Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Daily Archives: 11/09/2026

Urgence panafricaine : stop à la xénophobie qui gangrène l’Afrique

Par Abda Wone

L’Afrique traverse aujourd’hui une crise silencieuse mais profonde. Une crise qui ne se mesure ni en points de croissance ni en chiffres budgétaires. Une crise morale.

Du Cap à Nairobi, de Nouakchott à Dakar, des voix s’élèvent pour désigner l’étranger comme responsable de nos difficultés économiques, sociales ou sécuritaires. Des campagnes de rejet se multiplient. Des discours de haine se banalisent. Des populations sont stigmatisées pour leur origine, leur nationalité ou parfois simplement pour leur apparence.

Cette évolution devrait tous nous inquiéter. Car chaque fois qu’un Africain rejette un autre Africain, c’est une partie du rêve panafricain qui s’effondre.

Afrique du Sud : quand la Nation arc-en-ciel perd ses couleurs

L’Afrique du Sud avait fait naître l’espoir d’un monde réconcilié. Après l’apartheid, la Nation arc-en-ciel incarnait l’idée qu’il était possible de bâtir une société fondée sur la dignité et la coexistence.

Pourtant, depuis plusieurs années, les violences contre les migrants africains se répètent avec une régularité inquiétante. Des commerces sont pillés. Des familles sont chassées de chez elles. Des hommes et des femmes voient leur seul tort réduit à leur nationalité.

Bien entendu, les difficultés économiques sont réelles. Le chômage frappe durement. Les inégalités restent parmi les plus élevées du monde. Mais le migrant n’est pas responsable des échecs des politiques publiques. Il ne doit pas devenir le bouc émissaire d’une frustration collective.

Lorsque des Africains sont pourchassés sur le sol africain parce qu’ils viennent d’un autre pays africain, c’est toute l’idée de fraternité continentale qui est remise en cause.

Kenya : quand le populisme nourrit le rejet

Au Kenya également, le débat migratoire prend une tournure préoccupante.

Présentées comme des mesures de protection économique, certaines décisions politiques visant particulièrement les commerçants étrangers contribuent à installer l’idée dangereuse selon laquelle l’étranger serait une menace plutôt qu’un partenaire.

L’histoire nous enseigne pourtant une vérité simple : les nations prospèrent lorsqu’elles créent des ponts, jamais lorsqu’elles construisent des murs.

Transformer une question économique en confrontation identitaire est toujours une stratégie à courte vue. Les bénéfices politiques peuvent être immédiats. Les dégâts sociaux, eux, durent des générations.

Mauritanie : quand des citoyens deviennent étrangers chez eux

Mais l’une des situations les plus troublantes du continent se trouve sans doute en Mauritanie.

Là-bas, le problème dépasse la simple question de la xénophobie. Des milliers de Mauritaniens éprouvent des difficultés à faire reconnaître leur citoyenneté. Certains peinent à obtenir les documents administratifs qui leur permettent d’accéder à l’école, à l’emploi, au vote ou simplement à l’existence légale.

Comment expliquer qu’un citoyen puisse devenir étranger dans son propre pays ?

Comment accepter qu’au XXIe siècle, l’accès à la nationalité et à l’état civil demeure un parcours d’obstacles pour tant de familles ?

La citoyenneté ne devrait jamais être un privilège. Elle est un droit.

Une nation grandit lorsqu’elle inclut. Elle se fragilise lorsqu’elle exclut.

Sénégal : résister à la tentation de la haine

Le Sénégal n’est malheureusement pas totalement épargné.

Depuis plusieurs mois, des discours hostiles visant des ressortissants de pays voisins gagnent en visibilité sur les réseaux sociaux. Des propos que l’on croyait autrefois marginaux trouvent désormais un écho inquiétant.

Pourtant, la réaction de nombreux citoyens, organisations de défense des droits humains, intellectuels et autorités publiques mérite d’être saluée.

Le Sénégal s’est construit grâce aux brassages humains. Nos familles débordent nos frontières administratives. Nos histoires sont entremêlées. Nos langues, nos cultures et nos trajectoires migratoires racontent la même réalité : nous sommes profondément liés les uns aux autres.

Vouloir opposer les Sénégalais aux Guinéens, les Maliens aux Mauritaniens ou les Nigérians aux Ghanéens revient à nier l’histoire même de l’Afrique de l’Ouest.

Nous sommes bien plus qu’une juxtaposition de nationalités. Nous sommes une communauté de destin.

