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Humour et humeur: Qui aime bien, châtie bien! par Bocar Daha Kane, FLAM-Europe de l´Ouest.
Les spéculations vont bon train depuis qu’ils ont annoncé et décidé des thèmes qui seront débattus à ce congrès des Flam. Ils ont même choisi ceux qui doivent partir ainsi que ceux qui doivent les remplacer. Ils disent qu’ils sont membres et sympathisants, ils adorent tellement les Flam qu’ils sont dans l’obligation de faire du zèle : parler et écrire avant les organes de communication officiels.
Ils ont un amour fou du mouvement, voilà des années qu’ils y militent sans se rendre compte que le mouvement n’a aucune stratégie politique. N’ont –ils pas vu que toute la littérature des Flam n’est que le plagiat du travail de ceux qui sont sur le terrain ? Le manifeste et autres productions ne sont-ils pas les travaux des mercenaires rémunérés avec les cotisations des adhérents naïfs ? Le président Samba Thiam, autrefois l’homme sans conviction et sans aucune maitrise, est apparemment dégouté et trahi par des animateurs. Toutefois, il n’ira jamais en Mauritanie, ah woui !!! les glaces Häagen-Dazs ne se trouvent pas en Mauritanie, et en plus il n’aime pas tiviski surtout qu’il faudra le partager avec les hommes de terrain.
Ils sont tellement disciplinés qu’ils sont devenus des éclaireurs, ils sortent des rangs et nous font part de ce qui se fait et de ce qui va se faire avant les communiqués officiels. Ils ont fait de la rumeur une science. Ils nous tiennent en haleine, car ils nous révèlent le drame de leur «mouvement chéri » par épisodes. On a l’impression de suivre “Manuella” ou “Rubi” .
La lutte continue!
Bocar Daha Kane- Bordeaux-Flam-Europe de l´Ouest
Révolution manquée ou manquement à l’esprit de la Révolution ? La Mauritanie marque encore sa singularité…par Nayra Cimper
Yves Tissier dans son Vocabulaire de l’Histoire, donne une définition sur la révolution : un « renversement soudain d’un régime politique, souvent perpétré dans la violence et qui parfois s’accompagne d’un bouleversement complet des institutions, des structures économiques et des conditions de vie d’un pays », c’est-à-dire de l’ordre social.
Elle peut aussi se dérouler sans violence apparente mais bouleverser la société en profondeur.
Les Canadiens parlent de « la révolution silencieuse » des années soixante où la pratique religieuse a diminué, le taux de natalité s’est effondré, la délinquance a augmenté, etc… On a bien eu dans les années 68 comme on dit en France, une sorte de révolution dans les mœurs (au sens large) qui a été reprise notamment par le parti socialiste et qui n’a pas fini d’avoir de l’influence, y compris sur la vie politique.
Plus proche de nous dans le temps, l’exemple d’une révolution de sursaut, qui arrive alors qu’on ne l’attendait plus.
La Tunisie et les Tunisiens et leur révolution de Jasmin, ont réssucité l’esprit révolutionnaire fondamental, celui qui ne peut que s’insurger et s’indigner devant le spectacle de ce qu’il est convenu d’appeler l’injustice de trop. Bouazizi, par sa détresse personnelle et son acte déséspéré, a déclenché ce que Nietzche nommait malicieusement “l’esprit de vengeance”. La nature de cet “esprit de vengeance” métaphysique : c’est la vengeance à l’égard du temps qui passe, la vengeance à l’égard du passé. L’obstacle invincible contre lequel la volonté ne peut rien. Robespierre comme Lénine comme les animateurs de Mai 68 : ils ont la haine du passé. Le passé est à détruire, c’est lui qui bloque l’accès au bonheur.
Les Tunisiens ne présentent pas les symptômes de ce mal invisible, qui se nourris de l’énergie d’une colère sourde et d’un désir aveugle. L’esprit de vengeance ne porte pas ici le masque de la justice, il vient, traversant les rues, les bourgs, les villes et les villages, le retirer de sur le visage de l’autorité, de la légalité et du pouvoir. La réflexion profonde de l’homme s’exprime enfin, après des années d”observation…Après les colonisations, les guerres mondiales auto-proclamées, les indépendances octroyés, les nationalismes identitaires, les internationalismes Impériaux, l’isolation, le repli, les famines, le sous-développement, l’ouverture, la démocratie rigide excluante, la schysophrénie militaro-civil, les génocides, les guerres civiles, le terrorisme… Après tant et tant , les Tunisiens au premier rang, donne l’impulsion de cet idéal qui habitait nos pensées secrètes et nos prières intimes …
En dépit d’un contexte mondial chaotique, est née une conscience révolutionnaire aiguisée et organiser, qui se confirme avec l’éxemple de l’Egypte, où nous assistions médusé et admiratif à l’expression de la détermination et de la cohésion de tout un peuple. Autrement fier de son passé , allant jusqu’à portéger le musée du Caire, comme s’il s’agissait d’un temple renfermant les textes millénaires, qui témoignent de leur existence, de leur diversité et qui est un testament à toute l’humanité.
