Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

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Opposition négro-mauritanienne : Vers un redéploiement intérieur des Flam

altIl n´ y a pas en Mauritanie un parti particulièrement racial, tribal ou régional, mais les bêtises de l’histoire politique de la Mauritanie, notamment dans les années 80 et 90 avaient causé des crimes incontestablement discriminatoires, contraignant une certaine élite de la communauté négro-mauritanienne victime à s’exiler pour éviter d’être atteinte par les purges.Plus de trois décennies après, le pays qui tente difficilement de se relever de ce bourbier racial, s’apprêterait à accueillir ses fils expatriés du mouvement des Flam, lesquels optimistes de l’existence actuelle d’un contexte propice pour la poursuite intérieure de leur combat, compte se réorganiser et redéployer au pays.
L’AJD-MR et le MPR sont deux partis politiques mauritaniens à part entière, reflétant dans leur composition et leur lutte les aspirations de la Mauritanie unie et indivisible. Toutefois, ces formations sont perçues parfois, surtout le parti d’Ibrahima Moctar Sarr, d’axer leur programme de société sur l’objectif premier de la dignité retrouvée des négromauritaniens. Une fin partagée par TPMN mais qui est demeurée des années durant la revendication des Flam dans leur lutte depuis l’exil pour la résolution des problèmes dont celui des réfugiés au Sénégal et au Mali, mais également du passif humanitaire dont le règlement souffre encore de grandes lacunes, malgré quelques « chimiothérapiques » spontanées qui n’arrivent pas encore à satisfaire les attentes placées par les victimes dans cet épineux dossier. Dans une conférence de presse organisée récemment, le responsable de la jeunesse de ce mouvement négro-mauritanien, en l’occurrence Wane Mamadou Mamoudou, a évoqué la future réorganisation depuis l’intérieur du pays des Flam, notamment la création d’un parti politique au sein duquel poursuivront leur lutte les membres du mouvement en exil, dont le retour au bercail serait imminent. Cettealt décision de réorientation du pole de la lutte des Flam, demeurée longtemps à l’exil, aurait été prise sur la base d’une lecture de la conjoncture politique nationale qui prévaut sous l’actuel pouvoir et qui pourrait garantir selon les congrès de 2012 du mouvement, les conditions d’une lutte politique depuis l’intérieur. « Le mouvement a décidé de rentrer au pays pour se battre de l’intérieur, dans un cadre légal”, a ajouté Wane Mamadou, soulignant que “toutes les conditions ne sont pas réunies”, il a noté “tout de même certaines avancées, notamment, le retour d’une grande partie des déportés et le premier pas franchi par l’ex-président Sidi Ould Cheikh Abdallahi en rencontrant le président des FLAM, M. Samba Thiam“. Il a expliqué par ailleurs que son mouvement reste sensible à “la volonté politique affichée par Mohamed Ould Abdel Aziz de solder ce douloureux dossier (du passif humanitaire concernant les négro- africains)”. “Par rapport au combat du mouvement, rien n’a changé, sauf que désormais, les FLAM inscrivent leur action dans l’unité et la légalité”, a-t-il souligné. Créées en mars, 1983, les FLAM “se battent pour une Mauritanie égalitaire dans laquelle les citoyens jouissent des mêmes droits. Nous oeuvrons pour l’éradication de l’esclavage”, a indiqué M. Wane. “Les FLAM ne sont pas hostiles à la communauté maure (arabes mauritaniens) comme l’a entretenu, pendant longtemps la propagande du pouvoir de Ould Taya (1984-2005) pour diviser notre pays”, a-t- il conclu.

LE RÉNOVATEUR.

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Mauritanie : le pari de la légalité pour les FLAM

