Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Monthly Archives: July 2013

L’opposition « centriste » en colère contre Ould Aziz

Les leaders de la Convention pour l’Alternance Pacifique (CAP) ont accusé cette semaine à Nouakchott le président Ould abdel Aziz pour le non respect des accords de Nouakchott en 2011 entre le pouvoir et l’opposition.  


L’opposition « centriste » en colère contre Ould Aziz Ce sentiment de trahison des dialoguistes Ould Boulkheir de l’APP Ould Houmeid d’El Wiam et Ould Horma de Sawab réside dans le lancement de la pré campagne des législatives prochaines par l’UPR qui utilise sans aucune retenue l’argent du contribuable et les médias publics. Cette colère des « centristes » intervient quelques jours seulement après que la Coordination de l’opposition mauritanienne ait déclaré empêcher par tous les moyens pacifiquement le déroulement des prochaines élections législatives. La situation politique en Mauritanie va de mal en pis.
  Cette affolante crise résulte mécaniquement depuis quelques semaines du sentiment de trahison des dialoguistes sous la houlette aujourd’hui de la Convention pour l’Alternance Pacifique (CAP) qui regroupe l’APP, El Wiam et Sawab par le président mauritanien suite aux accords de Nouakchott en 2011. Ould Boulkheir Ould Houmeid et Ould Horma ne sont pas du tout contents de la nouvelle tournure des événements depuis que le camp de Ould Aziz s’est accaparé de l’appareil d’Etat pour mener une pré campagne des législatives aux frais du contribuable et avec l’appui des médias publics.
  En plus de l’attitude partisane de l’administration dans tout le territoire au profit seulement du parti majoritaire l’UPR qui vient d’ailleurs de constituer ses listes électorales avant d’aller sur le terrain pour mener sa propagande avant l’heure. Cette vaste pré campagne de sensibilisation sera renforcée par Ould Aziz lui-même avec une tournée après le Ramadan dans les 2 Hodhs. C’est ce recul démocratique et des engagements du chef de l’Etat des accords de Nouakchott que les leaders « centristes » de la CAP entendent protester et mettre en garde contre les conséquences de cette déloyauté.
  C’est une tendance qui inquiète de plus en plus toute la classe politique en particulier la Coordination démocratique qui vient de tirer la sonnette d’alarme en déclarant qu’elle est prête à empêcher les élections prochaines pacifiquement. Cependant les observateurs s’interrogent sur la sincérité de la colère des dialoguistes sous la bannière de l’AP/CAP au moment où ils viennent de rencontrer ce début de semaine à Nouakchott les membres de la CENI pour l’organisation des prochaines législatives. Sur la forme cette nouvelle opposition de tendance centriste est le fruit de deux dissidences celle de la COD et celle de la coalition de la majorité. Sur le fond c’est Ould Boulkheir qui a initié l’initiative d’un gouvernement consensuel pour sortir de cette crise et c’est la CAP qui avait signé les accords de Nouakchott.
  C’est la deuxième fois que le locataire du palais de Nouakchott n’a pas respecté ses engagements après les accords de Dakar en 2009. Une raison de plus pour la nouvelle opposition d’accorder ses violons avec la COD pour brandir la carte du boycott ou proposer une feuille de route commune pour réenclencher le processus démocratique qui associerait la majeure partie des composantes politiques du pays. Ce regain d’énergie que manifeste en général l’opposition mauritanienne à quelques mois des échéances électorales montrent bien que les dés sont pipés depuis juillet 2009 et que Ould Aziz maîtrise la situation avec une constitution qui lui confère tous les pouvoirs qu’il peut distribuer à son clan sans être inquiété et dont la finalité est d’obtenir une large majorité au prochain parlement pour éviter une éventuelle cohabitation. 
 
