Monthly Archives: December 2011
Sit in et lettre de Touche pas à ma nationalité au Secrétaire Général de L´ONU.
La Mauritanie est un pays de l’Afrique de l’ouest qui partage ses frontières avec le Sénégal au sud,le Mali à l’est et au sud-est ,l’Algérie au nord est, le Maroc au nord-ouest et l’océan Atlantique constitue une limite naturelle à l’ouest. La population du pays est constituée majoritairement de noirs (Peuls, Soninkés, Wolofs, Bamaras et Haratines) et d’une minorité arabe (Bidhans ou maures blancs).
Depuis le 28 novembre 1960, date qui marque l’indépendance de la Mauritanie, des évènements graves ont secoué le pays hypothéquant son unité nationale. De 1960 à nos jours , avec tous les régimes qui se sont succédés les noirs ont toujours été victimes d’exclusion, de marginalisation et d’ injustice fondées sur le racisme et l’esclavagisme dont une partie de la population, en particulier les haratines (composante noire mais de langue hassaniyya) est toujours victime. Au moment où le monde s’apprête à célébrer le 63 ème anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme, les noirs de Mauritanie luttent qui contre le déni de citoyenneté, qui contre le déni d’humanité . Pendant que nous, négro mauritaniens, luttons pour que nous soyons considérés et reconnus comme étant des mauritaniens à part entière dans ce pays, les harratines eux sont victimes du déni d’humanité.
Dans tous les domaines les noirs sont exclus au profit de la seule communauté arabe.
Le pouvoir exécutif est injustement confisqué par la minorité arabe, le pouvoir législatif contrôlé par la même minorité favorisé par un découpage électoral mal fait.la même communauté contrôle le pouvoir judiciaire.
sur le plan militaire, la ségrégation est flagrante, le recrutement des noirs se fait sur la base de quotas injustifiés, ce constat est valable pour les forces de sécurité. Sur le plan culturel , tout est fait pour étouffer nos valeurs , ce qui constitue une négation de nos droits culturels. Nos langues sont reléguées au second plan.
Toute l’économie est entre les mains d’une minorité alors que la majorité noire vit dans la misère.
Depuis 1986 les négro-Mauritaniens ont subi des exactions , arrestations arbitraires, tortures et exécutions extra-judiciaires. Les noirs ont été victimes de déportations massives en 1989. Ces problèmes sont loin d’être résolus , les criminels n’ont jamais été inquiétés , ils sont protégés par une scélérate loi d’amnistie votée en 1993. Dans la vallée ,les terres des noirs sont spoliées,vendues ou louées à des hommes d’affaires arabes.
Aujourd’hui, avec le régime d’Ould Abdel Aziz, l’exclusion des noirs continue de plus belle . Depuis le mois de Mai 2011, des opérations d’enrôlement des populations visent à exclure les noirs qui sont rejetés sans raison par des commissions composées d’agents zélés motivés par l’idéologie Nassero-baathiste.
C’est dans ces conditions que le mouvement “Touche pas à ma nationalité” est né pour dénoncer ces recensements racistes et discriminatoires dont le seul but est de priver une importante partie des noirs de leur nationalité. La contestation initiée par le mouvement se traduit par des marches toujours réprimées à Nouakchott et dans certaines localités du Sud. Plusieurs de nos militants ont connu des arrestations, d’autres ont été grièvement blessés par grenades , à maghama, un militant de 16 ans a été tué par balle par des éléments de la gendarmerie nationale et les coupables restent libres.
A l’occasion de l’anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme, nous vous adressons cette lettre en tant que Secrétaire général des Nations-unies pour vous expliquer que les graves violations des droits de l’homme et les discriminations doivent mériter l’attention des institutions internationales. Nous vous demandons d’agir pour éviter à la Mauritanie une instabilité dont les conséquences sont imprévisibles.
Nouakchott le 10 decembre 2011
Le Mouvement TPMN
L’éditorial de La Nouvelle Expression : 28 novembre !
51 années de souveraineté internationale. Un demi-siècle que la Mauritanie est indépendante. On peut aussi dire que c’est là 51 années de quasi-effectivité des attributs de l’Etat mauritanien dont surtout l’armée. Pour preuve, cette année, l’institution militaire a été fêtée et non la naissance de ce pays, don du désert et de l’océan atlantique. Pour l’occasion, l’institution militaire a montré ses muscles. Des armes flambant neuf ont été exhibées, comme pour justifier la fortune engloutie par notre défense nationale. Le 28 novembre, lui, date de naissance de ce pays, raison d’être de cette armée, n’a pas été fêtée comme il se doit. Juste une cérémonie humble pour ne pas dire tristounette. En tout et pour tout une levée de couleurs et quelques décorations dans l’enceinte du Palais présidentiel. Et c’est tout. Et à la revoyure !
Cette journée symbole, non commémorée à sa juste valeur cette année, est aussi, depuis 1990, une occasion de recueillement et de prières. Un jour d’étonnement et d’incompréhension. Des hommes ont été froidement arrachés à la vie par leurs frères et compagnons d’armes. Le paroxysme de la boucherie qu’on ne pouvait jamais imagier possible ici en Mauritanie, une République Islamique. Les faits dépassent l’entendement, tant la cruauté des actes commis relève du comportement fauve d’animaux féroces et enragés.
Les planificateurs et exécutants des hommes tués ou pendus d’Inal, et tant d’autres, vivent parmi nous ; dans l’impunité (encore) totale. Certains d’entre eux, promus à des échelons supérieurs, continuent à penser et à décider pour nous. Pourtant la barbarie des ces hommes qui, pour fêter la date symbole de la naissance de la Mauritanie, est plus que manifeste et ne saurait ainsi être passée sous silence indéfiniment.
Si tant il est vrai que ce pays veut tourner la page sombre de son histoire sanglante. Les hommes qui ont commis ces crimes ne méritent pas que la Mauritanie les protège ; ces ignobles individus doivent rendre des comptes à cette nation qu’ils ont violentée, la Mauritanie ne pouvant pas continuer à souffrir sous le poids de la culpabilité et le déshonneur de ces criminels pourtant bien connus.