altAprès prés de trois décennies d’exil, les Forces de libération africaines de Mauritanie ( FLAM) vont bientôt rentrer au pays pour créer leur propre parti politique. C’est son responsable de la jeunesse et des droits de l’homme qui en a fait l’annonce cette semaine à Nouakchott à l’issue d’une conférence de presse. C’est une des avancées du dernier congrès du mouvement à Paris, a précisé Wane Mamadou Mamoudou. Les analystes politiques considèrent ces changements de stratégie d’un des mouvements négro mauritanien de lutte armée crée en 1983 comme un test de crédibilité et de légitimité.
De la lutte armée depuis 1983, date de la création des FLAM, il ne restera plus que des souvenirs bons ou mauvais dans les mois à venir. Les combattants négro mauritaniens ont décidé de tourner la page de la violence pour rentrer au pays et de participer pleinement au combat des idées avec notamment la création d’un parti politique. C’est ce qui ressort de la conférence de presse cette semaine à Nouakchott du responsable des jeunes et des droits de l’homme du mouvement. Wane Mamadou est bien conscient du nouvel enjeu de cette décision capitale et de la réalité sur le terrain politique en Mauritanie d’autant plus que toutes les conditions ne sont pas encore réunies pour que le nouveau courant soit d’abord accepté par la classe politique avant de se frayer un chemin dans la cour des grands partis politiques. Cette évolution de stratégie bien que tardive est très significative pour la simple raison que cette solution fut longtemps un tabou aux yeux des dirigeants « Flamistes». Décidé depuis le dernier congrès de Paris ce retour au bercail marque qu’on le veuille ou non le début d’une étape nouvelle dans le processus de la reconnaissance par le pouvoir en place du combat pour une Mauritanie nouvelle dans laquelle tous les citoyens ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. En effet c’est de l’intérieur et non de l’étranger que les FLAM peuvent impulser les revendications légitimes des citoyens et faire progresser les débats d’idées sur les questions nationales qui fâchent aujourd’hui à commencer par le règlement du passif humanitaire qui n’a pas jusqu’ici mobilisé concrètement les autorités de Nouakchott se contentant du statu quo c’est à dire le retour des déportés et après ?
Et puis sur la crédibilité l’avènement d’un parti pourrait modifier le regard de la communauté maure sur ces militants négro mauritaniens qualifiés d’extrémistes et vice versa malgré un lourd contentieux qui tient au fait que les FLAM ont connu pendant des années la pire des répressions du régime raciste de Ould Taya avec en toile de fond des pires emprisonnements et tortures, des exécutions sommaires de militaires et militants et des déportations.
Et contrairement aux idées reçues, ces défenseurs des droits de l’homme ne sont pas hostiles aux maures mais à l’ostracisme de la classe dirigeante du pays. Dans le combat pour sa légitimation, ce nouveau parti représente un chapitre de plus. Dans cette perspective les dirigeants du mouvement envisageraient de ne pas exclure le jeu des alliances avec d’autres partis mauritaniens. Cette démarche évitera l’isolement mais surtout pourrait changer la donne politique avec éventuellement les partis traditionnels existants de l’opposition ou de la coalition de la majorité actuelle. Vu sous cet angle les observateurs retiennent deux motifs d’espoir et une mise en garde. Le premier c’est que plus rien ne se passera en Mauritanie sans l’avis du nouveau parti. Le second c’est la démocratie le grand vainqueur et au de-là la liberté d’expression. Mais il va falloir batailler dur pour rendre ce projet visible et irréversible au grand bénéfice de tous les mauritaniens. Enfin un bémol, une fois sur place les Flamistes devront éviter de réveiller les vieux démons de la division de la communauté négro mauritanienne entre les anciens militants et militants actuels entre les vieux et les jeunes entre les hommes et les femmes.
Ce sont des plaies qui ont longtemps gangrené la communauté halpulaaren qui porte encore les stigmates du féodalisme, de rivalités intra régionales, de rancunes politiques etc… . En définitive les jeux sont ouverts. Le nouveau parti a sa place dans le paysage politique mauritanien comme les autres mais il peut disparaître aussi comme il est apparu. C’est le pari de la légalité.

Kane Cherif dit Baba Kane- Journaliste. 

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FLAM : « La lutte continue » de l’intérieur

altEn 2005, dans la foulée du renversement du régime de Maaouya Oud Sid’Ahmed Taya, il s’est posé aux FLAM (forces de libération africaines de Mauritanie), la question du retour au pays pour y continuer le combat. Le mouvement politique en exil s’est scindé. Une partie de ses responsables, dit FLAM rénovation est revenue en Mauritanie, l’autre est restée en exil. Entre ceux qui avaient choisi de revenir et les autres, il y avait eu des échanges « musclés ».

