Daily Archives: 20/10/2026
Tabital pulaagu
REQUISITOIRE CONTRE UNE IMPOSTURE – L’ŒUVRE AU NOIR D’AMADOU BAKHAW DIAW
(PREMIERE PARTIE).
Par Boubou Senghote.
Il est des dérives que l’indifférence encourage et que le silence rend complices. Au sommet de cette architecture du verbe clivant et de la fable identitaire, trône désormais une figure singulière : Amadou Bakhaw Diaw, président de l’association Mbootayu Leppiy Wolof.
Autoproclamé gardien du temple et archiviste exclusif des gloires de la patrie, l’homme s’est donné pour mission de réécrire le roman national sénégalais à l’encre sympathique du chauvinisme le plus crasse.
Sous le vernis d’un traditionalisme de façade, se cache en réalité un projet de révisionnisme ethnocentriste radical, une véritable entreprise de déconstruction de notre cohésion sociale.
Face à ce qui s’apparente à un sabotage en règle de l’unité nationale, il est temps de faire tomber le couperet de la critique rigoureuse sur une imposture intellectuelle majeure.
Pour qualifier la démarche d’Amadou Bakhaw Diaw, la science historique et le simple bon sens disposent d’un lexique précis : nous sommes face à un mystificateur public et un suprémaciste ethnique.
En érigeant une seule communauté comme l’alpha et l’oméga de la civilisation, des valeurs (le jom, le muñ, la kersa, la teranga) et du génie ouest-africain, ce pseudo-historien transforme la recherche factuelle en un sport de salon à la gloire d’un nombrilisme outrancier.
S’attribuer le monopole historique de la résistance coloniale ou de l’érudition islamique, relève de la pure bouffonnerie intellectuelle. L’islamisation et la science de notre pays ont rayonné depuis le Fuuta-Tooro des siècles durant, avant de féconder le reste du territoire. Prétendre poser un titre de propriété exclusif sur le Fuuta ou sur l’héritage spirituel national, est une amnésie sélective qui frise le ridicule.
Cette tentative de confiscation culturelle est une insulte directe à la mémoire des figures de toutes nos régions : d’Aline Sitoé Diatta en Casamance à El Hadj Oumar Tall, en passant par les résistants sérères, mandingues, soninkés, etc.. L’histoire ouest-africaine est polycentrique et interconnectée ; vouloir l’enfermer dans l’étroit giron d’une seule ethnie est un anachronisme grossier.
Ce qui pourrait prêter à sourire dans un cénacle d’amateurs, devient proprement criminel lorsqu’il s’agit de la stabilité d’une nation. Le Sénégal s’est forgé un modèle sinon unique du moins rare de paix, fondé sur le métissage, les alliances séculaires et ce chef-d’œuvre de désamorçage social qu’est le cousinage à plaisanterie (ndenɗiraagu, kal).
Amadou Bakhaw Diaw et ses thèses hégémoniques agissent comme des fossoyeurs de ce pacte républicain. Semer des récits de supériorité imaginaire ou de hiérarchisation ethnique, revient à instiller le poison de la méfiance réciproque là où régnait la concorde.
Livrer ces élucubrations identitaires à des esprits en construction, flétrit assurément l’esprit critique de la jeunesse. On substitue ainsi à la citoyenneté commune des réflexes de repli identitaire moyenâgeux.
L’histoire contemporaine nous enseigne que l’arrogance culturelle et les lauriers imaginaires sont les combustibles les plus efficaces pour allumer les brasiers communautaires. Le Sénégal ne saurait payer le prix de ces dérives narcissiques.
Devant cette entreprise de falsification qui menace la sécurité publique, le laisser-faire n’est plus une option. Le cadre républicain sénégalais dispose de leviers juridiques et académiques pour siffler la fin de la récréation.
L’application stricte du Code pénal contre les discours de haine, les dérives séditieuses et toute propagande de nature à dresser les communautés les unes contre les autres s’impose donc, sans délai. Car la liberté d’expression s’arrête là où commence le sabotage de l’unité nationale.
L’intervention ferme des instances de régulation (comme le CNRA) pour interdire l’accès des médias et encadrer les espaces numériques face aux prédicateurs du radicalisme identitaire est plus que jamais de mise.
Le Sénégal ne se laissera pas conter son histoire par des idéologues en quête de notoriété identitaire. La mémoire de notre nation est plurielle, métissée et indivisible: elle n’appartient à aucun boutiquier de l’ethno-nationalisme.
Fait à Dakar, le 13 octobre 2026.
Boubou Senghote
Président Tabital Pulagu Sénégal