Des criminels qui doivent répondre devant la justice des hommes pour le bien de ce pays avant le châtiment de l’au-delà, celui-là inévitable car le pouvoir ne peut les soustraire de cela. Et c’est après seulement que le peuple, uni comme un seul homme, pourra fêter son armée et la souveraineté de la Mauritanie.
Seydi Moussa Camara- La Nouvelle Expression
Flamnet-rétro: Invité du site: Boye Alassane Harouna, témoin et victime des horreurs de Oualata, auteur du livre “J’étais à Oualata”
Ils sont arrêtés,jugés, condamnés à de lourdes peines. Les uns et les autres sont régroupés et transférés à Walata. Là, ils sont emprisonnés dans des conditions si dures, si inhumaines, que quatre parmi eux y trouvent la mort. C’est leur engagement sous des formes différentes, contre le racisme d’Etat, qui a conduit à leur détention. Leur jugement, les conditions de leur détention portent l’empreinte du racisme d’Etat. Walata a révélé un aspect encore méconnu du racisme d’Etat: son visage carcéral hideux, abject. Ici on n’a pas affaire à un détenu tout court, mais à un détenu négro-africain. Celui-ci, libre, est un citoyen de seconde zone. Prisonnier, il est humilié, chosifié, avili. Le livre c’est la relation de tout cela. Et Walata fut en quelque sorte l’illustration de tout cela.
FLAMNET : Camarade pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et surfeurs?
BOYE : Deux renvois pour fait de grève,l’un provisoire ,l’autre définitif, mirent fin à mes études secondaires à Nouakchott pendant la scolarité 1972/1973. Je m’engage dans l’armée de terre en 1976 comme élève officier et suis une formation à l’école militaire interearmes d’Atar (E.M.I.A) qui venait d’être créée.Je suis sous-lieutenant de réserve en 1977. En 1978/79, j’effectue un deuxième stage (sous-lieutenant d’active) à L’E.M.I.A.
En octobre 1981, je suis nommé lieutenant et exerce dans differentes régions militaires, plusieurs fonctions de commandant d’unité, adjoint commandant de sous-groupement et commandant de sous-groupement. Impliqué dans le putsch des négro-africains d’octobre 1987, je suis arrêté à F’Derick où je commandais le sous-groupement 21.
FLAMNET : Quand vous est venue l’idée d’écrire un livre sur la prison mouroir de Walata?
BOYE : L’idée d’écrire un livre sur nos arrestations, nos conditions de détention, a commencé à germer en moi après le verdict du 3 décembre 1987; au moment précis où mes camarades et moi avions constaté que nos trois camarades (Sarr Amadou, Bâ Seydi et Sy Saidou) condamnés à la peine capitale n’étaient plus dans leur cellule individuelle; au moment òu nous réalisions que l’hypothèse de leur exécution, même si nous ne voulions y croire, n’était plus à écarter. C’était le 6 décembre 1987. Nous ignorions encore que nos trois camarades avaient été éxécutés à l’aube de ce jour.
Dès cet instant, la décision d’écrire ce livre était prise. J’ignorais encore que nous serions transférés à Walata en même temps que nos camarades civils des FLAM. Walata m’a rendu plus résolu à écrire ce livre. C’est pourquoi j’avais tenu un journal de prison. J’y mentionnais chaque jour,autant que cela était possible, les faits saillants de notre vie carcérale.
Malgré les fouilles qu’effectuaient régulièrement nos géoliers, ce journal a survécu. Il m’a été fort utile dans la rédaction du livre.
FLAMNET : Pourquoi avez-vous choisi ce titre provocateur” J’étais à Oualata- le racisme d’Etat en Mauritanie” et pourquoi Mr Samba Thiam le président des FLAM pour la préface de votre livre?
BOYE : Le titre initial c’était :”J’étais à Oualata. L’autre visage du racisme d’Etat en Mauritanie”. Mon éditeur a proposé qu’il soit raccourci tout en lui conservant son caractère expressif. Cela a donné le titre sous lequel il a été publié ..Titre provocateur? Peut-être. En tout cas, il me semble être en adéquation avec son objetif.
En 1986, des intellectuels noirs dénoncent dans un document “Le manifeste du négro-mauritanien opprimé”, le système politique raciste en Mauritanie. Ils sont arrêtés et emprisonnés. En 1987, des militaires noirs sont quasiment sur le point de déclencher un putsch pour mettre fin à l’injustice raciale, à la situation d’exclusion des négro-africains et rétablir l’équilibre communautaire dans le pays. Ils sont arrêtés,jugés, condamnés à de lourdes peines. Les uns et les autres sont régroupés et transférés à Walata. Là, ils sont emprisonnés dans des conditions si dures, si inhumaines, que quatre parmi eux y trouvent la mort.
C’est leur engagement sous des formes différentes, contre le racisme d’Etat, qui a conduit à leur détention. Leur jugement, les conditions de leur détention portent l’empreinte du racisme d’Etat. Walata a révélé un aspect encore méconnu du racisme d’Etat:son visage carcéral hideux, abject. Ici on n’a pas affaire à un détenu tout court, mais à un détenu négro-africain. Celui-ci, libre, est un citoyen de seconde zone. Prisonnier, il est humilié, chosifié, avili. Le livre c’est la relation de tout cela. Et Walata fut en quelque sorte l’illustration de tout cela. Voila pourquoi le choix de ce titre. J’ajoute -comme je l’ai mentionné dans le livre- que “j’étais à Oualata” tout court allait être le titre du livre que Tonton Tene Youssoyf Guèye se proposait d’écrire sur notre détention à Walata. Sa mort, intervenue en prison, l’en a empêché. J’ai voulu lui rendre hommage en reprenant cette partie du livre qui est de lui.
S’agissant du second volet de votre question, j’estime que le livre aurait pu se passer d’une préface. Mais parce que j’ai voulu un symbole très fort, j’ai souhaité qu’il fût préfacé par l’un des responsables historiques et membres fondateurs des FLAM.
Qui, depuis l’indépendance et après la déclaration historique des “19” a symbolisé avec constance et esprit de suite la lutte contre le racisme,la lutte pour une Mauritanie égalitaire? Ce sont les FLAM.