Source:Lauthentic 

 

ZOOM-ZOOM: LES FLAM ET LE NÈGRE DE SERVICE

Décidément les FLAM dérangent et font peur avant même leur implantation officielle au pays; un haut fonctionnaire de l´Etat mauritanien et responsable politique du parti au pouvoir (UPR) en pré-campagne à Kaëdi dit à ses saphagas réunis Chez lui : ” …Attention les Flam sont de retour et sont mêmes présentes dans la ville donc il ne faut pas vous laisser entrainer par leurs militants… ” et en réponse quelqu’un de l´assistance lui assèna cette vérité: “Les Flam ce sont nous, ce sont nos enfants, nos frères, nos soeurs et neveux et ont toujours défendu nos intérêts pendant que tout le monde rasait les murs et ont payé cher pour notre communauté donc nous ne pouvons que les accueillir et les soutenir “. L´assistance repris en Choeur ” Wallaahi ko goonga, wallaahi ko goonga” et notre nègre de service confus et honteux changea subitement de sujet.
Dum ko hade ko juDaa Benndude. Demain il fera jour.

FLAMNET-AGORA: KHOUTBA DU VENDREDI : PETIT CAHIER D’UN RETOUR AU PAYS NATAL

altNormalement je ne suis pas superstitieux, mais aujourd’hui je vais porter cet habit, nécessaire, pour mieux spéculer sur ce qui nous entoure, ce qui se dit, se chuchote et finalement sort au grand jour.

Les FLAM reviennent en Mauritanie, pendant qu’une lutte à Kaëdi réveille de vieux souvenirs (heureusement que les jeunes ont été libérés) et qu’à Nouakchott l’équipe nationale crée une heureuse « surprise » en éliminant le Sénégal et du coup qualifiant, pour la première fois de la vie, le pays à une compétition de haut niveau africain. La Mauritanie va tester son talent au pays de Madiba, encore sur ligne de départ comme toujours. Admettons que c’est le concentré de la nation qui va aller nous représenter chez la « Nation arc-en-ciel ». Finalement la Mauritanie a connu trois « événements historiques » ces dernières semaines.

Donc, le retour des FLAM est salvateur ! En tout cas, il donne un coup d’accélérateur à l’histoire en démontrant, une fois de plus, que la joie côtoie le chagrin. Mais qu’il est aussi possible, en s’écoutant les uns les autres, de discuter de ces heurts qui déstructurent la société dans laquelle nous vivons. C’est ça la superstition pragmatique que je vis depuis deux jours. Les coïncidences sont ce qu’elles sont ! Mais moi je suis obligé, aujourd’hui, de croire au possible que figurent les trois événements. Leur coïncidence doit revêtir d’autres significations. C’est pourquoi les sons de cloches d’à côtés ne doivent pas me détourner de l’essentiel jusqu’à oublier ma mission.

Et bien, je crois que la victoire de l’équipe est imputable à ce retour. Je suis presque sûr que c’est ça, car la confiance a régné et l’envoyé spécial des FLAM a dû dire au président : « Tu vas au stade lors du match retour contre le Sénégal. Tu seras surpris par plusieurs choses en même temps. L’état de ta santé va s’améliorer davantage, mais autre chose de plus important te surprendra. Enfin, tu verras de tes propres yeux comment il est indispensable de nous écouter et de comprendre que notre discours est applicable sur le terrain, notre stade national avec notre public discipliné et rangé des deux côtés de l’Avenue Mokhtar Ould Daddah. »

Je vous jure que c’est ce qu’il a dit au président sinon, ce dernier ne serait pas allé constater de ses propres yeux, convalescent, au point d’exposer devant les caméras du monde ses réflexes strictement humains. Il ne peut plus nier qu’il est quand même humain devant un peuple multiple et joyeux en même temps. Donc, il doit avoir le temps et la disponibilité d’écouter tous les messages qui lui viennent du peuple ou d’une partie de celui-ci.

