Category Archives: Agora
Halte à la manipulation
Depuis le putsch du 6 août 2008, la junte militaire au pouvoir à Nouakchott multiplie les man?uvres et autres combines pour justifier, ce qui paraît aux jeux du Monde, injustifiable, à savoir cet énième coup de force des officiers de l’Armée mauritanienne. Toutes les stratégies, même les plus obscènes sont les bienvenues pour discréditer et jeter les pires anathèmes sur le désormais ancien président de la république, Sidi Ould Cheikh Abdellahi, responsable, nous disent-ils de tous les maux de la Mauritanie.
Cette politique de fuite en avant les mènera entre autres dans les différents camps de déportés noirs mauritaniens, rentrés au pays depuis quelques mois. C’est dans ce cadre que nous observons depuis quelques jours qu’une attention particulière est portée à ce dossier par le pouvoir militaire de Nouakchott et ses services de propagande.
Les camps de ces déportés établis dans le sud mauritanien sont devenus en quelques semaines le centre d’intenses activités politico-mediatiques :
– Le 15 août 2008, une mission parlementaire composée de plusieurs députés ouvre le bal en effectuant une visite dans la région du sud de la Mauritanie, pour «rassurer ces concitoyens en leur expliquant que leur retour était le résultat d’un consensus national et n’était lié ni à une personne ou à un parti politique en particulier. »
Les parlementaires leur ont, en outre, expliqué que «le changement du 6 août ne constitue pas un coup d’état mais une rectification d’une dérive du processus démocratique conduisant à un blocage des institutions dont l’institution présidentielle était responsable ».
– Quelques jours, plus tard, succédant à ces députés, plusieurs journalistes de la presse publique et privée mauritanienne dont certains obéissant aux ordres au nouveau maître du pays se rendront dans ces mêmes camps d’où ils reviendront avec de nombreux reportages décrivant la misère vécue par ces populations, depuis leur retour en Mauritanie.
– Les 26 et 27 août 2008, Monsieur Ba Medine, fraîchement nommé Directeur général de l’Agence National d’Appui et d’Insertion des Réfugiés (ANAIR) effectuera à son tour «une visite de prise de contact et d’information au niveau de tous les sites de rapatriés du Brakna ».
Et la mascarade continue de plus belle !
Par cette man?uvre, le nouveau régime militaire de Nouakchott nous livre là, notamment par sa presse déjà officielle, un cynique spectacle politique :
Les titres et les articles sur la condition de vie des déportés mauritaniens, vivant dans les différents sites de la région du sud font légion et sont à lire sur tous les journaux et par tous les internautes mauritaniens. Jour après jour, reportages après reportages, les images de la télévision mauritanienne, passées en boucle, nous montrent quant à elles, ces pauvres personnes exhibées comme du bétail devant leurs caméras et répondant aux questions des journalistes officiels du HCE, qui tiennent coûte que coûte à leur faire «cracher le morceau ».
« Depuis notre retour en Mauritanie, nous vivons dans cette misère par la faute du président déchu et sa mauvaise gestion de leur retour ». Doivent-ils affirmer !
A la TVM, La mise en scène est comme à l’habitude grotesque : Toujours bien droits devant la caméra et en arrière plan, les misérables tentes bleues du HCR, nos parents déportés, devenus subitement et curieusement le centre de toutes les préoccupations se voient obligés de se lamenter et de demander aux «nouvelles autorités » mauritaniennes de leur venir en aide. Et évidemment, comme on peut le deviner, tous ces reportages se terminent par cette prophétie : Maintenant que le Général Mohamed Ould Abdel Aziz est bien là, tous les problèmes de «tous » les Mauritaniens seront résolus, « nous allons améliorer vos conditions de vie et accélérer le retour de ceux d’entre vous qui sont restés au Sénégal et au Mali ».
Nous allons vous sortir de cette catastrophe dans laquelle vous a mis cet ignoble Sidi.
