Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Quand le racisme d’Etat et l’exclusion conduisent à l’évangélisation de Négro-africains de Mauritanie

Mamadou BA — J’ai conscience d’aborder ici un des sujets les plus sensibles du vivre ensemble en Mauritanie et au Sahel : la configuration et l’ancrage des religions ainsi que leurs enjeux doctrinaires et politiques. Tout commença en novembre 2023, lorsqu’une vidéo échappa à un citoyen mauritanien domicilié à Sélébaby.

Dans cette vidéo de quelques minutes, un groupe de Chrétiens célébrait le baptême d’un nouveau converti. Celui qui semblait être le chef de la cérémonie religieuse versait de l’eau sur la tête du nouvel adepte tout en priant selon le rite chrétien orthodoxe alors que les autres ponctuaient ses “prières” par des “amen” réguliers….

Cette vidéo fit une onde de choc partout en Mauritanie où, tous ceux qui, comme moi, découvraient que leur pays, qu’ils considérèrent jusque-là comme entièrement peuplé de Musulmans, comptait désormais des Chrétiens comme dans tous les pays, au Maghreb et en l’Afrique de l’ouest.

Mais le choc fut beaucoup plus grand pour les Sélibabyens qui, eux, reconnaissaient au moins deux des hommes qui figuraient sur la vidéo: le chef de cérémonie, Monsieur A. Diallo et son second, Monsieur M. Sow. Le premier a été le directeur d’un établissement de formation professionnelle, chef du conseil d’administration de l’hôpital de Selibaby et surtout le premier responsable régional du parti au pouvoir (UPR) pendant des années. Le second est non moins connu puisque, instituteur de son état, il était en ce temps-là directeur d’une des grandes écoles primaires de Sélibaby.

Le choc créé par cette révélation laissa vite la place à la stupeur et la confusion. Dans les réseaux sociaux, l’opinion sélibabyenne se déchainait contre ces gens qui ont osé franchir le rubicon, la ligne rouge, car il était répendu par les marabouts d’obédience malikite que tout musulman qui quitte l’islam de son propre gré devra être puni par une mise à mort immédiate.

La clameur déborda très vite du terrain religieux pour se déployer sur le terrain social, voire sociétal et politique. En effet, certains militants de l’opposition locale virent là une occasion en or pour crusifier définitivement cet adversaire qui leur donnait enfin, sa tête sur un plateau.

Il usèrent et abusèrent d’audios de propagande destinés à gonfler les masses à bloc et à les envoyer “brûler” les maisons de ceux qui sont désormais considérés comme des pariats. Il faut bien le dire: tous les ingrédiens d’une guerre civile larvée étaient là.

Soit pour calmer la foule d’incultes – même si parmi eux on comptait des Imams de mosquée – qui réclamait déjà le sang, soit pour marquer les esprits et décourager ceux qui, dans l’ombre, opéraient une campagne d’évangélisation, l’Etat se saisit de la question.

Ce qui n’est d’ailleurs pas étonnant car en Mauritanie l’Etat est lui-même musulman (l’islam est religion de l’Etat). Les trois hommes qui figuraient dans la vidéo furent appréhendés par la police et placés en détention provisoire avant d’être déferrés à la prison civile de Sélibaby.

A cette époque, face à cette campagne qui n’augurait rien de bon pour la population de Sélibaby, puisque les uns et les autres appelaient à la guerre civile, j’avais dû intervenir dans plusieurs groupes watsap pour y jouer le rôle que j’estimais être le mien : appeler à la sénénité et rappeler à tous que quels que soient nos sentiments et notre surprise face à ces événements, nous ne devrions jamais oublier que nous appartenons tous au même pays, aux mêmes nations. Je rappelais à ceux qui encourageaient à la vendetta que lorsque cette situation advenait, ils ne surtout pas s’imaginent qu’eux et leur familles seraient épargnés, car par défintion, la guerre civile instaure toujours un chamboulement tel que ce sont souvent les inocents qui trinquent le plus la coupe de souffrance.

