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SERIAL DÉNI! Par Bocar Daha KANE
A l’aide d’un prétexte fallacieux, on veut m’enlever ce que j’ai de plus cher en moi, ma nationalité. Comme si le mépris, la déportation, les massacres à caractère ethnique dont j’ai été victime ne suffisaient pas. Depuis ma naissance, je n’ai jamais un seul instant, cessé de prouver qui je suis. Chaque jour qui passe, mort à l’âme je subi des vexations et autres contraintes me signifiant que je ne suis pas le bienvenue chez moi. Au premier chef, je suis coupable ! Coupable, puisque je suis né ailleurs ; coupable puisque je ne connais pas le nom de l’Emir d’Adrar ; coupable puisque j’ai été déporté, et que j’ai pu me reconstruire socialement ailleurs ; coupable puisque l’idylle de mes aïeuls a vu le jour ailleurs, alors que la Mauritanie n’existait pas. On me dit « étranger », puisque ailleurs, j’ai « osé » manifester devant mon ambassade. J’ai du mal à croire en ce prétexte ! Hier, un incident entre agriculteurs et éleveurs a entrainé des massacres et une rupture de relations diplomatiques avec mon voisin. Aujourd’hui, « des étrangers » s’attaquent à ma représentation diplomatique, aucun signe de mécontentement, de désapprobation des autorités publiques, auprès de « ces français » !
Hier, des individus pénètrent dans cette même chancellerie, ôte le portrait de celui qui se dit président pour le substituer par son prédécesseur, aucun souci ! C’était l’œuvre des jeunes égarés, mais mauritaniens quand même.
Alors, dites moi qui est « étranger » et à quel moment, le sommes-nous ?
Qu’est-ce qu’il est devenu, l’appel de «l’illustre » père de la « nation » : Si le Sahara, si le sahel si le fleuve, si le Chergh et la Guelba représentent des entités vivantes avec des vocations particulières, nous placerons au dessus d’elles une ENTITÉ qui les résume toutes : la MAURITANIE » ?
Y a-t-il cru ? N’est-ce pas lui qui a perfidement abandonné cette idée d’un exécutif bicéphale sous prétexte que les nègres ne s’entendent pas pour choisir un des leurs, alors que la désignation devait être soumise aux votes ? Le fameux concept de « revalorisation de l’homme mauritanien » sous prétexte de se libérer de l’influence néo-coloniale et de lutter contre le tribalisme à tout simplement permis de valoriser un mauritanien au détriment d’un autre. L’arabisation comme « arme politique » à commencé dès 1960. Nous ne détestons pas cette langue, et nous ne sommes pas des inconditionnels du français. Le nègre refuse tout simplement l’utilisation de cette langue à des fins politiciennes. Non ! Cher Président ! Votre « faisons ensemble la Nation mauritanienne » n’a pas d’écho car vous n’y avez pas cru, et vos successeurs y ont encore moins cru. Nous ne crions pas au complot tout azimut, nous ne faisons que constater la négation de notre mauritananité, nous rendant apatrides et en même temps hypothéquant les chances de faire de la Mauritanie, « une NATION qui nait ».
La sortie récente de l’usurpateur a le mérite de lever tout équivoque à ceux qui croyaient en sa bonne volonté. « Le passif humanitaire » est définitivement réglé, il n’y a point d’esclavage en Mauritanie, la campagne « d’enrôlement » continuera, seuls les « non-mauritaniens » contestent….
