Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Monthly Archives: July 2012

Mali: Avec le feu vert de l’Algérie, l’assaut est imminent

Après avoir exprimé des réserves sur une intervention militaire au Mali, un pays avec lequel elle partage 1.000 kilomètres de frontière, l’Algérie montre tous les signes d’un changement d’option.

altDevant l’inextricable situation au Nord-Mali et les dernières offensives d’Aqmi (al-Qaida au Maghreb islamique) et du Mujao (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest), le dernier verrou qui bloquait une intervention militaire vient de sauter, l’hostilité de l’Algérie quant à la solution armée. Tous les pays ouest-africains étaient déjà prêt et attendaient le feu vert de l’Algérie, qui partage une frontière de mille kilomètres avec le Mali. L’assaut semble désormais imminent.

Depuis quelques semaines, un intense ballet diplomatique a lieu à Alger. Après les Français, les Américains et les Britanniques, ce sont les Ivoiriens, puis les pays de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédeao) qui ont fait escale dans la capitale algérienne, et bien sûr l’émissaire burkinabè, son président, Blaise Compaoré, ayant été désigné médiateur dans la crise malienne par la Cédeao:

«Le rôle de l’Algérie dans le règlement de la crise qui secoue depuis plusieurs mois le Mali est extrêmement important», a insisté Djibril Bassolé, pendant que les observateurs notaient que, depuis le départ de Nicolas Sarkozy, les Etats de la Cédéao ne se concertent plus avec la France sur la crise malienne, mais avec l’Algérie.

Sauf que celle-ci était restée intransigeante sur sa politique extérieure non-interventionniste, et a toujours refusé le déploiement d’une force militaire au Mali.

Ansar Dine et MNLA contre le Mujao

En réalité, Alger attendait plutôt de voir qui allait prendre le dessus entre les groupes touareg du MNLA (mouvement national de libération de l’Azawad), et les groupes islamistes (Ansar Dine, Aqmi, et le Mujao).

D’ailleurs, il y a quelques jours, Alger recevait même des émissaires de Ansar Dine venus officiellement négocier la libération des 7 otages algériens kidnappés au consulat algérien de Gao, en avril 2012, des mains du Mujao, qui demande 15 millions d’euros de rançon et la libération de 30 des leurs, détenus dans les prisons algériennes.

Pour Alger, qui est déjà en contact permanent avec le MNLA, il s’agit de neutraliser le Mujao, le groupe le plus offensif et le plus hostile à l’Algérie, quitte à s’allier temporairement avec Ansar Dine.

Rien n’a filtré sur les négociations. Mais quelques jours après, le 30 juin 2012, une source gouvernementale algérienne déclarait sous couvert d’anonymat que «en définitive, l’usage de la force ne peut être exclu. Mais il restera l’ultime recours dans le cadre d’une action concertée des pays du champ.»

L’Algérie n’est plus hostile à une intervention militaire et dans la foulée, le lendemain, c’est la dernière visite, celle du ministre malien des Affaires étrangères, lui-même, Sadio Lamine Sow:  

«Les positions algériennes et maliennes convergent», résume-t-il, soulagé, à l’issue de sa rencontre.

A vos marques!

La bête noire de l’Algérie

Contrairement à Ansar Dine, islamistes mais de composante touareg, qui ne se sont jamais attaquée directement à l’Algérie, le Mujao a signé une déclaration de guerre contre le grand voisin du Nord.

D’abord, l’année dernière, en octobre, la prise d’otages à Tindouf (sud-est de l’Algérie) de deux ressortissants européens, pied de nez dans une région hyper militarisée.

Puis l’attaque d’une brigade de gendarmerie à Tamanrasset, première du genre, en mars dernier, une autre prise d’otage, celle des membres du consulat algérien de Gao (dont le consul lui-même), et surtout, dernière en date, l’attaque, le 29 juin 2012, d’une autre brigade de gendarmerie à Ouargla, faisant un mort, selon le même procédé, une voiture bourrée d’explosifs se fait exploser à l’intérieur de l’enceinte.