Enquêtes et délations

Une fois les « principaux présumés coupables » sous les verroux, les enquêtes de police commencèrent. La police locale avait la lourde tâche d’aider à comprendre ce phénomène qui leur tombait dessus comme une pluie de foudre en plein Eté. Elle devait surtout identifier tous ces « nouveaux chrétiens » pour avoir une idée claire de l’ampleur de cette évengélisation sournoise.

Comme en Mauritanie, un secret n’en est jamais un, longtemps. On apprit très vite que certaines organisations non gouvernementales (ONG) auraient oeuvré sournoisement à l’évengélisation des populations qu’elles aidaient dans leur mission humanitaire. Mais le phénomène le plus terrible que nous avons pu observer, c’est le retour de la délation éhontée.

Une délation de masse où les délateurs n’avaient aucune preuve de leurs allégations. Ces hommes vicieux faisaient la queue devant le bureau du gouverneur (wali), les poches bourrées de listes de noms de ceux et celles qui sont accusés d’avoir adhéré au christianisme. N’importe qui pouvait se métamorphoser en délateur.

Il suffisait juste d’avoir un adversaire politique qu’on n’a pas réussi à vaincre par des moyens politiques, à travers des élections mêmes frauduleuses, que quelqu’un occupe un poste de responsabilité que quelqu’un d’autre convoite depuis des lustres, ou tout simplement parce qu’un tel ou tel autre voisin a des prises de paroles très remarquées dans les réunions et qu’il conserve l’aura pour lui tout seul, pour que le militant d’un parti, un fonctionnaire ou un voisin de quartier se retrouve sur la liste des « chrétiens cachés ».

Depuis Nouakchott, la capitale, où j’observais cette situation, je dois dire que j’ai eu froid dans le dos plus d’une fois. En effet, cette délation, encouragée par les autorités locales, me rappelait les terribles événements de 1989 où dans presque toutes les villes de Mauritanie, des citoyens « dénonçaient » (en réalité, ils mentaient) d’autres citoyens, accusés à tord d’être sénégalais parce que la déportation au Sénégal du premier permettait au secon de le remplacer à son poste ou de s’accaparer ses biens immobiliers et mobilier.

De sorte qu’à Sélibaby, en ce temps, il était facile d’apprendre que quelqu’un à la moralité irreprochable, un vertueux musulman « était en réalité un chrétien sournois! »

Dans cette situation d’anomie totale, j’ai appris que, contrairement à son Wali, le commissaire de police de Sélibaby, cette année là, agit avec beaucoup de professionnalisme et d’éthique. Il avait compris très vite que toutes les listes que lui faisait parvenir le premier responsable administratif de la région ne pouvaient être crédibles.

Il avait mené ses enquêtes avec beaucoup de parcimonie et de retenue. Je suis convaincu qu’il avait compris qu’une fièvre vicieuse s’était emparée de sa circonscription et que tous ces nouveaux délateurs n’étaient que de vicieux opportunistes qui profitaient de la situation pour “régler leurs comptes” personnels.

Des pressions énormes furent mise sur les chrétiens identifiés afin qu’ils se repentent et reviennent à l’islam. Beaucoup craquèrent et se répentirent. Mais les têtes de proue résistèrent, arguant avoir définitivement tourné le dos à l’Islam de Mouhamad.

Toutes les instances administratives et politiques du pays furent secouées lorsque l’envergure du phénomène fut évaluée. En effet, le petit groupe des chrétiens de Sélibaby s’était révélé, la face émergée de l’iceberg. En fait, dans d’autre régions de Mauritanie et surtout à Noukchott, il y’avait de nombreux autres mauritaniens devenus chrétiens depuis bien longtemp.

Mais ceux-là appartenaient à des communautés ethniques connues par leur discrétion pour tout ce qui a trait à des sujets tabous ou sensibles. La preuve la plus évidente de ce fait c’est qu’il ya un cimetière chrétien à Nouakchott où on trouve des tombeaux récents qui ne sont point ceux d’expatriés.