Est-il nécessaire de rappeler ce qui se dit gentiment « passif humanitaire » est encore l’un des obstacles majeurs pour faire du « cherg » du « guelb » du « sahel » et du « sahara », une seule entité ? Cette épuration ethnique qui ne dit pas son nom ne connait toujours pas de dénouement. La prière fantaisiste, les « indemnisations » indécentes ne changerons en rien notre détermination de demander et exiger justice pour Anne Dahirou, Djigo Tapsirou, Téne Youssouf, Bâ, Sy, Sarr, Capitaine Lôm, soldat Dia…Nous demandons la vérité sur ses fosses commune de Sorry malé. Tant que nos compatriotes anciennement déportés et « réfugiés » aujourd’hui chez eux, ne retrouvent pas des conditions de vie décente, nous crierons toujours. Tant que nos frères continuent de languir dans une misère au Sénégal et au Mali, vous nous entendrez toujours. Tant que vos subordonnées continueront le déni de cette épuration ethnique, de cette nouvelle « épuration identitaire », nous ne construirons aucune Mauritanie avec vous. Vous pouvez faire du 28novembre une journée de deuil, vous pouvez donner à chacun de nos morts une rue, tant que les coupables connus de tous et qui se dandinent sans aucune peur, sans aucun regret, dans les villes et villages des défunts martyrs, ne répondent pas de leurs actes, nous ne ferons pas ensemble la Mauritanie.
Camarades de partout, l’heure est grave ! Ils veulent faire de nous actuellement des êtres sans patrie. Ils nous ont ôté nos fils et nos pères, ils nous ont confisqué nos terres, terres de nos ancêtres, ils veulent maintenant appliquer « la solution finale » : faire de nous des êtres sans patrie. Ils toléreront notre présence mais nous n’aurons plus accès à l’administration puisque n’étant pas « enrôlés », nous n’auront aucun droit puisque ne sommes détenteurs d’aucun « papier ». Nous seront juste des âmes errantes prisonnières chez nous. Ils nous proposent le supplice de l’inhumanité : ne pas exister !
Est-il nécessaire de préciser camarades beydane que ce « ils », n’est pas une indexation de la communauté. Ce « ils », s’adresse aux acolytes de ce système raciste et xénophobe. Alors les nouveaux progressistes épargnez nous le classique « lutter contre les extrémistes de tout bords ». Il n’y a qu’un seul extrémiste qui sévit encore en Mauritanie. Nous n’avons jamais prôné « l’exclusivité » négro-mauritanienne ou négro-africaine de la Mauritanie, contrairement aux propos et aux écrits de certains leaders du panarabisme, acteurs de ce système. Nous n’avons jamais agi dans le sens d’une élimination physique des Beydan, comme l’avait méticuleusement fait Taya et ses sbires. Nous n’avons jamais exigé la connaissance de l’Histoire du Fouta pour être « enrôlé », comme « les soldats enrôleurs » le font en humiliant nos patriarches. Le racisme n’est que d’un seul côté, ni beydan, ni négro-africain, il est du système.
Cependant nous ne pourrons pas faire front ensemble, si l’objectif de certains est pour x raisons la simple chute de Ould Abdel Aziz, comme les opposants hier de Taya qui se plaisent aujourd’hui sous le règne de son bourreau. Nous ne tendons la main qu’à ceux qui luttent contre le système dans toute sa globalité à savoir la marginalisation des négro-africains et l’encouragement des pratiques néfastes de l’esclavage. Cette campagne « d’enrôlement » et l’arrestation des abolitionnistes, sont l’illustration claire des intentions racistes et méprisantes de ce système vis-à-vis des kwar et hratîîn. « La Mauritanie une et indivisible » à l’état actuel des choses est une chimère. La Mauritanie, ce sont des communautés qui cohabitent et qui se regardent en chiens de faïence. La méfiance et la haine sont nourries et entretenues par ce système, qui est par ailleurs l’unique responsable de cette situation qui forme des « nazions » et le repli communautaire. « Une Mauritanie, une et indivisible » est un serment qui requière un engagement sincère. C’est une aspiration commune à certains d’entre nous, pour y parvenir seul le langage de la vérité fait office.
KANE BOCAR DAHA
BORDEAUX
AOUT 2011
Insulter la Mauritanie
Votre serviteur avait prédit, il y a déjà longtemps, la très mauvaise pente qu’est en train de prendre l’opération d’enrôlement des populations. Se fondant sur les déclarations du ministre de l’intérieur devant les députés, le flou qui entourait la préparation de l’opération, l’opacité dans le recrutement des agents en charge de la mission (qui ont fini d’ailleurs par être recrutés par clientélisme et, peut-être, l’accointance idéologique), nous avons vu la dérive actuellement en cours.
