Daily Archives: 25/08/2026
FÉLICITATIONS, CAMARADE BOCAR OUMAR BA
« Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, l’accomplir ou la trahir. »
— Frantz Fanon
Je viens d’apprendre l’élection du camarade Bocar Oumar BA Yaghouba à la tête de l’AJD/MR. Il reprend aujourd’hui le flambeau après nos honorables guides et aînés, Ibrahima Moctar Sarr et Mamadou Bocar Ba, dit Prof.
J’ai connu mon camarade, mon frère et non moins ami Bocar Oumar Yaghouba Ba à ce que l’on pourrait appeler le début des années de braise en Mauritanie.
Je venais de sortir de prison, après notre arrestation consécutive aux manifestations qui avaient suivi la publication du Manifeste du Négro-Mauritanien opprimé en 1986. Je venais également de reprendre le chemin du lycée, à Kaëdi.
Nous apprenions alors qu’un coup d’État impliquant des officiers noirs avait été déjoué à Nouakchott. Le 6 décembre 1987, les lieutenants Ba Seydi, Sy Saïdou et Sarr Amadou furent passés par les armes au camp de Djreïda.
Les principaux dirigeants de notre organisation, les FLAM, étaient en prison, condamnés à de lourdes peines, allant de six mois à cinq ans, assorties de privations de droits civiques et civils. Ceux qui avaient échappé aux filets de la police d’Ely Ould Mohamed Vall, de Deddahi et du commissaire Nkerrany avaient pris le chemin de l’exil.
Nous étions devenus de jeunes orphelins, privés de nos principaux dirigeants sur le terrain. Mais il fallait nous organiser. Il fallait réagir face à une situation que nous jugions injuste et insupportable.
Avec mon ami et ancien compagnon de prison, Alassane Aly Dia, dit Diaz, et Ousmane Camara de Gourel Sangué, nous décidâmes de nous organiser afin de déclencher une grève générale de protestation, aussi bien dans le Sud qu’à Nouakchott.
Nous prîmes contact avec quelques camarades proches que nous considérions comme des « éléments sûrs ». À Kaëdi, je contactai mes amis Ousmane Amadou Diallo et Habib Wone, dit Philo. Tous deux me parlèrent d’un certain Bocar Ba : un jeune homme engagé, courageux et digne de confiance.
Nous voulions constituer un noyau dur : de jeunes militants conscients, déterminés, mais surtout téméraires. Car l’époque exigeait du courage. Protester ouvertement contre l’exécution arbitraire des premiers martyrs de notre lutte, c’était accepter de prendre des risques terribles.
Il fallait s’organiser dans la clandestinité, loin des regards. À cette époque, nous disions que les murs avaient des oreilles et que la police était partout, à l’affût du moindre signe de mécontentement.
Nos réunions se tenaient la nuit, pendant les heures de couvre-feu. En réalité, nous vivions sous un état de siège non déclaré.
Nous nous réunissions dans la pénombre. Les membres ne se présentaient pas toujours les uns aux autres. C’était une mesure de précaution : si certains d’entre nous venaient à être arrêtés, ils ne pourraient pas dénoncer les autres sous la torture, malgré les sévices, les menaces de mort et les méthodes brutales utilisées dans les geôles du colonel Ould Taya.
Pendant une semaine, nous menâmes une intense campagne de sensibilisation et multipliâmes les contacts afin de préparer notre mouvement.
Mais, à la veille de la grève, la police avait déjà eu vent de ce qui se tramait. Les trois principaux dirigeants du mouvement étaient recherchés.
Diaz et Ousmane Camara réussirent à traverser le fleuve pendant la nuit. Pour ma part, je restai dans la clandestinité jusqu’au déclenchement de la grève. Puis je réussis à quitter Kaëdi en déjouant la vigilance des policiers postés au pont, avant de rejoindre Jowol.
Un seul membre de notre noyau fut arrêté : le camarade Habib Wone. Il tint bon. Malgré les tortures qu’il subit, il refusa de citer les noms des autres camarades.
Je pris alors le chemin de l’exil, vers le Sénégal.
Bocar, lui, resta au pays.
Les années qui suivirent furent parmi les plus sombres de notre histoire : les morts de Oualata, les radiations dans l’armée, les événements tragiques entre le Sénégal et la Mauritanie, les déportations, la terreur dans la vallée, le génocide et les pendaisons dans les casernes.