Voilà encore une nouvelle moquerie à laquelle commencent à adhérer quelques-uns de nos frères, comme Monsieur kane Al Houssseynou ancien officier de l’Armée mauritanienne, aujourd’hui principal initiateur des marches de soutien aux putschistes en France, qui dans une réponse adressée à Hoorehaaloore le 20 août 2008 et publié sur Flamnet écrivait ceci, «le Général Aziz s’engage à régler les problèmes des déportés et de l’injustice, pourquoi ne pas y adhérer et soutenir ». Quelques jours auparavant, Monsieur Alassane Hamady Soma Bâ dit Balas, Président du Collectif des Opérateurs économiques victimes des événements de 1989 en Mauritanie (COPECO/89Rim) martelait quant à lui dans une déclaration rendue public le 14 août 2008 que «nous demeurons attachés au règlement du passif humanitaire et au retour des réfugiés ; et nous refusons d’entrer dans le jeu des condamnations et autres contestations contre-productives. Seuls les intérêts des victimes dictent notre conduite. »
Les multiples photos de ces déportés prises également dans ces «zoos humains » et publiées, il y a quelques jours sur CRIDEM et sur bien d’autres sites n’en font pas moins dans la surenchère. Ici on n’hésite pas exposer les clichés de vieilles femmes malades, de pauvres enfants qu’on nous dit «affamés », de vieillards mal en point, etc. Une fois de plus, les souffrances de nos frères et s?urs déportés sont honteusement exploitées sans pour justifier les basses forfaitures de ceux-là mêmes qui les avaient jetés hors de leur pays.
Toutes les cartes sont désormais à utiliser comme argument politique pour abattre le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, y compris celle des Kwars (Nègres).
Ne vous fatiguez chers messieurs !
Vous ne parviendrez pas à manipuler ces personnes que vous avez toujours méprisées, qui n’ont jamais mérité d’être mauritaniens selon ces thèses racistes que vous avez soutenues jusqu’au 6 août 2008 et que vous continuerez bien sûr à défendre après le passage de la tempête.
Cette cynique mise en scène montée par ces «journalistes » sans scrupule amassés par-ci, par-là, et par ces quelques politiciens n’arrive pas à nous distraire.
Nous avons bien compris que par tout ce petit manège et cette hypocrisie qui entourent vos agissements, vous cherchez tout simplement à amasser de fausses vraies preuves à mettre sur le compte de la mauvaise gestion du pays par le président Sidi Ould Cheikh Abdellahi.
Depuis quand, la condition de vie d’un kowri ( Nègre), ce citoyen de seconde zone, cet « aventurier » est devenue une cause d’anxiété pour vous ?
Ce cirque auquel nous assistons depuis quelques semaines vise également à abuser quelques Negro-mauritaniens, toujours naïfs qui peuvent voir en vous des hommes, charitables, aux mains propres, résolus à réparer tous les crimes commis contre leur communauté. Au fait, ils devaient tout bonnement comprendre que vous êtes en train de prendre les devants : des militaires qui reprennent en mains leur propre dossier à charge.
Il est peu de dire que Sidi Ould Cheikh Abdellahi n’était plus cette assurance tout risque sur laquelle pouvaient compter ces officiers putschistes.
C’est pourquoi au titre des raisons ayant conduit à votre coup d’état, vous n’évoquerez pas, bien sûr, le fait que Sidi Ould Cheikh Abdallahi envisageait l’ouverture du dossier relatif à vos responsabilités dans les déportations et les massacres génocidaires de 1986 à 1991.Comme vous n’avez jamais pardonné à Sidi, ce président qui ne devait être autre que votre marionnette, sa trahison que constitue ce retour même lacunaire de ces Kwars (Nègres) que vous avez injustement chassés de leur pays.
Nos parents déportés n’ont jamais oublié que ces hommes qu’ils ont aujourd’hui en face d’eux, venus leur manifester cette fausse et tardive compassion, ont été envoyés par ces mêmes militaires qui, il y a 19 ans, alors agents zélés d’une idéologie raciste avaient décidé de les embarquer, avec femmes et enfants, dans des camions pour les jeter de l’autre côte de la frontière, parce qu’ils n’étaient pas Arabes.
Nous comptons sur la vigilance de nos frères et s?urs déportés qui pendant toutes ces longues années ont vécu dans les camps de réfugiés au Mali et au Sénégal sans jamais courber une seule fois l’échine.
Vous pouvez être sûrs qu’ils ne tomberont pas dans votre sadique piège. La manipulation non plus ne passera pas.
A ce titre, je salue ici le courage et la lucidité du communiqué des réfugiés mauritaniens établis au Sénégal, publié le 26 août 2008 qui demandait ;
« l’instauration du fédéralisme en Mauritanie pour mettre fin au racisme ».