Au bout de deux ou trois mois, le noyeau irréductible de ces Mauritaniens chrétiens fut remis en liberté. Les autorités leurs avaient signifiés qu’ils pouvaient vaquer à leurs occupations mais qu’il leur était interdit de s’adonner à des campagnes d’évangélisation.

Il était évident que ce qui apparaissait désormais comme un véritable problème sociétal, religieux et politique”, avait fait l’objet d’un traitement momentané, mais certainement pas d’une résolution durable. La fièvre avait été traitée et calmée, mais pas la maladie.

Exhumation du corps d’un chrétien

En avril 2025, je découvrais dans les réseaux sociaux des appels lancés par un groupuscule extrémiste islamiste, destinés à mobiliser la population de Selibaby contre l’inhumation du corps d’un chrétien dans les cimetières de Sélibaby.

A l’intention des lecteurs de cette réflexions, non sélibabyens, nous devons préciser qu’il n’y a pas de cimétière chrétien dans cette ville pour la simple raison qu’il n’y avait pas de chrétiens. La veille, un jeune ressortissant malien appartenant à l’embryon de la communauté chrétienne venait de sucomber à un accident à bord de sa moto, dans un village, à quelques kilomètres de Sélibaby.

Le groupe des chrétiens, voulant anticiper toute dissention autour de son enterrement, entra en contact avec sa famille (son frère, lui, musulman, me révèle-t-on) pour savoir si ce dernier souhaitait inhumer lui-même son frangin ou s’il n’en avait pas l’intention. Dans le cas où le frère vivant ne souhaitait pas prendre part à l’enterrement, eux voulaient accompagner l’un des leurs à sa dernière demeure.

Celui-ci déclina. Le groupuscule des chrétiens de Sélibaby accuillit et inhuma leur compagnon à l’extrémité Est des cimetières de Sélibaby. Ce traitement dû à tout être humain mort (l’inhumation) a été instrumentalisé par un noyau d’Imams, peu savants, extrémistes et manipulateurs à souhait, pour entraîner la foule dans la contestation.

J’avais alors été particulièrement marqué par la vidéo de l’Imam d’un petit quartier de Sélibaby qui appelait explicitement à l’exhumation de ce corps. “Qu’on aille le jeter où on voudra, mais nous n’acceptons pas qu’un chrétien soit enterré dans le cimétière où sont inhumés nos parents” dit-il, le visage déformé par la haine extrémiste.

Le groupuscule d’Imam qui n’avait pas la réputation d’être courageux, s’en alla rencontrer le maire, puis le Wali (gouverneur), après le hakem (préfet) et enfin le procureur ou le président du tribunal. Plutôt que de rendre compte en urgence à leurs supérieurs, en haut lieu, comme cela convient face à des situations très délicates de ce genre, ces responsables de l’adminstration locale se renvoyèrent la patate chaude.

Et il faut bien le dire sans équivoque, dans leurs différentes réponses au groupuscule des Imams, ils les encouragèrent à persévérer dans leur attitude de refus et de protestation.

Car, si ces autorités locales avaient répondu par un discours de fermeté en affirmant très clairement que cette affaire n’engage plus, ni les Imams, encore moins un citoyen lamda, que le traitement de cette affaire relevait exclusivement de l’Etat qui prendra sa décision et l’exécutera en temps voulu, aucun de ces Imams ainsi que leurs acolytes, n’auraient osé sortir la tête à l’extérieur pour manifester, encore moins aller jusqu’à exhumer un corps en plein midi devant une foule en délire!

Les autorités locales n’ont pas seulement encouragé la population à aller dans la rue, elles ont été les complices de ces extrémistes obscurantistes dans leur action d’exhumation. Une exhumation qui choqua tous les Mauritaniens consciencieux et écorcha durablement l’image de notre pays à l’extérieur.

La preuve la plus tengible de cette complicité, c’est que lors du reproupement populaire qui eut lieu à la place du marché de Sélibaby, les vidéos montraient très clairement, un des greffiers du tribunal de Sélibaby aux côtés d’un des Imams au micro, harangant la foule à travers un discours où les versets de corans étaient sortis de leurs contextes et interprétés avec l’objectif de manipuler la foule.