Ces attaques, opérées dans les trois grandes régions militaires du sud algérien, sont ciblées. Le Mujao, dissidence du groupe Aqmi, entre en guerre ouverte avec l’Algérie. Selon un autre diplomate qui a requis l’anonymat, «c’est la goutte de sang qui a fait déborder le vase». Prêts?

Les Algériens des deux camps

L’intervention, doux euphémisme qui désigne une guerre totale, se fera dans un vaste territoire désertique qui s’étend sur près d’un million de kilomètres carrés, mais se fera surtout contre les groupes surarmés d’Aqmi et du Mujao, alors que Ansar Dine tout comme le MNLA auront peut-être un autre rôle à jouer.

De l’autre côté, la Cedéao, l’Union africaine, les forces maliennes aidées par les Américains, dont les avions-espions volent déjà sur des centaines de miles au Nord-Mali et ont étendu leurs opérations secrètes en Afrique, selon le Washington Post, avec Ouagadougou comme plaque tournante.

Et bien sûr l’Algérie, plus forte armée de la région, la mieux équipée d’Afrique et du monde arabe, dont l’accord était essentiel pour cette opération. Reste le calendrier à fixer, les températures dépassent actuellement les 45 degrés au Nord-Mali, même si les premières pluies sahéliennes viennent de tomber, et le ramadan commence le 20 juillet.

Un assaut en été ou à la rentrée? Dans tous les cas, la guerre se fera en partie entre Algériens. Comme s’il sentait le vent de sable arriver, l’un des chefs d’Aqmi dans la région, vient avec fermeté de menacer «ceux qui collaboreront avec une force militaire appelée à intervenir dans la région».

Il s’agit de Mokhtar Belmokhtar, lui-même Algérien, comme beaucoup de membres de ce groupe. C’est peut-être la morale de l’histoire, pour cet assaut final au Nord-Mali, l’Algérie se retrouvera quelque part face à elle-même.

Chawki Amari

for slateafrique

Flamnet-Agora: Ces graves menaces d’instabilité qui, à l’instar du Mali, pèsent sur la Mauritanie

altIntroduction

Le développement des tristes événements, ces derniers mois au Mali, et surtout les lectures qui en sont faites par de nombreux analystes m’ont conduit à me poser un certain nombre d’interrogations que je juge pertinentes. En effet, c’est sans aucun doute l’écrasante majorité des communicateurs qui semble stipuler que le « triomphe » des mouvements islamistes (AQMI, Ansar Eddine) et la victoire de la rébellion touareg (MNLA) qui ont abouti à la proclamation de l’indépendance du Nord-Mali sous l’appellation de l’Etat de l’Azawad ont été possibles à cause du laxisme du régime d’Amadou Toumani Touré. Tout en reconnaissant que la chute du régime de Moamar El Khaddafi engendrée par l’intervention militaire de l’OTAN, sous l’égide des Nations Unies, a été l’unen des causes « lointaines » de la situation au Mali, les mêmes commentateurs ajoutent que ces seules causes ne sont pas suffisantes, puisqu’au Niger, en Mauritanie et en Algérie, les mêmes effets qu’au Mali (rébellion), n’ont pas été enregistrés. Ainsi, à en croire ces analystes, si le Mali s’est retrouvé dans cette situation, c’est uniquement de la faute des Maliens, en l’occurrence de l’ancien pouvoir d’Amadou Toumani Touré ; que les risques pour les pays limitrophes sont minimes. De ce point de vue, la Mauritanie – puisqu’elle combat activement contre le terrorisme – ne peut en aucune manière se retrouver dans une situation similaire. Mais ces allégations sont-elles rationnellement fondées ? Le caractère offensif et apparemment équipé et structuré de l’armée mauritanienne est-il une garantie suffisante de prévention contre toute instabilité ? Rien n’est moins sûr lorsqu’on évalue objectivement un certain nombre de risques.

