Monthly Archives: July 2012
Au Nord-Mali, les nouvelles recrues des jihadistes ont 10 ans
« J’ai vu des enfants pleurer, armes à la main, parce qu’ils n’avaient pas été tués au combat. Ils sont persuadés qu’en mourant au front, ils accéderont directement au paradis. Ces enfants subissent un tel lavage de cerveau qu’ils finissent par perdre toute notion de la réalité. ». L’homme qui nous livre ce témoignage édifiant a vécu au contact des salafistes avant de déserter, excédé par leurs méthodes.
Condamné à vivre dans la clandestinité, il nous révèle leurs méthodes de recrutement et les populations ciblées – les enfants et les adolescents en priorité. Ils sont parfois âgés d’à peine 10 ans. A peine plus grands que les fusils Kalachnikov qui leur sont mis entre les mains, selon le témoignage d’un journaliste mauritanien du site AlAkhbar.info qui a pu se rendre récemment à Tombouctou. La population les voit parader fièrement dans les rues, sous la bannière noire des salafistes, vêtus à l’afghane, les pantalons retroussés à la hauteur des chevilles. « L’immense majorité des nouvelles recrues sont des enfants », selon notre témoin.
L’Unicef a lancé l’alerte au début du mois de juillet. Mais il est déjà trop tard, le processus est en marche.
Suivre la voie du jihad
Les recrutements d’enfants se sont accélérés ces dernières semaines, indiquent plusieurs sources que nous avons pu contacter dans le nord du Mali et dans les pays voisins. Un intense travail de propagande est effectué dans les grandes villes afin d’inciter les plus jeunes à suivre la voie du jihad, armes à la main. Certains d’entre eux sont même accompagnés par leurs parents.
Ousmane Amadou Maiga, leader de « Nous pas bouger », un mouvement de jeunes à Gao, ville du nord du Mali, tente de dissuader les enfants de partir. En vain :
« J’essaie de leur parler mais ça ne sert à rien. Je me souviens d’un petit. Il devait avoir 10 ans et revenait du front où il avait participé aux combats contre le MNLA [Touaregs indépendantistes, ndlr]. Il se vantait de pouvoir démonter et remonter un fusil d’assaut en quelques minutes seulement.
Je lui ai dit : “Va aider ta mère à faire les courses, c’est mieux.” Il m’a répondu : “Inquiète-toi plutôt pour ta mère. Tu veux qu’on laisse les Touaregs aller la violer ?”
Que voulez-vous faire ? Ça n’a aucun sens. On est dans l’absurde. »
Les enfants sont laissés dans un dénouement total après la fermeture des écoles, remplacées parfois par des « madrassas » (écoles coraniques) et très souvent par des camps d’entraînement militaire.
Ce sont des proies faciles pour les différentes formations armées qui leur offrent un titre de « jihadiste » pour marquer leur entrée dans le groupe.
Un millier de jeunes recrues (majeures et mineures) ont été formées dans les quatre camps d’entraînement de la région de Gao depuis le coup d’Etat du 21 mars et l’effondrement du Nord-Mali dans la foulée, apprend-on de sources concordantes.
Sous la supervision de cadres du Mujao (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest, groupe dissident d’Aqmi), les jeunes recrues apprennent le maniement des armes et pratiquent l’exercice physique sous toutes ses formes.
Etabli à Tombouctou, Ben Baba Maiga, un jeune de 22 ans, a vu partir plusieurs de ses amis dans ces camps. Il raconte : « Les salafistes se disent envoyés de Dieu. Ils se légitiment ainsi. Ils promettent de l’argent en échange d’une participation à leurs leçons et à leurs exercices, premières étapes du recrutement. Ils font étalage de leurs moyens financiers. Ils ont tout en main. On les voit manipuler de grosses coupures d’euros et de dollars. Cela ne passe pas inaperçu. »
Selon nos informations, les salaires mensuels proposés à ces enfants peuvent monter jusqu’à 600 000 francs CFA (914 euros), en fonction de l’affectation et de la prise de risques. A des années-lumière du salaire mensuel moyen de 35 412 francs CFA (54 euros) dans ce pays, l’un des plus pauvres du monde.
Ceux qui acceptent de prendre les armes sont les mieux payés. Les autres se contentent des opérations de maintenance ou de la conduite des véhicules.