En tout cas moi si j’étais chef, j’allais revoir ma feuille de route gouvernementale et proposer d’appliquer à la lettre ma mission dont la légitimité émane de toutes nos composantes. Je crois aussi que l’envoyé spécial et les autres ont cette idée en tête : il est possible, impératif voire obligatoire de recréer une équipe capable de jouer sur ce terrain avec un public rasséréné et confiant. Il faut redéployer les joueurs, les insérer ou refonder carrément l’équipe avec un sang neuf puisé chez les locaux. C’est une question de tactique après tout. Enfin comme notre tactique footballistique, celle qui prend en compte les talents des fils du pays, les met en synergie et les lâchent sur un terrain 90mn seulement pour unir les émotions. Non j’ai rêvé que l’envoyé spécial en a parlé. Je suis superstitieux et la coïncidence des événements traduit quelque chose à-venir.

L’incident de Kaëdi constitue un événement qui a pour fonction de rappeler aux citoyens qu’ils ne doivent pas pour une « simple place de marché » réveiller leur xénophobie devenue presque consubstantielle de leur existence quotidienne. C’est regrettable qu’il se produise lors du séjour, mais c’est important, car l’histoire ne ment pas. D’ailleurs cet événement renforce le discours du mouvement et des autres acteurs aussi.

L’événement semble dire : « Vous voyez encore aujourd’hui, et depuis toujours nous parlons de ces histoires au marché, au bureau, dans les services, dans l’armée, dans la rue, dans un restaurant, dans un bus, à l’extérieur… qui perturbent notre nation. » Vous voyez encore pourquoi je suis superstitieux aujourd’hui, car les coïncidences des leçons m’intriguent. C’est incroyable, les FLAM rentrent et puis nous voyons quelques changements intervenir.

Du côté de Madiba, les joueurs et leur staff, le président lui même qui a pris en main l’aventure, comprendront peut être ce que signifie l’arc-en-ciel, cette bande qu’ils voient rarement, barrant l’horizon de notre regard, sous nos cieux. Ils verront les couleurs, mais une bande les unissant, rendant leur beauté sublime, quand elle flotte dans un air dégagé. Respiration profonde pour mieux saisir l’idée du flottement, l’apesanteur, la liberté, l’esprit de création ! Un Mandela est passé par là avec le courage d’un De Klerk assigné à résidence par la loi de la majorité. C’est aussi simple que cela.

La libération de ceux qui ont été arrêtés à Kaëdi augure un apaisement de la situation, mais renseigne toujours encore sur ce qui est à faire aujourd’hui et surtout demain après le retour ! Le combat continue, te diras celui que j’indexe là à l’instant. Il se reconnaîtra.

Donc sur le marché économique c’est dur. Je le soupçonne d’être le lieu, par excellence, du racisme dans tous les pays du monde. Donc, il va falloir réfléchir sur la structure du marché, son organisation… Pour dire vrai, je veux signifier que l’argent du pays doit être mieux redistribué et que l’accès aux marchés publics soit ouvert à l’ensemble des acteurs du pays sans discrimination afin que l’économie générée puisse être infusée dans les maillons les plus faibles de la société. Avec toutes ces opérations, nous aurons moins de pauvres et nous lutterons contre la promiscuité des marchés qui réveille la xénophobie et l’intervention ciblée de la police chargée, pourtant, de gérer notre sécurité à tous.

 

Vous voyez qu’au stade le président était à l’aise, se permettant même de jouer au foot de manière virtuelle, sautillant, souriant, applaudissant comme un simple spectateur. Je dis bien comme un simple spectateur, car malgré sa loge nous avons vu le même match, nous avons eu la même émotion et finalement nous nous sommes souris sans nous soucier de l’écran qui nous sépare. Donc le stade peut bien jouer un rôle dans la convergence des différences, même s’il peut aussi être le siège de la destruction des acquis. Mais je crois que cela dépend aussi de l’enjeu. Car ici le gain est collectif et non comptable et individuel, car il relève de l’émotion alors qu’au marché de Kaëdi il faut bien être solide de nerfs wogave ou pas sous 45°, ruser pour s’en sortir car nos régions n’offrent aucun service sauf celui d’une administration lourde et souvent malveillante avec une catégorie des citoyens.

 

Ces deux événements que je viens de commenter marquent le retour des FLAM, je crois.