1. L’état des lieux

La situation de crise multidimensionnelle que vit la Mauritanie d’aujourd’hui est censée interpeller, non seulement les Mauritaniens, mais aussi toutes les grandes puissances soucieuses de la paix et de la stabilité du monde. En effet, tant par sa position géographique que par sa configuration démographique, la Mauritanie occupe naturellement une place stratégique dans la géopolitique de la sous-région ouest-africaine.

Vaste zone tampon entre l’Afrique noire (Sénégal, Mali) et le Maghreb arabe (Algérie, Maroc), le pays s’étend sur 1 039 000 km carré dont plus des deux tiers sont désertiques. Il s’agit d’une étendue de sable réfractaire à l’épanouissement de toute vie humaine, de sorte que la densité démographique y avoisine un (1) à deux (2) habitants au km carré. C’est pourquoi cette grande partie du territoire, peu fréquentée, est privilégiée par des groupes de malfaiteurs de tous genres (extrémistes islamistes, cartels de drogue) qui ne ménagent aucun effort pour en faire leur bastion. Quand on sait que cette bande saharienne du territoire mauritanien est naturellement prolongée d’une part dans le territoire malien, et d’autre part jusqu’en Algérie, il devient alors plus aisé d’imaginer l’ampleur des enjeux en rapport avec la maîtrise de ces espaces immenses

 
1.1. Facteurs exogènes

Il pèse sur la Mauritanie deux menaces extérieures d’instabilités graves : la présence au sein du territoire malien de 5000 à 10 000 réfugiés négro-mauritaniens qui se sont inscrits dans les liste du HCR pour rentrer dans leur pays et que les autorités mauritaniennes actuelles s’évertuent à nier alors même que Sidi Ould Cheikh Abdallahi (renversé par le putsch du 06 Août 2009) avait reconnu officiellement l’existence de ces réfugiers. Rappelons que la présence de ces réfugiers au Mali date de 1989 où le régime anti-noir de Mouawiya ould Sid’Ahmed Taya (actuellement réfugié au Qatar) a déporté et chassé plus de 120 000 Mauritaniens de race négro-africaine avant de s’adonner, à l’encontre de la même communauté, à une véritable tentative de génocide. Grâce au Président Sidi, une bonne partie de ces anciens déportés au Sénégal sont rentré à la suite de l’accord tripartite signé entre l’Etat du Sénégal, le HCR et la Mauritanie en 2008.

L’opération de retour qui devrait également concerner les 10 000 réfugiers du Mali, à été brutalement interrompue par le Président Aziz qui ne l’a jamais souhaitée en réalité. Aussi, ces réfugiers qui désespèrent de rentrer chez eux seraient bien tentés de prendre des armes pour reconquérir leurs terres et leur citoyenneté mauritanienne. Ils sont d’ailleurs encouragés en cela par la situation d’anomie dans laquelle se trouve leur pays d’accueil (absence d’autorité de l’Etat au Mali) et surtout la réussite de la rébellion touareg. Pourquoi pas nous, pourraient-ils se dire ?

La deuxième menace est sans aucun doute la plus importante. Il s’agit du danger que constitue Al Qayda au Maghreb Islamique (AQMI). En effet, depuis 2007, un noyau d’extrémistes salafistes originaires pour l’essentiel d’Algérie, précédemment appelés Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC) a prêté allégeance à l’internationale Alqayda pour devenir sa section opérante au Maghreb d’où leur nouvelle dénomination d’AQMI. Leur première action d’éclat contre la Mauritanie a été l’assassinat de touristes français, en 2007, aux alentours d’Aleg (ville située à 250 km à l’Est de Nouakchott, la capitale).
Depuis, cette organisation terroriste s’est renforcée à la foi en moyens humains (recrutement dans les banlieues de Nouakchott, d’Alger…) qu’en équipements militaires (véhicules Tout-terrain neufs, fusils mitrailleurs, lance-roquettes…) grâce aux fonds perçus ça et là comme rançons de
ressortissants européens souvent pris en otage.