La révolution des Tunisiens et des Egyptiens, n’est ni marxiste ni léniniste, elle n’est pas motivée par une doctrine mais par une confrontation soudaine au réel.. L’enchainement des évènements prend une tournure innatendue quand la technologie et les réseaux sociaux se joignent au manège, émerge alors des objectifs, des stratégies, un relais de communication s’installe, des vidéos sont diffusés, des photos échangés, des communiqués écrits, des histoires racontées, une formidable mobilisation se met en place, les diasporas emboitent le pas de leurs frères au pays et sensibilisent les opinions sur leur lutte, les sympathisants du monde entier se mettent à twiter à tout va et la révolution enfonce les portes une à une…
Fidel Castro disait : ” rêver en des choses impossibles, c’est de l’utopie ; lutter pour des objectifs non seulement à notre portée mais indispensables pour la survie de l’espèce, c’est du réalisme“. On ne peut transformer positivement le réel par la critique pure et la condamnation morale du système. La vérité existe même si elle ne se manifeste pas toujours.
C’est aux hommes à lui donner droit de cité. Un révolutionnaire ne conditionne pas son engagement à la garantie d’une réussite personnelle mais au bien-fondé de ses objectifs.
Les Tunisiens et les Egyptiens ont en commun l’exercice de la non-violence comme arme de destruction massive, ce qui n’exclut pas d’avoir le droit de se défendre face à une menace cohercitive d’envergure. Bernadette Bayada, membre du Mouvement pour une Alternative Non-violente, soulignait notre besoin d’avoir un million de Ghandi , j’éspère qu’elle était devant son poste de télévision pour voir les Millions d’Egyptiens PLACE TAHRIR.
La jeunesse Mauritanienne, il faut bien le reconnaitre, ne fait plus vraiment parler d’elle, depuis les années 70.
Et encore elle ne faisait parler d’elle qu’en Mauritanie. Notre influence sur le monde qui nous entoure remonte très loin et la nostalgie à elle seule ne ranimera pas ce passé, ni n’en expliquera la signification ou la portée. Se lamenter sur ce qui n’est plus alors que ce qui est, n’est pas pris en considération, c’est un suicide ou la manifesation d’une indifférence dangereuse et meurtrière. La nécessité d’une révolution dans notre pays est urgente, elle l’était déjà hier et le sera encore demain. La fenêtre d’opportunité cependant ne restera pas ouverte longtemps. Sans inviter personne à la précipitation, la posture de la patience à bon dos, l’utiliser comme justification pour s’épargner un positionnement clair et tranché relève de la facilité.
Tomber dans des pièges aussi grossiers, tendus par des personnages dont la fourberie n’a dégale que la logique de meutes qui la sous-tend, c’est inconcevable quand on a subit comme nous trente ans de ce traîtement.
La jeunesse Mauritanienne sortit le 25 février fait écho à toutes les manifestations qualifiées d’émeutes qui ont précédés. Etouffer la voix du peuple, la contenir, n’est pas la faire disparaitre. Le mécontentement a grandit avec l’appêtit toujours plus voraces de nos gouvernants.
Il atteint aujourd’hui une étape de maturité décisive. Remettre en cause notre système n’est pas une idée saugrenue, c’est l’évidence même. De quoi ce système a t’il accouché ? De l’installation au pouvoir et dans les mentalités, d’une idéologie mal définie parce qu’hypocrite dans le fond, suivie d’une politique implacable et de l’isolation des élèments d’une même société au sein de leurs communautés respectives.
La réussite de cette idéologie qu’on base sur sa durée, tient à plusieurs facteurs que je ne vais pas approfondir ici.
Ce qu’il faut en retenir et qui peut servir de leçon dans l’avenir, c’est qu’elle aura accomplis d’instaurer un climat de défiance et d’accentuer les divergences.
Celles-ci ne manqueront pas d’être récuperées et réintroduites sous des formes diverses et pour produire différents effets. A quel moment avons-nous cesser de croire en notre destin commun ? Y avons-nous même cru un jours ?
Je crois que la providence fait bien les choses et que l’idée à l’origine de la Mauritanie moderne vit encore en nous.