 

Donc, je suis obligé d’être superstitieux moi qui criais tout haut : « Hey rentrez ! ». Je suis obligé, car j’y vois un signe : le combat doit continuer avec un nouveau look pour mettre à genou ceux qui ont toujours parlé de « peste ». Il faut qu’on les immunise de leur peste pour mieux les capturer. Le médecin qui soigne son malade y trouve un allié sûr, wallaahi. En tout cas les membres de l’équipe nationale reçus par le président ne sont pas sortis de cette audience déçus. Même l’envoyé spécial des FLAM aussi est sorti rassuré que son mouvement ait fait l’excellent choix de rentrer au bercail. La presse en a rendu largement compte et des polémiques sont nées. C’est aussi un excellent signe de l’existence d’une chose sur laquelle il faut devoir compter dans un contexte qui ne cesse de changer. Et puis, je ne sais pas s’il était encore là, il a pu tester, ne serait-ce qu’une infime partie de l’atmosphère de la nation le jour de la victoire. Ce sont ces événements en coïncidence/résonnance qui me rendent superstitieux aujourd’hui.

 

La superstition rend service, car elle peut tranquilliser. Et puis, nous les hommes nous aimons les coïncidences heureuses ou malheureuses pour discourir infiniment sur leurs significations et leurs influences possibles sur notre vie. C’est pourquoi ces deux événements me font dire ce que je dis à l’instant. Une équipe qui gagne alors que les FLAM sont là ! C’est un excellent signe non ! Un président convalescent qui tape sur un ballon imaginaire et qui se réjouit pendant que les FLAM sont là ! Un événement malheureux qui nous avertit et nous rappelle une histoire en même temps pendant que les FLAM sont là ! Ça, ce sont d’excellents signes venant de toutes nos divinités et des plus insolites d’entre elles.

 

Il ne faut jamais y voir un hasard ou une superposition de coïncidences froides et insignifiantes. Ce sont des prières pour la réussite de la mission de retour. En tout cas c’est ce que je crois comme vérité aujourd’hui. Demain nak, je ne sais pas. On verra !

 

Je suis donc superstitieux et ce n’est pas interdit en plein ramadan. C’est à croire ou ne pas croire. D’ailleurs le ramadan aussi nous rappelle de tristes événements, mais admettons les comme des éléments de notre histoire que nous devons assumer tous, bourreaux et victimes confondus. Mais c’est aussi un mois de rahma je crois. Je ne sais plus comment cela s’appelle en arabe. Sinon, les FLAM ne seraient pas sur le point de revenir à faire gagner notre équipe nationale, même si des gens s’élèvent contre leur nom : Mourabitoune. En retraite parce qu’en avance sur la nation en construction ?

 

En avril dernier j’étais sur la tombe d’Abdallah Ibn Yacine, sur les collines du moyen Atlas dans la région du Zaïr, au Maroc. Je me suis demandé comment ces messieurs originaires de la vallée du fleuve Sénégal ont fait pour traverser ce désert et planter leur drapeau dans ce paysage paradisiaque qui environne la ville actuelle de Rabat. Abdallah Ibn Yacine surveille du haut de sa colline toute la région et ses tribus. Au bas de la colline, d’une hauteur moyenne de 500 m, coule un mince oued alimentant des milliers d’oliviers sauvages. Extraordinaire exploit historique avec les War Diabi Ndiaye du Tekrur dont les armées se montrèrent téméraires lors de la conquête de l’Espagne. Ah oui, ceux qui pensent que les Mourabitounes sont les seuls ancêtres des berbères ( !) se trompent lourdement. Ceux du ribat –la retraite, je crois-, inspirateurs des révolutions théocratiques de Nacer Eddine, du Bundu, des Almamys du Fuuta Jaloo, du Macina jusqu’à Ousmane Dan Fodio. L’histoire c’est une chose complexe, compliquée et il n’est évident d’en démêler l’échafaud avec le dépit du sentiment d’exclusion qui peut toujours nous distraire. Là, la discussion risque d’être longue et les FLAM ont cette question dans leur ordre du jour dès leur retour.