Aussi après avoir galvanisé son public, le groupe extrémiste s’élança à la tête d’une centaine de personnes, vers les cimetières. Ce qui arriva ensuite fut révélé au monde par des vidéos terribles : des hommes deterrant un cadavre sous la surveillance d’hommes en tenues (police nationale) puis le traînant dans les rues du quartier collège de Sélibaby, devant une foule à la fois hystérique et terrorisée.

Cette image qui a fait le tour du monde restera très longtemps gravée dans la mémoire de l’Humanité. On se croirait au Moyen-âge où l’humain ne comptait pas plus qu’un gibier dans bien des contrées de la terre.

Ce qu’il faut retenir de la tragédie

En revenant sur ces événements, mon intention n’est certainement pas seulement de faire oeuvre d’historien en relatant les choses telles qu’elles se sont déroulées; je souhaite surtout partager mon analyse de cette situation pour, je l’espère, en tirer quelques enseignements.

Dans mes prises de position à travers les réseaux sociaux, au cours de ces événements, certains sont allés très vite en besogne en m’indexant comme l’un des “protecteurs” des chrétiens de Sélibaby”. D’autres, agacés par mes prises de position souvent contraires à leurs desseins, ont remonté cette propagande mensongère auprès des hautes autorités de notre pays.

D’autres encore nous auraient même ajouté à “la liste des chrétiens sournois”. Sans doute que tous espéraient me diaboliser, m’intimider afin que je me taise. “Mais pourquoi voulez-vous que je me taise?”, disait le poète Amadou Elimane KANE, face à l’obscurantisme et à la déchéance humaine!

Aussi, plus d’une année après le déroulement de ces événements, avec la sérénité que procure le recul, je voudrais ici réaffirmer avec force ma conviction pensée et exprimée : le droit de chaque être humain à la liberté de conscience! Oui, je pense que l’Islam, le vrai Islam, celui que Dieu révèla aux Humains par le biais de son Messager Mouhamad (PSL) est une religion respectueuse de l’Humain et de sa liberté.

Nous ne parlons évidemment pas de “l’islam” des hadiss que certains savants, marchands d’idéologies ont créé à force de propagandes et de “Khoutbas”. Allah dit dans la sourate de la vache, verset 256 : “Point de contrainte en religion”.

Dès lors, pourquoi opprime-t-on une femme ou un homme qui, selon son libre arbitre, décide de passer de l’Islam à une autre religion? D’autant que la religion d’arrivée prêche l’adoration d’un même Dieu unique, Fondateur et Maitre de l’univers.

Lui, l’omniscient, omnipotent et et omniprésent! J’ai la convictions profonde que, de Adama, l’ancêtre de l’Humanité et en même temps premier messager, à Mouhamad, dernier des messagers ayant reçu la révélation, c’est le même Islam qui s’est déployé à travers l’Histoire.

Oui, car Islam veut dire à la fois soumission à Dieu-Un et paix! Cet Islam à certes changé de forme au gré de l’histoire, il a pris les couleurs des contrées et des époques de révélation, mais il est demeuré dans son essence et son objectif: rappeler à l’Homme qu’il n’y a de dieu que Dieu, l’Unique et participer à faire régner la paix sur la terre.

Et je voudrais ajouter ceci : dans l’expression de ma pensée, de mes convictions, je n’entends me laisser intimider par personne! Ni autorité, encore moins un être humain, ancien spermatozoïde/ovocyte 2 et futur pouriture de cadavre! Cette affirmation faite, je souhaite poursuivre mon analyse en identifiant les causes profondes qui ont conduit à la volonté de cette infime minorité de nos concitoyens, de passer de l’Islam au Christianisme.

Les causes profondes du changement de religion

Nous n’avons pas l’impression que les plus hautes autorités de notre pays aient suffisamment évalué l’importance de ces évènements. Si oui, nous sommes en droit de nous étonner qu’aucune solution durable ne semble avoir été mise en œuvre pour éviter que ne surviennent des tensions explosives.