L’armée mauritanienne fait ce qu’elle peut pour anéantir cette organisation, mais la grande mobilité de l’ennemi sur un territoire grand comme presque deux fois la France rend sa tâche presque impossible, eu égard à la proportionnalité des forces en présence. Aujourd’hui encore AQMI reste une menace sérieuse, tant directe (possibilité d’attentats, prise en otage de ressortissant occidentaux) qu’indirects (instabilité dans la sous-région) pour la Mauritanie.

1.2. Facteurs endogènes

Il existe au moins trois  principaux facteurs internes qui, même pris séparément, sont  chacun, suffisants pour plonger la Mauritanie dans une instabilité sans précédent dont elle aura du mal à se relever. Ces facteurs – que nous allons citer par ordre de dangerosité – sont le crucial problème de la cohabitation raciale et ethnique, la crise du jeu démocratique, et enfin la position et le poids de l’armée nationale dans les institutions de la république.

–       La cohabitation raciale et ethnique

Le non traitement du problème de la cohabitation constitue de loin la plus grande menace historique interne que traverse la Mauritanie. En effet, depuis 1960, année de l’accession du pays à la souveraineté internationale, la Mauritanie est minée par l’incapacité dont firent preuve les différents régimes qui se sont suivis à sa tête quant à se positionner à équidistance par rapport à ses composantes nationales. Car de par sa configuration démographique, la Mauritanie est composée d’une majorité raciale noire (Hratines[1], (autour de 40%) Peuls, Soninké et Wolof (autour de 40%, communément appelés
Négro-africains) et d’une minorité arabo-berbère (autour de 20%)[2]. Toutes les communautés noires sont confrontées à une discrimination qui se traduit par un déni d’humanité pour une partie des Hratines, encore aujourd’hui soumis à l’esclavage, et un déni de citoyenneté pour les Peuls, les Soninkés, les Wolofs et l’autre partie des Hratines libérée du joug esclavagiste.

Ces très graves discriminations (Racisme et esclavage) se sont traduites dans l’histoire lointaine et récente de la Mauritanie par des soubresauts qui, à chaque fois, ont creusé davantage l’écart entre les composantes nationales mauritaniennes.
En 1986, le Manifeste du Négro-mauritanien opprimé publié par les Forces de Libération Africaines de Mauritanie (FLAM)[3] aboutit à l’arrestation et l’incarcération de toute l’élite progressiste négro-africaine ; en 1987 une tentative de putsch attribuée à des officiers négro-africains se termine par l’exécution de trois d’entre eux (ce fut la seule fois où des Mauritaniens sont tués pour une tentative de coup d’Etat, sans doute parce qu’ils étaient noirs). En 1989, le pouvoir mauritanien de l’époque (dominées par le courant Nassériste et Batthiste) entreprend d’amputer à la Mauritanie sa composante noire d’abord en déportant et chassant plus de 120 000 Négro-africains, avant de s’adonner à l’extermination de ceux qui sont restés. La dernière grande opération sanguinaire a été l’exécution de 500 officiers et sous-officiers noirs en 1991 avec une pique jamais égalée : la pendaison de 28 militaires d’entre eux, la veille du 28 novembre 1960 pour « célébrer funestement » l’indépendance de la Mauritanie. Plus récemment, la lutte négro-africaine, après une longue période « d’hibernation », à l’intérieur du pays, a connu une recrudescence aiguillonnée par quelques discours racistes prononcé par les membres de l’actuel gouvernement sur le poids et l’importance accordés aux langues mauritaniennes mais encore et surtout par les débuts d’exclusion de cette même communauté dans les enrôlements sensés sécuriser par la biométrie l’état civil mauritanien. Constatant l’orientation exclusionniste que prenaient ces enrôlements (rejets massifs de la composante négro-africaine) plusieurs organisations à caractère politique ou non se sont regroupées au sein d’un collectif dénommé « Touche pas à ma Nationalité »[4] entamant ainsi une série de manifestations pour exiger l’enrôlement de tous.
Par ailleurs, le même collectif réclame également l’introduction dans le système éducatif des langues poular, wolof et soninké dans le système éducatif.