Mais je crois aussi que ces débats sont souvent inadéquats. Il faut attendre que nous réglions les problèmes de places au marché de Kaëdi pour en discuter. C’est trop compliqué l’Histoire, donc il faut y aller avec des pincettes sinon on risque bien d’être pincé par les hypothèses étroitement nationalistes des écoles de chez nous. Donc chemin étroit à éviter quand on négocie une nouvelle insertion.

De toutes les façons moi, je suis superstitieux et je n’aime pas beaucoup les signes qui perturbent ma tranquillité. Je préfère donc me concentrer sur les événements heureux pour mieux comprendre leur message et la démarche de ceux qui les portent. C’est cela mon problème moi. Je dois veiller sur quelque chose qui semble ne pas me concerner alors que j’ai envie de crier si, cela me concerne oui. Sinon je n’allais jamais arborer l’habit du superstitieux concret donc pragmatique et chercher à vous persuader, vous lecteurs, que ces deux événements sont importants et sont des signes de changements après l’amorce de retour des FLAM.

Je crois que ces deux événements sont importants même si l’un d’entre eux a failli prendre le chemin du deuil. Finalement, j’ai, entre les mains, une médaille avec ces deux faces et je peux la retourner sur la figure de la qualification de l’équipe nationale. Et si elle ramenait la coupe ? Le résultat final sera vitalement important : la naissance d’une émotion partagée.

Bon pour ne pas reprendre la même khoutba d’il y a quelques jours, je m’en arrête là, pour que la superstition puisse jouer pleinement son rôle. Mais pour que les deux éléments qui structurent ma superstition aient leur véritable poids, il faut que la dernière phrase de ce paragraphe, que je cite, puisse se transformer en réalité : « Même si la mission de prospection des FLAM n’a pas dressé de bilan, force est de constater qu’elle a réussi, à tout le moins, à briser la glace. Le mouvement, considéré, jusqu’ici, comme « peste », a réussi à se faire écouter. Le message est passé, il reste à transformer l’essai, en réservant un bon accueil à la délégation présidentielle du mouvement. » (lire : « Retour des FLAM : La glace est brisée », http://www.cridem.org/imprimable.php?article=645725, visité le 25/07/2013).

Pour devenir un superstitieux pragmatique il faut bien que la foule vienne, le jour de l’effectivité du retour, valider cette prophétie qui s’y cache.

 

 

Abdarahmane NGAIDE (BASSEL), Dakar, 26/07/2013

FLAMNET-AGORA: Incidents de Kaédi ou violences intercommunautaires

altMarché de Kaédi, 7 juillet 2013. Une dame, négro-africaine, se fait injurier puis gifler par un jeune arabo-berbère ( ?) qui pourrait être son fils. Cela se passe en Mauritanie. C’est-à-dire dans un pays islamique et de tradition africaine. Un pays où on naît et on grandit dans le culte de la déférence à l’ainé, au plus âgé que soi, fut-ce d’une année. Cela a eu lieu dans un pays où, jadis, dans la rue ou dans un lieu public, on allait à la rencontre de la personne pouvant avoir le même âge que son père ou sa mère — pour lui rendre service — plutôt que d’attendre d’être sollicité par elle.
 
Considérant, à juste titre, l’avanie faite à la pauvre dame comme un fait inacceptable et intolérable, des jeunes négro-africains ont cherché à faire eux-mêmes justice. Quand l’État s’éteint ou fait comme s’il n’existait pas, quand ses représentants locaux ferment les yeux ou prennent parti…, c’est le chaos qui s’installe, avec pour devise « œil pour œil, dent pour dent ». N’ayant pas observé que les autorités, au niveau national et local, avaient mesuré toute la dimension de l’incident et qu’elles s’attelaient à lui trouver des solutions justes et apaisantes, les jeunes s’« [attaquèrent] aux commerces… ». « Le marché et les boutiques appartenant aux commerçants maures [furent] particulièrement visés […], vandalisés par les jeunes de Kaédi. », apprend-on. La détermination des jeunes à laver l’offense fut telle que la tension et l’insécurité qui en résultèrent contraignirent « Les commerçants maures à se réfugier chez le Wali pour être en sécurité. » (Propos rapportés par DIA ABDOULAYE VIA CRIDEM et publiés sur Boolumbal.Org — propos qui auraient été tenus par la dame victime de la gifle.)
 