Depuis que ces événements se sont déroulés, nous n’avons cessé de nous renseigner, de nous interroger sur les causes profondes de ce mal-être afin de comprendre. Dans mes recherches, j’ai eu l’occasion de rencontrer et discuter avec quelques-uns parmi eux. Il ne s’agit pas ici de transcrire nos conversations, mais de révéler ce que je crois avoir compris et identifié comme les causes profondes du malaise qui les ont conduits à la chrétienté. Il s’agissait aussi de comprendre comment ils ont réussi à évangéliser la centaine de fidèles qu’ils réussirent à recruter !

Certains d’entre eux sont devenus chrétiens à la suite des événements de 1989. Ce passif humanitaire, très connu en Mauritanie, correspond au conflit qui avait opposé la Mauritanie au Sénégal. Un conflit banal entre éleveurs mauritaniens et cultivateurs sénégalais du village de Ndiawara, à la frontière entre les deux pays, dans la région du Guidimakha.

La confrontation entre les villageois s’est soldée par une mort d’homme. La Mauritanie alors dirigée par un régime d’exception particulièrement raciste, procède par des agissements qui marquèrent définitivement la cohésion nationale.

Après que chaque pays ait rapatrié chez eux les ressortissants de l’autre (sans doute avec de très graves exactions de part et d’autre), le gouvernement mauritanien sous la présidence de Mawiya ould Sid’Ahmed Taya procéda par la déportation de plus de 100 000 Mauritaniens noirs, principalement de l’ethnie peule.

Lorsque les Sénégalais ne voulurent plus recevoir les déportés mauritaniens, le régime raciste de Ould Taya encouragea les corps d’armée du pays à dénégrifier leurs rangs puis à faire régner sur les Négro-africains au sud de la Mauritanie, une insécurité telle qu’ils fuient d’eux-mêmes vers le Mali et le Sénégal. Ils furent autour de 20 000 à s’exiler de leur patrie, par la terreur.

Les villages du Gorgol, du Brakna, et du Guidimakha furent pris à sac par des unités de l’armée nationale qui y semèrent la mort et la désolation. De sorte que, pour sauver leur vie et leur cheptel, de nombreuses familles peules fuirent vers le Sénégal et le Mali. Les réfugiés furent accueillis dans ces deux pays dans des camps.

Ceux qui n’avaient pu partir avec leurs cheptels se retrouvèrent sans ressources. De dignes citoyens capables de subvenir à leurs besoins, ils devinrent dépendants de l’aide internationale pour survivre.

Les Mauritaniens réfugiés du Sénégal ont bénéficié du soutien large de leurs parent (même langue, coutume et filiation) du Fouta Toro. Ceux du Mali eurent moins de chance. Ils furent approchés par des associations et ONG chrétiennes qui leur apportèrent de l’aide : nourritures, habillements, aide pour confectionner des abris.

Mais, ils leur proposèrent aussi de s’alphabétiser et d’instruire leurs enfants dans leur langue propre : le pulaar. Dans la foulée, leurs hôtes chrétiens leur apportèrent des bibles, écrites entièrement en pulaar.

Récapitulons

Voilà donc des Musulmans qui jusqu’à leur déportation ou fuite, n’ont jamais connu que l’Islam. Chassés de chez eux par leurs frères en Islam, les plus chanceux d’entre eux sont ceux qui eurent la vie sauve ou celles d’entre les femmes qui n’ont pas été violées. Ils ont été dépossédés de leur cheptel, se retrouvant sans aucune ressource.

Ce ne sont pas des musulmans qui leur sont venus en aide. Non c’est des chrétiens ! Où étaient, en ce temps-là, l’association des Imams et Oulemas de Mauritanie ? Où étaient les frères musulmans de Mauritanie et même d’ailleurs ? Sans doute entrain de prêcher pour justifier l’oppression de leurs concitoyens, pourtant musulmans depuis plusieurs générations ! En abandonnant ces opprimés, les musulmans de Mauritanie et d’ailleurs ont « chimérisé » la fraternité en islam.