La xénophobie est l’ennemie du panafricanisme

Nous devons avoir le courage de le dire : la xénophobie est incompatible avec le projet panafricain.

On ne peut pas célébrer Kwame Nkrumah, Cheikh Anta Diop, Thomas Sankara ou Nelson Mandela tout en rejetant l’Africain venu d’ailleurs.

On ne peut pas revendiquer l’unité africaine et alimenter la haine contre son voisin.

On ne peut pas réclamer davantage de respect pour les Africains à travers le monde tout en refusant de respecter les Africains chez nous.

C’est une contradiction morale et politique.

Refaire de l’hospitalité africaine une force

Face à cette menace, l’Afrique doit retrouver ce qui a toujours constitué sa plus grande richesse : son humanité.

Nous devons protéger juridiquement les migrants et sanctionner fermement les discours de haine.

Nous devons réformer les systèmes d’état civil qui laissent encore trop de citoyens au bord du chemin.

Nous devons raconter davantage les histoires positives de mobilité, d’intégration et de contribution économique des migrants.

Nous devons mobiliser les écoles, les médias, les artistes, les leaders religieux et la société civile pour reconstruire une culture de la fraternité.

Enfin, nous devons accélérer l’intégration africaine afin que la libre circulation cesse d’être un slogan et devienne une réalité vécue.

Notre avenir est commun

L’Afrique ne gagnera rien à dresser ses enfants les uns contre les autres.

Les défis auxquels nous faisons face sont immenses : chômage, changement climatique, gouvernance, inégalités, accès à l’éducation. Aucun de ces défis ne sera résolu par la haine de l’autre.

La xénophobie est un poison. Elle détruit la confiance, affaiblit nos sociétés et trahit l’idéal de solidarité qui a porté les combats de nos pères fondateurs.

Plus que jamais, nous devons affirmer une conviction simple : un Africain ne devrait jamais être un étranger en Afrique.

C’est peut-être là le véritable test de notre engagement envers le panafricanisme.

Abdarahmane Wone
Panafricaniste, militant des droits humains et spécialiste de la communication
Lauréat du Prix du Leadership de la Liberté Publique 2017

Minorités, pouvoir et changement social en Mauritanie

Minorités, pouvoir et changement social en Mauritanie

De la dissidence historique à l’écholalie du système

 Quand la répétition devient une vérité

Dans toute société, le pouvoir ne se maintient pas uniquement par la coercition. Il se maintient aussi par la capacité à produire des récits, à définir les réputations, à distribuer les honneurs et à déterminer ce qui doit être considéré comme normal, légitime ou respectable.

Il existe ainsi une forme de pouvoir moins visible que le pouvoir politique ou militaire : le pouvoir de définir la réalité.

Celui qui réussit à imposer les catégories à travers lesquelles une société pense ses dirigeants, ses intellectuels, son histoire et ses héros possède déjà une partie considérable du pouvoir.

C’est dans ce cadre qu’il convient d’analyser ce que l’on pourrait appeler, à titre métaphorique, l’« écholalie politique » ou le « syndrome du perroquet » : non pas une maladie clinique, mais un mécanisme social par lequel des individus reproduisent, parfois sans examen critique, les paroles, les jugements et les hiérarchies symboliques émis par les centres de pouvoir.

En Mauritanie, cette problématique prend une dimension particulière en raison de l’histoire des hiérarchies statutaires, tribales et ethno-raciales, mais aussi de la concentration historique du pouvoir politique, administratif, militaire et économique. 

Des travaux universitaires ont montré que les hiérarchies statutaires de la société bidân ont historiquement entretenu des rapports étroits avec l’organisation politique et les mécanismes de pouvoir.

La question fondamentale devient alors :

Comment une société passe-t-elle de la répétition du discours dominant à sa transformation en vérité collective ? Et quel rôle peuvent jouer les minorités critiques dans la rupture de ce mécanisme ?

La majorité démographique n’est pas nécessairement la majorité politique

Une première confusion doit être levée : être nombreux ne signifie pas nécessairement détenir le pouvoir.

Il faut distinguer plusieurs formes de majorité :

la majorité démographique ;

la majorité électorale ;

la majorité économique ;

la majorité administrative ;

la majorité militaire ;

la majorité culturelle ;

la majorité symbolique.

Une population peut constituer une majorité numérique tout en restant minoritaire dans les centres de décision.

C’est précisément ce décalage qui permet de comprendre certaines configurations historiques de la Mauritanie. Des rapports ont documenté la sous-représentation historique de plusieurs groupes dans les fonctions dirigeantes, ainsi que la concentration de positions de pouvoir entre les mains de certaines élites.