Les FLAM rénovation ont finalement rejoint l’AJD pour former AJDMR. Six ans après la première vague de retour, les FLAM ont décidé de « se redéployer en Mauritanie » pour y continuer la lutte. Signe de cette volonté de mener le combat en Mauritanie : l’annonce du retour des FLAM a été faite de Nouakchott. La nouvelle de l’installation très prochaine des FLAM a été donnée samedi, au cours d’une conférence de presse, par Wane Mamadou Sada, chargé de la jeunesse et des droits de l’homme au sein du mouvement. Il a indiqué que les membres des FLAM en exil vont incessamment revenir en Mauritanie pour fonder un parti politique. Wane, cité par Le Calame, a, en ces termes, donné les raisons du retour au pays des FLAM : « Après une étude approfondie de la situation politique et sociale du pays et suite au congrès de 2012, le mouvement a décidé de rentrer au pays pour se battre dans de l’intérieur, dans un cadre légal. « évidement, nous ne sommes pas dupes, toutes les conditions ne sommes pas réunies, mais nous apprécions tout de même certaines avancées, notamment, le retour d’un grande partie des déportés et le premier pas franchi par l’ex président Sidi Ould Cheikh Abdallahi en rencontrant le président des FLAM, M Samba Thiam au USA mais aussi la volonté politique affichée par Mohamed Ould Abdel Aziz de solder ce douloureux dossier . C’est vous dire que le combat continue avec tous acteurs politiques qui partagent notre vision.»
Le retour de tous les negro-mauritaniens déporté dans les années 89-90, notamment ceux encore au Mali, la justice et la vérité par rapport au passif humanitaire…les revendications des FLAM n’ont pas changé. La nouveauté, c’est seulement le redéploiement de la lutte de l’extérieur vers l’intérieur. « Les FLAM ne sont pas hostiles à la communauté maure comme l’a entretenu, pendant longtemps la propagande du pouvoir de Ould Taya pour diviser notre pays» a dit Wane pendant la conférence. Une fois en Mauritanie, les FLAM s’attelleront à montrer qu’ils ne sont pas « le diable.»

Khalilou Diagana- LE QUOTIDIEN DE NOUAKCHOTT.

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Le retour des «FLAM» : Premiers pas sur un sujet tabou

altAutant le départ des « FLAM », vers l’exil, s’était effectué dans le silence et la clandestinité, autant leur retour au pays semble se faire à coup d’annonces, par voie de presse. Normal. Hier, « ils » quittaient, à contre-cœur, leurs familles, leurs terres, leurs fonctions, leur pays. Ils « abandonnaient » ainsi ce qu’ils avaient de plus cher, à la recherche de la sécurité, de la liberté, d’un mieux être et des solutions d’avenir, pour leur communauté.

Ils reviennent, probablement enrichis de ce que l’expérience de la vie à l’étranger, peut apporter, de bien et de mal, suivant sous quel statut elle s’est faite : réfugiés politiques, réfugiés tolérés, ou simples clandestins. Ils reviennent dans un pays, où, pour l’essentiel, la situation qui les a fait partir, dans ses germes, rien n’a radicalement changé. Outre le fait qu’au moment de leur départ, il fallait tout faire pour se soustraire à la surveillance des polices, politique et militaire, alors qu’aujourd’hui l’entrée est libre, pour l’ensemble des citoyens, à la condition, toutefois, qu’ils puissent apporter la preuve de leur citoyenneté.

Certes, pour les familles, les parents et les amis le retour est toujours un moment heureux. Mais passée l’euphorie des grandes retrouvailles, que vont pouvoir faire ces grands militants, aguerris, par tant d’années de luttes, pour changer la situation économique et politique qui constitue le quotidien de leur communauté ethnique ? Vont-ils s’approprier le bilan des leurs, restés dans l’ »enfer du pays », qui se sont imposés et qui ont imposé une nouvelle vision de leur communauté parmi celles de la Mauritanie ? Vont-ils tenter d’importer, avec eux, leur mode de vie et de lutte fabriqués à l’étranger, sous des démocraties occidentales, où les ghettos ont des statuts bien particuliers ? Sur quelles forces politiques et sociales vont-ils s’appuyer, pour poursuivre la lutte sur un terrain qui leur est désormais relativement étranger ? Grossiront-ils les rangs des organisations Pulaars existantes, ou inscriront-ils leurs luttes dans le cadre, plus général, des organisations politiques nationales et multiculturelles existantes ? Comment pourront-ils choisir leur camp politique
entre une AJD-TPMN indexée, une COD austère et menacée, ou une Majorité fissurée et mal en point ?

Regarderont-ils plutôt du côté du pouvoir, en agitant les retombées du « passif humanitaire », en épaulant les revendications des « auteurs-compositeur » du dernier meeting anti-Ely Ould Mohamed Val ? Laissons-les arriver d’abord. Organisons-leur l’accueil que méritent ceux qui font le choix du retour au bercail et nous verrons quelles réponses ils apporteront à nos questions de “demeurés” au …pays.

Soueylem Val

Noor Info

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Interview du président des FLAM, Samba Thiam au site Flere

altNé en 1949 à Sélibaby, M. Samba THIAM Président et membre fondateur des Forces de Libération Africaines de Mauritanie (FLAM), n’est plus à présenter aux mauritaniens. Combattant acharné et inlassable pour la justice et l’égalité, il aura connu la prison pour avoir dénoncé la discrimination et l’accaparement de tous les leviers du pouvoir au profit d’une communauté entrainant une exclusion systématique des noirs de la gestion des affaires publiques. Chassé de la Mauritanie et refugié au Sénégal, M. THIAM séjourne actuellement aux Etats-Unis sans pour autant que sa détermination ne faiblisse.