C’est ainsi donc que ces réfugiés mauritaniens peuls, apprirent à aimer les chrétiens qui volaient à leur secours là où leurs frères musulmans et concitoyens les avaient dépossédés de leurs biens et chassés de la terre de leurs ancêtres ! Voilà comment certains de ceux qui sont aujourd’hui les chrétiens de Sélibaby, ont changé de religion. Car quand ce fut le moment de rentrer chez eux, ils rentrèrent, mais avec leur nouvelle religion : le protestantisme chrétien qu’ils mirent en sourdine… Et vous imaginez bien pourquoi !

L’enseignement de l’islam en Mauritanie

J’ai essayé de montrer comment des Mauritaniens sont devenus chrétiens à cause de l’oppression et du manque de solidarité des musulmans à l’endroit de leurs frères en religion. Je voudrais, à présent, expliquer pourquoi, une dizaine de chrétiens ont réussi à entrainer dans leur nouvelle religion, près d’un millier de fidèles ?

En d’autres termes, comment des hommes et des femmes nés musulmans, et même d’une lignée de musulmans depuis plusieurs générations ont pu être convertis au christianisme sous le nez et la barbe des Imams, des Associations d’Imams, des Ecoles de la République islamique de Mauritanie, dans un environnement où on compte une mosquée à presque chaque recoin de quartier ? Comment sous les appels à la prière multiples, les sonores prêches (Khoutbas) de vendredi, les « ziyara » de marabouts, et sous l’impulsion de nombreuses « dawa » ou sorties de sensibilisation islamique, un groupuscule a réussi à convertir des centaines d’autres à une religion qu’ils ne connaissaient ni d’Adan, ni d’Eve ?

Ces questions si pertinentes ont-elles traversé l’esprit de nos gouvernants ? Pourtant elles s’imposent à tout esprit critique. D’autant que ce sujet pose de réels problèmes de gouvernance. Or, gouverner, n’est-ce pas prévoir ?

Je n’ai pas la prétention de pouvoir opposer à ces questionnements des réponses sans appel. Mais à force de réfléchir, j’en suis arrivé à élaborer les pistes suivantes.

Il n’est pas besoin d’être fin observateur pour se rendre compte que la pratique de l’enseignement de l’islam en millier négro-africain en général et peul en particulier comporte des incohérences notoires, voire des paradoxes qui rebutent tout esprit pédagogue.

La tradition dans nos contrées, établit que l’enfant est envoyé au foyer ardent – duɗal – à l’âge de 6 ou 7 ans. Là, on lui enseigne l’alphabet arabe, les syllabes, puis on commence à lui faire réciter les versets du Coran. Un seul objectif pédagogique est visé par les répétiteurs qui tiennent lieu d’enseignants : la mémorisation du saint Coran.

Aussi, nombreux sont ceux qui dépassent la vingtaine d’années sans avoir mémorisé correctement le Coran. Après, s’en suit le cycle de l’explication du Coran qui, selon l’intelligence de l’étudiant, les conditions d’apprentissage, peut lui prendre une moyenne de dix autres années. A cette étapes, nombre d’entre eux fondent un foyer sans jamais avoir réussi à achever leur interminable cursus.

Sauf que ce sont ceux-là qui sont considérés comme les sommités intellectuelles en sciences islamiques. Les Imams sont recrutés parmi eux, ils ouvrent des écoles et deviennent, à leur tour, des maîtres qui reproduisent les mêmes insuffisances pédagogiques. Quelles insuffisances ?

1. En réalité, l’écrasante majorité parmi eux, sait juste réciter le Coran avec parfois des intonations émouvantes, et c’est tout. Mais l’Islam peut-il se résumer à une simple mémorisation du Coran ? Articulons l’interrogation autrement : la seule mémorisation du Coran suffit-elle à faire un bon musulman ou un bon instructeur islamique? La réponse est évidemment négative.

