Daily Archives: 23/12/2025
CAF. Sur sa demande, et après approbation de la CAF, la Mauritanie quitte la zone Afrique de l’Ouest pour intégrer la zone Afrique du Nord.
Le rêve de certains, qu’ils soient en mode sommeil ou en mode veille, c’est de déraciner géographiquement la Mauritanie. Pour en faire quoi, donc ? Pour la transporter et la transplanter dans l’Asie occidentale, de préférence entre l’Arabie Saoudite et le Yémen ou dans les Émirats arabes Unis dont elle pourrait être, le cas échéant, le huitième État. Désir d’arabité exige : il faut quelque chose qui sonne et rime avec arabe pour faire arabité. Quand le virus du complexe identitaire s’active, difficile de le neutraliser, la fuite en avant se poursuit, sans limite. Bientôt nous modifierons notre Constitution… Et pourquoi donc ? Pour changer le nom de notre pays : de République Islamique de Mauritanie, on va passer à « République Islamique Arabe de Mauritanie ». Après tout, nous avons déjà changé de drapeau et d’hymne…
En attendant que se réalise ce rêve de transplantation du pays…, de rupture définitive d’avec l’Afrique de l’Ouest, de divorce d’avec l’Afrique noire au profit d’un ancrage, depuis longtemps entamé, dans l’Afrique du Nord (blanche) et dans le monde arabe, on agit sur deux leviers. 1) On profite au maximum de toutes les opportunités qu’offrent les organisations africaines, comme ce fut le cas récemment lors de l’élection d’un Mauritanien à la tête de la BAD : dans ces cas-là, on se souvient de l’africanité de la Mauritanie, on la revendique même, et on fait la tournée des capitales africaines, avec sourires, accolades et autres opérations de séduction pour s’assurer du soutien et des votes des pays de l’Afrique noire.
Rien d’étonnant, car on retrouve là l’extension hors de nos frontières de la méthode de gouvernance déployée à l’intérieur du pays : le recours à des cadres issus des communautés exclues et marginalisées et leur utilisation comme faire-valoir pour asseoir la domination de la composante maure du pays. Autrement dit nous retrouvons sur le plan extérieur, en matière de diplomatie et de relations internationales, l’affirmation d’une Mauritanie à identité unique, exclusive : l’identité maure ; d’où cette volonté de consolider l’ancrage de la Mauritanie dans le monde arabe ; d’où cette négation de fait de l’identité des autres entités nationales.
2) La consolidation de l’ancrage du pays dans le monde arabe s’opère à mesure que s’effectue le retrait progressif de la Mauritanie de sa zone géographique matricielle : hier (2000) elle se retirait de la CEDEAO. Aujourd’hui la Mauritanie déserte la zone Afrique de l’Ouest de la CAF au profit de la zone Afrique du Nord. On peut parier, au regard de son orientation politique définie plus haut, que si elle ne courait pas le risque de s’exposer à la perte de beaucoup d’avantages ou de prestiges symboliques, à l’étouffement économique et à l’isolement en Afrique, elle se serait volontiers retirée de l’OMVS (Organisation Pour la Mise en Valeur, du fleuve Sénégal) et même de l’UA (Union Africaine) au profit d’organisations Nord-africaines et arabes.
Mais arrêtons de rêver. Le rêve peut être un dérivatif. Laissons-lui en l’occurrence cette fonction, car la réalité, souvent indépendante de notre volonté, finit toujours par s’imposer, fracassant rêves et illusions. La Mauritanie est d’abord africaine avant d’être arabe. C’est son appartenance effective au continent africain qui fait sa proximité avec l’Afrique du Nord. Dans ses rapports avec l’Afrique noire et le monde arabe, elle doit s’employer à maintenir constamment cette ligne d’équilibre, celle qui fait sa double identité : africaine et arabo-berbère. Mais comment maintenir cette ligne d’équilibre sur le plan extérieur quand elle est inexistante sur le plan intérieur ? L’extérieur, c’est le dedans exposé dehors, comme pourrait dire l’autre.