Toujours très modeste et ayant magistralement conduit les FLAM à devenir une force incontournable dans le combat pour l’avènement d’une Mauritanie juste, assumant parfaitement ses positions et abordant les questions sans ambigüité, il revient sur la longue marche de la Mauritanie, le problème de l’esclavage, les obstacles à l’expression de la diversité, l’impossible définition de l’identité mauritanienne et la situation plus qu’inquiétante qui prévaut au pays actuellement entre autre.

Au moment où certains de nos compatriotes commencent à être habités par le doute par rapport à l’avènement d’une Mauritanie juste et égalitaire, il est important de recueillir les enseignements d’un connaisseur et combattant de longue date. Cette interview s’inscrit dans le but de la redynamisation du combat contre l’injustice et l’impunité qui sévissent en Mauritanie.

FLERE: En quoi les FLAM ont-elles contribué à l’évolution de la cause noire en Mauritanie?

 

SAMBA THIAM- Nous avons, croyons-nous , contribué à l’évolution de cette cause, en rompant d’abord ce mur du silence sur la réalité grossière en Mauritanie, que les régimes arabo–berbères s’attelèrent, de toutes leurs forces, à cacher à la face du monde. Nous croyons, également, avoir hâté et renforcé la prise de conscience tant chez les Négro-africains et les Haratines de leur condition d’opprimés, que chez une minorité de nos compatriotes arabo-berbères-qui grossit- sur le danger, à terme, de la situation. La question centrale de Cohabitation–notre crédo- ,que d’aucuns appellent, par euphémisme, la question de « l’unité nationale » est maintenant au cœur du débat actuel. Enfin, nous pouvons ajouter à ces acquis le retour, non pas à la sauvette, mais dans la dignité, grâce à notre ténacité, de ces milliers réfugiés du Sénégal !

Il ne fait aucun doute que n’eût été l’action des Flam, nous serions aujourd’hui dans la même situation que les Noirs du Maghreb; tels ces 5 millions d’algériens que l’on cache, comme une tare, au public, rélégués à la culture de l’olive, ou ces Noirs tunisiens, juste bons à régler la circulation !

Les Flam veillent, afin que d’autres puissent jouir de leur liberté d’action et de mouvement !

 FLERE: Certaines langues disent, qu’après vingt ans d’exil et de combat les FLAM n’ont pas obtenu de résultats significatifs. D’ailleurs vous parlez vous même de la perpétuation du système inique à fondement raciste incarné aujourd’hui par le régime de Aziz, ne sentez-vous pas une certaine lassitude chez les militants ? Et l’heure n’est-elle pas venue pour le changement de stratégie ?

S.T : Arrêtez de nous parler de ce que pensent les « mauvaises langues » ! et puis quel sens donnent-ils au terme « significatif », fonction d’une perception toute subjective, très variable d’un individu à l’autre ?A quel degré décide-t-on qu’une action a été ou non significative ?

Ces gens, prompts à la critique facile, l’ont choisie comme mode d’action, face à notre engagement qui ne se dément pas, et qui leur donne mauvaise conscience ! Voilà tout ! Quoique nous fassions ils trouveront, de toute façon , toujours à redire !

J’ai déjà dit plus haut que ce débat, à mots couverts, sur la question nationale qui s’invite aujourd’hui sur l’arène politique, ce retour des réfugiés, et même cet amendement constitutionnel récent sur «le droit à la différence », qui renvoie, en fait, au concept d’identité du pays, réactualisé par nous, tout cela est à mettre, directement ou indirectement, à l’actif des Flam , quoi qu’en puissent penser nos détracteurs.

J’ajouterais même que la promotion sociale d’un bon nombre de Haratines et de Négro-africains, de par leur position au sein de l’Etat, n’a été possible, depuis Ould Taya jusqu’à Aziz, que grâce à notre Discours qui gène et que l’on cherche à déconstruire, par des réadaptations, des réajustements.

Bref, affirmer que les Flam n’ont pas obtenu de « résultats significatifs », c’est manquer de sens d’observation ou de bonne foi tout court !

Trouvez-vous, franchement, qu’avoir réussi à faire ramener, après 18 ans d’exil, plus de 20.000 réfugiés que les régimes arabo-berbères souhaitaient voir fondus dans la population sénégalaise, n’est pas significatif ? Qu’avoir développé la prise de conscience chez les opprimés ça n’est pas grand’chose ? Qu’avoir réussi, jusqu’ici, à protéger les Noirs mauritaniens du sort, peu envieux, réservé à leurs confrères du Maghreb, c’est peu de chose ? pas significatif ?

