (article 26) et rééligible une seule fois (article 28).

Or ces derniers jours, pas moins de trois ministres ainsi que le porte-parole du gouvernement ont appelé à la violation de la loi fondamentale pour permettre au président Aziz de se présenter en 2019 pour un troisième mandat.

Si on pouvait imaginer un seul instant que ces appels avaient été lancés de leur propre initiative, personne n’aurait perdu son temps à leur prêter la moindre attention. Chacun sait qu’en Mauritanie, surtout depuis l’avènement de pouvoirs militaro-affairiste d’Aziz, un ministre est rarement nommé pour ses compétences et jamais pour son indépendance d’esprit.

Enfumage général

On peut donc facilement comprendre que, si ces ministres ont osé demander la violation de notre constitution, c’est qu’ils ont eu l’intime conviction que cela ne déplairait pas à Ould Abdel Aziz. A moins qu’ils aient eu simplement son feu vert. Nous voici face à la stratégie « d’enfumage », façon putchiste, que ce pouvoir affectionne

Dans un premier temps, notre président fait mine d’être prêt à tous les compromis et promet tout et son contraire. Une façon d’allumer les contre-feux innombrables, avec pour seul objectif, un brouillage des enjeux et la déstabilisation de ses adversaires.

Ce sera à nous, patriotes et citoyens mauritaniens, d’imposer notre calendrier et de préciser ce que sont les vrais enjeux du pays: la misère populaire, les sociétés d’Etats en faillite, les scandales à répétition, les détournements d’argent, les révélations de la presse internationale sur les accords secrets entre le régime d’Azis et les terroristes

A nous d’intimider les courtisans du prince et de les inciter à prendre le large afin de créer un désert autour de la Présidence.

A nous, enfin, de nous dresser pour barrer la route à toute violation de la constitution qui devrait être considérée comme un coup d’Etat.

Démission du maire de la ville de Rosso au cours d’un rassemblement populaire

Démission du maire de la ville de Rosso au cours d’un rassemblement populaire Saharamedias – Le maire de la ville de Rosso, capitale de la wilaya du Trarza, Sidi Diaara, a annoncé samedi 2 avril courant, sa démission de ses fonctions de maire de la cité ainsi que de tous les conseillers municipaux du parti El Wiam de cette mairie.

Diaara a motivé sa démission par ce qu’il a appelé « les tracasseries administratives » exercées par le sénateur de Rosso et président du Sénat mauritanien, Mohamed Hacen Ould Hadj.

« Le peuple m’a accordé sa confiance et je ne suis pas dans les conditions de tenir mes engagements d’où ma décision de la restituer au peuple pour la donner à qui il veut », a-t-il dit.

Le leader du parti El Wiam, Boidiel Ould Houmeid, s’est montré surpris par l’annonce inattendue du maire de sa démission, indique notre correspondant dans la ville de Rosso.

Traduit de l’Arabe par Cridem

Notre Mauritanie, au bord de l’implosion ?

Notre Mauritanie, au bord de l’implosion ?Dans notre Mauritanie de mensonge, d’injustice et  de violence, le patriotisme s’effrite de jour en jour.

Comment parler de patriotisme dans un pays où la notion de citoyenneté est galvaudée par un système raciste et tribaliste? Nous ne pouvons plus nous voiler la face; alors qu’une grande partie de la population mauritanienne est préoccupée par la gestion des trois repas quotidiens, des hommes politiques, ( civils et militaires ) qui, tout en accaparant à eux seuls, l’ensemble des pouvoirs, se succèdent à la tête de la Mauritanie, persistent à maintenir les démunis dans l’insalubrité, l’ignorance; plus grave, dévoient le système éducatif par des réformes pernicieuses.

