Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Daily Archives: 09/09/2026

LA RÉPUBLIQUE INACHEVÉE

Chronique

Khlil sidahmed 

Les négro-africains 

Il fut un temps où ils étaient l’ossature de l’État.

Non point par cooptation, ni par privilège de naissance, mais par le labeur, par l’école, par l’excellence. Ils étaient l’instituteur dans la brousse, le médecin à l’hôpital de district, l’ingénieur des ponts, l’administrateur intègre. Ils incarnaient ce que la République promettait: que le mérite prévaut sur l’origine.

Que sont-ils devenus?

De cadres, ils sont devenus commis.

On les a maintenus dans l’antichambre de l’Administration, jamais dans son sanctuaire. On requiert encore leur bras pour faire fonctionner l’appareil, mais on récuse leur esprit pour le concevoir. C’est là le raffinement suprême de la marginalisation: non pas l’exclusion brutale, qui révolte, mais le déclassement feutré, qui use:On ne les chasse point, on les éteint.

Dès lors, comment s’étonner de l’exode?

On nomme cela, avec une pudeur sémantique, la fuite des cerveaux , l’expression est trompeuse,il ne s’agit point d’une fuite mue par l’ambition, mais d’un exil dicté par l’asphyxie. C’est la fuite des compétences bafouées, des légitimités niées,le pays ne perd pas ses fils parce qu’ailleurs brille davantage; il les perd parce qu’ici, on a éteint leur lumière et l’on assiste à ce paradoxe tragique: une nation qui forme ses élites pour en faire l’ornement des autres.

Pour voiler cette déchéance, on invoque l’incantation suprême: l’unité nationale.

Mais quelle unité? Une unité de façade, une rhétorique de l’unanimité qui dissimule mal l’iniquité du partage. On y confond l’indivisibilité du territoire avec l’indivisibilité des honneurs. On y demande aux uns le sacrifice de boucher les fissures, aux autres le privilège de dessiner les plans.

Or, une République qui classe ses enfants, qui hiérarchise les destins selon la pigmentation ou la patronymie, cesse d’être une République.:elle n’est plus qu’une administration affublée d’un drapeau et d’un hymne.

Voilà pourquoi elle est inachevée.

Inachevée, car elle a proclamé l’égalité sans jamais en organiser les conditions.

Inachevée, car elle a enfanté des cadres pour leur refuser le gouvernail.

Inachevée, car elle préfère l’exil de ses meilleurs à la justice du partage.

Et tant qu’elle ne consentira pas à achever son propre idéal, elle continuera de se vider: de ses cerveaux d’abord, de son âme ensuite.

Sid’ahmed khlil