Que tout ceci soit insuffisant, j’en conviens; mais que rien dans notre action ne fut significatif , je ne puis le concéder !

Un Système enraciné, depuis 50 ans, ne disparaît pas comme ça, d’un tour de main ! C’est par petites touches que cela se fera, et pas d’un seul bloc, à moins d’un changement radical de rapports de force; il y’a tous les coups antérieurs portés à l’arbre, et il y’a le dernier après lequel celui-ci s’abat; lequel (ou lesquels) serait le plus significatif ?

Pour notre part, nous continuons de porter des coups au Système … Qui fait mieux ?

Concernant maintenant le changement de stratégie, je vous invite à relire les résolutions issues de notre congrès, tenu au mois de Mai dernier à Paris, en 2011.

FLERE : Les FLAM n’ont-elles pas besoin d’un rajeunissement de la classe dirigeante pour donner un nouveau souffle au mouvement ?

S.T – La “classe dirigeante” des Flam est, pour l’essentiel , jeune ; il n’y a qu’à revoir notre Bureau exécutif ainsi que tous les responsables de nos sections pour le constater ! Ce sont nos militants qui décident et choisissent, librement, leurs dirigeants , il faut le rappeler ; comparée à la classe politique nationale, la direction des Flam me semble très jeune !

Mais si, par contre, vous faites allusion à la « longivité du Président des Flam », je vous répondrais que je partage totalement ….; je ne cesse d’appeler à la relève ! Je puis vous assurer que la place est à prendre ! Nous sommes entrain de préparer les conditions de passation du témoin ; seules des circonstances exceptionnelles ont retardé, jusqu’ici, les choses !

FLERE: La multiplicité des mouvements et partis politiques voulant porter la cause noire en Mauritanie, sans jamais parvenir à s’entendre, (querelles de personnes…) ne constitue t-elle pas un obstacle à la cause ?

S.T – Quelque part, oui ! Mais nous devons garder l’optimisme, car si les chemins sont multiples, ils conduisent tous au même objectif, partagé ! Evidemment si chacun faisait sienne cette pensée de Thierno Bocar, selon Hampathé Ba, « savoir parfois rire de soi » disait-il, les luttes de préséance, les conflits d’égos seraient tellement amoindris….

FLERE: La forme unitaire de l’Etat mauritanien n’est-elle pas un obstacle à l’expression de la diversité ? Et quelle place doivent occuper les langues dites « Nationales » ?

S.T – Cette forme unitaire actuelle constitue, en effet, un obstacle à l’expression de la diversité, pour épouser les contours de l’Unitarisme et non pas de l’Unité! On a cherché à unifier, c’est-à-dire à niveler, gommer les différences ! Or c’est ce qu’il ne faut pas, justement ! Il faut unir et non pas unifier !

La forme d’unité la plus appropriée pour cette Mauritanie-pluri-culturelle et multi-ethnique- à notre avis, c’est l’Autonomie ; nous avons choisie cette option, traduite en projet, et vous verrez quand il sera rendu public, combien ce projet sied à la réalité de notre pays !

Concernant la place des langues nationales, nous avons toujours affirmé que l’égale dignité des communautés nationales passe, aussi, par l’égalité de traitement de leurs langues et cultures.Voilà pourquoi toutes les langues nationales doivent être officielles, langues de travail – d’apprentissage et de formation- pour l’éveil des consciences ou l’éducation des populations .

FLERE: L’esclavage en Mauritanie est une forme de discrimination la plus inhumaine. Les Flam acceptent-elles de prendre en charge cette question? Pourquoi vos détracteurs vous accusent de manque de volonté sur ce terrain ?

S.T -Vous dites bien « nos » détracteurs, comme vous parliez, plus haut, de ces (mauvaises) « langues ». Un détracteur c’est rarement objectif,… plutôt de mauvaise foi !

Nous avons pris cette question de l’esclavage en charge, dans le manifeste dès 1986, au moment où presque personne n’en parlait plus, après le fameux procès d’intimidation de Rosso. Quelques articles-scoop, du genre « la Mauritanie, pays aux 100.000 esclaves » paraissaient, rarement, ici ou là !

J’ajoute que nous avons, les premiers, contribué à internationaliser ce dossier en 1990 , au Congrès du parti communiste Français, tenu à Paris. Dans toute notre production, cette question est en bonne place. Qui d’autre a fait mieux ?

C’est sur nos traces qu’a marché SOS-esclave, dont le travail a contribué à amplifier la question; l’AHME a suivi, puis l’IRA, avec sa méthode plus agressive, donnant au dossier plus de répondant , disons le …

Bref nous n’avons jamais quitté ce terrain de lutte, et n’avons jamais lâché ce dossier !