Une « katiba » d’enfants
A Tombouctou, plusieurs témoins nous font état de la présence d’une « katiba » (brigade) formée exclusivement d’enfants, une trentaine au total, âgés de 8 à 15 ans et placée sous les ordres de l’un des émirs les plus puissants d’Aqmi, Abou Zeid, qui a établi ses quartiers dans un bâtiment officiel de la ville.
Encadrés par des hommes mûrs rompus aux techniques de manipulation, les enfants passent leurs journées à écouter l’interprétation que les salafistes font de l’islam et de son livre sacré, le Coran. Des discours radicaux, parfois émaillés de séances de projection vidéo.
Un habitant de la ville témoigne : « Ces enfants sont conditionnés. On les prépare à mourir en leur faisant miroiter le paradis. On leur fait des interprétations systématiquement négatives des textes sacrés. Il n’est jamais question de la tolérance qui est pourtant une valeur essentielle de l’islam. Les salafistes maîtrisent parfaitement l’art de la manipulation. Ces enfants deviennent encore plus radicaux et dangereux que les autres. »
Malgré le climat de suspiscion qui règne dans les villes, toute personne est considérée comme une recrue potentielle. Impossible d’entrer en conversation avec un salafiste sans échapper à une tentative d’embrigadement.
Un Touareg de Tombouctou, approché récemment par ces derniers, témoigne anonymement : « On ne peut pas discuter avec eux. Après deux minutes, ils te demandent si tu appliques bien la charia et ils poursuivent en essayant de te convaincre de rejoindre le jihad. Ils n’ont que ces mots-là à la bouche.
Si tu refuses, ils te suspectent immédiatement d’avoir de la sympathie ou des liens avec la Mauritanie, la France et les Etats-Unis, les trois pays qu’ils disent détester le plus. »
Les recrutements se font tous azimuts, dans le nord du Mali et dans les pays voisins. Au Niger, les convois de 4×4 filant à toute allure à travers les dunes de sable se font de plus en plus réguliers. Tout le monde les reconnaît, ces pick-up climatisés dernier cri.
Basé à Agadez, le porte-parole de l’ex-rébellion touarègue du Niger, Boutali Tchiwerin, peut en témoigner :
« Le Mujao envoie ses combattants nigériens. On les voit de plus en plus souvent. Ce sont des trafiquants de drogue convertis au jihadisme. Ils ont beaucoup d’argent. Ils recherchent des jeunes désœuvrés parce qu’ils sont facilement manipulables.
Les autorités du Niger ne font pas très attention à cela. Elles sont mobilisées sur les moyens à mettre en œuvre pour organiser une intervention militaire africaine. »
Une intervention armée ?
A l’instar du président guinéen Alpha Condé, plusieurs chefs d’Etat africains préconisent la création d’une force d’intervention africaine pour restaurer l’ordre dans le nord du Mali.
Des négociations se poursuivent en parallèle avec les différents protagonistes armés, par l’entremise du président burkinabé, Blaise Compaoré.
Membre fondateur et ancien président de l’Association mauritanienne des droits de l’homme, le professeur Cheikh Saad Bouh Kamara s’alarme :
« On va vers une période de violences et de déstabilisations terrible d’une durée indéterminée. Il existe aussi un risque de guerre civile aux conséquences néfastes et imprévisibles. Des flux massifs de réfugiés maliens sont déjà en train de vivre des situations de précarité extrême dans les pays voisins. »
En attendant, Mujao, Aqmi et Ansar Dine, les trois factions islamistes qui contrôlent le Nord-Mali, consolident leurs positions et se préparent à l’affrontement.
Le porte-parole d’Ansar Dine à Tombouctou, Sandah Ould Bou Amama, prévient :
« Pensez-vous vraiment que nous allons lever le drapeau blanc et leur souhaiter la bienvenue ? Nous sommes prêts à verser jusqu’à la dernière goutte de notre sang s’ils viennent ici. C’est l’enfer que nous leur promettons. »
Claude-Olivier Volluz (Rue89)
Le Sénégal dans le viseur d’AQMI
Une dizaine d’imams et étudiants sur lesquels pèsent des soupçons de terrorisme ont été arrêtés, par la gendarmerie de la ville de Matam au Sénégal frontalière de la Mauritanie. A Dagana, plus à l’Ouest, ce sont dix autres présumés terroristes – sept mauritaniens et trois sénégalais – qui sont tombés dans les filets des pandores. Aussitôt convoyés sur Dakar, ils sont actuellement interrogés par la brigade de recherches de la gendarmerie de Colobane. Rapportés, le week-end dernier, par la presse sénégalaise, ces faits confirmeront-ils les prédictions funestes de nombreux observateurs qui s’inquiétaient, depuis plusieurs semaines, d’une probable extension des activités terroristes dans toute l’Afrique de l’Ouest? On peut le craindre, même s’il faut attendre les résultats d’une enquête qui vient à peine de débuter: encore présumées innocentes, les personnes interpellées peuvent, fort bien, n’être que de simples prêcheurs, dénués de tout message de violence.