Que Samba Thiam président des FLAM préface un livre qui dénonce l’expression du racisme d’Etat en Mauritanie dans des conditions carcérales, c’est plus que naturel, c’est tout un symbole. A ces considérations, vous pouvez ajouter mes rapports faits d’estimes réciproque, avec le président Samba Thiam . Rapports scellés dans la prison de Walata, consolidés par une identité de vues sur plusieurs questions majeures qui nous interpellent en tant que mauritaniens, en tant que nationalistes négro-africains.
FLAMNET : En lisant votre livre on sent une certaine complicité ou une forte amitié entre vous et feu Sarr Amadou mais aussi une relation privilégiée avec feu Tene Youssouf Guèye que vous appelez affectueusement “tonton”, pouvez-vous nous parler de ces deux grands hommes?
BOYE : J’ai longuement parlé de tonton Youssouf Guèye dans le livre sans avoir, bien sûr, cerné toutes les dimensions de l’homme. Je l’ai connu dans la prison de Walata. Bien sûr tonton Youssouf Guèye n’était pas un citoyen anonyme. Il était diplomate, écrivain. J’avais entendu ses chroniques en pulaar à radio Mauritanie. J’avais lu son roman “Rella Gallo thiongane ou les voies de l’honneur”. Je l’ai approché en 1974 (je crois) lors du festival national de la jeunesse à Nouakchott. C’était à la maison des jeunes. Il y supervisait, la mise en scène de sa pièce de théâtre: “Les éxilés de Goumel”. Je ne l’ai donc côtoyé de près que dans la prison de Walata. Quand il sut que son fils Daouda était mon ami d’enfance, il m’ouvrit ses bras et parfois son coeur. Quand on discute avec tonton Youssouf Guèye,on est d’emblée frappé par l’immensité de sa culture. Il avait beaucoup voyagé.Il appréciait l’historien francais Alain Decaux dont il admirait le talent de conteur. Il avait beaucoup d’estime pour le professeur Cheikh Anta Diop. Il était sans nul doute un homme de culture d’une très grande valeur.
Sous d’autres cieux , les qualités des hommes comme lui sont mises à profit. En Mauritanie,le pouvoir de Taya laisse des hommes comme lui “…mourir comme un chien” dans une prison. L’expression, prononcée peu de temps avant sa mort, est de lui.
Quant à mon ami Sarr Amadou,nos chemins se sont croisés en 1979 au Maroc, précisement à Meknes òu il suivait, en même temps que son ami et promotionnaire Diacko Abdoul Karim, une formation d’officier à l’académie royale militaire de Méknes. J’étais à Méknes dans le cadre d’un voyage d’études effectué au Maroc par la première promotion d’officires de l’E.M.I.A à laquelle j’appartenais.
Sarr Amadou était un homme de convictions. Son engagement pour une Mauritanie égalitaire était total. Au service de cet engagement trois qualités: générosité,intelligence et courage. Ces qualités,notamment le courage,le courage à l’état pur,on les retrouvait aussi chez ses trois autres compagnons: Bâ seydi, Sy Saidou et Bâ Abdoul Khoudouss. Sarr Amadou était le principal concepteur, l’inlassable coordinateur, et l’organisateur imaginatif du putsch des militaires négro-africains déjoué le 22-10-1987. En somme, il en était le pivot.
FLAMNET : Revenons à la cause de votre détention c’est à dire le putsch manqué de 1987, certains mauritaniens proches du pouvoir et leurs acolytes du MND n’avaient pas hésité à qualifier votre “révolte” de “mouvement particulariste ,voire de dérive ethnique et même raciste”, “un putsch pas comme les autres” écrivaient-ils . Que répondez-vous à toutes ces accusations?
BOYE : “Un putsch pas comme les autres”. En effet, c’est par ces mots que commence la déclaration du MND du 8-11-87 qui condamne le putsch des militaires négro-africains. Je pense aussi, mais pour des raisons très différentes de celles exposées par le MND,que le putsch n’est “pas comme les autres”. Parce que pour la ´première fois, dans l’histoire de notre pays, des militaires négro-africains décident, par un putsch, de mettre fin au monopole du pouvoir par les arabo-berbères, d’éradiquer le racisme d’Etat, de rétablir l’égalité entre arabo-berbères et négro-africains. Dès lors,le putsch apparait comme un reflexe de conservation, un acte de légitime défense; il est une réaction à une situation d’injustice et d’oppression raciale. Les “particularistes “et les “racistes” ce ne sont pas les auteurs du putsch, mais bien ceux qui ont crée les conditions racistes qui ont donné naissance au putsch. Les auteurs du putsch n’avaient pas pour ambition d’inverser les rôles:monopoliser le pouvoir au profit des négro-africains. Car ils avaient conscience qu’on ne combat pas une injustice pour la remplacer par une autre. Que le pouvoir, ses thuriféraires, ses courtisans et autres griots politiques qualifient le putsch de “raciste”, “ethnique” et “particulariste”, il y a bien là de quoi faire penser au voleur pris la main dans le sac et qui crie “au voleur ! au voleur!” En quoi est-il “particulariste, ethnique…” ? Parce que, comme l’affirmaient Mohamed ould Mawloud et Bâ Bocar Moussa dans “ensemble surmontons crises, differents et conflits…” , “Pour la première fois depuis le 10 juillet 1978, un groupe d’officires uniquement négro-africains tentait de s’assurer le contrôle du pouvoir politique en excluant les Arabes de leur projet.”. Bien! Je réponds que depuis toujours, depuis surtout l’arrivée des militaires au pouvoir, à aucun moment les officiers négro-africains n’ont contrôlé la réalité du pouvoir, jamais ils n’ont assumé la plus haute charge de l’Etat. Et que, hormis le coup du 12-12-84, s ´ils ont été associé à la prise du pouvoir, ce n’est que comme exécutants, comme des faire-valoir. Enfin, j’ajoute que la situation politique à l’origine du putsch du 22-10-87 et le contexte de suspicion et de délation qui prévalait dans l’armée, excluait de fait toute idée d’associer les arabo-berbères au putsch. Agir autrement eût été un hara-kiri. Ce qui ne veut pas dire qu’une fois le pouvoir conquis, les arabo-berbères allaient en être écartés. D’ailleurs des officiers arabo-berbères supposés prédisposés à militer pour la construction d’une Mauritanie égalitaire à l’abri de tout racisme,étaient préssentis pour assumer des responsabilités importantes. Pour finir, permettez-moi deux observations sur le MND:
- La position du MND par rapport à la cohabitation entre arabo-berbère et négro-africains est ainsi exposée dans leur déclaration du 8-11-87: “Les contradictions entre nationalités sont des contradictions entre membres d’une même famille, à résoudre pacifiquement et équitablement. Elles sont secondaires par rapport à la contradiction entre le peuple mauritanien dans son ensemble et ses oppresseurs:l’impérialisme, la grande bourgeoisie et le féodalisme.” Le caractère conflictuel de plus en plus lancinant de la cohabitation, induit par la radicalisation du système politique raciste est ici, percu et réduit à des contradictions secondaires…” Cette demarche s’inspire de la positrion classique du marxisme leninisme . Elle résulte de l’emploi de la grille de lecture qui décompose la société en classes d’opprimés et d’oppresseurs… Cette approche de la cohabitation, ou de la question nationale qui s’inspire de l’analyse marxiste leniniste, ainsi transposée mécaniquement dans le contexte mauritanien,ne tient pas. Parce qu’elle n’intégre pas cette donnée fondamentale qu’est le racisme d’Etat et ses effets pervers. Du fait du racisme d’Etat, aujourd’hui,dans notre pays,le sentiment d’appartenance à une classe donnée, s’évanouit au profit du sentiment d’appartenance à une communauté, à une tribu,à un clan etc. Pour cette même raison, la solidarité de classe, les alliances entre classes cèdent la place aux solidarités traditionnelles à caractère communautaire, ethnique,tribal. Cela s’est vérifié à travers les crises que le pays a connues ces dernières années. Pendant les évenements de 89, l’ouvrier arabo-berbère de la SNIM s’est-il montré solidaire en tant qu’ouvrier, de l’ouvrier négro-africain déporté? l’homme d’affaire négro-africain dont l’entreprise périclite du fait des blocages financiers et administratifs à caractère raciste, peut-il se sentir solidaire de l’homme d’affaire arabo-berbère soutenu, protégé par le système raciste? On peut multiplier les exemples. Dans ce contexte la solidarité nationale est un bluff , elle est fictive. Dans ce contexte où l’arabité constitue un determinant de la citoyenneté, où le négro-africain est un citoyen de seconde zone, réduire les rapports conflictuels entre négro-africains et arabo-berbères au rang de “contradictions secondaires” c’est faire preuve de cécité ou de mauvaise foi. Et les crises communautaires induites par le racisme d’Etat ,parce qu’elles mettent en danger l’existence du pays ,ne peuvent pas, ne doivent pas attendre, pour être résolues, que soit résolue, je ne sais quelle “contradiction entre le peuple mauritanien… et ses oppresseurs: l’impérialisme, la grande bourgeoisie et le féodalisme”.
- Le document du MND du 8-11-87 relatif au putsch du 22-11-87 intervient 15 jours après les arrestations des putschistes et 22 jours avant le verdict de la cour spéciale de justice dont l’iniquité et la sévérité égalaient la violence haineuse de la déclaration- requisitoire du MND. Cette déclaration ,rappelons le, est faite dans un climat fort agité. Le putsch venait d’être déjoué,les arrestations se poursuivaient dans tout le pays,le pouvoir et certains milieux répandaient des rumeurs suivant lesquelles les putschistes voulaient “massacrer la population blanche et dévaster leurs biens”, les enquêtes étaient en cours et le pouvoir s’apprêtait à faire juger les putschistes…
C’est dans un tel climat de doute, d’incertitude et peut-être d’indécision de la part du pouvoir que le MND fait sa déclaration-réquisitoire contre les putschistes. On y lit des “révélations” hallucinantes du genre: “renverser par les armes l’équilibre politique existant depuis 1960 entre les nationalités composant notre peuple”, “mettre le feu à la maison commune…est inadmissible”. Une déclaration d’une telle teneur,faite dans conditions explosives que je viens d’exposer, constituaient une caution explicite à la repression des putschistes.
Cette déclaration voulait simplement dire à Taya: “condamnez-les avec une sévérité extrême.” C’est pourquoi je pense que le MND a une très lourde responsabilité par rapport au lourd verdict rendu le 6-12-87 à Jreida, par rapport également à l’éxécution de nos camarades Sarr Amadou ,Sy Saidou et Bâ Seydi.
Et c’est peut être à partir de là qu’il faut situer le point de départ des accointances du MND avec le pouvoir de Taya.
FLAMNET : Certains compatriotes Arabes proches de Moktar ould Daddah s’inscrivent en faux contre votre introduction et la préface de votre livre sous le prétexte que ” le racisme officiel sous Taya n’est pas l’ontologie de l’Etat mauritanien, ni dans les textes ni dans les faits antérieurs alors que vous affirmez le contraire. Pouvez-vous vous justifier davantage pour nos lecteurs?
BOYE : J’ai envie de leur demander :” le racisme officieux est-il l’ontologie de l’Etat mauritanien?” Plus sérieusement, je pense que si le racisme officiel n’est pas l’essence, le fondement de l’Etat mauritanien, le racisme officieux ,le racisme tout court a été et demeure consubstantiel à son existence et à son affirmation tant au plan national qu’international. A mon sens,ce qui importe le plus ici,c’est de savoir si le racisme, independamment du fait qu’il soit officiel ou officieux, est une caractéristique fondamentale de l’Etat mauritanien. Je pense que oui. Cela étant dit,il reste clair qu’en Mauritanie, le racisme en tant que système politique n’est pas officiellement proclamé. Il n’est légalisé par aucun texte, ni par aucune loi. Contrairement à ce qui s’est produit en afrique du sud où, une fois au pouvoir, le National Party a mis en place une législation pour faire des noirs sud-africains des citoyens de seconde zone. En Mauritanie, il n’ y pas de ghetto,de township. Il n’y a pas d’établissements publics (écoles, magasins, etc…) réservés aux arabo-berbères . Mais en est-on vraiment loin? Ce racisme d’Etat officieux, qui ne dit pas son nom est encore plus dangereux, parce plus difficile à déceler, donc plus difficile à combattre. Ce que j’ai essayé de mettre en relief dans l’introduction du livre, c’est ce racisme d’Etat maquillé en politique d’arabisation de l’enseignement d’abord, de tout le pays ensuite, a été introduit par le président Daddah. Et que depuis, il n’a cessé de s’exprimer dans tous les secteurs d’activités du pays, pour connaître son apogée sous Taya avec les massacres et déportations de 1989-90.