Non à l’oubli
Non à l’impunité
La lutte continue
Par Souleymane Ball, Bordeaux-France- FLAM-Europe de l´Ouest
Le pardon comme préalable à la réconciliation et à l’unité nationale réléve de l’utopie
Une frange importante de la population mauritanienne a vécu une politique d’oppression, de représsion et d’exclusion syséematiques et barbare durant plusieurs années. Cette politique a génèré des crimes contre l’humanié qui se sont materialisés par la déportation massive des populations noires, la confiscation de leurs biens fussent-ils meubles et immeubles, les exécutions extrajudiciaires et des emprisonnements de citoyens paisibles sans procés équitables. En somme, de 1989 à 1991, les régions du Sud peuplées en majorité de Noirs ont connu une période d’exception. La concommitance et la gravité de ces violations de droits de l’homme en Mauritanie exigent de la part du nouveau pouvoir une volonté et un courage politiques pour restaurer l’Etat de droit auquel tous les citoyens aspirent.
Restaurer l’Etat de droit veut dire, rétablir le climat de confiance entre le peuple, entre les victimes et le nouveau pouvoir, par la prise d’actes forts, crédibles, perceptibles et palpables. Les veuves, les orphelins, les rescapés des prisons arbitraires, les patriotes de ce pays, les personnes éprises de paix et de justice, bref toutes les victimes ont besoin d’être édifiés, d’être rassurés par ceux qui ont la chance de gouverner ce pays. Ils ont besoin d’avoir des garanties et des assurances qu’étant citoyens, d’être protégés et sécurisés à l’instar de leurs compatriotes arabes. Ils ont besoin de la vérité, d´une justice et de la réparation:
1- La vérité. Ils ont besoin de la mise en place d’une commission d’enquête indépendante qui a les mains propres, pour faire la lumière sur ces violations graves, tangibles et incontestables des droits de l’homme établies depuis 1986 à 1991 sur le territoire national. Ils désirent retrouver leurs parents assassinés et enterrés dans des fosses communes pour s’acquitter de leurs obligations religieuses envers ces derniers.
2- la justice. Ils ont besoin dorénavant d’une justice indépendante pour gérer tous les dossiers de litige. Je dois rappeler que le plus grand mal vécu en Mauritanie depuis l’indépendance, c’est l’absence d’une justice, incorruptible, ininfluencable, une justice au service de tous les citoyens et des non citoyens.
3- la réparation des préjudices subis.
a) les déportés et les réfugiés doivent recouvrer leurs biens meubles et immeubles confisqués par les autorités et remis illégalement à d’autres compatriotes. Ces recommandations sont valables pour les pièces d’état-civil. De surcroit, l’identification le recencement et le rétablissement des pièces d’état civil et les biens meubles et immeubles doivent être opérés non seulement à l’égard des réfugiés installés au Sénégal et au Mali ( Accord du gouvernement), mais cette opération doit cibler aussi des milliers de Négro-mauritaniens éparpillés dans les quatre continents, Amérique, Europe, Asie et la région de l’Afrique centrale. Ces réfugiés et éxilés politiques installés dans ces quatre continents constituent une frange importante et souhaitent accéder à leur citoyenneté pour éventuellement pouvoir remplir leurs devoirs de citoyens lors des prochaines échéances électorales et ce, dans les pays de résidence à l’instar des pays qui se disent démocratiques.
b) les ayants droits des victimes des exécutions extrajudiciaires doivent être indemnisés. Toutes ces mesures ne doivent pas exclure la manifestation de la vérité et de la justice.
La réconciliation et l’unité nationale ne se décrétent pas, ne s’improvisent pas ne se limitent pas à des déclarations d’intention. En revanche, elles se construisent par la prise d’actes forts, crédibles susceptibles de soulager les victimes, de rétablir la confiance et de rassurer tout le peuple. C’est pour quoi la cohabitation doit avoir pour fondement le respect réciproque des régles de coexistence d’un peuple qui sont définis dans la constitution. De ce fait, le réamenagement de la constitution à l’image physionomique, géographique, culturelle, sociologique et historique de la Mauritanie; la création d’une justice indépendante et le partage du pouvoir constituent les impératifs susceptibles de générer la cohésion nationale. La réconciliation nationale, l´unité nationale et même l’existence de la Mauritanie doivent être fondés sur le respect sans équivoque des droits de l’homme dont le pouvoir actuel à la charge de veiller et de gérer équitablement.