Parallèlement à la lutte des Négro-africains (Peuls, Soninkés et Wolofs) pour la reconquête totale de leur citoyenneté, c’est-à-dire de l’égalité avec les Arabo-berbères, lecombat des Hratines contre le déni d’humanité a été peut-être moins sanglant, mais certainement pas moins douloureux. Les militants de SOS Esclave[5] et plus récemment de l’Initiative pour la Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA)[6] ont souvent séjourné en prison, subi des tortures et humiliations de toutes sorte à l’instar de leurs frères négro-africains.

Aussi, depuis 2010, il est rare qu’un mois se passe sans que l’actualité ne signale des heurts entre les militants – toujours plus nombreux – antiracistes et
anti-esclavagistes et les forces de l’ordre dans la capitale mauritanienne. Il suffit d’ailleurs de se promener dans Nouakchott pour se rendre compte, par
l’omniprésence des forces de l’ordre, que le pays est sous haute tension.

–       La crise dans le jeu démocratique.

Comme si la situation n’était pas suffisamment compliquée avec les graves problèmes de cohabitation, la crise du jeu démocratique vient s’y ajouter accroissant ainsi les risques d’instabilité. Après l’échec des négociations entre la majorité présidentielle et une partie de l’opposition démocratique (RFD, PLEJ, UFP …), cette dernière ne cesse de faire monter la tension en invitant à ses partisans à renverser le pouvoir par une descente massive et permanente dans la rue, à l’instar que ce qui s’est passé dans les pays arabes. La dernière sortie de l’opposition aurait réuni près de 30 000 personnes, du jamais vue
auparavant en Mauritanie. En réalité la stratégie de l’opposition semble être d’harceller le régime d’Aziz pour le pousser à commettre des erreurs et
justifier ainsi l’exécution d’un nouveau coup d’Etat par une partie de l’armée.
N’a-t-on pas entendu un certain nombre de leaders de l’opposition appeler ouvertement à un putsch contre Aziz ? En outre c’est un secret de polichinelle que de savoir qu’Ely Mohamed Vall, le tombeur de Maouya devenu opposant d’Aziz, compte toujours des amis haut placés dans l’appareil sécuritaire de l’Etat. Tout porte à croire que cette tension ira en s’amplifiant puisque, ni cette opposition, ni le pouvoir ne semblent vouloir laisser du lest. Il ne serait même pas exagéré d’affirmer que par les temps qui courent, la Mauritanie n’est pas à l’abri d’un coup d’Etat imminent. La situation délétère que l’on connait dans la capitale ces dernières semaines, est très analogue à celle qui prévalait en 2009 lorsque Mohamed ould Abdel Aziz se préparait à faire son putsch contre Sidi ould Cheikh Abdallahi.

–         La position de l’Armée.

Si face à la menace du terrorisme islamiste, l’institution des Forces armées et de sécurité constitue une grande partie de la solution, il n’en demeure pas moins qu’au point de vue de l’instauration et de la consolidation de la démocratie, ellereste un frein sérieux. En effet, depuis la prise du pouvoir par l’armée le 14 juillet 1979, elle n’a en réalité jamais consenti à retourner définitivement dans ses casernes. Les militaires tiennent soient à gouverner directement
(régimes de Khouna ould Haydalla, celui de Maouya ould Taya, la transition d’Ely ould Mohamed Vall et enfin celui de Mohamed ould Abdel Aziz) soit
indirectement  Et lorsque le pouvoir civil élu démocratiquement s’exerce souverainement, refusant ainsi d’être une marionnette entre leurs mains, l’élite militaire n’hésite pas à mettre un terme au jeu démocratique en orchestrant – comme à ses habitudes – par coup d’Etat.
Ce fut exactement ce qui s’est passé en Août 2008 lorsque l’Armée, avec à sa tête l’actuel locataire du palais gris, déchut Sidi ould Cheikh Abdallahi, le
seul Président démocratiquement élu et qui comprit réellement les enjeux vitaux du problème de la cohabitation intercommunautaire en Mauritanie.