Nul n’a besoin d’être un savant pour savoir que la quintessence, qui se traduit par l’impact de la parole de Dieu, se situe dans le signifié et non dans le signifiant. Les écritures saintes sont certes une science, mais cette science n’a aucun sens, aucune utilité, y compris dans l’instauration d’une ligne verticale unissant le Créateur incréé et la créature dotée du libre arbitre (l’Homme), sans la conscience qui les réfléchit, leur donne vie par animation intellectuelle.

2. Ces Imams issus de ces écoles traditionnelles se caractérisent, pour l’essentiel, par un déficit énorme. Ils se contentent de répéter systématiquement ce qu’ils ont appris de leurs maîtres depuis des générations. Pour les avoir écoutés maint fois, à l’occasion de leurs prêches, j’ai remarqué comment nombre d’entre eux pêchent par absence de recherche, déficit de compréhension.

Beaucoup citent plus les « hadiss », très souvent douteux, que le saint Coran qu’ils ont pourtant parcouru. Oui, ils l’ont parcouru en version originale, mais n’ayant aucune maîtrise de l’arabe, ils ne peuvent en comprendre la teneur. Nous pouvons dire, sans risque d’être valablement contredits, que dans le Fouta, le Walo et le Guidimakha d’aujourd’hui, Boukhari et Mouslim, livres clés du courant de pensée Malikite, ont remplacé le Saint Coran d’Allah que son messager Mouhamad nous a révélé ! Les Hadiss sont devenus le pilier principal, reléguant le Coran, texte fondateur de l’Islam, aux marges de la pratique d’enseignement de notre religion. A ce titre, il y a urgence à revenir à la Parole authentique d’Allah : le Coran.

3. Les « Khoutbas » ou prêches de vendredi

Ces prêches constituent une des plus grandes manifestations du déficit intellectuel de nos Imams locaux. Il est de notorieté publique que les prêches du vendredi sont de formidables moyens de sensibilisation, nous devrions dire de formation continue des musulmans. En effet, chaque Imam de mosquée a le devoir de s’enquérir des questions de l’actualité qu’il doit utiliser comme expemples pour développer des dissertations sur la morale islamique.

On pourrait dire que si le Coran est un cours magistral, les “khoutbas” devraient être des Travaux dirigés (TD) ou Travaux Pratiques (TP) destinés à concrétiser la théorie. Or, comment voulez-vous que le professeur se fasse comprendre de ses étudiants, s’il se mettait à faire son cours dans une langue, de lui seule, connue. Pire encore, lorsqu’il se met à s’exprimer dans un discours que lui-même a récité sans comprendre? N’est-ce pas là une absurdité didactique et pégagogique?

Comment voulez-vous, enseigner, sensibiliser une population en s’adressant à elle dans une langue qu’elle ne comprend pas. De sorte que les prêches de vendredi sont des sortes de rituels, où les uns et les autres vont jouer leurs rôles : l’Imam tient un discours en arabe que presque personne ne comprend et les fidèles vont écouter “religieusement”, un discours auquel ils ne comprennent rien. Quand l’Imam change de ton, ils comprennent qu’il a entamé la phase “bénédictions” et ils ponctuent chaqu’une de ses périphrases par des “aamiins” sempiternels.

C’est ce même déficit intellectuel qui fait que presque tous ces Imams interdisent, au nom de la tradition, que les fidèles non arabes prient dans leurs langues nationale En d’autres termes, qu’une fois la porte de la mosquée franchie, le fidèle peul doit immédiatement se transformer en arabe pour prétendre parler à Dieu, comme si Dieu était arabe à l’image de son messager Mouhamad! Or du debut à la fin du Coran, aucun verset, dans aucune sourate, Dieux n’interdit à ses fidèles de prier dans une autre langue que l’arabe.

Nul part dans le saint Coran Dieu n’impose à ses fidèles une langue de communication. Il va sans dire que l’imposition de l’arabe comme unique langue de la prière est l’oeuvre d’une domination linguistique et culturelle orchestrée par une généalogie de “savant” arabisants pour placer les Arabes sur les autres nations, par une instrumentalisation honteuse de l’amour d’Allah. L’obscurantisme et le mimétisme des élites maraboutiques africaines les y ont aidés.