Excepté quelques députés de l’opposition et des activistes des associations et organisations des droits de l’homme, la plupart des acteurs de la scène nationale ne semblaient pas convaincus des inquiétudes que susciterait une opération qui était partie pour être banale comme toutes celles entreprises par le pouvoir. La plupart de ses structures soi-disant nationales, se taisent même, en signe de complicité éhontée avec les démons destructeurs.
Pourtant, aujourd’hui, on est face à une situation inextricable. Des milliards d’UM ont été dépensés pour saboter la Mauritanie, fragiliser son tissu social et miner son existence. On dirait même que le principal objectif de cette opération est d’achever l’œuvre de sape des fondements de l’unité du pays, entamée par la dictature militaire depuis 1978 et qui atteindra son apogée durant les années de braise qui ont vu des milliers de mauritaniens, purgés de l’administration, chassés de l’armée ou déguerpis de leur pays pour satisfaire les attentes criminelles de petits nationalistes chauvins qui ont investi l’Etat et ses institutions. D’ailleurs, ce n’est pas fortuit que les écrivaillons de la haine de cette mouvance reprennent aujourd’hui la plume à travers les sites d’information pour défendre cet enrôlement discriminatoire, humiliant et indécent pour la Mauritanie et compromettant pour son avenir. Alors que des citoyens crient à l’injustice et au racisme, eux encouragent l’Etat à persévérer dans la discrimination et le déni de droit pour que soit accomplie le fameux complexe d’arabité tout azimut qui les habite et sont prêts à tout brûler à ses pieds !
Au-delà des traitements discriminatoires et racistes qui sont réservés à une certaine catégorie de nos populations, cet enrôlement remet en cause les fondements du seul pacte social qui ait présidé à la naissance de la Mauritanie : l’esprit du Congrès d’Aleg de 1958. Ce congrès, tenu dans des circonstances particulières, avait jeté les bases d’une Mauritanie souveraine, unie et indivisible.
A l’époque, la plupart des géniteurs de ceux qui discriminent aujourd’hui, excluent et empoisonnent l’atmosphère, militaient pour le rattachement pur et simple de la Mauritanie au Maroc ; alors que d’autres, sceptiques sur la possibilité de toute union entre le sud et le nord de notre pays, rêvaient de nous voir tout simplement annexés au Mali (auquel appartenaient les deux Hodhs et l’Assaba jusqu’en 1946) ou rattachés au Sénégal pour réaliser une hypothétique union des deux rives du Fleuve.
Les pères bâtisseurs, armés d’une foi inébranlable dans le plus fort ciment unissant nos composantes, l’Islam, et soucieux de pérenniser l’apport de notre contrée dans la civilisation humanitaire, ont milité, bec et ongles, pour que naisse la Mauritanie, terre nourricière pour tous ses fils. L’effort de construction nationale a été engagé par tous, à partir de zéro, avec abnégation et courage. Des sacrifices ont été consentis au prix fort avec la sueur des travailleurs, le labeur des éleveurs, la hargne des agriculteurs, la foi des apôtres et le courage des soldats. Tout ceci pour que la Mauritanie reste éternellement debout !
Les natifs de Guelimine, les boys Louga et autres ex-bambins de Nara (Nouara pour certains) ne comprennent pas cette belle illustration de la Mauritanie plurielle qu’ils détestent tant. A force de s’acharner sur les populations du sud, ils ne savent pas qu’ils courent à notre perte à tous. Au-delà de la haine, il n’y a que des larmes, du sang, la division et la déconfiture. Ce qui est arrivé en Somalie ne nous enchante pas. Ce que les ivoiriens ont vécu à cause de leur “ivoirité” ne peut point être un exemple pour ceux qui aspirent à la dignité. L’expérience du Soudan ne saurait être un objectif pour un pays comme le nôtre qui dispose de tous les atouts pour rester uni et fort dans cette union.