Vive la justice.
Non à l’oubli.
La lutte continue!
Par Sall Abou Hamath (Membre du Conseil national des FLAM et ancien déporté) Baltimore- USA
Rencontre entre les FLAM et SIDIOCA: Encore, Monsieur le Président
En fouillant ce matin le silo à articles de votre site, j’ai failli tomber à la renverse. Mes yeux, comme hypnotisés, ne parvenaient pas à se détacher des deux photos accompagnant le communiqué des FLAM annonçant l’audience accordée à leur premier responsable par son excellence, Monsieur Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdellahi, Président de la république islamique de Mauritanie.
En dépit du retard dans l’obtention de l’information (les contempteurs se délecteront certainement et feront feu de tous bois), cet événement, grand dans l’histoire d’un pays incapable encore de régler ses différends intérieurs, mérite d’être apprécié à sa juste mesure.
Que de symboles dans cette rencontre de New York entre le mauritanien le plus puissant, le président,et le chef de l’organisation négro-africaine (malgré elle) la plus puissante, Monsieur Samba Thiam sous le ciel américain, pays le plus « puissant » du monde ! Notre joie est indicible et Monsieur Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, en posant ce nouvel acte, montre une farouche détermination à tendre la main à tous ses compatriotes.
Après avoir dit la compassion de la nation pour la période douloureuse vécue par les communautés noires du pays, après avoir criminalisé l’esclavage, le voilà qui noue le dialogue avec les Forces de Libération Africaines de Mauritanie par l’entremise d’une audience accordée à son Président.
Quarante ans années de « satanisation » viennent de connaître leur épilogue. En rencontrant le premier responsable des FLAM, notre Président met fin à l’une des campagnes de diffamation d’un mouvement politique les plus véhémentes de l’histoire contemporaine africaine. Qui n’a pas mis la main à la pâte pour couvrir d’opprobre les camarades de Lam Moussa jetés aux orties et accusés même d’avoir épaulé les vandales sénégalais lors des regrettables incidents d’avril 1989?
Jamais un mouvement n’a essuyé autant de haine, d’adversité même si le plus souvent celle-ci est allée au-delà des règles de l’art de la simple opposition politique. A un moment de son histoire, ce mouvement fut la cible des partis et de l’état qui avait vu en lui la seule opposition pouvant faire vaciller les équilibres précaires sur lesquels il s’appuie depuis belle lurette.
La répression qui allait suivre a drastiquement fragilisé cette organisation qui ne trouva son salut que dans l’exil, un exil qui aida à revigorer les forces éprouvées dans le bagne de Oualata et sur toute l’étendue du territoire national. Qui ne se souvient pas de la gigantesque chasse aux sorcières opérée par le régime de Taya ? Pourtant, les termes du manifeste à l’origine de la spirale de la violence sont on ne peut plus nets sur la volonté de cette organisation de bâtir une Mauritanie débarrassée des avatars du racisme, un pays pluriel où les différences doperaient le développement.
A cet appel pour une Mauritanie fraternelle, l’état et les autres groupements politiques ont répondu par un mépris souverain qui n’a jamais désaxé les FLAM. Fort du patriotisme irriguant les veines de ses membres, le mouvement s’est maintenu cahin caha, arpentant les sentiers de l’exil pour prêcher la bonne parole, indiquer les bonnes pistes pouvant favoriser l’envol d’un pays que ses militants aiment plus que tout et autant que tous les autres groupes politiques réunis.
La rencontre historique du 27 septembre 2007, en dépit des adversités politiques, sonne comme une victoire des mauritaniens sur eux-mêmes. Un peuple n’est grand que dans sa capacité d’établir des passerelles, d’édifier des ponts pour favoriser les retrouvailles de ses diversités éparses.
Nous saluons le courage politique du premier Président élu démocratiquement de Mauritanie. Nous l’encourageons à prendre d’autres initiatives afin de provoquer des assises nationales qui seraient pour les mauritaniens de tous bords un formidable instrument afin de détruire les barrières inopportunes, les jugements infondés et les ressentiments rentrés maintenant nos populations éloignées les unes des autres.