Aujourd’hui encore, on entend chaque jour, des Imams particulièrement zélés affirmer qu’ils est “haram” de prier en pulaar, en Bamana, en wolof ou toute autre langue africaine! Ils interdisent ce que Allah n’a pas interdit, c’est cela qui est “haram” et contraire aux principes de l’Islam.

C’est finalement à se demander quelle est la priorité de l’Etat mauritanien et de ses Oulémas? Que veulent-ils vraiment? Des Mauritaniens musulmans? Ou des Mauritaniens arabisés? Si leur objectif est d’arabiser les populations négro-africaines, par assimilation, qu’ils sachent qu’ils ont totalement échoué.

Car malgré les politiques d’arabisation à outrance, les Peuls, les Soninkés et les Wolofs ont conservés leurs langues et leurs cultures plusieurs fois millénaires. Même l’instrumentalisation de l’Islam pour imposer l’arabe et l’arabité n’ont pu traverstir les Peuls.

Si leur souhait est celui de tout bon musulman: élargir le cercle de ses coreligionnaires, alors, ils doivent changer complétement de politique linguistique et religieuse.

Au final, la majorité ne comprend rien à ce qu’elle a adopté de fait comme sa religion. Je dis bien “adoption” et non adhésion. Car l’adhésion procède nécessairement par la compréhension, qui est ici aux abonnées absente.

On comprend très facilement, que le groupe de Chrétien officie en terrain particulièrement propice puisque les populations ont adopté une religion qui est celle de leurs ancêtres, mais il se trouve qu’on ne les a jamais aidé à faire de cette religion la leur, à y adhérer. Voilà que ces Evangélisateurs leur apportent deux choses : l’alphabétisation en pulaar et la bible en pulaar. Ce n’est un secret pour personne que les Peuls aiment leur langue par dessus toutes. Ils y sont attachés comme on en voit rarement en Afrique de l’ouest.

Alors, entre ceux qui leur proposent une vérité religieuse dans une langue qu’ils ne comprennent pas et ceux qui leur proposent “une autre vérité religieuse” dans une langue qu’ils comprennent et à la quelle ils sont attachés ontologiquement, qui voulez-vous qu’ils suivent? L’Homme suit naturellement ce qu’il comprend et aime.

Et pour contrer cette action sournoire d’égangélisation, récemment, un groupuscule des cadres de Insaf de Sélibaby s’est lancé dans une entreprise de construction d’une moquée et d’une mahadra. Je n’ai jamais vu une réponse aussi irréfléchie et superficielle face à un problème aussi sérieux. Ils passent à côté de l’essentiel! Mais peut-être que l’essentiel pour eux ailleurs… Le complexe d’infériorité, l’ambition dévorante empêchent d’être lucide et courageux!

Nécessité de réforme urgente

Si nos autorités politiques et religeuses venlent inverser durablement, voir définitivement cette tendance à l’évengélisation, elles doivent oser les réformes suivantes:

1. Enjoindre le haut conseil islamique de Mauritanie à affirmer très clairement que Dieu n’interdit nulle part les fidèles musulmans de prier dans d’autres langues que l’Arabe. Encourager les Imams peuls à prêcher et même à prier en pulaar.

2. Dans les mahadras, au lieu d’imposer la langue arabe, il faut alphabétiser en pulaar. Il faut financer l’achat d’exemplaires du saint Coran en pulaar pour que tous puissent avoir accès à la parole d’Allah plus facilement. C’est comme cela qu’on fera de l’Islam une religion des peuples et non des élites.

3. Réaffirmer la liberté de conscience comme le stipule le coran car si l’islam a résisté historiquement par le djihad, il n’a véritablement jamais essaimé par la force et la contrainte, mais par la sensibilisation et le commerce entre les hommes.

Professeur Mamadou Kalidou BA

Le 20 août 2026

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