Alors, mettons fin à tant d’humiliations et de rejet alors qu’il est encore temps. Déchoir le Dr Bâ Bocar Alpha, récuser Anne Amadou Babaly, éconduire Thiam Ousamne, maltraîter Selwa Chérif et Lala Aicha Ouedraogo et purger des registres les peulhs de Kankossa (Kangue Kossa, qui est du reste un nom soninké) n’est pas seulement une humiliation collective pour une communauté, c’est tout simplement une insulte au bon sens et à la Mauritanie !
Amar Ould Béjà.- L´Authentique
La Mauritanité ! Qu’en dit l’histoire ?
L’opération actuelle d’enrôlement, il semble qu’il s’agisse de cela, plutôt que d’un recensement, la précision est apportée par Mohamed Ould Abdel AZIZ lui même qui doit s’y connaître, ne tient compte ni de notre histoire, ni de notre géographie, ni même de notre géopolitique encore moins de la fragile alchimie (de peuplement ou population) léguée par nos ainés. C’est pourquoi, il nous a semblé utile de rafraichir notre mémoire collective sur la construction toute récente de notre pays afin d’aider à mieux comprendre pourquoi nos populations portent naturellement les mêmes noms de familles du Sahara, du Sénégal, du Mali, du Maroc, de l’Algérie et bien d’autres pays dont des citoyens ont fait le choix d’être des nôtres. Il nous semble, donc, risqué de parler de noms de familles courants.
La Mauritanie n’est pas une île. Elle n’est pas non plus un No Man’s Land. Elle est le reflet de ses voisins, avec une personnalité propre, qui s’enrichit continuellement.
Par sa position géographique, à mi chemin entre l’Afrique noire et le Maghreb, la Mauritanie est un carrefour d’échanges et de cultures, un melting pot. Sa création par la France coloniale répondait à un triple objectif : Relier ses protectorats du Nord (Maghreb) à ses colonies du Sud (AOF et AEF), limiter l’influence Espagnole au seul Sahara et contrecarrer l’idée du «Grand Maroc».
La création de la Mauritanie
Le nom de la Mauritanie n’apparait officiellement que le 27 décembre 1899 par décision ministérielle qui délimitait un territoire qui englobe les régions s’étendant de la rive droite du fleuve Sénégal et de la ligne entre Kayes et Tombouctou, jusqu’aux confins du Maroc et de l’Algérie. Cette décision ministérielle et le choix du nom ont été inspirés par Xavier COPPOLANI.
En 1900, la première limite du Territoire fut fixée à travers un tracé théorique délimitant les zones d’influences franco – espagnoles au Nord. Le 10 avril 1904, par arrêté, tous les territoires situés sur la rive droite du fleuve Sénégal sont rattachés aux protectorats des pays Maures. Paradoxalement, la fracture entre Maures et Noirs de la vallée du Fleuve sera « officialisée » par les arrêtés n°469 et 470 du 20 août 1936 qui organisaient séparément les commandements et administrations : une administration indirecte chez les « indigènes maures », avec des émirs dépendant désormais de l’administration coloniale ; et une administration directe chez les populations sédentaires noires, avec la création de cantons dont les chefs étaient auxiliaires de police judiciaire et percepteurs des impôts.
Ce mode de gestion séparée est renforcé par la mise en place d’un système éducatif différencié. En effet l’administration coloniale, pour asseoir son autorité, affirme son intérêt pour l’institution scolaire en vue d’une plus grande emprise sur les populations autochtones. Dans sa circulaire du 22 juin 1897, le Gouverneur Général E. CHAUDIE écrit : « l’école est le moyen le plus sûr qu’une nation civilisatrice ait d’acquérir à ses idées les populations encore primitives». « C’est elle (l’école) qui sert le mieux les intérêts de la cause française » ajoutera le Gouverneur Général William PONTY dans une circulaire du 30 août 1910, comme pour confirmer les propos de son prédécesseur.
Simplement, l’implantation de cette école en Mauritanie se fera, et pendant longtemps, dans le Sud : Kaédi en 1898, Boghé en 1912…., alors que les Médersas le seront seulement à partir de 1916 à Boutilimit, puis à Atar en 1936…., en raison notamment de l’hostilité affichée en pays Maures. C’est ce qui explique qu’à l’accession de notre pays à sa souveraineté le 28 novembre 1960, l’essentiel des cadres et des lettrés en langue française sont du Sud.