Car sans cela, comment expliquer les revendications qui sont les nôtres aujourd’hui et qui ne sont ma foi ni plus ni moins que la devise de notre république. Honneur, Fraternité, Justice. L’honneur qui est attaché à la vertu et au mérite.
Quoique puisse en penser nos dirigeants, il ne s’agit pas pour nous, de leur rendre des honneurs, mais bien à eux de faire honneur à leur charge. Le mérite n’est reconnu que dans l’égalité. La fraternité assure la cohésion sociale et établit le lien indéfectible qui unit les différentes cultures entre elles. La justice, une des grandes vertus cardinales, s’impose à tous par son impartialité.
Ce que nous réclamons, c’est le départ d’un régime militaire, qui ne fait pas honneur à son corps et qui dépouille la nation de son honneur. Cet objectif ne pourra être atteint que dans un esprit de fraternité, d’union sacrée, contre un ennemi commun qui menace d’anéantir la structure même de notre société. Divisé, nous ne sommes pas plus efficace que l’opposition de posture qu’adopte certains de nos politiciens. Le courage, une autre vertu cardinale, nous a trop longtemps fait défaut, mais nous l’avons vu furtivement, quand les cavaliers du changement, ont ébranlé les fondations d’un pouvoir qu’on avait fini par croire indestructible. Ce coup de semonce ne passa pas inaperçu, une brêche venait d’être creusée et il s’agissait de la colmater coûte que coûte. Commença alors, le bal des princes charmants, tour à tour, libérateurs du peuple, redresseurs de torts, nos robins des bois nationaux, surgissait pourtant de la source incriminée, la grande muette n’était pas prête à ce qu’on la fasse taire. Changer son discours, l’adapter au goût du jours, ne représentait pas un grand sacrifice, la consensualité apportait au contraire une certaine dose de flou artistique.
Vous voulez des élections démocratiques ? La transition vous en concocte une sur mesure, en ajoutant à sa mixture une bonne dizaine de partis politiques, sortis du néant et qui y retourneront par la suite. Voilà une interprétation singulière du multipartisme dans son éphémèrité. Concédé sur la forme n’est pas concédé sur le fond. La preuve en est, qu’une fois le président civil annonçé comme démocratiquement élu, prend ses fonctions, il s’empresse pour on ne sait qu’elle raison de récompenser par les honneurs, les putshistes des putshistes des putschistes, enfin vous avez compris, en leur attribuant le grade de général. L’imbroglio démocratique n’ayant que trop durée, le général Aziz protecteur du pauvre et de l’opprimé, prends sur lui de démissionner le président en place. Après beaucoup de blah-blah, une montée de fièvre de l’opposition, des accords sont signés et nous nous retrouvons partis de plus belle pour une nouvelle élection présidentielle, remportée sans surprise par Aziz.
“Il existe une chose plus puissante que toutes les armées du monde, c’est une idée dont l’heure est venue”.
Comment ne pas sentir la vérité de cette citation de Victor Hugo ? Les signes qui annonce que l’heure est venue sont si éclatants qu’on devrait se crever les yeux pour ne pas les voir. Il n’y a pas qu’une idée mais bien des idées au service de la Mauritanie de demain. Pour réaliser ces idées, nous avons les enfants de ce pays, un potentiel jusque là utilisé avec précaution, comme si nous avions plus peur de réussir que d’échouer. Il suffit de contempler le sort reservé à nos intellectuels, d’expression francophone ou arabophone, cantoné à des rôles subalternes, en retrait, dans les coulisses.
Chargés souvent de donner de la cohérence à ce qui froncièrement en est dépourvu, de trouver l’équilibre fragile qui donne l’illusion aux arguments d’être convaincants. Vivre dans le royaume de l’à peu près, quand on veut savoir où on va et comment on y va, c’est difficile.
La jeunesse qui s’est mobilisé le 25 février, n’est pas le symbole de la contestation de quelques jeunes en mal de sensations fortes ou encore de quelques fils et filles à papa. Décrédibiliser ce mouvement spontané en le réduisant à un épiphénomène, n’est pas une analyse encore moins un constat objectif. Cette affirmation gratuite est la matière avec laquelle on forge la désinformation. Si elle s’adresse à quelques individus, elle n’explique pas la présence de centaines et de milliers d’autres.