Nos pensées vont vers ces jeunes élèves, ces patriotes émérites qui traversèrent en catimini le fleuve en 1986 dans le dénuement le plus complet pour continuer la lutte avec des moyens dérisoires, après la terrible répression contre les auteurs du manifeste du négro-mauritanien opprimé. Nous saluons les rescapés du bagne de Oualata qui, au lieu de panser leurs blessures, ont rejoint les autres sur le chemin tortueux de l’exil pour maintenir le flambeau de la résistance. Nous pensons aussi à ces cadres et à toutes les bonnes volontés qui ont préféré abandonner leur confort familial et matériel pour s’investir dans l’avènement d’une Mauritanie de concorde, de fraternité véritable, d’égalité et de justice.
Nous saluons le Président Samba Thiam pour sa persévérance et son haut sens de la patrie. Cette consécration, nous le savons, il la mettra à profit pour rapprocher encore davantage les mauritaniens de toutes ethnies et de toutes obédiences et pour poser avec doigté les problèmes essentiels entravant notre pays.
Au lieu de nous faire la lippe, continuons de débattre, poursuivons cette quête franche de solutions à nos maux, abattons les vieilles palissades et arrimons nous à cette certitude : nul ne hait le pays qui a vu naître ses pères.
En acceptant de recevoir le leader des FLAM, le Président de la république a pris une initiative heureuse. Au moment où des thèses séparatistes trottent dans l’esprit de certains de nos compatriotes des deux bords, cet acte apparaît comme le meilleur rappel à l’ordre. L’entité mauritanienne survivra car elle est la volonté d’une écrasante majorité décidée de s’élever au-dessus du tumulte, de résoudre ses problèmes intérieurs dans la concertation et de relever les défis que lui lancent une géographie calamiteuse et une histoire emplie de convoitises.
Par cet acte, de Nouakchott jusque dans l’Ohio, de Niabina jusque dans les pavillons crasseux de la banlieue de Paris, des milliers d’exilés retrouveront le sourire et la confiance en leur pays.
Encore, une nouvelle initiative Monsieur le Président de la République.
Dakar le 13 octobre 2007.
Souleymane Bâ, Dakar Sénégal.
Empressement suspect à ramener et hâte irréfléchie à absoudre.
Les mauritaniens seraient-ils d’éternels naïfs, d’éternels enfants qui préfèrent prolonger leur fugue pour ne pas subir l’ire paternelle après une vétille? Au regard des délires et des jérémiades qui inondent le site cridem, on est fondé à le croire.
Alors qu’une formidable opportunité leur est offerte pour entamer une guérison et se désentraver des forfaitures du passé, les voilà qui reproduisent les mêmes divisions montrant ainsi, n’en déplaise aux optimistes guindés, que ce vaste territoire s’attribue le titre de nation de façon très indue.
En mettant à exécution une promesse électorale, le nouveau président a déchaîné des passions inattendues. Le pays est devenu un capharnaüm où quelques belliqueux osent même affirmer la perspective du recours aux armes si l’arabité de la Mauritanie était menacée et si l’équilibre démographique justifiant l’hégémonie des maures en venait à être ébranlé. Paradoxale Mauritanie car, sous d’autres tropiques, de telles déclarations auraient valu à leur auteur les foudres impitoyables de la justice, socle de toute démocratie véritable.
Le pays des sables avançant vers le Sud a été, au sortir du dernier processus électoral, installé sur le piédestal des grands pays démocratiques. Les observateurs internationaux, prompts à décerner des satisfecit et des brevets de respectabilité, ont leurré la Mauritanie qui n’a pas rompu avec les recettes les plus viles des dictatures modernes et qui s’abreuve toujours à la mare trouble d’un racisme obligé de muer tout en conservant l’essentiel de ses objectifs.
Trois événements de la vie mauritanienne de ces deux dernières années semblent se tenir et participer d’un même triptyque : la mise à l’écart de Ould Taya, la transition menée par Ely et le sacre du surprenant Sidi Ould Cheikh Abdellahi. Tous les observateurs lucides qui n’ont pas encore perdu la tramontane dans ce jeu lugubre comprennent que le système raciste, pour sortir d’une impasse dans laquelle il s’est encliqueté, a concocté un plan dont le dessein est de colmater les brèches d’une politique désormais démasquée et de plus en plus claudicante au regard des nouvelles tendances imprimant la marche du monde.