 
Arrestations. Emprisonnements. Présence massive des forces de police… Kaédi vit au rythme d’une intense tension interethnique. Organisations de la société civile et partis politiques essuyèrent critiques et imprécations, non méritées, adressées par certains commentateurs et quelques hurluberlus toujours aux aguets, toujours prompts à se livrer  à des papotages sur le premier fait ou évènement venus sans même en savoir les tenants et les aboutissants. Il leur est reproché, à tort, d’avoir tardé à réagir, à condamner, à se rendre au chevet de Kaédi… Faisant du principe maoïste (« Sans enquête pas de droit à la parole ») leur credo, certaines de ces Organisations et quelques partis politiques ne s’expriment qu’une fois en possession d’informations fiables sur les incidents en question, et après avoir été en contact avec les principaux protagonistes. Les Notables de la ville sont sollicités. Tout le monde appelle à l’apaisement, et pointe du doigt la partialité des autorités locales ou leur incompétence.
 
 
Au-delà des récriminations, des condamnations et des appels à l’apaisement, légitimes, que révèle une fois de plus cet incident qui a donné lieu à ces évènements ? Pourquoi l’étincelle (une dame victime d’une gifle précédée d’une injure) a mis aussi vite le feu dans tout Kaédi ? Si la victime et l’auteur de la gifle étaient de la même ethnie, de la même communauté, l’incident aurait-il provoqué une réaction aussi violente, massive et spontanée ? J’en doute ! A-t-on jamais vu en Mauritanie un incident de même nature au sein d’une même ethnie, d’une même communauté ? Pas à ma connaissance ! Des actes d’impolitesse, des propos désobligeants, venant d’un jeune à destination d’une personne plus âgée, oui, cela peut arriver, encore que cela est rarissime dans nos sociétés. Mais porter la main sur celui qui a l’âge de son père, de sa mère, de son grand-frère…, sauf à avoir affaire à un malade au sens psychiatrique du mot, c’est du jamais vu dans nos sociétés. Si ce jeune a osé porter la main sur cette dame, c’est en définitive à cause du racisme d’État ambiant, de la certitude de bénéficier d’une impunité et de la protection de l’administration. En 1990/1991, dans une institution (l’armée) où la discipline et l’obéissance étaient à l’honneur, les exécutions extrajudiciaires des militaires noirs eussent été inconcevables — que dire de leur mise en application — sans le racisme d’État, sans la bénédiction du pouvoir exécutif et des autorités militaires de l’époque. Sans cela un militaire, quel qu’il soit, quelle que soit son ethnie, se met au garde-à-vous devant son supérieur, quelle que soit l’appartenance communautaire de celui-ci, plutôt que de lui trancher la tronche, parce qu’il est noir, ainsi que cela s’est passé.
 
 
Le racisme d’Etat met constamment à mal l’unité nationale. Il pose la question de la cohabitation de nos communautés. Que les ONG et partis politiques soient prompts à donner de la voix à chaque fois que surgit une tension interethnique née ou encouragée par des pratiques ou des gestions étatiques ou administratives racistes, on ne peut que s’en féliciter. Cela, naguère, ne se voyait pas. Mais les ONG et partis politiques rendraient plus service au pays s’ils mettaient au cœur de leurs préoccupations et priorités les voies et moyens pour réaliser un vaste débat national sur la cohabitation entre nos différentes communautés, notamment dans ses dimensions organisation et gestion du pouvoir politique en Mauritanie. L’unité nationale ou la cohabitation communautaire est la question politique numéro un. Nous ne cessons de le ressasser depuis plusieurs années. Lorsque le pays est sans cesse mis à feu et à sang du fait de la marginalisation et de l’exclusion à caractère raciste de certaines composantes nationales, faire de l’unité nationale une question politique centrale s’impose. Et cela passe par la recherche d’une concertation nationale autour de la cohabitation.
 