Aucun des régimes qui se sont succedé à la tête du pays n’a manifesté la volonté de mettre fin au système politique raciste.De ce point de vue tous y ont leur part de résponsabilité. Responsabilité qu’il faut nuancer d’un régime à l’autre. Car tous,n’ayant pas eu à affronter les mêmes situations, l’impact de leur politique dans le pays n’est pas le même. Sur le plan exctérieur, la cassure de tous les ponts qui relient le pays à l’Afrique noire,au profit de son ancrage dans le monde arabe constitue l’expression la plus significative,sur le plan diplomatique,du racisme d’Etat.
Le retrait tout récent de la Mauritanie de la CEDEAO en est une illustration. A ce niveau aussi, il faut faire la part des choses. Je pense que sous Daddah,la Mauritanie s’est tenue à égale distance entre l’Afrique noire et le monde arabe. Mais était-il possible qu’il en fût autrement compte tenu du contexte de l’époque:d’une part la Mauritanie qui cherchait à s’affirmer dans le monde arabe,était contestée en tant qu’Etat par le Maroc jusqu’en 69,d’autre part, Daddah entretenait des rapports privilégiés avec plusieurs chefs d’Etats africains et était très impliqué dans les questions africaines dans le cadre de l’OUA qu’il a présidée. Dans ce contexte ,dis-je,le jeu d’équilibre entre le monde arabe et l’Afrique noire,résultait-il d’une volonté politique réelle conforme à la double identité arabe et africaine de la Mauritanie , ou obéissait-il à des considérations tactiques conjoncturelles? la question se pose.
FLAMNET : Depuis l’avenement des militaires au pouvoir nous avons constaté un engagement actif des officiers beydanes dans la politique certains comme vous le disiez pour “le contrôler et d’autres pour se l’approprier”.Quant aux officiers négro-africains, ils se contentaient d’être des instuments au service de différents lobbies panarabistes et cela depuis toujours jusqu’à l’avènement du “mouvement des jeunes officiers noirs”de 87.Qu’est ce qui expliquait selon vous le désintéressement de vos aînés ou des militaires négro-mauritaniens d’une manière générale à la “chose” politique?
BOYE : Cette question me semble très importante.Je pense qu’elle fait partie des questions auxquelles un bilan critique global du nationalisme négro-africain doit apporter des réponses exhaustives. Je n’ai donc pas l’outrecuidance d’y répondre de manière tranchée,mais de contribuer à dégager des pistes de reflexion.
Je note d’abord que le désintéressement, ou plus exactement l’absence d’ambition politique en terme de direction de l’Etat,chez nos aînés officiers,n’est pas un phénomène propre aux militaires. C’est un constat valable pour toute la communauté négro-africaine.Il y a, à cet égard,une espece de complexe d’infériorité,de résignation,d’acceptation de l’idée que la Mauritanie ne peut,ne doit être dirigée que par des Arabo-berbères. Au niveau national on se contentait des seconds rôles. Au niveau individuel,le carriérisme prédominait.
Pour revenir à nos aînés militaires, je pense qu’ils étaient plus légalistes,plus frileux,plus disciplinés,pour ne pas dire plus soumis.Tout ceci rendait plus difficile le franchissement du pas qui mène au politique,à la conquête du pouvoir.Il me semble aussi qu’ils étaient plus casaniers,repliés sur eux-mêmes,d’où absence d’échanges,de débat politique. La situation est toute différente au niveau des officiers arabo-berbères. Le panarabisme très bruyant dans le monde arabe,avait trouvé en Mauritanie des structures-relais dès le début des années 70:les baathistes et les nassériens s’étaient organisés et s’activaient. leur influence ne cessera de s’étendre jusque dans les sphères du pouvoir. L’Irak ouvrait ses portes. Plusieurs élèves officiers arabo-berbères y effectuèrent leur formation dès le milieu des années 70. C’est le lieu de rappeler à quel point les baathistes chérissent le coup d’Etat comme moyen privilégié d’acceder au pouvoir.
Toutes ces considérations rendaient les officiers arabo-berbères plus prédisposés à un engagement politique que les officiers négro-africains.
FLAMNET : A la place de l’auteur de “J’étais à Oualata” que vous êtes, nous vous retournons cette question: “L’Etat unitaire en Mauritanie constitue-t-il, selon vous, aujourd’hui un cadre viable de coexistence entre les communautés arabo-berbère et négro-africaine” après tout ce qui s’est passé?
BOYE : Non.L’Etat unitaire tel qu’il se présente aujourd’hui consacre de fait le monopole du pouvoir politique par les arabo-berbères et l’exclusion des négro-africains.Le fossé qui sépare les arabo-berbères des négro-africains, quelque soit la catégorie sociale visée,quelque soit le secteur d’activité ciblé, est immense.Ce fossé est entretenu et sans cesse agrandi par l’Etat unitaire raciste. Après 40 d’existence,la faillite de cet Etat par rapport à la gestion de la cohabitation est totale.Cependant l’Etat unitaire profondément remanié sur la base du principe du partage équitable du pouvoir entre arabo-berères et négro-africains peut être maintenu.
Il faudra alors une nouvelle constitution qui determinera toutes les dimensions de ce partage du pouvoir à travers les institutions nouvelles qui seront mises en place. Que le regime soit présidentiel ou parlementaire, chacune des deux communautés,par le biais de ses représentants au niveau des institutions de l’Etat, doit pouvoir exercer un droit de veto face à toute décision qui mettrait en cause l’équilibre communautaire.