Pour s’extraire des nasses de leur déportement, les concepteurs du système, après des mois de conciliabules, ont conclu à trois exigences: faire partir Ould Taya tout en garantissant ses arrières, mener une courte transition militaire qui essuiera imparablement la vindicte d’une communauté internationale plus regardante en matière de droits de l’homme et de démocratie et enclencher un processus électoral au terme duquel l’homme le plus rassurant serait promu Président de la République pour renvoyer après cinq ans de mandature l’ascenseur à un « militaire collé à ses basques ».
Cette analyse qui pourrait paraître, aux yeux de quelques mauritaniens espiègles, déconnectée
de la réalité ou comme le fruit d’une puérile affabulation est corroborée au quotidien par un certain nombre de signes très révélateurs. Taya est destitué pour de graves inconduites et ses tombeurs font tout pour rendre son exil doré. Taya a ébranlé « l’unité nationale » et ses successeurs promettent de sévir contre tous ceux qui seraient tentés de porter plainte contre lui. Le Néron des sables a été éloigné et ses anciens suppôts laissent entrevoir la possibilité de son retour dans le pays natal avec tous les avantages dus à son rang d’ancien chef d’état.
Autre signe on ne peut plus édifiant: sous la transition, alors que l’opposition conséquente lui mettait l’épée dans les reins, Ely avait soutenu mordicus que le problème des déportés trouverait un début de solution avec le régime civil et voilà que Sidi Ould Cheikh Abdellahi en fait un axe de ses premiers jours de mandature, même si son intention n’ira pas au-delà du simple retour des loqueteux dans leurs terroirs d’origine. Pour ne pas s’aliéner les militaires au regard inquisiteur, le pardon obligatoire sera imposé aux victimes. Yall Zakaria, le nègre de service, a déjà donné le ton comme si, hors de ce pardon, le pays courait le plus gros péril de son existence.
Aussi, le nouveau Président reconduit les mêmes règles, les mêmes quotas immotivés et les mêmes critères infondés pour couver la minorité beïdane accrochée à son hégémonie. Le discours officiel fait motus et bouche cousue sur des problèmes essentiels ressurgissant avec une redondance incroyable comme celui de la cohabitation. Le pis-aller pour solidifier davantage les assises du système raciste est incontestablement la black out total sur ce thème se posant pourtant avec une acuité incompressible.
Une fois le trébuchet mis à nu, il importe d’évoquer le cas des groupuscules politiques plastronnant à longueur de journée sur leur rôle chimérique dans le projet du retour des réfugiés. Se parant des plumes du paon, des organisations désuètes et en manque de popularité depuis des lustres tentent d’occuper le devant de la scène. Leurs cibles : les extrémistes des deux bords.
Ce thème éculé n’agraine plus personne. Si la Mauritanie a tangué pendant quarante ans dans des eaux incertaines et si les vrais patriotes comprennent qu’il faut aujourd’hui amorcer un nouveau virage, le mérite ne revient certainement pas à ceux qui jouaient aux équilibristes et aux trapézistes pendant que les forces chauvines tenaient le haut du pavé, tuant, déportant, torturant et humiliant des innocents.
Que faisaient-ils durant ces années de plomb, de démesure alors que les Forces de libération africaines de Mauritanie et Conscience et Résistance investissaient les tribunes du monde pour ameuter l’opinion internationale sur les dérives d’un système au coeur d’airain? S’il y a, malgré la tragédie, un mérite à attribuer, il revient d’abord aux déportés qui ont enduré les affres d’un long exil tout en conservant foi et ferveur pour leurs terroirs.
Il faut également rendre un hommage aux FLAM dont la constance dans la dénonciation et la justesse des analyses constituent un gage pour une Mauritanie égalitaire et respectueuse de ses différences qu’il faut sauvegarder non pas par une théorie sulfureuse et sibylline de mariages intercommunautaires mais par une éducation qui mettrait fin à l’inhibition, qui ouvrirait les vannes enserrant les uns et les autres et qui favoriserait l’osmose tant attendue.
Ignorer les FLAM dans ce processus de rassemblement des débris épars du navire, c’est tout simplement faire preuve de mauvaise foi et appareiller pour une mer encore plus agitée. Dans ce même dessein inavouable, des experts et des analystes politiques mauritaniens aux vues décidément courtes assènent péremptoirement que les FLAM doivent baisser pavillon et se fondre dans la meute instar omnium avec la réconciliation enclenchée.