Les coups d’Etat étant devenus une tradition dans ce pays, il n’est pas étonnant que la moindre querelle dans la hiérarchie de l’armée se traduise par un nouveau putsch. C’est d’ailleurs ce qu’à compris l’opposition actuelle qui fait tout pour, d’une part créer une situation d’instabilité pour justifier un coup d’Etat et d’autre part inciter insidieusement une partie de l’armée à renverser le pouvoir en place.

Conclusion

On voit bien au terme de notre analyse que la Mauritanie est bien plus en danger que ne semblent s’en apercevoir bien des observateurs. Aussi, en ce moment, la pertinente question est celle de savoir si l’actuel Président Mohamed ould Abdel Aziz est suffisamment outillé pour parer aux graves dangers qui menacent organiquement la sécurité du pays. Difficile de répondre par une simple affirmative ou négative à cette interrogation.

Toutefois, en considérant, d’une part les actes posés ça et là par l’homme, son mode de gouvernance caractérisé par un exercice à la fois absolutiste et individuel du pouvoir, il est permis de douter raisonnablement sur ses capacités à sauver la Mauritanie des grandes tensions, en tout cas de l’instabilité institutionnelle du moins de l’implosion.

Parmi les éléments qui corroborent à cette inquiétude, on peut citer d’abord son incapacité à faire l’égalité entre les composantes raciales et ethniques et à combattre efficacement l’esclavage qui se traduit par l’identification de plus en plus partagée des communautés hratines, peules, soninkés et wolofs à un destin commun de race opprimée, malgré les différences de langues et de cultures.

Ensuite son incapacité à promouvoir un dialogue inclusif pour s’entendre avec toute l’opposition sur le minimum, et réussir ainsi à ramener à l’intérieur le calme et la sérénité nécessaires pour pouvoir de consacrer plus efficacement à la lutte contre le danger extérieur représenté par AQMI, Ansar eddine et autres menaces aux frontières.

C’est pourquoi, si la communauté internationale (notamment la France et les USA) qui a déjà exprimé ses vives inquiétudes quant à la situation qui prévaut au Mali, a intérêt à ce que l’instabilité ne s’étende pas à la Mauritanie, elle doit alors d’ores et déjà user de toute son influence pour que le gouvernement de Mohamed ould Abdel Aziz prennent les devants et ouvre un débat national tant sur le problème de la cohabitation que sur celui de la refondation effective de la démocratie. Il semble que plutôt que d’attendre l’éclatement des conflits pour jouer aux pompiers, elle gagnerait à œuvrer dans le sens de la prévention de ces conflits.

Dr Mamadou Kalidou BA

Enseignant-chercheur à

l’Université de Nouakchott

Mauritanie. www.flamnet.info


[1] Les Hratines sont racialement noirs, linguistiquement hassanophones (langue
arabo-berbère) et culturellement hybrides (sédiment culturel négro-africain et
apparence arabo-berbère. Cette communauté comporte les Esclaves et anciens
esclaves.

[2]
Jusqu’au jour d’aujourd’hui, il n’existe pas de statistiques basées sur un
recensement démographique précis. Les chiffre que l’on retrouve à l’Office
National des Statistique chiffrant notamment les Négro-africains à 16%
correspondent à une estimation faite sous l’ère de Maouya ould Taya dont le
régime est connu pour son extrémisme anti-négro-africain.

[3] Dont le leader charismatique est Samba Thiam, aujourd’hui encore réfugié aux USA
avec de nombreux militant de cette organisation

[4] Parmi les Organisations membres, on peut citer : l’Initiative Mauritanienne pour
l’Egalité et la Justice ‘IMEJ), Fede jokere endam, (groupe pour la bienfaisance
et la concorde) Conscience Citoyenne (CC) et des Individualités venant de
plusieurs partis politiques.

[5]
Toujours dirigé par l’infatigable Boubacar ould Messaoud ; Messaoud oul
Boulkheir, l’actuel Président de l’Assemblée nationale aussi a été membre
fondateur de SOS-Esclave et reste toujours militant de cette cause.