Les élèments de la coordination qui se sont laissé prendre par la lumière des projecteurs, feraient bien de réfléchir, car s’ils s’imaginent un instant égaler ou surpasser les animateurs des révolutions qui les précèdent, en éssayant de combiner des élèments qui ne peuvent pas se mélanger, ou en évitant certaines étapes pour en venir à l’éssentiel , c’est à dire à la gratification personnelle et à l’impression fantasmatique de s’être distingué, c’est qu’ils n’ont pas saisi le sérieux de la situation. Pire, ils donnent la parfaite occasion à ceux qui voudrait voir saboter cette révolution, de la discréditer et de l’infiltrer.
Les espions du pouvoir en place, les services de renseignements et les autres taupes, rendent un très mauvais service au pouvoir qu’il serve religieusement. Atténuer l’ampleur et la détermination de cette jeunesse, ne permet pas d’en discerner les contours et les ramifications. Si il est plus confortable pour eux de penser que la jeunesse Mauritanienne n’agit que par imitation, et que la fable va bientôt toucher à sa fin, je répondrais que l’imitation bien qu’étant une forme de flatterie acceptable, va rarement si loin dans la prise de risque et que pour reprendre Victor Hugo : “Ce que la fable a inventé, l’histoire le reproduis parfois”.
Nayra Cimper
Au lendemain des ruptures ! par Abdarahmane Ngaïdé
Il est parfois pénible de lire quelques uns des messages postés par-ci et par-là. Que les insultes soient distribuées une à une cela ne me surprends pas. Que chacun d’entre nous s’attende aux insultes cela ne me surprendra pas aussi. Ce qui m’aurait surpris c’est bien l’assainissement de nos discussions et le règne de la maturité constructive [Comme cette rubrique salvatrice : Nécessaire contradiction]. Mais depuis 2000 que je suis de manière régulière (sauf l’année 2008) nos forums j’ai vu toutes les insultes défiler et presque tout le monde y est passé comme si chacun d’entre nous devait être « déchiré » en public. Comme un passage initiatique quoi ! C’est ainsi qu’on agi tout en prônant que « la lutte continue » ou je ne sais autre slogan démobilisateur. Les insultes continuent oui ! C’est cela notre triste vérité. Nous sommes virtuoses en la matière. Tant que nous n’auront pas levé ce petit coin de notre voile social en public, nous ne sommes pas contents. C’est terrible comme constat. Au lieu de penser le devenir avec sérénité, on s’enlise dans la fange espérant pouvoir un jour, qui est encore lointain, tirer notre épingle du jeu.
Il est de mon droit, libre que je suis et que je serai pour toujours, de dire non aux erreurs commises délibérément ou par manque de recul. D’un message posté on pense piratage, d’un congrès annoncé on s’étripe. Alors que nous assistons à des moments importants qu’il faut plutôt analyser avec la froideur nécessaire pour décrypter les dessous des événements. Beaucoup de choses se cachent derrière les événements souvent considérés, à tort, comme des épiphénomènes alors qu’ils annoncent des choses intéressantes et qui doivent être analysées en dehors du chemin de la simplicité, de l’invective et de l’insulte. Pour cela il nous faut beaucoup de sérénité. Les mois à venir seront peut être décisifs, mais quand on se cantonne au constat puéril et à l’insulte abjecte on perd le nord et on ne comprend absolument rien de ce qui pourrait advenir de nos trajectoires.
Il faut qu’on arrête de s’insulter pour lire cet avenir si proche qui demande la conjugaison des efforts car sans cette conjugaison et ces sacrifices sur soi nous ne pourrons rien faire de notre présent ni de notre avenir. Nous sommes à la confluence de ce que les anglophones traduisent par le concept de « turning point », il est donc judicieux d’accompagner ce moment.
Bien heureux celui qui saura profiter de ces bifurcations qui se dessinent pour sortir de ce champ sémantique des vilénies et s’atteler à l’essentiel : reconstruire toutes ces disjonctions devenues si profondes.
Abderrahmane NGAIDE (Bassel)
Dakar, le 07/04/2011
FORUM-FLAMNET
Qui est vraiment Aziz ?: Les multiples facettes du général-président
La boutade de l’émir du Tagant, Bakar Ould Soueid’Ahmed, qui disait, en bon guerrier, ne craindre, parmi tous ses contemporains, que la seule tribu Ideyboussatt, pourtant réputée pacifique voire impassible, relevait-elle de la prémonition ou de la sainteté déguisée? A la stupéfaction de ses cousins et du parterre de courtisans se hâtant à se gausser des propos du grand résistant à la pénétration coloniale, l’illustre héros d’ajouter: “si cette tribu qui a investi, des siècles durant, toute son énergie dans la paix, en faisait autant dans la belligérance, nulle force ne pourra la stopper”. Bakar est mort, l’arme à la main, en défendant ses valeurs. Des années s’écoulèrent et les normes socioculturelles des Mauritaniens, toutes tendances confondues, commencèrent à changer. Un Etat centralisateur moderne, se voulant débarrassé de toutes les contingences obsolètes, voire réactionnaires, est né, en 1960.
