Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Daily Archives: 23/06/2012

COVIRE réclame l’abrogation de la loi d’amnistie de juin 1993

altLa Coordination des associations des Victimes de Répression (COVIRE) demande l’abrogation de la loi d’amnistie du 12 juin 1993, couvrant les présumés auteurs d’exécutions extra-judiciaires de plusieurs centaines de militaires issus de la communauté noire (fin 1990/début 1991), dans une correspondance adressée au président Mohamed Ould Abdel Aziz, rendue publique vendredi. La coordination réclame « la traduction en justice des tortionnaire » et « la destitution » du haut responsable chargé de la gestion du passif humanitaire.Ce passif humanitaire constitué par un ensemble de violations des droits humaines (déportations, révocations abusives et expropriations) a également fait des victimes civiles.
Dans la même correspondance, le collectif des associations de victimes exige également « la réintégration et la reconstitution de carrière au profit de 144 fonctionnaires du ministère de l’éducation nationale sur la base d’un recensement des agents de l’état victimes des événements de 1989, la signature d’un accord pour le retour des réfugiés mauritaniens restés au Mali….. ».

En avril 1989, rappelle-t-on, des affrontements interethniques ont fait plusieurs centaines de victimes de part et d’autre du fleuve Sénégal, créant une grave crise entre la Mauritanie et son voisin.

L’exécution des militaires noirs entre septembre 1990 et février 1991 apparaît comme le prolongement mauritano-mauritanien de cette grave crise.

Les autorités mauritaniennes ont permis le retour organisé de 24 réfugiés sur la base d’un accord tripartite signé avec le gouvernement du Sénégal et le HCR.

Les familles des victimes militaires ont été indemnisées mais les présumés tortionnaires restent couverts par une loi d’amnistie de 1993. Suite à une question très orientée vers le négationnisme d’un journaliste d’une radio privée de la place, l’ex chef de l’Etat, Ely Ould Mohamed Vall, a nié toute responsabilité dans les exactions contre la communauté négro-africaine. Des milieux proches du pouvoir ont mobilisés des cadres négro-africains, négationnistes notoires sous le régime Taya dans le but d’instrumentalisation politicienne des déclarions de celui qui est présenté actuellement comme l’un des adversaires les plus irréductibles de Mohamed Ould Abdel Aziz.

Avec la nouvelle sortie du COVIRE réclamant l’abrogation de la loi scélérate du 12 juin 1993 et le réveil de tous les souvenirs douloureux, la tentative du régime Aziz, sommé de prouver sa bonne foi en abrogeant un texte présenté comme le verrou de l’impunité, semble avoir eu un effet boomerang.

LE CALAME

Me Fatimata Mbaye lauréate du prix Trafficking in Persons Report.

altMe Fatimata Mbaye, présidente de l’Association Mauritanienne des droits de l’Homme a obtenu le 19 juin dernier le prix “Trafficking in Persons Report” des mains de la secrétaire d’État Américain Hillary Clinton. Cette distinction prouve combien la lutte, menée par cette mère de trois enfants est noble. L’AMDH a été gratifiée par les distinctions de ses membres depuis sa création jusqu’aujourd’hui. Tous les militants doivent puiser dans ces distinctions, des éléments de motivation et d’abnégation pour faire reculer l’impunité et instruire la population mauritanienne en particulier et africaine en général.
D’autres lauréats venus des quatre coins du monde, ont bénéficié de ce prix. Cette distinction montre l’attachement de l’administration de Barack Obama au respect des droits de l’Homme dans le monde entier.

Même si la situation de la sous région semble occultée, les violations des droits de l’Homme, les militants ne doivent pas désarmer face à la recrudescence des actes de violence à l’égard de la population mauritanienne (emprisonnements arbitraires, cas de tortures, violation des droits de femmes etc…). Il faut que la population puisse prendre sa liberté en main en participant activement à la lutte contre l’impunité.

Maître Fatimata Mbaye donne de sa vie pour défendre la population en s’engagent sur cette voie mais aussi en mettant son cabinet à la disposition des victimes de l’injustice.

La lutte continue et restons unis pour la lutte contre les violations des droits de l’Homme. La lutte continue.

Source: AMDH

Nouvelles d’ailleurs: L’apartheid des esprits….