La véritable question n’est donc pas seulement :

« Qui est majoritaire ? »

Elle est :

« Qui possède la capacité de décider, de nommer, de promouvoir, de légitimer et de définir ce qui est considéré comme légitime ? »

La minorité peut devenir une force historique

L’histoire démontre que les transformations profondes ne commencent pas nécessairement avec la majorité.

Une idée nouvelle apparaît souvent chez une minorité : minorité religieuse, intellectuelle, politique, sociale ou culturelle.

Au départ, cette minorité peut sembler marginale, irréaliste ou dangereuse. Mais si elle possède une conviction suffisamment forte, une cohérence intellectuelle et une capacité d’organisation, elle peut progressivement modifier les normes collectives.

C’est ce que la psychologie sociale de Serge Moscovici a notamment cherché à démontrer à travers la théorie de l’influence minoritaire : une minorité cohérente et persistante peut exercer une influence profonde sur la majorité et contribuer au changement social.

L’exemple des premiers musulmans autour du prophète Muhammad doit cependant être utilisé avec prudence.

Il ne s’agit évidemment pas de comparer directement une communauté religieuse du VIIᵉ siècle aux groupes ethniques, politiques ou sociaux de la Mauritanie contemporaine.

La comparaison est d’un autre ordre : elle concerne le mécanisme historique de transformation.

Une communauté initialement minoritaire peut porter une vision qui finit par transformer les normes, les institutions et les représentations d’une société entière.

L’enseignement sociologique est donc plus général :

La minorité du présent peut devenir la référence du futur.

En Mauritanie, la minorité critique peut être plus importante que la majorité silencieuse

Dans une société où le conformisme est puissant, la majorité visible n’est pas toujours la majorité réelle.

Il existe une autre majorité : celle de ceux qui pensent autrement mais se taisent.

Ils peuvent être nombreux à constater une injustice, une discrimination, une nomination contestable, une corruption, un favoritisme ou une contradiction politique.

Mais chacun se dit :

« Pourquoi serais-je le premier à le dire ? »

C’est ainsi que naît le silence collectif.

La majorité silencieuse devient alors paradoxalement un instrument de reproduction du système.

Face à elle apparaît une minorité critique : quelques journalistes, intellectuels, militants, universitaires, artistes, fonctionnaires, citoyens ou simples individus qui refusent de reprendre automatiquement le discours dominant.

Cette minorité peut être faible numériquement mais forte historiquement.

Elle introduit dans l’espace public une question essentielle :

« Et si ce que tout le monde répète était faux ? »

 L’écholalie politique : quand le pouvoir parle par la bouche des autres

C’est ici qu’apparaît le phénomène que nous appelons métaphoriquement l’écholalie politique.

Le mécanisme est simple :

Le pouvoir dit → les proches répètent → les courtisans amplifient → les réseaux sociaux diffusent → la répétition devient réputation → la réputation devient vérité → la vérité devient justification du pouvoir.

Une personnalité proche du pouvoir peut ainsi être progressivement transformée en :

« grand homme d’État » ;

« grand intellectuel » ;

« sage » ;

« patriote » ;

« visionnaire » ;

« rassembleur » ;

« grand serviteur de la nation ».

Le problème n’est évidemment pas qu’une personnalité soit réellement compétente ou respectable.

Le problème commence lorsque la proximité avec le pouvoir devient elle-même la preuve de la compétence.

On ne demande plus :

Qu’a-t-il accompli ?

On demande :

Qui le soutient ?

On ne mesure plus une œuvre.

On mesure une proximité.

Le marché de la flatterie

Il se constitue alors un véritable marché de la flatterie politique.

Le mécanisme fonctionne comme une économie symbolique.

Celui qui possède le pouvoir distribue :

des nominations ;

des fonctions ;

des décorations ;

des marchés ;

de la visibilité ;

des invitations ;

des avantages matériels ou symboliques.

En retour, certains acteurs produisent :

des éloges ;

des biographies embellies ;

des discours laudatifs ;

des portraits héroïsants ;

des témoignages complaisants ;

des publications répétitives.

L’éloge devient alors une monnaie.

Plus on loue, plus on devient visible.

Plus on est visible, plus on se rapproche du pouvoir.

Plus on se rapproche du pouvoir, plus on peut être récompensé.

Et plus on est récompensé, plus on devient disponible pour louer.

La boucle est ainsi refermée.