Les propos, non moins perspicaces d’un observateur averti de son époque, l’administrateur colonial de l’Assaba, Gabriel Ferral, qui affirmait, péremptoire: «le seul régime qui sied aux Maures, c’est l’anarchie», sont en passe d’être démentis. En sollicitant l’inconscient collectif des Mauritaniens, nous verrions surgir le légendaire capitaine Ideyboussatt, secondé par son fameux lieutenant Messoumé et… même plus.
Partant de cet axiome, endogène à la Mauritanie, qui prouve l’inéluctabilité du changement de société, l’heure n’est plus aux atermoiements. C’est la marche de l’Histoire. D’ailleurs, le réveil des peuples arabes, après un «long sommeil hivernal» va dans ce sens. En cette année 2011, toutes les dictatures militaires arabes seront, soit anéanties, soit en pleine déconfiture. La Mauritanie arabe et africaine (encore un avantage) ne pourrait souffrir d’exception. Il est, donc, inopportun, pour le général Ghazwani, en intellectuel avisé et bien éduqué, au sens pédagogique du terme, de vouloir s’arroger le rôle, peu enviable, du général égyptien Omar Souleymane, le sbire du dictateur Hosni Moubarak. Rien ne saurait arrêter, désormais, la volonté du peuple mauritanien, vers un avenir meilleur, pour plus de démocratie, de justice sociale, de partage des richesses, etc. Après sa fuite de Tunisie, en laissant, derrière lui, sa bibliothèque plus riche en magots qu’en manuscrits, le très général Ben Ali, que l’écrivain Gilles Perrault qualifie de «voyou de sous-préfecture», nous enseigne que les hommes d’Etat ne sont que des «êtres pour la mort», comme nous, souvent médiocres, aux préoccupations oiseuses, comme l’argent, l’agio, le coffre-fort. Le pharaon Moubarak parti, le mégalomane Ali Abdallah Saleh sur orbite, le psychopathe Kadhafi dans la tourmente, les peuples arabes et africains veulent prendre leur destin en main. La soldatesque à la vision linéaire et rustique, peu prompte à l’alternance démocratique et au débat d’idées, aimant la gloriole, affichant les paillettes et brandissant le glaive, à la moindre tentative de revendication citoyenne légitime, est en voie d’extinction. Il arrive que ces képis étoilés s’érigent en sauveurs, mais jouent parallèlement, aussi, les «godillots», au profit de puissances étrangères, dans le seul but de se maintenir sur le strapontin olympique, au détriment des aspirations de leur peuple. Il est temps que la Mauritanie soit dirigée par un universitaire qui n’a pas falsifié son baccalauréat ou trafiqué son diplôme. Nous voulons un citoyen responsable, frugal, altruiste, humaniste, juste, de bonne moralité; bref, un président qui fasse l’accord, unanime, de tous les esprits compétents.
Manipulateur accompli
Le consensus au règlement du passif humanitaire est-il comparable à la quête du Graal, le calice encore introuvable? Si le Graal est un objet mythique, recherché depuis des lustres, donnant lieu à de multiples interprétations symboliques, ésotériques et autres illustrations artistiques, notre passif, lui, est synonyme de désolation, de constriction à la renonciation et de hoquets, récurrents à tous les pouvoirs publics successifs de Mauritanie. Le général Aziz a-t-il la compétence étendue à lui trouver une solution définitive? Appréhendons ce que le génie de l’Inchiri peut nous sortir de son chapeau. Deux hommes tiennent le haut du pavé, en ce qui concerne cet épineux dossier: le colonel Dia Adama Oumar et l’ancien lieutenant Sy Abou Bocar, dit Djalaldé, qui a connu le sous-lieutenant Aziz, en 1980, à Tidjikdja, alors 4ème région militaire, avant sa dislocation, au profit du Secteur Autonome de Kaédi (SAK) fondé en mars de la même année. C’est à Kaédi, en novembre 1980, que j’ai connu le futur président, alors que j’étais l’adjoint du sous-lieutenant Sarr Amadou, collègue de promotion du sous-lieutenant Aziz. Les deux hommes, malgré trois années passées ensemble, à Meknès, ne s’appréciaient point. Avant la mort de Sarr, en 1987, les deux officiers se parlaient-ils? Je l’ignore encore car, au moment fatidique, j’étais en stage en France. Le commandant du SAK, le lieutenant Bellahi, officier patriote, ne portait pas, lui non plus, Aziz dans son cœur. Est-ce la raison pour laquelle ce dernier, trente ans plus tard, voue une aversion abyssale à un autre patronyme Maouloud, actuel président de l’UFP? L’attitude vindicative du général Aziz, qui ne puise son énergie qu’en broyant son vis-à-vis, nous permettra-t-elle de franchir le Rubicon? En manipulateur accompli, le général ira