[6]
Organisation dirigée par Biram Abeid ould Dah, en ce moment même en prison pour
autodafé d’ouvrages d’interprétation islamique qui cautionnent l’esclavage.

Communiqué de la Coordination de TPMN

altLa crise que traverse TPMN a éclaté au grand jour suite à la publication du communiqué de M.Abdoul Birane Wane où il remettait en cause l’intégrité de certains membres de la coordination en les accusant d’être des infiltrés. Depuis lors, pour éviter d’intensifier cette crise, un conseil de sages avait été mis sur pied pour tenter une médiation afin de ramener Abdoul Birane Wane et ses amis à la raison. Nous avons choisi de faire profil bas depuis pour donner le maximum de chances de réussites à la médiation ainsi entreprise. Notre espoir était en effet immense que le comité de médiation parviendrait à réconcilier et à maintenir tout le monde au sein du mouvement. Malheureusement, un peu plus d’un mois plus tard, force est de constater que nous sommes toujours dans l’impasse.
 
Le comité de médiation, après avoir écouté séparément les deux parties, avait proposé, lors de la réunion du jeudi 21 juin 2012 regroupant toutes les parties, un plan de sortie de crise basé sur les points essentiels que sont :

– Le retour à l’ancien bureau pour une période provisoire de deux mois en
attendant l’élaboration de nouveaux textes.
– L’instauration d’une présidence tournante pour éviter de retomber dans les
mêmes travers.

Mettant la cause que nous défendons au dessus de toutes les considérations, nous avons immédiatement accepté de tourner la page l’opprobre qu’on nous avait jeté en nous traitant d’infiltrés pour revenir dans un bureau dont le coordinateur s’est disqualifié
de lui-même.
L’autre partie avait demandé un délai de 48heures pour donner sa réponse.

Elle ne la donnera que quatre jours plus tard en refusant le principe de la présidence tournante comme nous l’a notifié le comité de médiation ce dimanche 01 juillet 2012.    

L’échec de l’entreprise de médiation est donc de la seule responsabilité de ceux qui refusent d’entériner les propositions du conseil des sages. Nous prenons acte de cet échec et nous nous réservons le droit d’en tirer toutes les conclusions.

Nouakchott le 02 juillet 2012.
   Touche pas à ma nationalité
La Coordination

Tombouctou est la ville symbole de la dignité africaine comme Bamako est celle de notre expérience démocratique.

altIl y a quelques jours Tombouctou est retournée au XVIème siècle. Des forces rebelles du mouvement Ansar Dine d’Iyad Ag Ghali se la disputent avec les celles du MNLA, le Mouvement national pour la libération de l’Azawad, sans parler de dirigants d’Aqmi qu’on y signale.

Centre pulsatif de l’intelligence africaine

Avec cette ville, capitale culturelle de l’Afrique au sud du Sahara, est également tombée Gao, d’égale renommée. Ainsi c’est le centre pulsatif de l’intelligence africaine la plus profonde qui est menacé, ces deux villes n’ayant pas seulement produit des lettrés de renom tel Al Hadj Mahmoud Kati, mais aussi de centaines de milliers de documents de mathématiques, d’astronomie et d’autres sciences qui ont défini de manière inébranlable le savoir africain, et produit des textes influents dont ses Chroniques de Tombouctou, écrites de 1493 à 1599. Depuis ces villes sont comptées dans le mémorial de notre collective humanité, et protégées en tant que telles.

Mais ce qui s’est effondré ici aussi, c’est une expérience démocratique de vingt ans, née avec les années 1990 et la constitution malienne de la démocratie arrachée aux mains de soldats de Moussa Traoré.

Autant que la chute de Tombouctou, le coup d’Etat perpétré à Bamako, à quelques semaines d’une élection au cour de laquelle le président sortant, Amadou Toumani Touré, n’était pas candidat aura donné un coup de couteau dans le dos d’une génération de Maliens qui a vingt ans aujourd’hui, aura grandi dans la démocratie et se préparait à l’utiliser pour définir son futur à sa guise.