Si nous n’avions pas été là, cette question n’aurait peut-être pas eu l’ampleur qu’elle a aujourd’hui; Elle serait, à l’heure actuelle, étouffée, reléguée aux oubliettes!

FLERE: Les combats contre l’esclavage et le racisme sont-ils indissociables selon vous ? Comment comptez-vous vous organiser pour rassembler ceux qui en sont victimes et qui sont en ordres dispersés depuis l’indépendance de la Mauritanie ?

S.T – Oui je le crois, tout à fait ! indissociables tant sous l’angle pigmentaire, que sous l’angle de classes!

Ces combats nous semblent si bien liés que nous avons toujours pensé que la fin, définitive, de l’esclavage passe, nécessairement, par la fin du racisme d’Etat! Sortir de l’esclavage pour les Haratines, sans livrer bataille pour la fin du racisme d’Etat, reviendrait, simplement, à changer de ghetto ! Ils auront gagné la bataille sur le déni d’humanité qui les frappe mais, inévitablement, retomberont dans celui de citoyenneté !

Voilà pourquoi le mouvement Haratine se devrait d’avoir une vision plus globale, plus lointaine des choses, une vision prospective en somme …

FLERE : La majorité des Harratines n’a pas été recensée car dépourvue de pièces d’état civil, pourquoi, selon vous, il y a une certaine fébrilité de la part des ONG ou certains partis politiques de prendre en charge de façon pragmatique cet épineux dossier ?

S.T -Je parlerais plutôt de frilosité …

Vous devez comprendre qu’il existe, chez nous, deux types d’Opposition; l’Opposition au Système -hors du Système -, et l’Opposition dans le Système !

Avez-vous entendu l’opposition arabo-berbère dénoncer avec vigueur et constance ce projet d’enrôlement à caractère raciste?non!l’avez–vous vue s’opposer, vigoureusement, à la tentative de spoliation massive des terres qui nous guette? Non ! Ou plaider vigoureusement pour la restitution des terres spoliées des réfugiés ?exprimer, même à mi-voix, la pleine reconnaissance du pulaar, soninké et wolof comme langues officielles ? non plus!

Les visions de cette Opposition et celle du régime sur l’identité du Pays et sur les questions cruciales sont très voisines, pour ne pas dire identiques !

Encore une fois il y’a Opposition et Opposition !

FLERE: On parle beaucoup de l’esclavage des maures, selon certains maures, l’esclavage existe aussi au sein de la communauté négro-africaine, pourquoi les Flam ne sont pas montées au créneau pour dénoncer ce système discriminatoire incompatible avec les valeurs que vous prônez : Unité, Liberté, Egalité ?

S.T -Les Flam dénoncent toutes les tares sociales, où qu’elles se trouvent, qui affectent les composantes nationales, sans distinction .

Seulement, il faut quand même préciser que la réalité des formes d’esclavage en milieu négro-africain et arabo-berbère est totalement différente .

Résiduel en milieu négro-africain, l’esclavage s’y pose plutôt en terme de statut social. Nulle part, ici, les descendants d’esclaves ne se voient empêchés d’hériter de leurs ascendants; il est impossible de forcer quelqu’un à travailler pour un Maître ! L’ancien esclave et son descendant jouissent pleinement de leurs biens et propriétés; il est simplement impensable, dans ce milieu, qu’un homme puisse en vendre un autre, comme une vulgaire marchandise !

Voilà pourquoi nous (Flam) mettons davantage l’accent sur le second, beaucoup plus inhumain, que sur le premier-plutôt résiduel-qui se résorbera doucement, par l’urbanisation, la scolarisation, et le développement économique .

FLERE : Qu’est ce qui caractérise la féodalité négro-africaine et en quoi constitue t-elle un handicap à l’unité de cette composante ?

S.T -Vous devriez plutôt chercher la bonne réponse (scientifique) du côté des chercheurs …

Mais, je crois, pour ma part, que ce qui caractérise la féodalité négro-africaine ce sont ces stratifications, ces statuts en paliers … Bien entendu cela gène, quelque part, l’unité de cette communauté. On n’a pas compris que la division initiale des groupes sociaux était une division du travail, et non de classes sociales ou d’hiérarchisation des statuts ; le système de castes assurait, à l’origine, un rôle de régulation en attribuant à chaque groupe social une fonction. C’est après qu’il s’est produit une sorte de glissement vers une hiérarchisation qui, du reste, ne repose sur aucune base objective !