Au moment où, nos plus proches voisins tels que le Sénégal et le Maroc luttent contre le chômage et tentent d’améliorer la qualité de leur enseignement, notre Mauritanie reste préoccupée par la purification ethnique en écartant une partie de la population de tous les postes de décision.
Les stratégies mises en avant, pour  la conservation dans le long terme du  pouvoir politique par une tribu ou une communauté, étant la désinformation, la division jusqu’à la ségrégation dans la formation, le cas de l’école militaire et les autres grandes écoles mauritaniennes  qui ne sont  fréquentées presqu’exclusivement que par des fils de militaires et des richichimes beydanes, en est un exemple patent et révoltant.
Pour ne pas s’en limiter là, ce système dont le penchant toponymique est flagrant va jusqu’à créer purement et simplement des quartiers communautaires dans toutes les grandes villes mauritaniennes; les quartiers habités par des noirs étant négligés et soumis aux vexations les plus insupportables, comme la psychose des rafles.

Tous ceux qui ont voyagé, savent  que partout dans le monde, les plus beaux quartiers, les plus attractifs, sont ceux qui sont à côté des plages, voire sur la mer, pour profiter de la brise marine qui adoucit le climat, les corps et les esprits.
En Mauritanie, les quartiers du cinquième, d’El Mina, de  la Sebkha, de la cité plage, sont délaissés par les autorités, après que les walis, hakems et ministres des finances chargés de leurs attributions, s’en sont servis pour amasser des titres de propriétés de parcelles revendues aussitôt; n’accordant aucune importance à la prédiction des spécialistes de l’urbanisme qui avaient précisé que cette zone non edificandie en devrait être attribuée qu’après et que pour y habiter avaient suggéré les mesures idoines pour assurer la viabilité dans ces quartiers.

Faisant fi de tout cela,  les walis, hakems et ministres des finances qui sont passés à cette période avaient une occasion d’or, un filon commercial, très lucratif, de s’attribuer soi même et à ses proches des titres de propriétés qu’ils avaient aussitôt revendues et avaient autorisé le laxisme des agents de l’administration devant veiller au respect de toutes ces règles pourtant édictées par des techniciens de la direction de l’urbanisme.

C’est cette raison qui explique que ces quartiers soient occupés presqu’exclusivement par des negro-africains de Mauritanie.
Alors, adieu les règles obligatoires :
– de terrassement,
– de sur-élèvement  des fondations de bâtiments qui doivent se situer en dessus des chaussées, comme le font présentement tous les nouveaux bâtisseurs dans cette zone.
Ceci ayant conduit à cela, fait qu’aujourd’hui les habitants de ces quartiers sont obligés, soit de vivre les pieds dans l’eau nauséabonde et infecte et les matelas posés sur des bidons jaunes, ou, à abandonner le fruit de la labeur de tant d’années pour aller être locataire dans d’autres quartiers plus vivables.
C’est à ce moment que le système pense à débourser des milliards de nos ouguiyas pour édifier de nouvelles villes. La création de nouvelles villes sera une nécessité si les villes que nous habitons déjà sont habitables.
Tous les mauritaniens sans distinction aucune, doivent  exiger des autorités une meilleure qualité de vie pour tout un chacun.
Pour sauver la Mauritanie de la dérive, Bambaras, Soninko, Pulaar, Hassaniya, Wolofs et haratines doivent forcément être solidaires et se respecter mutuellement.

Dr. Mamadou LAM
Responsable
“Section droits humains / éradication de l’esclavage”.
Arc-en-ciel Le PMC.