jusqu’à feindre de vouloir apporter une solution au passif humanitaire. Le discours de Sy Abou, lors du second anniversaire de la prière de l’Absent, est un non-événement. La rencontre de Sarr Ibrahima, de l’AJD-MR, avec le chef d’état-major particulier, Dia Adama, sur injonction du général Aziz, dans le cadre du règlement du passif humanitaire, est à mettre sur le compte de l’animation des chrysanthèmes. D’ailleurs, les Peuls ne sont pas les seuls à «attendre Godot» ou la figure transcendantale qui viendrait les sauver, selon le dramaturge Samuel Beckett. Il ya aussi les Maures blancs, les Maures noirs, les HPB (Hartani Presque “Biwani”), les Soninkés, les Wolofs, les Bambaras etc., qui aspirent, tous, à des lendemains radieux. Car le général polymorphe a déçu plus d’un. Impérieux, impavide (ce qui est suicidaire), comme l’inconscient freudien qui se veut amoral, le général est comme le temps, cruel compagnon, qui ne se retourne pas et ne «pouvant créer, décrète, débarque, cherche à donner le change sur sa nullité». En terrorisant ses collaborateurs, ses collègues officiers du défunt HCE, ce «machin» fondé pour le mettre sur rampe de lancement, en stigmatisant ses adversaires, le général n’a jamais été défié, depuis 2005, sauf une fois. C’était le jour du putsch contre Sidioca, le 6 août 2008, à l’état-major où le colonel Hamada Ould Boïdé a dit: «niet!» Il l’aurait pris au téléphone, pour le convaincre, et ce n’était pas leur premier litige (voir mémoires). Si, ce jour du 6 août le colonel Abderrahmane Ould Boubacar avait revêtu son harnachement de guerrier, le cours de l’Histoire aurait changé.
Général milliardaire
Après la guerre de sécession (1861-1865) et la victoire des Yankees sur les Confédérés esclavagistes du Sud, les Noirs sortirent des plantations de coton, pour s’installer aux contours de centres administratifs, comme New York ou Washington, et industriels, tels Chicago ou Detroit, future capitale mondiale de l’automobile. Contrairement aux bourgeois de la vieille Europe, fuyant les bourgs, au sortir de la féodalité, afin de produire des richesses, à la faveur de la nouvelle ère industrielle, les anciens esclaves afro-américains ne parvinrent que difficilement à joindre les deux bouts. Il a fallu, pour l’administration américaine, inventer la discrimination positive, dans les écoles, les universités, en matière d’emplois, etc., pour permettre, aux Noirs, de prendre le train en marche. En Mauritanie, si l’esclavage est officiellement aboli, l’Etat n’a pas eu, encore, la volonté politique d’accompagner les Haratines, au plan économique. L’initiative actuelle de l’IRA et de Aminetou Mint Moctar, qui consiste à faire des «sit-in», devant les commissariats de police, est une stratégie payante et, donc, louable. Elle engage la responsabilité de l’Etat et indexe les récalcitrants qui n’auront pas appréhendé l’inéluctable marche de l’Histoire, en foulant, au pied, les lois de la République. L’opinion sera beaucoup plus sensible à cette lutte non-violente qu’aux slogans creux, appelant à l’explosion communautaire, au risque de résultats mitigés et d’éventuels effets-boomerang. Si les anti-esclavagistes font un travail pédagogique remarquable, ils ne sont pas cotés en bourse. Dans ce cas de figure, ils doivent lorgner du côté du pouvoir, particulièrement chez le général milliardaire, prétendument «président des pauvres». On ne peut pas puiser dans la cagnotte du contribuable et vouloir, ensuite, colmater sa misère. Le populisme du général-président agresse, en premier chef, les pauvres parmi les pauvres, c’est à dire le lumpenprolétariat harratine. La lutte contre la gabegie? Expression creuse, imbibée d’égoïsme, pour celui qui connaît le caractère de cet officier, depuis sa sortie de Meknès, en 1980. Disons-le clairement: le but du slogan du général, sur la gabegie, est une caverne à deux portes. Premièrement, s’arroger les bienfaits de la bonne gouvernance; deuxièmement, disposer du maximum de capitaux, au Trésor public, à la BCM, afin que, lui, puisse se servir. Et tant qu’il n’aura pas surpassé, en richesses, son cousin le colonel Ely Ould Mohamed Vall, égaler les banquiers Noueygued et Ehel Abdallahi, les agents de l’IGE n’auront pas de répit. Les intellectuels mauritaniens ont une part de responsabilité, dans la conduite, calamiteuse, des affaires de l’Etat. Complices devant l’Histoire, ils n’auront pas joué leur rôle de catalyseurs, au profit d’un réalisme constructif et durable, plutôt qu’un hédonisme bancal.
