Crise électrique à Nouakchott : entre les certitudes de l’exécutif et l’urgence d’une refondation gouvernementale
Après les graves incendies qui ont touché deux des six postes de transformation électrique de la capitale, le Premier ministre, M. Moctar Ould Djay, a pris la parole pour faire le point sur la situation. Il a aussi annoncé la création d’une commission d’enquête indépendante. Il a salué la rapidité des équipes techniques de la SOMELEC et la capacité du système de gestion des urgences à continuer de fonctionner. L’intervention du chef du gouvernement remet sur le devant de la scène le débat central sur la gestion et le traitement de fond des crises en Mauritanie.
Une commission d’enquête pour faire la lumière
Dans sa déclaration officielle, le Premier ministre a confirmé que, sur instruction directe de Son Excellence Monsieur Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, président de la République, une commission d’enquête indépendante a été mise en place. Elle doit déterminer les causes directes et indirectes de cet incident inédit.
L’objectif affiché par le gouvernement est d’apporter des réponses exhaustives :
Déterminer les faits et les responsabilités. Il faut établir qui est responsable de ces défaillances. Cela peut concerner des personnes morales, des entités publiques, des fournisseurs ou des bureaux d’études.
Évaluer la gestion de crise. Examiner comment l’extinction des incendies s’est déroulée, si la réponse a été efficace et à quelle vitesse le réseau a été rétabli.
Protéger l’avenir. Réparer les installations et suivre des recommandations strictes pour éviter tout risque de récidive.
Le Premier ministre a rappelé que le Chef de l’État a tout de suite donné la priorité au rétablissement rapide du service aux citoyens. Il a aussi insisté sur la continuité des services essentiels, comme les hôpitaux et l’approvisionnement en eau.
Un constat gouvernemental défensif mais confiant
Revenant sur les trois jours de mobilisation, Moctar Ould Diay a souligné la prouesse technique que représentait le remplacement de deux postes de transformation en seulement 72 heures. Selon lui, cette réactivité montre un niveau important de préparation. Des stocks de pièces de rechange étaient disponibles. Les partenaires ont fait preuve d’une solidarité efficace. L’équipe a gardé la maîtrise de la sécurité et disposait tout de suite des ressources financières nécessaires.
Tout en montrant la solidarité sincère du gouvernement envers les citoyens touchés par ces coupures, le Premier ministre a voulu remettre le débat en place. Aucune infrastructure au monde n’est totalement à l’abri d’un incident. Le vrai signe d’efficacité se trouve dans la capacité à réagir, à sanctionner les responsables et à tirer des leçons de la situation. Il a aussi souligné que le secteur de l’électricité change en bien. Il a rappelé que les postes touchés datent d’avant 2015 et que les équipements récents achetés ne sont pas encore tous installés.
Moctar Ould Diay a appelé les forces vives du pays à éviter le populisme et le désespoir. Il a répété que la Mauritanie surmontera ces difficultés. Il a ajouté qu’elle mettra en place les réformes nécessaires pour stabiliser le réseau électrique de façon durable.
Quand la commission ne suffit plus
Au-delà des discours rassurants et des chiffres de gestion de crise, il faut garder un regard critique sur ce qui se passe vraiment sur le terrain.
Dans l’histoire et en politique, on a souvent vu qu’une règle se confirme : créer une commission ne règle jamais un problème. Quand on multiplie les comités et les rapports d’enquête, cela finit souvent par diluer la responsabilité politique et administrative. Au lieu de régler le problème à la racine, on évite la solution forte que la population attend.
Alors que le président de la République arrive à la moitié de son mandat, les pannes qui se répètent, le sentiment d’impuissance des services publics et les urgences fréquentes montrent qu’il ne s’agit plus de simples problèmes techniques. Cela révèle un essoufflement général dans la gestion.
Comme je l’avais déjà dit dans ma lettre envoyée directement au président de la République, il y a aujourd’hui une urgence totale et républicaine. Il faut changer toute l’équipe gouvernementale.
Pour changer durablement la gouvernance et rendre confiance aux Mauritaniens, l’État ne peut plus se contenter d’un gouvernement qui gère les problèmes au cas par cas. Il faut une nouvelle équipe, avec une vision claire, capable gérer cette pluie qui tombe en ce moment, de prévoir les crises, d’appliquer une rigueur dans l’exécution des marchés publics et de mettre en avant la culture du résultat et de la responsabilité au lieu des excuses et des commissions.
Ahmed Ould Bettar