Membre de la Communauté Economique de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), notre voisin du Sud est le plus grand pourvoyeur, aux côtés du Nigéria, des forces en attente de l’organisation ouest-africaine – 3 200 hommes – dont le déploiement au Mali est annoncé. Du coup, le Sénégal se retrouve dans le collimateur des enturbannés dont la bêtise est proportionnelle à la longueur de la barbe. De prétendus islamistes qui, après avoir conquis le Nord du Mali, sous le couvert d’une rébellion touarègue, mettent progressivement en place un nouvel Etat-volcan destiné à «islamiser» à leur sauce; plus trivialement: faire exploser; toute la sous-région. Après avoir perdu sa guerre contre l’Occident, la nébuleuse des illuminés et autres supposés «fous de Dieu», désormais en posture de «croisés à l’envers», a décidé de s’en prendre à l’attachement de l’Afrique noire à l’ouverture et à la tolérance de l’Islam, en véritable pied-de-nez à la religion de notre saint prophète – Paix et bénédictions sur Lui (PBL) – plus généralement, à la vie.
Une option clairement illustrée par les crimes commis, la semaine dernière, au Nord du Mali. Ces nouveaux talibans qui détruisent, à la grande faux, l’héritage spirituel et culturel du peuple malien, ont décidément un référentiel, une «éthique» et des valeurs aux antipodes de nos réalités historiques et humaines. Leur mission macabre: des attentats aveugles, pour provoquer l’hécatombe et faire couler le plus de sang possible. Vigilance, messieurs les gouvernants! Et prudence: car ce serait encore servir leurs noirs desseins que les mesures sécuritaires à venir, inévitables en pareilles circonstances, perturbent démesurément les activités économiques et sociales des populations de la vallée du fleuve, déjà confrontées à de trop nombreux problèmes… Ces gens-là cherchent le chaos: opposez-leur, musulmans, votre pratique, quotidienne, de la paix.
Amadou Seck
Source: Le calame
Politique: Ould Bourboss définit les grandes lignes de son nouveau parti
Mohamed Ould Bourboss, président du nouveau parti d’opposition mauritanienne, Almoustaquebal, a indiqué que la priorité de sa formation politique sera donnée “à l’instauration d’un Etat d’institutions, et à la construction d’une démocratie qui va favoriser surtout des fils des Harratins (maures noirs), qui militent majoritairement en son sein. Il a aussi souligné que ses camarades de parti “sont engagés à continuer la lutte au sein de la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD), qui exige le départ du régime en place”.
Selon Ould Bourboss le diagnostic de la situation qui prévaut actuellement dans le monde arabe et en Afrique, prouve que cette partie du monde a connu de grandes mutations qui ont abouti à des régimes et des institutions démocratiques.
Ces anciens compagnons de Messaoud Ould Boukheir, ont quitté l’Alliance Populaire Progressiste (APP) suite à des divergences avec celui-ci qui est par ailleurs le président de l’Assemblée nationale.
Bourboss et ses amis ont constitué un comité de crise en vue de se réconcilier avec Messoud , mais les tentatives en ce sens se sont soldées par un fiasco.
Source: Al Akhbar
Arrestation de 15 militants du Mouvement du 25 février
La police mauritanienne a procédé à des arrestations au sein du mouvement du 25 février lors d’une marche organisée par ce mouvement, aujourd’hui, pour réclamer le départ du “régime militaire en place”.
Le Mouvement du 25 février a rendu publique ce matin un communiqué, fustigeant l’immixtion de l’armée dans la vie politique.
Il a également appelé le régime militaire en place à céder le pouvoir aux institutions civiles, et de tirer des leçons de la chute des régimes dictatoriaux dans la région.
Rappelons qu’aujourd’hui 10 Juillet , coincide avec l’arrivée des militaires au pouvoir, le 10 juillet 1978, date du premier Coup d’Etat militaire qui a mis fin au régime civil de feu Mokhtar Ould Daddah, premier président de la Mauritanie.