altPlus de 20 ans après les évènements de 1989, la question des déportations reste vivace, brûlante, sujette à toutes les polémiques et controverses, à toutes les manipulations et les négations. Entre cécité nationale et urgence d’une mémoire apaisée, sinon réconciliée, les fantômes des morts de 1989 et après, les douleurs de ceux qui furent chassés, les mots oubliés et les souffrances réelles n’en finissent plus de hanter les survivants. Nos politiques croyaient qu’en allant se prosterner à Kaédi devant des foules enthousiastes, qu’en demandant pardon au nom de la Nation, qu’en organisant le retour des déportés, l’Histoire se dirait, à nouveau linéaire, réconciliée, rectifiée.
Comme si, chez nous, l’Histoire avait été, un temps, une histoire universelle et commune à tous ces agrégats de sociétés réunies sous la terminologie « mauritanité ». Comme si le leitmotiv d’une unité nationale mainte fois déchirée, maintes fois rapiécée, maintes fois recousue, pouvait servir de mémoire commune.
La seule mémoire commune que nous avons fut celle des idéaux des femmes et des hommes, de moins en moins nombreux aujourd’hui, qui ont rêvé un pays bercé par l’Atlantique à l’Ouest, le Fleuve nourricier au Sud, le Sahara au Nord, le Sahel à l’Est. Cette mémoire politique est la seule que nous ayons. La seule qui nous permet de nous sentir, au travers des déchirures de la mémoire sociale, mauritaniens, passionnément, douloureusement, charnellement.
Quand les peuples se côtoient sans se mélanger, quand les réalités de tous nos racismes nous envahissent, nous nous rattrapons à cette mémoire politique, ardemment défendue par nos anciens des Indépendances.
Et nous regardons ce passé, honteux que nous sommes, où des hommes et des femmes ont eu le courage et le culot de rêver un pays où les citoyens seraient égaux, libres et fiers de se regarder les uns les autres, libres de toutes contingences tribales, sociales, sociologiques, loin des carcans des diktats sociétaux.
Dans ce pays de sable, de marigots, de nomades, d’agriculteurs, d’éleveurs, de pêcheurs, ce pays aux multiples langues, dans ce rêve premier, l’avenir se proposait. Et ne s’imposait pas.
La multiculturalité comme terreau de naissance, la diversité comme prisme, la tolérance comme bataille. 1989 a été la fin de ce grand mythe unificateur, la tâche sombre, indélébile, celle de l’infamie, de l’imposture, du vol, du crime d’Etat, de la mystification, de l’ordure.
20 ans après, nous n’avons toujours pas soldé notre passif.
20 ans après, nous refusons toujours de regarder notre passé en face, droit dans les yeux.
Tous savaient, personne n’est coupable. Tous coupables mais non responsables. Tous criminels aux mains propres.
La mémoire passée à la lessiveuse des vœux pieux, karcher confortable qui permet toutes les manipulations.
La pensée, les mots, font partie d’un immense apartheid des esprits qui voudrait qu’il y ait une pensée de « couleur » : les blancs d’un côté, les noirs de l’autre, les bons, les méchants, les racistes, les non racistes. Même la question d’un autre crime, l’esclavage, est perçue comme histoire de « couleurs » : il y aurait d’un côté les méchants Maures et les gentils Noirs; l’histoire manipulée et commode de l’idée pernicieuse que l’esclavage serait plus condamnable quand il est exercé par des blancs sur des noirs, comme si le fait d’être noir et de posséder des esclaves, par une très bizarre contorsion mentale, constituerait un crime moindre…. La géographie des « couleurs »…Concept qui laisse libre court à tous les racismes et xénophobies, à tous les révisionnismes…
La Mauritanie nouvelle se pense en termes de « couleurs ». La mémoire des victimes est vampirisée, fonds de commerce pour certains, réelle lutte pour d’autres, négations pour d’autres encore, enjeu d’un poker menteur qui, par delà les beaux discours, cache des manipulations odieuses sur le dos du sang des morts et des déportés.
Et, à travers ces luttes de pouvoir (tout est pouvoir n’est ce pas?), s’éloigne l’écho des souffrances.
Les noirs manifestent avec les noirs, les blancs avec les blancs. Les politiques, patiemment, déconstruisent notre mémoire.
L’apartheid des esprits…
La haine comme citoyenneté, le rejet, l’incompréhension comme manière de « vivre ensemble » ou, plutôt, du « désunir ensemble ».
Les politiques et les assoiffés de pouvoir, les constructeurs de nos partitions mentales ont réussi : ils ont communautarisé les souffrances et se sont arrogé des droits : les haratines seuls peuvent parler des haratines, les noirs seuls peuvent parler des noirs, les blancs seuls peuvent parler des blancs.
Dès lors que certains, nonobstant ce fascisme des esprits, osent franchir les lignes, ils sont automatiquement suspectés, attaqués, insultés, diffamés.
La couleur de la peau comme tentation sectaire….
1989 recule dans le temps. Demain nous nous réveillerons et 50 ans auront passé, puis 100 ans….
Et l’Histoire aura perdu. La mémoire se sera diluée dans les batailles politiques, les réécritures….
Puisque nous n’avons pas mis la justice au centre du passif humanitaire, puisque que nous aurons refusé de nous colleter avec nos innommables, nous continuerons à danser sur la tombe des victimes.
Puisque nous cherchons quelques coupables sans voir que tout le monde fut coupable, par delà les couleurs de peau, nous continuerons nos amnésies sanglantes.
Et, quelque part en nous, mauritaniens, restera le souvenir de ces temps de honte où la souffrance a servi de tremplin politique, où les cadavres ont servi de perchoir, où les noms ont servi les appétits de pouvoir.
Là, tout au fond de nous, entendrons nous encore murmurer les noms des disparus, des assassinés, des femmes violées, des déportés, des noyés, des pendus, des martyrisés ?
Tous coupables, aucun responsable…..
Que Dieu ait pitié de nous….
Salut

Mariem mint DERWICH