Habib ould Mahfoudh: un passeur culturel de la francophonie/par Elemine ould Mohamed Baba, Département d’histoire – université de Nouakchott

alt« Le plus maure des intellectuels de la Francophonie ; le plus universel des troubadours maures». Abdoulaye Ciré Ba

Malgré l’importance de l’œuvre littéraire de Habib Ould Mahfoudh, elle n’a jusqu’à présent pas suscité l’intérêt que faisait présager le succès unanimement salué des Mauritanides.  Elle a été certes évoquée une première fois dans le numéro spécial de Notre Librairie dédié à la littérature mauritanienne et dans la thèse de M. Bengoéchéa sur la littérature francophone de Mauritanie ; de même l’auteur de ces lignes a publié un article sur la perception du temps chez Habib mais point d’études d’envergure ou de recherches approfondies de critiques littéraires ayant pour objet cette œuvre.Cette lacune peut s’expliquer par les limites de la diffusion des écrits de Habib dont le premier volume n’a été édité qu’en 2012 mais aussi par la difficulté de son classement dans l’un ou l’autre des genres littéraires comme le remarque N. Martin-Granel qui parle d’un «cas dissident» ou Ould Cheikh qui parle d’un «Objet Littéraire Non Identifié».

Sans verser dans cette controverse de classification, le présent article se limitera à traiter de l’une des caractéristiques de cette œuvre en ayant comme toile de fond un questionnement sur son apport au français et plus globalement à la francophonie. Il s’agira de voir dans quelle mesure, Habib Ould Mahfoudh a servi d’interprète de sa culture auprès de l’autre et spécifiquement du lecteur francophone.

Médiateur culturel

L.S. Senghor disait déjà du français qu’au-delà de sa fonction de communication, c’est une langue «d’épanouissement international au sein de laquelle chacune de nos cultures se reconnaîtra en naissant à l’universel». Habib Ould Mahfoudh serait dans cette perspective un passeur ou un médiateur dans des échanges qui s’établissent à travers sa plume entre sa culture et celle de l’universel.

L’apport de Habib en ce domaine est certainement l’un des plus importants parmi les auteurs francophones de Mauritanie. Sa profonde connaissance des cultures occidentales- mais aussi orientales- et son intime conviction d’être le produit d’une culture maure raffinée, qu’il se doit de célébrer, sont autant de facteurs qui ont imposé à Habib cette position de médiateur. L’auteur est, en effet, caractérisé par la diversité de ses inspirations et de ses références à des littératures et traditions locales et planétaires même si l’objet principal de son œuvre demeure l’homme mauritanien et singulièrement l’homme maure.

Ould Cheikh exprime l’association de ces deux dimensions en ces termes: «L’ironie mordante qui parcourt la plupart de ces textes et leur indéniable qualité d’écriture témoignent d’un mariage particulièrement réussi des traditions littéraires orales et écrites de Mauritanie avec des apports culturels francophones aussi éclectiques que judicieusement arrangés et choisis par ce professeur de français ». Cette double appartenance qui se dégage de l’approche de Habib ou sa position d’interface littéraire est aussi l’objet du constat de C. Taine-Cheikh qui indique que : « Cet esprit qui peut paraître d’autant plus ʺfrançaisʺ qu’il fait souvent appel à des références culturelles ʺbien de chez nousʺ est aussi fondamentalement, un esprit très maure.

Ce continuel aller et retour entre la patrie de l’auteur et l’univers est en effet l’une des constantes de ses écrits et prouve sa très large culture et parfois même son érudition. Une admirable maîtrise de la langue française vient en fin pour lui servir d’outil idéal pour l’accomplissement de cette mission de médiateur culturel.

Confirmant sa position de connexion culturelle, Ould Cheikh relève que « l’infusion généralisée des tournures, des expressions et des références à sa culture native, font affleurer partout l’insécable entrelacement du dehors et du dedans, du proche et du lointain, du local et du planétaire. Une manière, en somme, de clin d’œil permanent de Nyivrâr à la terre entière que ce français miné de « hassanismes » devait transmettre au monde».

Ces « hassanismes » ou la propension de Habib à manipuler le français pour l’adapter aux exigences de la communication de la culture bidhân fait dire à Wane Birane que cet auteur « réussissait avec brio, le tour de force de parler “hassaniya” en français, sans écorcher le bon usage des mots et sans jamais trahir ni la pertinence du discours, ni les charges émotionnelles des deux langues qui lui servent de médium».