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La balkanisation des idées, relevant, surtout, de la doxa, empêche la société mauritanienne, toutes tendances confondues, de se prévaloir d’outils hétérodoxes, en prélude à un éventuel sursaut patriotique. L’histoire récente de notre pays est émaillée de soubresauts qui constituent autant d’écueils à l’esprit d’initiative et au militantisme citoyen. En effet, la succession des coups d’Etat, depuis 1978, les exactions extrajudiciaires, à l’encontre de telle ou telle entité, les séquelles de l’esclavage, les détournements de deniers publics, l’impunité, la paupérisation croissante, le manque de vision politique, du court au long terme, sont autant d’entraves au développement économique et social. La majorité maure, qui tient le gouvernail, depuis l’indépendance en 1960, n’a pu que difficilement maintenir le cap. Les Négro-mauritaniens, se disant exclus du cercle du pouvoir décisionnaire et se posant en victimes, depuis l’exécution des officiers Ba Saïdou, Sy Saïdi et Sarr Amadou, en 1987, boudent tout ou presque. Les Haratines, laissés-pour-compte, rabougris par les vicissitudes de l’Histoire, durant des siècles, sont, désormais, embarqués pour une longue et débonnaire «insurrection pacifique». Et si tous les Négro-mauritaniens, les Haratines, les Maures blancs aigris mettaient au rebut, pour un temps soit peu, leurs revendications, au bénéfice de la bonne cause? Car l’émergence devient possible, en 2011, d’une réelle Mauritanie nouvelle où les aspirations des uns et des autres peuvent se concrétiser, les barrières de la race et de la langue transcendées. La génération Facebook, du hip-hop et du rap, soucieuse pour son avenir, ignorant les mécanismes intercommunautaires et leur lot de turpitudes séculaires, se veut l’élément précurseur de cette Mauritanie nouvelle. Cependant, il est à se demander si cette jeunesse du 25 février ira jusqu’au bout de son auguste ambition. Car le général Aziz ne ménagera aucun effort pour l’infiltrer et la torpiller. Le réseau d’agents du renseignement qu’il a échafaudé, depuis son retour au BASEP, en 2000, minimise le travail des officines traditionnelles dudit renseignement. Le général ne parle, généralement, qu’avec ceux qui l’informent et, une fois à sa botte, il les bafoue. Il n’aura de considération qu’à ceux qui le défient. En ce qui concerne l’Armée, le récent tableau d’avancement, surtout pour le grade de général, a fait grincer plus d’une dent. En ouvrant la boîte de Pandore, par lui-même et pour lui-même, Aziz, en officier automobile n’ayant pas fait le CID (Ecole de Guerre) n’a pas droit au grade de général. C’était le chemin le plus court qui consistait à doubler les colonels plus anciens que lui. En carriériste «avantageux», à l’instar de ce que disait Victor Hugo de Napoléon III, le «petit», le général déteste ceux qui l’auront connu, jadis, dans son dénuement, ceux qui l’ont aidé, comme son cousin Ely Ould Mohamed Vall, ou commandé, tel le colonel Lemrabott Ould Sidi Bouna, actuel préfet de Bir Moghrein, le colonel Mohamed Ould Abdi, son logeur à Kaédi, de 1980 à 1982, et qui a joué un rôle, déterminant, pour son retour au BASEP, en 2000. Dans un souci de préservation de l’écosystème, le colonel Lemrabott reprochait, à Aziz, le déboisement de toute la région du Trarza, pour son hammam. Lemrabott, désormais colonel-fossile, croupit encore à Bir. La vertu, selon Platon, c’est commander aux hommes. Peut-on être porté sur l’argent, tout ce qui brille, et incarner la probité, le charisme, la bonne gouvernance, qualités indispensables à tout chef d’Etat? Non, le général Aziz n’est pas l’homme qu’il faut, à la place qu’il faut. Ce général est un dictateur en puissance, il le sera en acte, sous peu, si le peuple mauritanien ne vient pas à prendre son destin en main. Il y va, aussi, de l’honneur de l’Armée, de sa place aux cœurs des Mauritaniens, à l’instar des armées égyptienne et tunisienne qui ont laissé émerger des pouvoirs civils, plutôt que de prendre les devants. Le seul officier qui s’oppose et s’opposera à l’inéluctabilité historique, c’est Mohamed Ould Abdel Aziz. Après les départs de Kadhafi et d’Ali Abdallah Saleh, la Mauritanie restera le seul pays arabe et africain de la sous-région à être encore dirigée par un militaire. L’exception du Mali prendra fin, en 2012, car le vrai général-commando, Amadou Toumani Touré (ATT), qui n’a ni parti politique ni envie insatiable du pouvoir n’aura guère fait d’émules. On sait toujours ce qu’on veut mais on ne sait pas ce qu’on va devenir. Comme le temps, l’Histoire est une compagne cruelle, la mégalomanie, la richesse, le glaive et l’étrier sont, parfois, incapables de dévier son inexorable cours. Aziz doit partir. Au slogan de Guizot «enrichissez-vous!», sous la Monarchie de juillet, faut-il opposer l’«indignez-vous!» de Stéphane Hessel, en cette cinquième République française chancelante?