En somme, il s’agira d’une cohabitation non seulement en amont mais aussi et surtout en aval. Le principe de gestion de l’Etat devra être consensuel. L’Etat unitaire,percu sous cet angle peut être un cadre viable de coexistence entre les communautés arabo-berbères et négro-africaines. Deux autres options sont aussi jouables:
- L’Etat fédéral. Chacune des deux communautés,jouissant de son autonomie dans le cadre d’une structure fédérale se prendra elle-même en charge,assurera la gestion de ses affaires.
- La deuxième option c’est la secession des négro-africains. Je le dis au risque de susciter la haine de certains, la colère d’autres. Je dis aussi que je ne souhaite pas qu’on arrive à cette solution extrême. A priori, je ne privilégie pas cette option. Mais je pense que politiquement, intellectuellement, il est dangereux et absurde,sous prétexte de se voir “diaboliser”, de taire, d’occulter la sécession en tant que direction d’évolution possible de la crise intercommunautaire en Mauritanie. Il faut oser se regarder et regarder la réalité en face. Si nous ne parvenons pas,du fait du système politique raciste qui est par essence inégalitaire, à vivre sous le même toit dans la complémentarité,dans le respect de nos identités respectives,avec les mêmes droits et les mèmes devoirs, alors il faut accepter la sécession. Envisager une telle éventualité, ce n’est pas jeter de l’huile sur le feu,c’est permettre de mieux nous armer pour trouver,sur des bases égalitaires, un cadre de coexistence adapté et accepté par tous.
FLAMNET : Votre dernier mot à nos lecteurs?
BOYE : Le livre “J’étais à Oualata. Le racisme d’Etat en Mauritanie”, c’est aussi un message d’espoir qui se résume en ces mots: “Plus jamais ca ni en Mauritanie, ni ailleurs”. Cet espoir, je suis convaincu qu’il est aussi celui de vos lecteurs qu’ils soient mauritaniens ou étrangers, attachés à la paix, à l’égalité, à la justice.
Puissent-ils, chacun à son niveau, à sa manière, contribuer à la concrétisation de cet espoir. Je souhaite longue vie à votre site.
Propos recueillis par Kaaw Touré.
FLAMNET-ARCHIVES: 2000
Voir Inal et repartir
Le projet de l’organisation d’une expédition à Inal est désormais réalité. Le 28 novembre, sous la férule de l’IRA, 300 personnes se sont recueillies sur le site d’Inal (440 km au nord-ouest de Nouakchott) où plus de 150 noirs mauritaniens auraient été exécutés entre 1990 et 1991. Le pèlerinage initié par IRA Mauritanie pour rappeler au monde ce qui s’est produit dans cette bourgade, a vu la participation d’une vingtaine d’organisations de défense de droit de l’homme.
Ils avaient promis de se rendre à Inal pour se recueillir sur les tombes de militaires exécutés entre 1990 et 1991, et l’ont fait, le 28 novembre dernier, comme pour rappeler à la face du monde, qu’il y a 20 ans, en ce jour de célébration de l’indépendance nationale, 28 militaires avaient étés éliminés sans procès. Les militants de l’IRA, ceux de 20 organisations des droits de l’homme, de mouvements politiques (tel le Flam) des veuves des victimes et leurs enfants se sont recueillis le 28 novembre 2011, sur les tombes des différents martyrs d’Inal. Ils ont fixé leur stèle sur la fosse commune de 28 officiers et sous officiers Negro mauritaniens pendus ce jour.
L’idée d’organiser une caravane en direction d’Inal est née il y a près de six mois. Elle provient de Biram Ould Abeid, président de l’IRA, qui voulait, par l’occasion, apporter le soutien de son organisation aux militaires exécutés sur place un 28 novembre 1990-91 et à leur famille. Une idée folle que d’aucuns croyaient irréalisable, pour le refus de l’Autorité public d’accorder une autorisation pour sa tenue d’abord ; pour les sacrifices physiques et mentaux qu’il fallait exprimer ensuite, pour le coût matériel de l’opération, entre autres.
Tôt le matin du 27 novembre dernier, tout indiquait que l’expédition d’Inal aura bien lieu. Le lieu de regroupement sur la route de Nouadhibou, ne cessait pas d’accueillir des volontaires prêts au départ. La cinquantaine de voitures 4X4 louées la veille, étaient sur place. Aux alentours, nulle présence des forces de l’ordre. Dr Athoumane, Balla Touré, Malick Fall et Djibril, désignés à l’organisation étaient sur tous les fronts. Il fallait dresser des listes, répartir des militants, donner des consignes de voyage et assurer l’ensemble des exigences matérielles pour une telle expédition. Très vite, les prévisions avaient été dépassées, il y avait plus de monde que prévu ! Les jeunes garçons étaient plus nombreux, mais il y avait aussi assez de filles, une vingtaine et assez de femmes, plusieurs dizaines d’adultes. Au fur et à mesure que l’aube disparaissait, les candidats au voyage n’arrêtaient pas d’arriver. Déterminés à faire partie de l’expédition, nombre de voyageurs s’installeront à l’arrière de voitures prêts à défier les pistes cahoteuses et poussiéreuses qui mènent vers Inal.
C’est vers 7 Heures du matin que s’ébranla le convoi. Il fallait parcourir près de 340 km de la route de la transsaharienne en direction de Nouadhibou et virer à droite vers les frontières mauritano-marocaines, pour affronter près de 130 km de piste ! Cinquante voitures avaient pris le départ transportant les défenseurs des droits de l’homme résidant en Mauritanie ou en provenance d’Europe et des Etats Unis, des journalistes, des proches de martyrs, mais aussi des tentes et de la nourriture. Manifestement, le comité d’organisation avait les moyens de ses ambitions. Interrogé à propos, un de ses membres révéla que l’expédition avait bénéficié du soutien financier de privés mauritaniens, de personnes bénévoles, mais aussi d’organisations installées hors du pays dont le Flam.