Cela dit, il faut quand même nuancer et cesser de considérer le facteur « castes », comme l’obstacle majeur à l’unité; en effet, face aux événements de 1986-89, ces différences de castes, de classes ou de statuts se sont évanouies. Contre le racisme d’Etat les Négro-africains ont fait bloc, sans considération de leur origine sociale !
Ajoutons, également, que la question des castes ne comporte pas que des inconvénients, à en croire Cheikh Anta Diop; « la création du système des castes assure plus de permanence et d’équilibre que celui du système des classes en Occident» dit-il ! C’est d’ailleurs une des raisons, entre autres, qui explique pourquoi il n’y eut pas de révolutions en Afrique, ajoute –t-il plus loin .

Autre temps autres mœurs?

FLERE: Pensez-vous que la communauté Maure vive une exclusion de quelque manière que ce soit de la part du système ?

S.T – Une partie de la communauté maure vit sa part d’exclusion, incontestablement; dans la stigmatisation de classe ( Zénaga, forgeron ), dans la redistribution des richesses, etc… On dit que la mentalité tribale bidhaani fonctionne en cercles concentriques; c’est d’abord moi , ensuite ma famille, puis mes cousins, ma fraction, ma tribu, et enfin mon ethnie ! Comme le Pouvoir est y perçu, généralement, comme une vache à lait, les retombées qu’on en tire, forcément, ne seront pas les mêmes chez tout le monde ! Plus on s’éloigne du centre des cercles, plus la part de gâteau s’amenuise; ceux qui sont en dehors de ces cercles sont simplement exclus du partage .

Il est clair que certains segments de la communauté bidhaan vivent leur part d’exclusion.

Mais cette réalité ne doit pas, toutefois, occulter ou atténuer une autre réalité, toute aussi têtue : la communauté bidhaan, dans son ensemble, bénéficie, bel et bien, des retombées du Système discriminatoire en cours, en terme de développement de sa langue et de sa culture, en terme de reconnaissance pleine et entière de sa citoyenneté, voire de sa suprématie, consacrée par le Système, sur les autres composantes nationales …

FLERE : Avez-vous de bonnes relations avec les abolitionnistes qui sont actifs à l’intérieur de la Mauritanie, (SOS-ESCLAVES, IRA-MAURITANIE) et ceux de l’extérieur, (L’Association des Harratine de Mauritanie en Europe ?

S.T – Nos relations avec ces organisations et Associations sont bonnes.

FLERE : Les FLAM comptent se redéployer en Mauritanie, nombreux sont vos militants qui ont été condamnés sans avoir purgé leurs peines, ne craignez vous pas que l’Etat mauritanien rouvre certains dossiers pour vous mettre les bâtons dans les roues afin de procéder à des arrestations arbitraires à l’image des années sombres 1987-1989?

S.T – D’abord je ne crois pas qu’il existe des peines, pendantes, pour un seul flamiste.

Ensuite en matière de lutte, le risque de répression est toujours là, inhérent à l’action! On ne peut donc s’arrêter sur ce type de considération. Quand la nécessité l’impose ou que le peuple a besoin de vous, ce risque- là disparaît ou passe au second plan !

FLERE: La jeunesse mauritanienne s’interroge sur la véracité de l’accusation portée contre les militaires négro-africains d’avoir voulu fomenter un coup d’Etat, quelle est votre version des faits pour mettre en lumière cette affaire ?

S.T – Je crois deviner, derrière votre question, un dépit, largement partagé du reste … ; mais je dois vous apprendre que je n’étais ni acteur ni témoin de cet évènement. Je pense, malgré tout, qu’avec les versions, croisées, et les choses écrites la- dessus par des témoins vivants, on peut raisonnablement, donner foi à la véracité de cet évènement !

A mon sens la question n’était pas de savoir s’ils avaient, oui ou non, tenté un putsch, mais plutôt, s’ils avaient, eux- aussi , le « droit » d’en tenter un, au même titre que d’ autres ! S’ils avaient le culot d’oser, comme tous ceux-là qui les avaient précédés, pour nous rendre notre dignité d’homme ! Ou si le traitement excessif qui leur avait été infligé était juste ? ( 3 peines capitales pour une tentative… dans la tête ! ), en comparaison à celui réservé aux auteurs de tentatives sanglantes, et qui furent non seulement impunis, mais promus !

Toute la question, en fait, c’est bien cette politique à deux vitesses qui prétend construire un pays !

FLERE : Pourquoi les Flam n’ont pas introduit une plainte collective au niveau du Tribunal Pénale Internationale, l’ONU et à l’Europe pour exiger le jugement des criminels de l’armée mauritanienne?

S.T – Ecoutez, on ne peut quand même pas nous demander, dans cette lutte, d’être présents partout, et partout devant, sur tous les fronts !