Puis, avec le temps, nous réussîmes à renouer le contact.
Nous échangions régulièrement des messages et des lettres sur la situation politique de notre pays et sur le sort des réfugiés. Je lui envoyais nos publications et nos productions militantes ; lui me faisait parvenir les journaux mauritaniens.
À cette époque, Bocar dirigeait la Ligue des jeunes de l’AMN, tandis que j’étais responsable du département de la communication des FLAM.
Je l’ai même rencontré lors d’une mission clandestine à Nouakchott, en 1996, avec quelques camarades proches, après une mission dans les camps de réfugiés mauritaniens au Mali.
C’est dire que notre complicité militante ne date pas d’hier.
Après mon expulsion du Sénégal en 1999, Bocar vint s’installer en France. Lors de ma première visite dans le pays de Marianne, à la suite d’une invitation des camarades de l’ASDM pour une conférence à Orléans, il fit le déplacement depuis Strasbourg pour venir me rendre visite à Moissy-Cramayel, chez mon cousin Mamadou Abou Ba, dit Prof.
Bocar était à l’AJD et moi aux FLAM. Pourtant, nous avons toujours su préserver cette corde militante qui nous liait. Nous continuions à échanger régulièrement sur la marche de notre lutte, sur nos stratégies et sur nos orientations politiques.
Parce que, pour nous, la cause commune dépassait les cadres structurels et les appartenances organiques.
Nous avons également eu l’occasion de travailler ensemble dans d’autres cadres citoyens. Et aujourd’hui, je peux le dire avec conviction et certitude : Bocar Oumar Yaghouba Ba n’a pas usurpé sa position à la tête de l’AJD/MR. Cette élection est la consécration d’une longue lutte, d’un engagement constant et d’un profond dévouement à une cause.
Il le doit à sa posture, à son parcours, à son expérience et, surtout, à la constance de son engagement.
Certains camarades de notre noyau dur de Kaëdi ont quitté le navire. D’autres ont emprunté des chemins différents. Ceux qui sont restés fidèles à leurs convictions et à leur engagement initial se comptent aujourd’hui sur les doigts d’une main.
Bocar Oumar Yaghouba Ba est de ceux-là.
Près de quarante années de lutte, avec les mêmes convictions et la même détermination. Qui peut en dire autant ? Pas beaucoup, assurément, dans notre classe politique actuelle en Mauritanie.
Choisir le camarade Bocar à la tête de l’AJD, c’est choisir la constance. C’est choisir l’éloquence. C’est choisir la résistance. Mais c’est aussi choisir une mémoire, une histoire et une fidélité à une cause qui nous dépasse individuellement.
Notre génération a connu les prisons, la clandestinité, l’exil et les deuils. Elle a connu la peur, mais elle a aussi appris à ne jamais renoncer.
Nous étions jeunes lorsque nous avons découvert la politique dans la clandestinité et la résistance. Nous n’avions ni certitudes ni garanties sur l’avenir. Nous avions seulement nos convictions, quelques camarades auxquels nous faisions confiance et la conscience intime qu’il était impossible de se taire.
Le temps a passé. Beaucoup de choses ont changé. Certains sont partis, certains ont renoncé, d’autres ont été emportés par les circonstances ou par les blessures de l’histoire. Mais quelques-uns sont restés debout.
Bocar est de ceux-là.
Son élection à la tête de l’AJD/MR n’est donc pas, à mes yeux, un simple changement de direction. Elle est un moment de transmission. Une génération passe le témoin à une autre, avec ses blessures, ses espérances, ses combats inachevés et sa mémoire.
Et c’est peut-être là que résonne encore, avec toute sa force, la phrase de Frantz Fanon : chaque génération doit découvrir sa mission, l’accomplir ou la trahir.
À Bocar Oumar Yaghouba Ba, mon camarade, mon frère et mon ami de près de quarante années de combat, j’adresse mes chaleureuses félicitations et mes vœux de réussite.
Que cette nouvelle responsabilité soit à la hauteur de ton parcours, de tes convictions et de la confiance placée en toi.
Demain, il fera jour, inchallah.
Et la lutte continue !