Un tel galimatias, une thèse aussi balourde et un aveu si indigeste ne résistent pas à l’examen le plus superficiel. Qui ose subodorer dans les circonstances présentes une volonté réelle de changer les donnes en Mauritanie? Ne perçoit-on pas plutôt l’inexorabilité de la fin de l’hégémonie Beïdane pour travailler à différer l’apocalypse en attendant de concocter un autre plan visant à concasser plus encore la partie négro-africaine du pays? Ces questions invitent les FLAM à plus de vigilance.
Les services qu’elles rendent à leur pays depuis leurs différents points de chute sont inestimables. Que les analystes portant des millères comprennent que leur ton goguenard ne distraira jamais les FLAM de l’essentiel : dénoncer les travers d’un système pour fonder une véritable nation.
La Mauritanie, pour réussir sa reconstruction, ne doit pas considérer le pardon comme une panacée pouvant obvier à son mal. Elle doit plutôt explorer la piste de la justice, une justice sereine qui condamnerait lourdement pour l’exemple tous ceux qui ont pris part à la barbarie. Pour prémunir toutes nos communautés du retour de tels périls, il faut sanctionner au prorata des entorses à la droiture commises. Pour évacuer les ressentiments et les rancoeurs, les autorités ont un devoir de vérité et de justice envers les victimes et tous les citoyens. Chercher à extorquer le pardon pour couvrir des personnes fautives serait une piste pour installer définitivement l’impunité. La roue de l’histoire tournant, d’autres groupes pourraient se retrouver un jour dans la situation infâmante de victimes.
Après plus de quatre décennies d’indépendance, de « paupérisme démocratique » et de « disette cohabitationniste », un thème taraude désormais les consciences des mauritaniens :
Le vivre ensemble est-il possible alors qu’on manoeuvre en tapinois pour éterniser l’hégémonie d’une nationalité? Les vrais contempteurs de la Mauritanie, ceux qui trouvent leur compte dans ce racisme anachronique et qui oeuvrent pour la perpétuation du système, ne démordront jamais de leurs certitudes et sortiront toujours de leur escarcelle lugubre la recette clanique, tribale ou ethnique, concourantes du reste, aux fins d’approfondir le fossé entre les différentes composantes du pays. Déjà, les harratines sont au centre de grosses convoitises et on tente de les affrioler, de les affriander et de les aguicher avec des théories de bric et de broc inaptes à masquer le passé de douleur vécu par cette importante communauté.
Ramener les déportés est une bonne initiative. Seulement, on se fourvoierait en tentant de n’en retenir que l’aspect humanitaire : la motivation politique et systémique de leur mise à l’écart ne pouvant souffrir d’aucune contestation. Au lieu de jouer à la mouche du coche et de traiter ce dossier très sensible à la six-quatre-deux, osons d’abord revisiter certains de nos concepts tarabiscotés de tellement de prudence suspecte qu’ils sont devenus à la fois globalisants et réducteurs.
« Le passif humanitaire », « les réfugiés », pour n’en prendre que quelques uns faisant florès de nos jours, inondent la presse et les débats. Nul n’ignore que derrière ces concepts « adoucis » à dessein se dissimulent des crimes abominables, des actes ignominieux, des tombes éparses et des fosses communes qu’il faudrait un jour rouvrir pour que le gamin de Ksar Torchane ou de Kanawal, la fillette de Djaguili, l’ado de Touguène et l’enfant de BélinaBé sachent de quel passé ils sont les héritiers, de quels devanciers ils sont les rejetons et combien de morts innocents leur terre renferme. Ainsi seulement, ils trouveront le levain pour se pardonner, pour s’accepter et pour décider enfin de vivre égaux et libres dans cette terre truffée de paradoxes.
Dakar le 25 août 2007.
Par Soulèye Oumar Ba dit Silèye Samba Hamadi Bâ (Dakar, Sénégal)
Ces FLAM qui dérangent les forces du mal: par Kaaw Toure
Les partisans du système raciste et exclusiviste ont de la suite dans les idées. Le colonel- président déchu est en passe de gagner ses galons de noblesse dans le monde de la politique politicienne, inexpugnable forteresse où le mensonge gaillardement campé prend la forme et les couleurs de la vérité. Il est parvenu encore à se créer d´autres émules, d´autres Francois Soudan, d´autres ex-cocos maitres dans l´art d´éteindre la torche de la démocratie et de maintenir l´ombre là où justement une lumiére crue devrait permettre une transparence.