Pour qui il n’y a que l’argent qui compte, on ne peut demander mieux. «Triste spectacle que celui du galop, à travers l’absurde, d’un homme médiocre échappé»…
Ely Ould KROMBELE- LE CALAME.
Les cerveaux d’ébène mauritaniens marginalisés
Un observateur attentif de la scène politique nationale a fait un décompte des nominations en conseil des ministres des trois dernières années. Il est arrivé au constat que sur plus de 1300 nominations hebdomadaires ou des mesures individuelles prises par la présidence de la république, seuls 50 noirs toutes ethnies confondues ont été promus. Un chiffre scandaleux qui révèle au grand jour la politique d’exclusion communautaire érigée en mode de gestion de l’administration publique mauritanienne. La hiérarchie militaire elle c’est le comble de l’épuration ethnique ! La police est prise en otage par des nationalistes chauvins qui font main basse sur tous les commandements. Dans tous les commissariats du pays on ne compte pas plus de trois commissaires haratines et négro- mauritaniens confondus. L’administration territoriale affiche encore son visage hideux d’une Mauritanie monocolore et « fière de son identité ». Cette injustice flagrante et abjecte doit interpeller les consciences et alerter les démocrates et autres citoyens honnêtes qui oeuvrent pour l’égalité des droits entre les citoyens d’un même pays et dénoncent toutes les formes d’exclusion au nom de préjugés épidermiques et autres archaïsmes.
Il est inadmissible de continuer à garder le silence sur une violence aussi grave des droits de citoyens victimes de mesures inhumains du fait de leur couleur. Cette mauvaise image d’une Mauritanie où une soit disant majorité accapare tous les postes de responsabilités et autres leviers du système économique social et politique est en train de se renforcer malgré les changements amorcés sur le chemin de la démocratie et de la bonne gouvernance. Malgré la prolifération des mouvements de la société civile et de la promotion de la liberté de presse .Les exemples ne manquent pas pour mettre à nu cette injustice à caractère racial entretenu à ciel ouvert et qui continue de tenir de plus en plus à l’écart les compétences issues des autres communauté au nom de faux schémas que ni la constitution du pays ni d’autres critères objectifs ne sauraient faire valoir. Pour justifier le placement des hommes à de hauts postes de responsabilités on évoque la question de la langue officielle. Ainsi il faudrait être arabophone pour occuper le rang de directeur, de chef de service de Sg d’un ministère etc. Cet argumentaire ne tient pas non plus pour la bonne et simple raison qu’il y a des cadres noirs excellents en arabe en hassaniya et érudits en coran qui pourraient assumer les responsabilités qui leur seront confiés. D’ailleurs les langues nationales sont également consacrées comme des langues officielles par la loi fondamentale du pays. L’arrivée de Mohamed Ould Abdel Aziz n’a pas rétabli cette injustice. Loin s’en faut. Au lieu de renforcer l’administration de cadres compétents, il s’est contenté de limoger ceux qui occupaient des postes importants. Que représentent les menus strapontins accordés à des noirs du système comparés aux milliers de postes occupés aux arabes du pays ? La Mauritanie n’appartient pas à une tribu ni à une ethnie. Elle ne saurait se bâtir sur l’exclusion mais sur la diversité de ses composantes où les seuls principes de l’homme qu’il faut à la place qu’il faut méritent d’être respectés.
Cheikh Tidiane Dia –LE RÉNOVATEUR