Kaaw Touré
Crise électrique à Nouakchott : entre les certitudes de l’exécutif et l’urgence d’une refondation gouvernementale
Après les graves incendies qui ont touché deux des six postes de transformation électrique de la capitale, le Premier ministre, M. Moctar Ould Djay, a pris la parole pour faire le point sur la situation. Il a aussi annoncé la création d’une commission d’enquête indépendante. Il a salué la rapidité des équipes techniques de la SOMELEC et la capacité du système de gestion des urgences à continuer de fonctionner. L’intervention du chef du gouvernement remet sur le devant de la scène le débat central sur la gestion et le traitement de fond des crises en Mauritanie.
Une commission d’enquête pour faire la lumière
Dans sa déclaration officielle, le Premier ministre a confirmé que, sur instruction directe de Son Excellence Monsieur Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, président de la République, une commission d’enquête indépendante a été mise en place. Elle doit déterminer les causes directes et indirectes de cet incident inédit.
L’objectif affiché par le gouvernement est d’apporter des réponses exhaustives :
Déterminer les faits et les responsabilités. Il faut établir qui est responsable de ces défaillances. Cela peut concerner des personnes morales, des entités publiques, des fournisseurs ou des bureaux d’études.
Évaluer la gestion de crise. Examiner comment l’extinction des incendies s’est déroulée, si la réponse a été efficace et à quelle vitesse le réseau a été rétabli.
Protéger l’avenir. Réparer les installations et suivre des recommandations strictes pour éviter tout risque de récidive.
Le Premier ministre a rappelé que le Chef de l’État a tout de suite donné la priorité au rétablissement rapide du service aux citoyens. Il a aussi insisté sur la continuité des services essentiels, comme les hôpitaux et l’approvisionnement en eau.
Un constat gouvernemental défensif mais confiant
Revenant sur les trois jours de mobilisation, Moctar Ould Diay a souligné la prouesse technique que représentait le remplacement de deux postes de transformation en seulement 72 heures. Selon lui, cette réactivité montre un niveau important de préparation. Des stocks de pièces de rechange étaient disponibles. Les partenaires ont fait preuve d’une solidarité efficace. L’équipe a gardé la maîtrise de la sécurité et disposait tout de suite des ressources financières nécessaires.
Tout en montrant la solidarité sincère du gouvernement envers les citoyens touchés par ces coupures, le Premier ministre a voulu remettre le débat en place. Aucune infrastructure au monde n’est totalement à l’abri d’un incident. Le vrai signe d’efficacité se trouve dans la capacité à réagir, à sanctionner les responsables et à tirer des leçons de la situation. Il a aussi souligné que le secteur de l’électricité change en bien. Il a rappelé que les postes touchés datent d’avant 2015 et que les équipements récents achetés ne sont pas encore tous installés.
Moctar Ould Diay a appelé les forces vives du pays à éviter le populisme et le désespoir. Il a répété que la Mauritanie surmontera ces difficultés. Il a ajouté qu’elle mettra en place les réformes nécessaires pour stabiliser le réseau électrique de façon durable.
Quand la commission ne suffit plus
Au-delà des discours rassurants et des chiffres de gestion de crise, il faut garder un regard critique sur ce qui se passe vraiment sur le terrain.
Dans l’histoire et en politique, on a souvent vu qu’une règle se confirme : créer une commission ne règle jamais un problème. Quand on multiplie les comités et les rapports d’enquête, cela finit souvent par diluer la responsabilité politique et administrative. Au lieu de régler le problème à la racine, on évite la solution forte que la population attend.
Alors que le président de la République arrive à la moitié de son mandat, les pannes qui se répètent, le sentiment d’impuissance des services publics et les urgences fréquentes montrent qu’il ne s’agit plus de simples problèmes techniques. Cela révèle un essoufflement général dans la gestion.
Comme je l’avais déjà dit dans ma lettre envoyée directement au président de la République, il y a aujourd’hui une urgence totale et républicaine. Il faut changer toute l’équipe gouvernementale.
Pour changer durablement la gouvernance et rendre confiance aux Mauritaniens, l’État ne peut plus se contenter d’un gouvernement qui gère les problèmes au cas par cas. Il faut une nouvelle équipe, avec une vision claire, capable gérer cette pluie qui tombe en ce moment, de prévoir les crises, d’appliquer une rigueur dans l’exécution des marchés publics et de mettre en avant la culture du résultat et de la responsabilité au lieu des excuses et des commissions.
Ahmed Ould Bettar