La fabrication collective du « grand homme »

Un phénomène particulièrement intéressant apparaît dans la manière dont certaines personnalités proches du pouvoir sont célébrées.

Un individu prononce un premier éloge.

Un deuxième le reprend.

Un troisième le transforme en analyse.

Un quatrième le transforme en hommage.

Un cinquième en fait une vérité historique.

Et finalement, celui qui ose dire :

« Mais quels sont exactement ses mérites ? »

devient lui-même suspect.

La réputation n’est plus construite par les faits.

Elle est construite par l’accumulation des répétitions.

C’est là que le perroquet devient une métaphore particulièrement pertinente :

Le perroquet ne vérifie pas la phrase qu’il répète. Il vérifie seulement qu’elle a déjà été prononcée.

Le danger pour une société n’est donc pas simplement le mensonge.

C’est le mensonge répété jusqu’à devenir socialement indiscutable.

Le système beydhane : dépasser l’ethnicisation pour analyser un mécanisme de pouvoir

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Parler de « système beydhane » exige toutefois une précision méthodologique.

Il ne faut pas transformer cette expression en accusation contre tous les Beïdanes en tant que personnes ou groupe culturel.

L’analyse doit porter sur un système historique de pouvoir et de reproduction des hiérarchies, auquel peuvent participer des individus issus de différentes composantes sociales.

Les travaux consacrés à la société bidân ont notamment montré l’ancienneté des hiérarchies statutaires et leurs liens avec l’organisation politique.

Des rapports plus récents ont également relevé des déséquilibres persistants dans la représentation des différents groupes au sein des institutions et des secteurs de pouvoir.

Le véritable objet d’analyse est donc le mécanisme :

Qui possède les ressources ?

Qui nomme ?

Qui décide ?

Qui définit la norme ?

Qui écrit l’histoire ?

Qui reçoit les honneurs ?

Qui peut parler ?

Qui peut critiquer sans être marginalisé ?

Cette approche permet de dépasser une lecture simplement communautaire du problème.

L’arabisation comme exemple de la bataille autour de la définition de la nation

La question linguistique illustre également cette lutte pour la définition de la Mauritanie.

Depuis l’indépendance, les politiques d’arabisation ont profondément modifié les rapports entre langue, éducation, administration et accès aux opportunités publiques. Des sources historiques et des rapports sur les minorités décrivent notamment les tensions provoquées par l’arabisation de l’éducation et de l’administration.

Le problème n’est donc pas seulement linguistique.

Une langue peut devenir :

un instrument d’intégration ;

un instrument d’exclusion ;

un marqueur de prestige ;

une condition d’accès à certains emplois ;

ou un instrument de définition de l’identité nationale.

La question fondamentale devient alors :

Qui a le pouvoir de décider quelle langue doit représenter la nation ?

Et surtout :

Une nation peut-elle être réellement unifiée en demandant à certaines de ses composantes de devenir culturellement invisibles ?

Le tribalisme et la transformation de la loyauté politique

Le tribalisme constitue une autre dimension du mécanisme.

Dans certaines configurations, l’État moderne ne remplace pas complètement les anciennes solidarités : il peut au contraire les utiliser.

La relation devient alors :

tribu → soutien politique → accès au pouvoir → redistribution → renforcement de la loyauté tribale.

La politique publique risque alors d’être remplacée par la logique de clientèle.

Des travaux sur la Mauritanie ont notamment décrit le rôle du clientélisme et du tribalisme dans les nominations et l’accès aux ressources publiques.

Le citoyen n’est plus seulement considéré comme citoyen.

Il peut être considéré comme :

membre d’une tribu ;

fils d’un notable ;

proche d’un ministre ;

parent d’un officier ;

allié d’un homme d’affaires ;

client d’un réseau.

La citoyenneté devient alors moins importante que la relation.

 L’intellectuel face à l’écholalie

C’est ici que la responsabilité de l’intellectuel devient essentielle.

L’intellectuel n’a pas pour fonction de répéter ce que le pouvoir souhaite entendre.

Il doit précisément être capable de dire :

« Je ne suis pas convaincu. »

Il doit interroger les évidences.

Il doit demander les preuves.

Il doit distinguer :

l’autorité de la vérité et la vérité de l’autorité.

Une personnalité puissante n’a pas nécessairement raison parce qu’elle est puissante.

Un ministre n’est pas nécessairement un grand homme d’État parce qu’il est ministre.

Un universitaire n’est pas nécessairement un grand intellectuel parce qu’il possède des titres.