Boye Alassane Harouna
21 décembre 2025
« Résistants sans guerre : chronique d’une haine postcoloniale fabriquée »
Franchement, il va falloir qu’on m’explique.
J’essaie vraiment de comprendre, mais je n’arrive toujours pas à saisir cette haine obsessionnelle de la France chez certains Mauritaniens surtout arabophones. Je peux comprendre celle des Algériens après 132 ans de colonisation, un génocide culturel, une guerre totale ou même celle des Vietnamiens, qui ont subi des bombardements et une guerre longue et sanglante. Mais chez nous, tout ça ressemble plutôt à une pièce de théâtre historique un peu amateur.
Un jour, on s’est réveillés en se découvrant soudain une « guerre de libération » héroïque, avec des martyrs recyclés, des mythes bricolés et des récits gonflés à l’ego postcolonial. On brandit la mort de Coppolani, on cite Om Tounsi comme si la Mauritanie avait été un champ de bataille comparable à l’Algérie… alors qu’en réalité, notre « résistance » a surtout été diplomatique, négociée, fragmentée et, il faut le dire, assez accommodante.
Le pire, c’est qu’on oublie soigneusement de parler de l’invasion arabe, de la traite négrière arabo-berbère, de la domination des émirs guerriers ou de la hiérarchie raciale interne. Mais, bizarrement, la France devient l’ennemi absolu, tandis que notre histoire locale bénéficie d’une sorte d’amnistie morale totale.
Soyons honnêtes même si ça pique un peu : Notre indépendance ne nous a pas été arrachée par les armes, elle nous a été remise avec un stylo. Pas de guerre totale, pas de villes rasées, pas de millions de morts.
Et si on lit les écrits de nos propres émirs et marabouts ceux qu’on aime citer quand ça nous arrange qu’est-ce qu’on y trouve ? Des lettres de remerciement à la France, des alliances assumées, un soutien clair contre les Ottomans, une reconnaissance explicite du rôle de la France comme arbitre face aux puissances régionales.
Mais évidemment, tout ça s’efface comme par magie dès qu’il s’agit de jouer les révolutionnaires de salon.
Ce qui est le plus frappant dans cette indignation sélective, c’est le double standard géopolitique :
Pourquoi les pays du Golfe ne ressentent-ils pas cette haine viscérale envers l’Angleterre ? Pourquoi le Qatar, les Émirats ou l’Arabie saoudite n’organisent-ils pas de conférences hystériques contre Londres, alors que leurs États modernes sont des produits directs du protectorat britannique ?
La réponse est simple (mais un peu gênante) : Parce qu’eux, ils assument leur histoire au lieu d’en faire un complexe identitaire.
Chez nous, par contre, on a :
• collaboré avec le colon,
• étudié dans ses écoles,
• administré avec lui,
• fait des enfants avec lui,
• hérité de sa langue, de ses institutions, de ses frontières…
Et puis, tout à coup, on se découvre une vocation de résistant radical mais seulement après coup.
Le français, qu’on le veuille ou non, fait partie de notre histoire. Pas parce qu’il est sacré, mais parce qu’il est là, tout simplement. Le nier, c’est nier notre propre parcours, notre propre complexité.
À force de rejouer une guerre qui n’a jamais vraiment eu lieu, on évite surtout de regarder les vrais problèmes en face : la domination interne, le racisme structurel, l’exclusion linguistique, la hiérarchie héritée… C’est tellement plus facile de crier « impérialisme français » que de se regarder dans le miroir.
Bref, il serait peut-être temps de vivre notre époque sereinement, d’assumer notre histoire sans se raconter d’histoires, et de comprendre qu’une nation mature ne se construit pas sur des haines importées, mais sur une lecture lucide et parfois franchement honnête de son passé.
Ironique……wetov
Sy Mamadou