Parcours
Au poste de sortie situé à 35 km, premier couac : le convoi devait montrer patte blanche. Les nouveaux éléments de Mesgharou procédaient au contrôle strict des passagers et des véhicules. Le journaliste de Reuters fut débarqué et reconduit à Nouakchott, sous prétexte que c’est un français et que sa sécurité n’était pas forcément assurée s’il se retrouvait dans le désert. Le reste de la délégation sera maintenu en place jusqu’à 14 Heures. Puis ce fut la délivrance, le cortège repartait. Au km 105, nouveau poste de contrôle. Cette fois c’est la gendarmerie nationale. Le convoi y passera moins d’une heure avant de repartir pour se retrouver à Inal le lendemain matin à l’aube.
Le Comité d’organisation avait mis en place un programme chargé d’activités qui suscita plein d’émotions : lecture du Coran, visite des lieux, prières sur les morts et interventions parlées des militants des droits de l’homme.
Ouvrant la séance, le président de l’IRA, Biram Ould Dah Ould Abeid dit en introduction : ” cette place sur laquelle nous sommes debout, est le lieu où le 28 novembre 1990, vingt huit officiers et sous officiers, marins et militaires mauritaniens ont été tués pour la seule cause qu’ils sont noirs et peuls”. Le camp militaire qui était construit à cette place, a été détruit pour faire disparaitre toutes traces où sont enterrés les corps des militaires assassinés. Et actuellement ce lieu est transformé en terrain de football par les autorités mauritaniennes, qui n’accordent aucune valeur à la vie humaine. Donc, pour nous le 28 novembre est désormais un jour de deuil. Si Ould Abdel Aziz fête aujourd’hui l’indépendance, nous, nous sommes en deuil et resterons en deuil. Cette journée ne sera plus jamais une fête pour nous jusqu’à la fin du monde. Et nous réitérons que notre combat continuera jusqu’à satisfaction de toutes nos demandes inchallah” Lui succédant Mme Maimouna Sy, représentante de l’association des veuves, eut du mal à contenir ses larmes : “ce jour est un jour de deuil, de pleurs et d’amertumes. Le deuil, je peux dire qu’on l’a commencé aujourd’hui. Le jour où on a pu nous rendre à INAL pour identifier les tombes, savoir comment ils ont été tué. Aujourd’hui 28 novembre 2011, on est là à INAL, qui l’aurait pensé ? Personne en tout cas, pas nous, mais Allah le tout puissant nous a donné cette occasion. On le remercie ainsi que le comité d’organisation d’IRA à travers son Président, qu’on n’oubliera jamais. On remercie tous ceux qui ont contribué de près ou de loin à tous ceux qui ont assisté. Désormais, pour nous INAL deviendra un lieu de pèlerinage, à chaque fois qu’on pourra, on viendra ici nous recueillir Inchallah “, devait-elle dire avant de céder sa place à Mr Mahamadou SY, rescapé du camp de torture d’Inal et auteur du livre ” L’enfer d’Inal ; Mauritanie l’horreur des camps.”, qui après avoir exhorté Allah de lui avoir donné la vie aussi longue pour assister à cette cérémonie, a affirmé que : ” je n’aurais jamais pensé qu’un jour je puisse remettre le pays à Inal. Grace à Dieu puis grâce à votre volonté, votre pugnacité, grâce à votre persévérance on est tous là aujourd’hui. Comme l’a dit Madame Sy, c’est une victoire dans le combat pour le rétablissement des droits humains. C’est une victoire, c’est une première étape, j’espère qu’il va y avoir d’autres victoires encore dans ce sens là. Il y a 21 ans, des choses se sont produites ici. Il y a eu des gens qui ont saigné ce pays en travestissant son indépendance la date souveraine de ce peuple. Ces gens, aujourd’hui ont fait du tort à tout le monde. Ils ont fait du tort aux tortionnaires (quand je parle des tortionnaires je parle du camp des tortionnaires et du camp des victimes), ils ont fait du tort aux victimes. Car notre fête d’indépendance n’est plus une fête. Ils ont causé du tort à leurs propres enfants et aux enfants des victimes. J’aime bien à le répéter pour que ça soit entendu par tous. On est tous d’accord que les gens soient responsables de leurs actes et que les enfants des responsables ne sont pas comptables des actes de leurs parents. Si quelqu’un est indexé parce qu’il est fils de l’assassin ou fils du traitre, lui il n’y est pour rien, il n’est pas comptable de l’action commise par son père. Donc on a blessé tous les mauritaniens. Et aujourd’hui, Je ne peux pas dire que je suis heureux, ni que je suis joyeux, Non pas du tout parce qu’il y’a trop de remontés à la surface des scènes que nous avons vécu. Parce qu’il ne s’est pas passé un jour ou une nuit ici ou une seconde ici sans qu’on entende des cris des pleurs où voir quelqu’un qu’on trainait parce qu’il était mort. Ça s’est passé entre le mois de novembre et le mois de décembre, le temps qu’on a passé ici. On est arrivé ici à 250 personnes et il en est reparti d’ici seulement 96 personnes. Les 104 personnes sont restées là. Donc je ne peux pas dire que revenir aujourd’hui ici ça me fait plaisir, pas du tout. Mais je me réjouis de voir qu’il y a des maures, des haratines, des halpoulars, des soninkés et des wolofs ici. Il y a tout le monde ici. Ça veut dire qu’on peut reconstruire quelque chose ensemble si on veut. Ça c’est un groupe qui ne fait pas peut être que cent ou trente personnes. Le baobab il est grand mais c’est une petite graine qu’on enterre et qui pousse pour donner l’arbre. Donc, aujourd’hui on a semé ça, qui sait qui verra les récompenses de la moisson, peut être que ce sera nous, si on a de la chance, sinon nos enfants en bénéficieront. Je souhaite que cette action que nous venons de faire, puisse contribuer à la solidarité nationale. Et il ne peut pas y avoir de cohésion véritable, si ce problème là n’est pas lavé. Il faut qu’on passe sur ce problème et qu’on éclaircisse ce qui a été fait, qu’on se dise la vérité. Les responsables doivent être indexés. S’il y a des sanctions à faire qu’ils soient sanctionnés. Mais sanction ne veut pas dire vengeance. Car on n’a pas besoin de vengeance. On n’est pas là