Les écrits de Habib représentent ainsi un savant mélange entre sa culture et celle de l’universel et le rôle de passeur de cet auteur se manifeste notamment dans les traductions, le transfert d’expressions idiomatiques et une incessante action visant à rapprocher sa culture de celles des autres par le biais de la langue française à laquelle il a souvent fait subir de multiples contorsions pour l’instrumentaliser à ses fins.

En s’essayant, par exemple, aux traductions de la poésie maure, Habib tenait à transmettre une partie de l’esthétique maure pour la faire apprécier des autres.

Commençons, par exemple, par son introduction du poème de Ould Haddâr où il dit: « vous prenez votre turban, un chameau, une tassoufra et vaillamment vous partez (…) Vous vous mettez le doigt dans l’oreille et vous vous mettrez à déclamer les vers». Toute cette attitude, ci-dessus décrite, est caractéristique du nomade maure et de son idéal: déclamer la poésie hissé sur son chameau. Il est à cet égard significatif d’observer la place du chameau, animal hautement symbolique de la vie nomade, dans les écrits de Habib.

Habib procède ensuite à la traduction :

« D’entre mes chameaux, j’ai choisi un chameau,

J’ai pris en croupe un brave compagnon,

Je me suis débarrassé, au Nord de tous les miens,

J’ai affronté froidures et soleils,

J’ai lancé mon chameau, plein sud, au galop,

« Yaghayr elli gaayis yingaas… » »

On peut constater la répétition du mot chameau qui revient 3 fois mais aussi la chute du poème dont l’auteur a délibérément conservé la langue d’origine : le hassaniyya. C’est comme une sorte de suspens qu’entretient l’auteur pour inviter ses lecteurs à apprendre sa langue pour découvrir ses secrets que l’on ne saurait traduire.

Habib, cependant, traduira dans son intégralité le poème de M’Hammad Ould Ahmad Youra pour lequel il a une admiration sans bornes. Il le qualifie ainsi d’archétype de la poésie maure et de poète immense. Après avoir cité le texte d’origine, Habib écrit modestement «Ce que je prends sur moi de rendre très approximativement par » et de livrer le texte de la traduction qui suit:

« Avec ta moitié. Ô mon âme et même plus

Est partie la nostalgie d’un temps révolu

Et toi tu te crois intéressant

Et les fleurs de tes souvenirs se sont fanées.

Étrange fatalisme en vérité et piètre excuse!

Serais-tu allé â Toumbouzayd

En passant par le petit oued

Qui contourne la dune par le sud

Que tu aurais été réduit à néant ».

L’inspiration que l’auteur tire de la beauté du texte de M’hammad le mue en poète et c’est avec sa propre créativité poétique qu’il tente de décrire cette lente extinction de l’âme ballottée entre la nostalgie du temps révolu et les tourments de Toumbouzayd.

En plus de son admiration pour Ould Ahmed Youra, Habib n’a de cesse de répéter un poème fétiche dont il traduit parfois le vers:

« Ghayr el baten ma-vih el ‘ayb

guid – elli towkhadh Lekrama

Tenzel … »

Par: “L’on ne peut médire du piémont tant que Lekrama y campe… »

Mais il y revenait parfois sans traduction comme s’il voulait dire que ce texte faisait partie de l’héritage culturel universel et qu’il était si beau que personne ne pouvait l’ignorer.

On trouve d’autres traductions de poèmes dans plusieurs articles de Habib, résolument engagé dans l’entreprise de passeur de la culture maure.

Un esprit ouvert

L’auteur s’est livré à d’autres exercices de traduction comme celle du Coran  mais ce qui semble le plus significatif au regard de son rôle de médiateur c’est sa définition de sa culture.