Un homme d’affaires n’est pas nécessairement un modèle de réussite parce qu’il est riche.

Et un proche du président n’est pas nécessairement un patriote parce qu’il apparaît régulièrement à ses côtés.

La fonction n’est pas le mérite.

La proximité n’est pas la compétence.

La répétition n’est pas la vérité.

De la minorité sociale à la minorité historique

La véritable question est alors de savoir comment une minorité critique peut devenir une minorité historique.

Elle ne le devient pas simplement parce qu’elle est minoritaire.

Elle le devient lorsqu’elle réussit à :

formuler clairement une alternative ;

conserver une cohérence dans le temps ;

documenter ses accusations ;

résister à la pression du conformisme ;

produire un discours accessible ;

construire des solidarités ;

transformer une revendication particulière en question universelle.

C’est ainsi qu’une minorité peut dépasser son propre groupe.

La défense d’une langue peut devenir une défense du pluralisme.

La dénonciation du tribalisme peut devenir une défense de la citoyenneté.

La lutte contre le racisme peut devenir une défense de l’État de droit.

La lutte contre l’impunité peut devenir une défense de la justice pour tous.

La minorité devient historique lorsqu’elle cesse de parler uniquement pour elle-même et commence à parler pour un principe.

La véritable opposition au système n’est donc pas nécessairement numérique

Une opposition peut réunir des milliers de personnes et rester politiquement faible si elle reproduit les mêmes mécanismes qu’elle prétend combattre.

À l’inverse, quelques personnes peuvent produire une transformation historique si elles introduisent une rupture intellectuelle.

La question n’est donc pas :

« Combien êtes-vous ? »

mais :

« Qu’avez-vous réussi à rendre pensable ? »

L’histoire appartient parfois à ceux qui étaient minoritaires lorsqu’ils ont parlé, mais dont les idées sont devenues majoritaires plus tard.

Sortir de l’écholalie : construire une culture du désaccord

La démocratie mauritanienne ne peut progresser simplement par l’organisation d’élections.

Elle nécessite aussi une culture du désaccord.

Une société démocratique doit accepter que :

le président puisse être critiqué ;

le ministre puisse être interrogé ;

le notable puisse être contesté ;

l’intellectuel puisse être contredit ;

le journaliste puisse enquêter ;

le citoyen puisse demander des comptes.

Une démocratie dans laquelle tout le monde applaudit n’est pas nécessairement une démocratie stable.

Parfois, le premier signe de santé démocratique est la possibilité de dire non.

Le désaccord n’est pas nécessairement une trahison.

La critique n’est pas nécessairement une attaque contre la nation.

Et l’opposition n’est pas nécessairement une haine du pays.

Conclusion — Le perroquet répète, la minorité pense

L’analyse de la société mauritanienne à travers les notions de majorité, de minorité, de pouvoir et d’écholalie permet de comprendre un mécanisme essentiel de la reproduction sociale.

Un système ne survit pas uniquement parce que ceux qui le dirigent sont puissants.

Il survit aussi lorsque ceux qui pourraient le questionner finissent par répéter son langage.

C’est pourquoi le véritable pouvoir ne réside pas seulement dans les palais présidentiels, les ministères, les casernes, les banques ou les grandes administrations.

Il réside également dans la capacité à définir qui mérite d’être admiré, qui mérite d’être écouté, qui mérite d’être nommé et qui mérite d’être oublié.

L’éloge politique peut alors devenir un instrument de domination symbolique.

La répétition peut devenir une technique de légitimation.

La proximité peut devenir un capital.

Le silence peut devenir une forme de complicité.

Et la majorité silencieuse peut contribuer, sans même le vouloir, à la reproduction du système.

Face à cette mécanique, la minorité critique joue un rôle irremplaçable.

Elle dérange.

Elle questionne.

Elle refuse de répéter.

Elle demande des preuves.

Elle rappelle que l’histoire n’est jamais définitivement écrite.

Et surtout, elle rappelle une vérité fondamentale :

Le nombre donne parfois la force politique ; mais c’est l’idée qui donne parfois sa direction à l’histoire.

Le perroquet répète ce qu’il entend.

L’intellectuel vérifie ce qu’il entend.

Le citoyen critique demande pourquoi il devrait le croire.

Et la minorité historique, elle, ose parfois prononcer la phrase que la majorité n’ose plus dire :

« Ce que vous présentez comme une évidence doit encore être démontré. »

C’est peut-être là que commence la véritable liberté de pensée en Mauritanie.

Dia Daouda Moussa