Source: Al Akhbar
Mauritanie- FLAM : 30 ans après, retour au pays natal
Les Forces de Libération Africaines de Mauritanie sont un mouvement qui prôna la lutte armée jusqu’à la chute de M. Ould Taya en 2005. Leur objectif est de mettre au cœur du débat politique en Mauritanie la question de la cohabitation entre les différentes communautés qui composent le pays. Préoccupé par l’irrédentisme Touareg au Mali et des contestations politiques sur le front intérieur, le régime de M. Mohamed Ould Abdel Aziz va devoir composer avec le retour d’une organisation qui maintient l’option de l’autonomie des régions du sud du pays.
Un an presque jour pour jour après leur dernier Congrès tenu en France (fin mai 2011), les Forces de Libérations Africaines de Mauritanie (FLAM) sont en passe de concrétiser une des plus importantes résolutions dudit congrès : le redéploiement en terres mauritaniennes.
Rétrospective
Eté 1986 : La Mauritanie est en effervescence. Le gouvernement de Mouawiya Ould Taya venait de découvrir un document, le Manifeste du négro-mauritanien opprimé, qui faisait le procès de la cohabitation entre les différentes nationalités du pays (officiellement : Arabes, Peuls, Soninkés Wolofs). Si le constat est sans concession, le document ne manque pas d’appeler au dialogue entre « Mauritaniens, pour se dire la Vérité ». Le pouvoir réagit alors par la répression : des cadres négro-africains sont arrêtés et d’autres activement recherchés. Après un procès rapidement expédié, les principaux animateurs de l’organisation sont envoyés au fort de Walata où quelques uns (Ba Abdoul Ghoudous, Ba Alassane Oumar, Djigo Tafsirou et l’écrivain Tène Youssouf Guèye,) décéderont des conséquences d’une détention éprouvante. Commence alors le long exil des FLAM.
Le long exil
Dans le chaudron sénégalais, les exilés avaient mis à profit le rassemblement des victimes, la proximité des camps et la disponibilité des cadres pour se restructurer. Au point que pour certains, même si politiquement l’organisation n’a pas harcelé le pouvoir mauritanien au point de lui imposer un dialogue sur « la question nationale », elle mit à profit ce passage pour affuter ses armes.
Le soutien espéré des autorités sénégalaises a-t-il tardé à se matérialiser ? L’organisation a-t-elle fait les frais de la realpolitik ? Toujours est-il qu’en juillet 1999 son porte-parole M. Kaw Touré est expulsé vers la Suède. Première désillusion. Dans le même temps, l’appui de la Communauté Internationale s’amenuise. Le HCR réduit progressivement son appui aux réfugiés Mauritaniens. Deuxième coup dur : des cadres du mouvement sont envoyés aux USA. Certains y voient la main du pouvoir de Nouakchott de moins en moins rassuré de savoir à ses portes ses ennemis irréductibles. Pour l’organisation, la décision n’est pas sans risques : en s’éloignant encore un peu plus du pays, ne risquait-elle pas de se couper des réalités du terrain et des militants ? Désormais écartelée entre l’Afrique, l’Amérique et l’Europe, l’organisation assista à l’émergence de nouvelles structures qui se positionnent sur les mêmes thématiques : AJD, PLEJ voire, par certains aspects, l’UFP, héritière du MND, un ancien mouvement clandestin de gauche.
La secousse de 2005
La chute du dictateur Ould Taya en 2005 surprend l’organisation dans son exil. Convaincus de l’opportunité de porter le combat sur le terrain, des cadres du mouvement font scission après le très agité congrès de Cincinnati en décembre 2005. Des figures de proue décident de créer alors FLAM/Rénovation avant de rejoindre AJD pour former AJD/MR à la tête de laquelle est porté Ibrahima Moctar Sarr, un négro-mauritanien candidat à l’élection présidentielle de 2007. Malgré la rudesse du coup, le mouvement tangue sans sombrer. Mais de plus en plus, la question du redéploiement sur le territoire national devient incontournable.
2011, le congrès du tournant
Au VIIème congrès tenu à Paris en 2011, le président du mouvement M. Samba Thiam pose des actes forts et annonce que son organisation n’est pas « … en mesure de venir à bout, toute seule, du Système en cours ». Il en appelle au rassemblement des forces patriotiques qui poursuivent le même but et annonce le prochain redéploiement de l’organisation en Mauritanie. Un an après, les FLAM semblent prêtes pour embarquer vers de nouvelles aventures.