pour la haine. On ne déteste personne. Moi personnellement je n’ai de la haine pour personne, même pas pour les personnes qui m’ont torturé. Mais je suis assoiffé et j’ai faim de justice. Je voudrais que la victime puisse venir ici libre se recueillir sur le lieu sans avoir à subir tous les contrôles lorsqu’on venait ici. J’admire votre courage, j’admire cette ténacité parce que vous avez bravé les barrières des policiers, des gendarmes, et vous êtes venus jusqu’à là. Il faut que cela puisse se reproduire chaque fois et que nous soyons encore plus nombreux les années suivantes. Je reviendrai sur un petit détail, mais je ne reviens pas sur le 28 novembre pour ne pas ouvrir certaines blessures. Ce qu’il faut savoir, est que les gens ont tous rasé ici, il n’y a plus rien. Ces digues que vous voyez là-bas il y a des briques cassées qui constituaient la caserne. Ils ont tout poussé pour en faire un terrain de football. Mais c’est là qu’il y’avait la caserne, la base. Ils ont tout démoli pour que la mémoire ne reste pas. Mais avec des gens comme vous, il faut être sûr que rien ne sera oublié. Rien ne sera oublié, ne veut pas dire que rien ne sera pas pardonné. Ça peut se pardonner parce que nous avons une chose en commun. Nous avons une patrie commune. Parce que le fait de voir ici des maures qui ne sont pas là avec un truc pour torturer, le fait de voir des harratines qui ne sont pas là avec des trucs pour torturer, le fait de voir tout le monde là, pour se donner la main et réclamer justice, ça me va droit au cœur. Je vous remercie au nom de tous ceux qui sont couchés autour d’ici. “
Intervenant, Boubacar Lamtoro Camara, Responsable des orphelins a souligné que : ” je m’appelle Boubacar lamtoro Camara, je suis le président du (COVICIM), Collectif des Orphelins Victimes Civiles et Militaires de 91″. Je sus là avec les membres qui m’ont accompagné jusqu’ici ; ils sont venus célébrer le 28 novembre sous forme de deuil national. Non seulement il y a les 28 militaires qui étaient pendus ici mais il y a aussi d’autres militaires qui reposent ici. Parmi les pendus d’ici, mon père y figurait. Je suis triste parce que mon père a été pendu ici. J’ai de l’émotion avec les différents enfants des martyrs dans les différents camps qui se situent en Mauritanie. Tout ce que l’on veut c’est la vérité et la justice. Et on ne pourra jamais oublier. On ne dit pas qu’on va se venger, on ne dit pas qu’on a de la haine mais la Mauritanie doit savoir que dans ce pays, nous les enfants nous sommes victimes de la barbarie de l’homme, du système de ségrégation raciale. Le Système d’Etat qui a commis ce mal a oublié que la Mauritanie appartient à deux races : les blancs et les noirs. Et aujourd’hui nous voulons que le monde entier sache le mal qui a été fait. Et c’est grâce à ce comité, et surtout à monsieur le Président de l’IRA, Biram Ould Abeid, qui nous a vraiment soutenus. Nous saluons son courage, car Il y a des gens qui ne sont pas courageux, et qui ont peur de se rendre ici même. Mais nous, nous étions déterminés même si l’Etat ne nous reconnait pas et si nous trouvons le moyen, nous allions nous rendra ici par A ou par B. même s’il y a confrontation entre nous et l’armée. “Car nos papa sont des innocents “.
Synthèse JOB.L´AUTHENTIQUE.
Mouvement TPMN : L’occupation de la rue continuera…
La Coordination du Mouvement TPMN a organisé- hie matin, au siège du FONADH- une conférence de presse au cours de laquelle le coordinateur de ce mouvement, Wane Abdoul Birane et ses compagnons de lutte notamment Dia Alassane ont pris la parole pour tirer le bilan de leur marche pacifique, qui a été violemment dispersée par la police anti-émeute, mais surtout dire qu’ils sont déterminés à poursuivre le combat pour faire tomber le régime, qui est en train de vaciller depuis un certain temps sous le poids…
Plantant le décor de cette sortie médiatique, Dia Alassane, le porte-parole du TPMN, a dit d’emblée que nous sommes-là pour vous faire le bilan de notre dernière marche pacifique, qui a été violemment réprimée par une police formée pour «mâter» les noirs. C’est le lieu de dire que le jeune manifestant Abou Fall a été amputé de deux doigts lors de cette marche. Ensuite, il a évoqué la situation de deux femmes d’origines étrangères, mais mariées à des Mauritaniens depuis belle lurette, qui ont été rejetées pour cause de nationalité douteuse au bureau d’enrôlement de la Moughataâ d’El Mina. Pour sa part, Wane Abdoul Birane a dit de vives voix que le Mouvement TPMN «Touche pas à ma nationalité» va continuer son combat en occupant les rues jusqu’au jour où le régime «raciste», «discriminatoire» et «corrompu» tombera sous le poids des revendications des Mauritaniens. Sur la même lancée, il a ajouté que la violence de la police formée pour «mater» les noirs n’entamera pas du tout leur détermination de continuer à occuper les rues des différentes villes du pays. Il en veut pour preuve la présence effective du jeune Bathily a été «torturé» à Kaédi et qui est toujours dans la rue pour dénoncer l’enrôlement «raciste» et «discriminatoire». Revenant derechef sur la répression de leur marche pacifique par les éléments de la police anti-émeute, Birane a informé que le jeune Abou Fall, qui est présentement couché dans son lit de malade à l’hôpital national, a été amputé de deux doigts tout en déclarant que c’est la police qui endosse la responsabilité de cette blessure.
«Les femmes sont des Mauritaniennes par des liens…»
Evoquant le cas des deux femmes qu’il a appelé Mme Bâ, mariée depuis 1975 à un Mauritanien. Cette femme est de nationalité mauritanienne par les liens du mariage. Cela est valable pour Mme Diop, qui est mariée en 1994 à l’un de nos compatriotes mauritaniens. Et de s’interroger : «Nous ne comprenons pourquoi ce sont toujours les noirs qui sont rejetés ? Pourtant il y a d’autres personnes qui ont acquis la nationalité mauritanienne par les liens du mariage!»
Camara Mamady –Le Rénovateur