Et puis on ferait des jaloux, vous connaissez les mentalités !

FLERE: Croyez-vous que la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD), prenne en charge de façon efficiente les problèmes fondamentaux du racisme de l’Etat, de l’esclavage et du passif humanitaire ?

S.T – Je vous ai déjà dit qu’il y’a deux types d’opposition en Mauritanie : L’Opposition au Système ( hors du Système) et l’Opposition dans le Système !

FLERE: La Mauritanie traverse ces derniers temps une crise multiforme, (enrôlement contesté, grève à l’Université, spoliation à grande échelle des terres du Sud, l’opposition qui appelle à un coup d’Etat), quelle lecture faites-vous de cette situation ? Et quelles conséquences en tirez-vous ?

S.T – En effet, on observe une situation plutôt agitée ces derniers temps, et qui n’est pas sans dangers.

A mon sens, cela tient en partie à la navigation à vue, trop suffisante, trop sûre d’elle-même, du Président Aziz, qui ne satisfait personne ! Mais cela tient aussi aux positions, quelque peu versatiles, d’une certaine opposition qui porte, quelque part, la responsabilité historique de ce qui nous arrive, actuellement!

Rappelons que ce fut une partie de cette Opposition, prétendue démocratique, qui soutint, à bout de bras, le Général putschiste ! Ce fut encore une partie de cette opposition qui cautionna des accords, qu’elle savait, par avance, utopiques, condamnés, contribuant ainsi , à installer Aziz dans la légitimité , dont il avait tant besoin ! Et c’est aussi une fraction de cette même Opposition qui était allée à la soupe !

Et voilà que maintenant cette même Opposition marche, pour demander le départ de Abdel Aziz !

N’y a-t-il pas là un manque de cohérence voire de crédibilité ?

Aziz « dégage ! », entend-on clamer ! Très bien, mais pour mettre qui à la place ?

Enfin, je pense, pour relativiser un peu, que toute cette agitation n’est peut être pas si mauvaise que ça ! Ce peuple, habitué à plier l’échine sous le joug militaire , maintenant se redresse pour dire non à ses dirigeants !

C’est bon signe et c’est sain pour la Démocratie !

FLERE : Si les FLAM prenaient le pouvoir aujourd’hui, quelle sera la première grande mesure à prendre ?

S.T – L’appétit du pouvoir n’a jamais caractérisé les Flam, c’est connu; sa conquête, ne fut jamais leur préoccupation centrale, orientée surtout vers la solution du problème de la cohabitation , d’où qu’elle vienne et quelqu’en soit l’agent .

Votre question me prend donc de court, vous le comprenez !

Mais si je devais, malgré tout, m’essayer à l’exercice , je prendrais non pas une mais trois mesures : je supprimerais le Sénat, fermerais l’ISERI et m’attelerais à mettre en place les conditions pour la tenue d’un dialogue national ( sur la cohabitation et l’esclavage) et la convocation d’au moins quatre Etats Généraux .

Le premier est un gaspillage de ressources et ne correspond pas à notre réalité ; La Mauritanie ne « pèse» pas encore un Sénat, ni économiquement ni démographiquement; Et, du reste, les communautés se feraient très bien représentées, et de manière encore plus équilibrée, au niveau des trois pôles que sont la Présidence, la Primature, l’Assemblée nationale .

Le second – l’ISERI – ne donne ni à boire ni à manger, et comporte de surcroît un risque , potentiel , non négligeable! Nos « Mahadras » traditionnelles nous suffisent, largement!

Enfin quatre secteurs méritent des réformes urgentes (l’Armée, l’Education, la Justice, l’Emploi des Jeunes)

FLERE : Question : votre dernier mot ?

S.T– D’abord les enseignements à tirer de la situation du nord du Mali et du Sénégal -à méditer par les mauritaniens – qui montrent , dans le premier cas, que l’on ne peut étouffer, sans danger, indéfiniment les aspirations légitimes des minorités , et dans le second, que le cadre démocratique , qui permet l’expression concurrente des idées et des projets , est peut-être le plus sûr moyen pour la résolution des problèmes, y compris les problèmes d’identité !

Un message aux mauritaniens, ensuite, pour dire que rien est encore perdu. Nous n’avons pas franchi la ligne de rupture, alors reprenons-nous ! On peut encore faire de ce pays un havre de paix et de fraternité, où il fait bon vivre pour tout le monde !

Je ne puis terminer, bien sûr, sans vous remercier de m’avoir accordé cette interview.

Propos recueillis par : BA Tidjane, Dicko Hanoune, BA Youssouf.

09 Avril 2012

www.flamnet.info

www.flamonline.com

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