Après près de trois décennies, quel bilan tirer de ce long exil ? Pour Kaw Touré, « l’organisation a pu étendre son réseau de relations et dispose de plus de visibilité et de poids. Elle a accru son aura internationale. Sur un plan plus individuel, ses cadres se sont formés et sont financièrement à l’abri du besoin ».
Mais des questions demeurent.
La décision tombe à un moment où les positions se cristallisent entre le pouvoir et l’opposition. Sur le front des thématiques chères aux FLAM, l’AJD/MR est revenue de son compagnonnage avec le président Ould Abdel Aziz. D’autre part, le recensement engagé depuis mai 2011 a favorisé l’éclosion du mouvement Touche Pas à Ma Nationalité, essentiellement composé de jeunes negro-mauritaniens s’estimant victimes de discriminations et d’une volonté d’exclusion de la part du pouvoir. Les mêmes inquiétudes qu’en 1966 et qu’en 1986. C’est dire si la question reste actuelle.
Les FLAM devront donc gérer la question du positionnement sur l’échiquier politique ainsi que les incontournables jeux d’alliances à élaborer : quels seront leurs rapports avec ceux qui ont entretenu la flamme sur le terrain pendant les années d’exil ? Sur ce point, Kaw Touré, le porte-parole du mouvement rassure : « Nous ne rentrons pas pour faire concurrence aux autres qui ont eu le mérite de rester sur le terrain pour poursuivre le même combat que nous. Nous allons rechercher le rassemblement de toute la mouvance mais en cas d’échec, nous estimons qu’il y a suffisamment de place pour une nouvelle structure politique. Beaucoup de Mauritaniens ne sont pas structurés et pourraient se retrouver dans notre combat : des noirs déçus des différentes orientations, des beydanes progressistes… ».
Victimes d’une vaste campagne de diabolisation par le régime de Ould Taya au point de passer pour « infréquentables », les FLAM devront surtout réussir le test de la décontamination des esprits habitués à les percevoir comme des extrémistes antis arabes et ne cherchant que la partition du pays. Kaw Touré se montre optimiste : « Nous avons quand même été reçus par l’ancien président Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Après son renversement par le coup d’Etat de Ould Abdel Aziz en 2008, nous avons renoncé à notre redéploiement qui était déjà à l’ordre du jour. Nous avons alors travaillé avec certaines formations mauritaniennes pour faire échouer le coup d’Etat. Nous avons appris à nous connaître. Enfin, certains partis et des organisations de la société civile ont répondu à notre invitation lors de la conférence de presse de la semaine dernière. Même avec l’UFP [Union des Forces du Progrès, progressisteinvitée au congrès de Paris NDLR], les relations sont apaisées et nous arrivons à trouver des points de convergence ».
M. Ould Abdel Aziz qui trouve légitimes les revendications des indépendantistes Maliens sera-t-il rassuré par ce retour d’un mouvement qui ne fait pas mystère de ses revendications autonomistes ? Pour briser la glace, l’organisation sait qu’elle devra en faire plus afin de rendre audibles ces passages du Manifeste du Négro-mauritanien opprimé : «…Il faudrait que le Négro-mauritanien comprenne qu’il ne doit pas s’insurger contre le Beydane en soi, mais contre l’appareil d’Etat arabo-berbère raciste et oppresseur, afin que Blancs et Noirs puissent enfin dialoguer à égalité, se battre ensemble pour des lendemains plus certains[…] Les problèmes mauritaniens doivent être posés par des Mauritaniens, discutés entre Mauritaniens et solutionnés par les Mauritaniens eux-mêmes. Notre amour pour ce pays nous commande à inviter toutes nos nationalités à un dialogue des races et des cultures, dans lequel nous nous dirons la Vérité pour guérir nos maux. Il faut que nous traduisions dans la réalité nos appels au Salut National et au Redressement de notre pays, au lieu de dépenser toutes nos ressources et toutes nos potentialités humaines dans des querelles raciales et culturelles dont les principaux bénéficiaires ne seraient certainement pas les Mauritaniens ». Tout un programme.
De retour au pays, les FLAM seront sans doute accueillies par ceux dont elles ont porté les revendications au prix de privations en tous genres. Seront peut-être aussi au bas de la passerelle leurs compatriotes Beydanes dont elles sont réputées si éloignées. Mais après les premières effusions et les premières accolades, le plus dur restera à faire.
Abdoulaye DIAGANA-KASSATAYA.COM