Enfin, le décret du 5 juillet 1944 rattache la région du Hodh, jusqu’alors sous dépendance du Soudan (actuel Mali), à la Mauritanie. Ce rattachement revêt un cachet sécuritaire, l’administration cherchant à neutraliser le mouvement Hamalliste (Cheikh Hamahoullah) dans cette région.
En lieu et place des Émirats (Adrar, Trarza, Brakna, Tagant) et des États du Sud (Guidimakha, Waalo, Fouta Tooro) se substitue et se superpose le futur État de Mauritanie. Jusqu’au 2 juin 1946, le nom de la Mauritanie continuera d’être associé, jumelé avec celui du Sénégal sous l’appellation de « Circonscription Mauritanie – Sénégal » et Saint Louis du Sénégal restera capitale de la Mauritanie jusqu’à la veille de l’indépendance. On comprend dès lors que bon nombre de Mauritaniens soient nés au Sénégal.
Tel est le contexte historique et politique dans lequel a été enfantée la Mauritanie actuelle, regroupant Sooninko, Wolofs, Maures, Bambaras, Haratines et Haal Pulaar en qui vont devoir désormais vivre sur un même territoire unifié et placés sous une même autorité. Il va s’en dire que pour présider aux destinées de notre pays, il vaut mieux connaître ce contexte et tenir compte de toutes les pièces du puzzle. Le prix à payer pour les fils de notre pays, maures comme noirs, sera énorme.
Les clefs de ce nouvel ensemble, fraichement créé, encore fragile, ont été confiées à Mokhtar Ould DADDAH. Si celui-ci appelait à construire ensemble la nation mauritanienne, sa conduite des affaires sera très tôt considérée comme partisane. Il va notamment opter pour une politique d’arabisation du système éducatif qui sera perçue par les uns comme un acte de souveraineté et de « repersonnalisation », et par les autres comme une mesure d’exclusion et d’assimilation. Car l’objectif à peine voilé de cette décision politique était de procéder à un rattrapage de l’avance prise par les noirs, surreprésentés dans l’appareil d’Etat, aux yeux des courants panarabistes.
Le calcul politique qui sous-tendait cette mesure, les conditions de son application, la mauvaise gestion des conséquences de cette application en termes de contestation cristalliseront toutes les frustrations et « pollueront » pour ainsi dire le climat politique de notre pays. La brèche ouverte depuis est devenue un fossé, si grand aujourd’hui qu’il fait courir à notre pays le risque de conflits à répétitions.
Est-il possible d’éviter à notre pays un futur incertain ?
Les mauritaniens peuvent-ils s’arrêter un instant pour s’accorder sur l’essentiel en vue de construire un destin commun ? Quel modèle pour la Mauritanie : Etat unitaire, Etat fédéral ? Ancrage dans le monde Arabe ou dans l’Afrique noire ? Trait d’union ?
Nous verrons dans notre prochaine livraison que, dès 1946 lors des premières élections législatives dans le cadre de l’Union Française, la question était déjà posée. En 1945, en prévision de ces élections, deux tendances s’étaient dessinées : Chez les Maures « le représentant de la Mauritanie ne saurait être un noir » tandis que les notables noirs, inquiets, font appel à une candidature européenne (source : Sous – série : 2G45 : 134, Archives Nationales du Sénégal).
Quoi qu’il en soit, nul ne peut gouverner paisiblement notre pays en méconnaissance totale de son histoire ou au mépris de celle-ci, faite de recompositions, de brassages, de mélanges de sociétés si différentes que tout éloignait au début, mais qu’il faut désormais administrer harmonieusement selon un principe si simple de justice et d’égalité, non pas de principe, mais d’égalité effective.
A suivre, prochainement, la construction politique à partir de 1946.
Boubacar DIAGANA et Ciré BA
Quand la mort de Abdoul Aziz Sall ressuscite la vraie Mauritanie.
