CAF. Sur sa demande, et après approbation de la CAF, la Mauritanie quitte la zone Afrique de l’Ouest pour intégrer la zone Afrique du Nord.
Le rêve de certains, qu’ils soient en mode sommeil ou en mode veille, c’est de déraciner géographiquement la Mauritanie. Pour en faire quoi, donc ? Pour la transporter et la transplanter dans l’Asie occidentale, de préférence entre l’Arabie Saoudite et le Yémen ou dans les Émirats arabes Unis dont elle pourrait être, le cas échéant, le huitième État. Désir d’arabité exige : il faut quelque chose qui sonne et rime avec arabe pour faire arabité. Quand le virus du complexe identitaire s’active, difficile de le neutraliser, la fuite en avant se poursuit, sans limite. Bientôt nous modifierons notre Constitution… Et pourquoi donc ? Pour changer le nom de notre pays : de République Islamique de Mauritanie, on va passer à « République Islamique Arabe de Mauritanie ». Après tout, nous avons déjà changé de drapeau et d’hymne…
En attendant que se réalise ce rêve de transplantation du pays…, de rupture définitive d’avec l’Afrique de l’Ouest, de divorce d’avec l’Afrique noire au profit d’un ancrage, depuis longtemps entamé, dans l’Afrique du Nord (blanche) et dans le monde arabe, on agit sur deux leviers. 1) On profite au maximum de toutes les opportunités qu’offrent les organisations africaines, comme ce fut le cas récemment lors de l’élection d’un Mauritanien à la tête de la BAD : dans ces cas-là, on se souvient de l’africanité de la Mauritanie, on la revendique même, et on fait la tournée des capitales africaines, avec sourires, accolades et autres opérations de séduction pour s’assurer du soutien et des votes des pays de l’Afrique noire.
Rien d’étonnant, car on retrouve là l’extension hors de nos frontières de la méthode de gouvernance déployée à l’intérieur du pays : le recours à des cadres issus des communautés exclues et marginalisées et leur utilisation comme faire-valoir pour asseoir la domination de la composante maure du pays. Autrement dit nous retrouvons sur le plan extérieur, en matière de diplomatie et de relations internationales, l’affirmation d’une Mauritanie à identité unique, exclusive : l’identité maure ; d’où cette volonté de consolider l’ancrage de la Mauritanie dans le monde arabe ; d’où cette négation de fait de l’identité des autres entités nationales.
2) La consolidation de l’ancrage du pays dans le monde arabe s’opère à mesure que s’effectue le retrait progressif de la Mauritanie de sa zone géographique matricielle : hier (2000) elle se retirait de la CEDEAO. Aujourd’hui la Mauritanie déserte la zone Afrique de l’Ouest de la CAF au profit de la zone Afrique du Nord. On peut parier, au regard de son orientation politique définie plus haut, que si elle ne courait pas le risque de s’exposer à la perte de beaucoup d’avantages ou de prestiges symboliques, à l’étouffement économique et à l’isolement en Afrique, elle se serait volontiers retirée de l’OMVS (Organisation Pour la Mise en Valeur, du fleuve Sénégal) et même de l’UA (Union Africaine) au profit d’organisations Nord-africaines et arabes.
Mais arrêtons de rêver. Le rêve peut être un dérivatif. Laissons-lui en l’occurrence cette fonction, car la réalité, souvent indépendante de notre volonté, finit toujours par s’imposer, fracassant rêves et illusions. La Mauritanie est d’abord africaine avant d’être arabe. C’est son appartenance effective au continent africain qui fait sa proximité avec l’Afrique du Nord. Dans ses rapports avec l’Afrique noire et le monde arabe, elle doit s’employer à maintenir constamment cette ligne d’équilibre, celle qui fait sa double identité : africaine et arabo-berbère. Mais comment maintenir cette ligne d’équilibre sur le plan extérieur quand elle est inexistante sur le plan intérieur ? L’extérieur, c’est le dedans exposé dehors, comme pourrait dire l’autre.
Boye Alassane Harouna
21 décembre 2025