Depuis, le Mali, la troisième des rares expériences démocratiques en Afrique francophone a été coupé du monde. Pris en otage par une junte pour qui l’Etat n’est qu’un butin, frappé par un embargo complet des pays membres de la Cédéao (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest), vivant sous la menace d’une intervention militaire étrangère appuyée par la Côte d’ivoire au Sud autant que d’une incursion des forces rebelles au Nord, les populations maliennes ont plus que jamais besoin de se sentir soutenues et aidées.

Tandis que la voix unie de la société civile et des partis politiques maliens nous parvient qui exige le retour immédiat des institutions républicaines et la restitution de l’Etat démocratique, la junte joue avec le temps et miroite l’illusion d’un dialogue avec les populations, en même temps qu’elle recule devant les attaques contre l’Etat malien même, et donc la protection ces populations-là.

Nous ne pouvons rester indifférents à ces cris

Certes des voix discordantes se font entendre ici et là, qui opportunistes lui font allégeance ou alors se disent soulagées par le coup d’Etat qui aurait mis fin à la décrépitude de l’Etat et à une impasse de la démocratie malienne.

En même temps cependant nous parviennent aussi des voix qui dans le chuchotement nous disent craindre que commence bientôt les arrestations de nuit, parce que le fascisme se serait installé au Mali, sous la forme d’une coalition entre les partis radicaux populistes, la junte et les islamistes.

Nous ne pouvons rester indifférents à ces cris. Comme Tombouctou aura été l’une des capitales africaines de la culture, Bamako aura été l’une de celles de la démocratie en Afrique d’expression française. Comme la culture, la démocratie est vulnérable. Comme la culture, la démocratie se défend. Le respect des textes se défend.

Il y va autant des manuscrits centenaires de la cité des sables, que des textes qui légifèrent la république. Il y va autant des universités de l’intelligence africaine, que des institutions du droit qui régissent la vie aujourd’hui au Mali. Il y va d’une défense de l’expérience malienne de l’humanité, de la liberté et de la dignité.

Paris aura été épargnée par les nazis, tout comme Heidelberg par les forces alliées lors de la deuxième guerre mondiale, à cause du capital autant symbolique qu’intellectuel que représentaient ces villes.

De même Tombouctou est aujourd’hui la ville symbole de la dignité africaine comme Bamako est celle de notre expérience démocratique. Sauvons Tombouctou, aidons le Mali!

Patrice Nganang

Ecrivain camerounais

for Slateafrique.

Mali – Mauritanie: Bamako exigera la carte de séjour aux mauritaniens

altDans un communiqué, le ministère malien des Affaires étrangères et de la coopération internationale a indiqué que la mesure résultait de la décision de Nouakchott d’instituer une carte de séjour payante pour les étrangers, y compris « nos compatriotes ».

Le texte rappelle que le Mali et la Mauritanie sont signataires d’une convention d’établissement et de libre circulation des personnes et des biens et que les deux pays « amis et frères » sont par ailleurs liés par plusieurs accords bilatéraux et par une appartenance commune à plusieurs organisations régionales et internationales.
Cette convention, signée le 25 juin 1965, visait essentiellement à accorder des « privilèges réciproques » aux nationaux des deux pays, ajoute le gouvernement malien soulignant qu’il a été informé de ce que les Maliens avaient désormais besoin d’une carte de séjour en Mauritanie.
« En conséquence, le gouvernement du Mali, en vertu du principe de la réciprocité, a décidé d’appliquer les mêmes mesures aux ressortissants mauritaniens », ont expliqué les autorités maliennes tout en réaffirmant leur volonté d’œuvrer au « bien être des deux peuples ».
Ni la date d’entrée en application de la mesure, ni le montant de la carte que devront payer les ressortissants mauritaniens pour un séjour légal au Mali, n’ont été précisés.
Le montant de la carte de séjour exigée des étrangers en Mauritanie est de 50.000 francs Cfa.

Source: AFP