« Résistants sans guerre : chronique d’une haine postcoloniale fabriquée »
Franchement, il va falloir qu’on m’explique.
J’essaie vraiment de comprendre, mais je n’arrive toujours pas à saisir cette haine obsessionnelle de la France chez certains Mauritaniens surtout arabophones. Je peux comprendre celle des Algériens après 132 ans de colonisation, un génocide culturel, une guerre totale ou même celle des Vietnamiens, qui ont subi des bombardements et une guerre longue et sanglante. Mais chez nous, tout ça ressemble plutôt à une pièce de théâtre historique un peu amateur.
Un jour, on s’est réveillés en se découvrant soudain une « guerre de libération » héroïque, avec des martyrs recyclés, des mythes bricolés et des récits gonflés à l’ego postcolonial. On brandit la mort de Coppolani, on cite Om Tounsi comme si la Mauritanie avait été un champ de bataille comparable à l’Algérie… alors qu’en réalité, notre « résistance » a surtout été diplomatique, négociée, fragmentée et, il faut le dire, assez accommodante.
Le pire, c’est qu’on oublie soigneusement de parler de l’invasion arabe, de la traite négrière arabo-berbère, de la domination des émirs guerriers ou de la hiérarchie raciale interne. Mais, bizarrement, la France devient l’ennemi absolu, tandis que notre histoire locale bénéficie d’une sorte d’amnistie morale totale.
Soyons honnêtes même si ça pique un peu : Notre indépendance ne nous a pas été arrachée par les armes, elle nous a été remise avec un stylo. Pas de guerre totale, pas de villes rasées, pas de millions de morts.
Et si on lit les écrits de nos propres émirs et marabouts ceux qu’on aime citer quand ça nous arrange qu’est-ce qu’on y trouve ? Des lettres de remerciement à la France, des alliances assumées, un soutien clair contre les Ottomans, une reconnaissance explicite du rôle de la France comme arbitre face aux puissances régionales.
Mais évidemment, tout ça s’efface comme par magie dès qu’il s’agit de jouer les révolutionnaires de salon.
Ce qui est le plus frappant dans cette indignation sélective, c’est le double standard géopolitique :
Pourquoi les pays du Golfe ne ressentent-ils pas cette haine viscérale envers l’Angleterre ? Pourquoi le Qatar, les Émirats ou l’Arabie saoudite n’organisent-ils pas de conférences hystériques contre Londres, alors que leurs États modernes sont des produits directs du protectorat britannique ?
La réponse est simple (mais un peu gênante) : Parce qu’eux, ils assument leur histoire au lieu d’en faire un complexe identitaire.
Chez nous, par contre, on a :
• collaboré avec le colon,
• étudié dans ses écoles,
• administré avec lui,
• fait des enfants avec lui,
• hérité de sa langue, de ses institutions, de ses frontières…
Et puis, tout à coup, on se découvre une vocation de résistant radical mais seulement après coup.
Le français, qu’on le veuille ou non, fait partie de notre histoire. Pas parce qu’il est sacré, mais parce qu’il est là, tout simplement. Le nier, c’est nier notre propre parcours, notre propre complexité.
À force de rejouer une guerre qui n’a jamais vraiment eu lieu, on évite surtout de regarder les vrais problèmes en face : la domination interne, le racisme structurel, l’exclusion linguistique, la hiérarchie héritée… C’est tellement plus facile de crier « impérialisme français » que de se regarder dans le miroir.
Bref, il serait peut-être temps de vivre notre époque sereinement, d’assumer notre histoire sans se raconter d’histoires, et de comprendre qu’une nation mature ne se construit pas sur des haines importées, mais sur une lecture lucide et parfois franchement honnête de son passé.
Ironique……wetov
Sy Mamadou