De multiples hommages ont été rendus, après son décès, à Abdoul Aziz Sall. On a parlé du cursus de l’homme, de sa carrière politique. De la morgue à son domicile, à l’issue de l’inhumation, des hommes et des femmes ont rivalisé d’ardeur sincère pour évoquer Baba Aziz comme nous l’appelions, quelque soit le degré de parenté qui pouvait nous lier à lui.
Je ne saurais alors rendre hommage mieux que j’en ai entendu. Pourtant il nous semblait tous que Sall Abdoul Aziz avait été oublié par ses compatriotes tant sa retraite dans son modeste domicile de l’Ilot V était marquée par un silence volontaire et une méditation religieuse seulement rompue par la rédaction de ses Mémoires tapée sur une vielle machine à écrire mécanique datant des années 70.
Beaucoup de mauritaniens ignoraient, en passant devant cette demeure anonyme que le maître du céans fut parmi les bâtisseurs de cette République ; qu’il chemina cote à cote avec Moktar Ould Daddah jusqu’à leur chute le 10 juillet 1978.
On avait l’impression que tous s’étaient donné le mot pour respecter la retraite du vieil homme dont les seules sorties régulières étaient pour prendre le chemin de la mosquée saoudienne à un jet de pierre de la maison.
Lorsqu’on l’interrogeait sur les choses politiques, invariablement il gardait sa réserve.
A une occasion, on l’avait entendu dire qu’il n’appartenait pas à des hommes de sa génération de s’impliquer encore dans la politique car les époques avaient changé et chacune d’elle comportait ses exigences et ses projections d’avenir et qu’il appartenait aux nouvelles générations d’imprimer de nouveaux cours à la vie du pays selon les exigences du moment.
Sa vieille machine à écrire devait en être surement le témoin. Cette posture lui a assurément valu respect, considération et affection qui ont explosé à l’annonce de son décès.
J’ai assisté, écrasée par l’émotion, à des scènes que je ne pensais plus revivre pour le restant de mes jours. Il me semblait revenue aux années de ma tendre enfance.
Voir réunie dans cette maison, la Mauritanie plurielle de toutes les générations dans une communion de douleur, fut un moment fort qui n’a échappé à personne. Des hommes et des femmes qui ne s’étaient pas vus depuis des décennies, malgré pourtant des proximités affectives qui les liaient, fondaient en larmes dans les bras des uns et des autres.
Je me suis interrogée pour me convaincre que peut-être ce n’est plus la mort de Baba Aziz qui les faisait pleurer mais l’absurdité d’une situation politique de division qui les avait tenus éloignés les uns des autres, confinés qu’ils étaient dans une complicité passive dont aujourd’hui, brutalement, il découvre l’absurdité.
Peut-être aussi que la honte avait envahi les cœurs et les esprits. Nul ne peut dire qui était là parce que tous étaient là ; toute la Mauritanie dans sa diversité ethnique, sociale.
L’échiquier politique dans son ensemble était là. Le gouvernement aussi. Citer les noms serait une erreur car comme dit l’adage « qui veut dénombrer par le nom pêche par défaut car le risque d’oubli est certain ».
Tous ont semblé avoir exorcisé la peur, la méfiance et chacun s’était approprié le malheur qui venait de frapper la famille Sall. Au nom de que doit être une Nation. Baba Aziz, dans son adieu, venait de créer une situation forte. Il n’appartient plus qu’à nous tous de rétablir cette merveilleuse communauté de destin qui n’aurait jamais dû déserter les cœurs.
Une communauté de destin soutenue et renforcée par l’égalité, la fraternité, la justice dont seules nos consciences peuvent être juges de la sincérité.
Perpétuons, de grâce, l’image et le sens de la communion de ces trois jours de deuil vécus. Et il n’y avait aucun simulacre. Ceux qui l’ont vécu témoigneront.
D’autres rassemblements, heureux ou malheureux, ont surement connu pareil contexte mais je ne peux témoigner que de ce que j’ai vécu ces jours-là. Et chacun devrait pouvoir témoigner sur les évènements divers que nous vivons parce qu’on compte aussi et surtout.