C’est ainsi que pour revendiquer son identité maure qui lui a été déniée suite à une position morale et politique courageuse, Habib se défend en confirmant son appartenance à la culture maure et en procédant à l’énumération des attributs du gentilhomme selon les canons de valeur de la culture maure, il écrit ainsi: «Je distingue assez bien entre les entrées musicales de Nqaymish, le rythme de l’Agaywâr et les vocalises du Basît, je fus un assez bon joueur d’osselets (d’qouqa), je terminai mon Coran assez tôt et mes sourates ne sont pas trop crues, je n’hésite pas à jouer aux notes “noires” de Sinnima et du Baygui; mon sport favori est la déclamation des grands poèmes élégiaques (oummât lebteit) même si je ne crache pas sur la poésie épique (thaydîn); je me sens aussi à l’aise face au Hassania du XVIII siècle que face au parler bâtard utilisé maintenant à Nouakchott.» .

Habib accorde ici un intérêt particulier à la musique car la bonne connaissance de cet art ou «atzaywîn » est l’un des critères principaux de  l’homme d’esprit qui doit être ouvert (maftûh) connaissant les clefs de cette musique. En bon connaisseur de la musique maure, Habib lui a consacré plusieurs articles où il fait montre d’érudition. L’un de ses tous premiers textes est intitulé « Musique et musiques en Mauritanie».

En plus des valeurs énumérées ci-dessus pour définir l’homme d’esprit dans la société maure traditionnelle, Habib, dans un contexte différent, cite d’autres dimensions en interpellant Ould Taya qui est présenté comme un contre-exemple dont l’un des plus grands péchés serait de ne pas avoir de mérites culturels maures. Il écrit ainsi que « finalement ce n’est pas Ould Taya qui fera de l’ombre à Ould Adouba le considérable chantre du Tagant. Ni celui qui ajoutera un nouveau chapitre aux écrits de Sidi Abdulla Ould Hadj Brahim. Ni celui par lequel se parachèvera la geste des Emirs».

Habib met ici en exergue ce qui fait la fierté du monde maure : la poésie, le savoir et la gloire des émirs.

En complément de ces valeurs et dimensions plutôt intellectuelles de l’homme d’esprit maure, Habib souligne d’autres éléments qui participent plutôt du domaine de la pratique physique et de la dextérité qui sont autant d’impératifs de la vie nomade. Il cite ainsi des compétences que devaient avoir le gentleman comme savoir égorger et dépecer un mouton, traire, manier le fusil ou immobiliser une bête.

C’est la somme de ces qualités et de ces valeurs, qui relèvent aussi bien du savoir que du savoir faire, que les Maures rendent par le concept de futuwwa dont dérive le qualificatif de Fatâ et que célèbre ici Habib.

Cet hymne à sa culture représente un souci majeur de l’auteur qui se complaît souvent à citer avec une extrême fierté la terre des Maures, qui apparaît parfois sous l’appellation plus locale de « trâb al-bidhân» et même sous la forme anglicisée, quoiqu’affective, de Moorland. Cette incessante référence à sa culture est comme une manière de faire sa promotion auprès de l’autre.

Mais Habib évoque aussi l’héritage culturel du pays maure pour exprimer la nostalgie de ce temps perdu, d’un âge d’or de cette société. Il chante ainsi le temps révolu des Maures dans toute sa splendeur poétique et énumère avec nostalgie dans l’un de ses articles l’ensemble des symboliques soulevées par les poètes d’antan. Il se lamente ainsi du fait que : « Le devant de la toge-voile de Mint El Bar s’est bien asséché, désertés Khachm el Ay et Ouad El Mallah, oubliées les claires nuits d’Akarkar et ‘Arram, ignorés les appels d’Aoudech, Toumboghra et El Hota »

Lente décadence de la Mauritanie

Pour résumer la fin de ces temps bénis, Habib se lamente dans le constat suivant : « Envolées les lyres de la terre des maures, tués les amours, taries les larmes, éteints les rires ».