 
Pour l’instant, en dehors de TPMN, du PLEJ, de l’AJD/MR et des FLAM, nous ne voyons aucune autre formation mettre au centre de ses priorités politiques l’éradication du racisme d’Etat via un débat national sur l’unité nationale. Nous sommes loin du compte. Loin du bout du tunnel. Alors les incidents de Kaédi, sous une forme ou sous une autre, se reproduiront. À Kaédi ou ailleurs. Et on reviendra à Kaédi ou on ira ailleurs, avec les mêmes discours, les mêmes incantations. Cela peut apaiser, réconforter. Cela peut contribuer à élargir sa base électorale — perspective des prochaines échéances électorales oblige. Mais cela ne guérit pas le mal récurrent né d’une cohabitation inégalitaire.
 
Boye Alassane Harouna
26 juillet 2013

www.flamnet.info

 

Le Maroc est-il un pays raciste?

Affiche prise en photo dans un immeuble de Casablanca / © Facebook Affiche prise en photo dans un immeuble de Casablanca /

Si vous êtes Subsahariens vivant au Maroc, ne rêvez pas: on ne vous louera pas d’appartement.

«Interdiction de louer des appartements aux Africains». Ces pancartes s’affichent de plus en plus dans les halls d’immeuble à Casablanca et circulent sur les réseaux sociaux, rapporte France 24.

Les photos ont été prises essentiellement dans la zone résidentielle de Farrah Essalam, dans le quartier d’Oulfa, qui regroupe beaucoup d’étudiants venus d’Afrique subsharienne.

Illégale, mais pourtant courante, la discrimination raciale s’applique chez un certain nombre de propriétaires marocains à l’égard des natifs d’Afrique subsaharienne. Nafissa, étudiante ivoirienne de 24 ans, retrace son expérience pour France 24.

En 2012, elle loue un appartement dans la résidence Areeda avec deux étudiantes. Très vite, elles reçoivent des menaces de la part des autres habitants à cause de leur couleur de peau. Fin 2012, dans le hall du bâtiment, elles aperçoivent une affiche en arabe signé par «l’ensemble des propriétaires», qui stipule qu’il est «interdit de louer des appartements à des Africains».

D’après le site, les menaces se font encore plus pesantes et le propriétaire demande aux étudiantes de quitter les lieux, ce qu’elles refusent. C’est finalement la police qui intervient pour les forcer à partir. Les filles sont emmenées au commissariat où l’une d’elles subit la brutalité policière, selon l’article.

Violence quotidienne

L’étudiante interrogée par France 24 assure qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé. Elle a fait face aux mêmes difficultés dans son nouvel appartement, elle a le sentiment que l’administration la traite différemment à cause de sa couleur… Et elle témoigne d’un sentiment de malaise vécu au quotidien par les étudiants africains, victimes de racisme ordinaire: dans la rue, les passants lui jettent des fruits, parfois même des cailloux, d’après l’article.

Les relations entre Marocains et Africains ne sont donc pas au beau fixe. Pourtant, la politique du royaume chérifien est plutôt d’encourager les jeunes Africains à venir étudier sur son territoire, nuance le journal. Ils sont environ 8.000 subsahariens à s’être inscrits dans les établissements d’enseignement supérieur du Maroc et de nombreuses démarches sont entreprises pour leur faciliter la vie : couverture médicale, bourses de l’Etat…

Le Maroc est-il alors un pays raciste? Ses représentants auront l’occasion d’en discuter autour du projet de loi déposé le 15 juillet par le groupe parlementaire du Parti Authenticité et Modernité (PAM). La proposition de loi vise à sanctionner toutes les formes de racisme et concerne en premier lieu le racisme anti-noir, comme l’explique le député PAM Mehdi Bensaid:

«Le racisme contre les subsahariens doit être combattu. Nous voulons aussi lutter contre les expressions racistes à l’encontre des Marocains de peau noire. Le Maroc est un pays africain, non?»

Lu sur France 24