Je ne suis pas politique parce que n’y comprenant rien dans cette cacophonie mais j’ai exprimé ce que j’ai ressenti et je pense que nous avons aussi droit à une parcelle de parole, nous qui ne savons rien d’internet et à peine savons-nous lire et écrire et qui sommes confinés au seul rôle d’observateurs passifs.
Je demande pardon à ceux qui pourraient être contrariés par mes propos mais à leur égal, je dis aussi ce que je pense du fond du cœur à l’image de la multitude qui s’en est retournée chez elle, muette. Assalam Aleikoum.
Oumou Kamtome Alioune DIOP PATHE,
ménagère.
Traduit du puular par Thierno Ousmane Gaye,
fonctionnaire à la retraite.
Je ne me lamente pas mais Mohamed ould Abdel Aziz
On a l’impression de découvrir qu’ould TAYA n’était pas seul dans sa mission, (d’isoler les noirs toute ethnie confondue en les discriminant, persécutant, humiliant de manière à les inciter à partir). On se rappellera aisément que : ould Abdel Aziz, Ely ould Mohamed Vall faisaient parti du cercle des proches de Taya.
Mohamed ould Abdel Aziz est sorti de sa période d’observation car il fallait d’abord faire oublier Taya (si possible) pour en suite faire pire.
L’arrogance le mensonge et le mépris dont il a fait preuve dans ce qu’on pourrait appeler prestation radiotélévisée est tout sauf un hasard.
Il sait très bien ould Abdel Aziz que l’esclavage est encore une pratique ordinaire et rependu en Mauritanie.
Une fois de plus Monsieur le président a raté l’occasion de compatir avec les pauvres mauritaniens qui souffrent(les Haratines, les veuves et orphelins de ses anciens collègues militaires assassinés parce que seulement noirs, des dizaines de milliers d’hommes et femmes victimes des événements de 1989).
Mohamed ould Abdel Aziz, le président des pauvres, ne compatira pas, il ne jugera pas les criminels, il ne jugera jamais ould Taya car ils étaient dans le même bateau avec les mêmes convictions (tout noir en mauritanien est esclave ou étranger).
Monsieur le président ne compatira pas parce qu’il est de plus en plus sur de lui.
Il a une armée (disciplinée à la libyenne) performante contre l’AQMI donc rassurant pour occidentaux.
Il fait parti des ces chefs d’états africains qui voyagent beaucoup (répond oui à toutes les invitations) dans une Afrique qui se cherche.
Ce n’est pas se lamenter que de rappeler que le président Aziz était là.
Le président Aziz était le commandant de la base militaire la plus armée, la plus puissante, la plus proche de Taya car assurant sa sécurité.
-Quand on exécutait les 3 officiers noirs (Sarr, Sy et Ba)
-Quand les pogroms anti noirs se déchaînaient encadrés et armés par le ministère de l’intérieur (St pierre) dignes de la « Kristallnacht » (Nuit de cristal).
-Quand on déportait, tuait, des dizaines de millier d’hommes, femmes et d’enfants (villages entiers)
-Quand on pendait 28 militaires noirs parce que noirs pour fêter le 28eme anniversaire de l’indépendance nationale.
-Quand l’armée nationale a décidé de d’opérer une purge définitive dans ses rangs en tuant, radiant et mettant à la retraite sans droits des centaines hommes de troupe, sous officiers et officiers noirs.
Quant on continu toujours d’exproprier les terres de la vallée.
Ce n’est pas se lamenter que de dire que le président Aziz était, est et restera complice de cette sombre partie de notre histoire et qu’il a les mains tachées de sang.
A défaut d’un choix radical et réfléchi, Mohamed ould Abdel Aziz érigera cette politique d’exclusion de mépris en mode de gestion de notre pays.
Mes pensées vont une fois plus à ses sans voix (esclaves, paysans du sud, veuves, orphelins, déportés) dont la pauvreté, l’humiliation et la marginalisation font le quotidien.
Ba Mamadou Amadou