Ce regret est d’autant plus justifiable que le présent est loin d’être reluisant. Le pays, jadis terre des poètes se mue aujourd’hui en «océan de sable et de réajustements structurels».

Habib dénonce dans plusieurs de ses écrits la médiocrité des temps présents et la fin des valeurs qui faisaient jadis la fierté du pays maure.

Pour faire connaître davantage sa culture, l’auteur a eu recours aussi à la présentation de thématiques savantes comme l’art culinaire maure ou l’amour en terre Beidhane, ou encore l’histoire des femmes mauresques.

Mais après avoir longuement glorifié la culture maure au temps de son épanouissement, Habib s’est attaché à introduire les techniques de narration des maures et de parodier parfois quelques contes.

C’est ainsi qu’on retrouve au début de l’un de ses contes, la formule traditionnelle par laquelle les histoires sont introduites le soir aux enfants: « Il t’a dit sans te dire – Dieu est celui qui a fait couler la sève en moi, a fait couler la sève en toi, a fait couler la sève dans les veines des musulmans et a asséché les mécréants sur leurs os ».

Habib parodie aussi le conte du charognard en écrivant: « Un charognard a pris un Mauritanien et il s’en est allé. Deux charognards ont pris deux Mauritaniens comme le charognard qui a pris son Mauritanien et s’en est allé ». Cette historiette est construite sur un jeu de mots visant à développer les compétences narratives et les aptitudes de prononciation chez les enfants mais aussi les aptitudes aux mathématiques factorielles. Le jeu de mots est produit par les similitudes phonétiques entre les termes nasar (charognard) et kasra (biscuits) et leur répétition dans un cycle infini. L’auteur a remplacé le biscuit par « un mauritanien ». Le mauritanien devient ainsi la victime de déprédateurs successifs et l’objet de vols multiples, une image par laquelle l’auteur entend symboliser la lente décadence de la Mauritanie.

Dans un autre texte, une anecdote qui peut sembler écrite en français est- à y regarder de plus près- une narration hasaniyya. Il s’agit du texte : « l’autre heure, nous, à Aweynat Imijij, nous n’étions pas au courant jusqu’à ce qu’un obus dise kar entre nous… Je dis à mes amis : ils se sont assis avec vous, les dénaturés ». En fait ce texte est une construction du hassaniyya qui a été littéralement traduite par l’auteur. Le texte originel que tout hassanophone peut aisément reconstituer est le suivant : «Dhîk assâ’a tammayna manna ‘âlmîn abchi ‘and A’waynâyt Imijîj ilayn gâlit A’mâra baynâtna kar, gilt lashâbi, al’alâyil ga’du m’âkum». La traduction non littérale serait dans ce cas « Une fois à A’waynât Imijîj, alors que nous étions en plein relâchement, un obus tomba sur notre position, je m’écriai alors à mes amis: l’ennemi arrive ».

On relève dans un autre texte l’expression « Ce sont eux qui volent et qui tètent » or les deux verbes voler et téter sont les constituants habituels d’une paire d’insultes classiques chez les Maures.

Cette incursion des expressions idiomatiques hassaniya ou des hassanismes est l’une des constantes des écrits de Habib et constitue l’un des outils idéaux de son approche.

Grâce aux traductions et aux expressions idiomatiques qui traversent l’ensemble de ses écrits, mais aussi à des développements relatifs à des faits de société et de culture, Habib a su transférer par le biais du médium qu’est le français une part importante de l’héritage culturel de son pays. Son texte offre donc au lecteur francophone, plus que tout autre, un vaste panorama de la culture maure.

Après l’étude de cette dimension de passeur culturel, il serait intéressant d’étudier d’autres traits caractéristiques du style de cet auteur, comme, par exemple, sa « rébellion langagière » qui exprime aussi bien son esprit d’insoumission à l’ordre établi qu’au langage établi

Le calame