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L’impossible unité nationale (Troisième partie)/Par le colonel (E/R) Oumar Ould Beibacar
Le remaniement de la détente.
Le 21 février 1966, c’est finalement un dénouement politique qui va faire baisser la tension, sans régler les problèmes de fonds. En effet, ce jour là, le père de la Nation se débarrasse de cinq de ses compagnons jugés extrémistes, dont les deux puissants ministres de son gouvernement, très bons amis, mais ayant deux visions antagonistes de la situation.
Il s’agit d’Ahmed Ould Mohamed Saleh, ministre de l’Intérieur qualifié de ministre des arabes, « conservateur mais pas réactionnaire », et de Mohamed Ould Cheikh, qualifié lui aussi de ministre des noirs, « progressiste voire révolutionnaire, trop en avance sur son temps ».
Deux autres ministres, Yahya Ould Menkous et Bamba Ould El Yezid ont été renvoyés « pour des motifs d’ordre technique et accessoirement politique », mais surtout pour leur soutien indéfectible aux idées progressistes de Mohamed Ould Cheikh relatives à la solution du problème linguistique pendant.
Quant au 5ème ministre, Kane Elimane Mamadou, bien qu’il soit très compétent, sa révocation était motivée par sa position de principe, que le père fondateur, qui avait refusé auparavant sa démission, lui reprochait : « Malheureusement, au lieu de se comporter en responsable national, devant toujours se placer au-dessus de la mêlée, surtout dans les moments difficiles, il adopta l’attitude d’un partisan, en prenant carrément faits et causes pour les compatriotes de son ethnie »
Ce même jour, lundi 21 février, le bureau politique national, data la démission à blanc de Ba Mamadou Sambouly, qui avait été, elle aussi, refusée antérieurement. N’étant plus député, il perd automatiquement son poste de président de l’assemblée nationale et sera remplacé par Cheikh Saadbouh Kane le 7 mars, avant d’être muté comme préfet de Chinghitty par mesure disciplinaire.
La démission en blanc est une pratique exclusive de la dictature du PPM. Tous les candidats à la députation sont obligés de signer leur démission en blanc, qui sera datée par le BPN à sa convenance dès qu’il juge que la conduite de l’intéressé contredit les orientations du parti. Souleymane Ould cheikh Sidiya et Sidel Mokhtar Ndiaye, sont les seuls à avoir refusé de signer cette démission en blanc. Pour cette raison, ils avaient été immédiatement révoqués du parti avant d’être réintégrés plus tard.
Après les avoir démis de leurs fonctions, le père de la Nation avait proposé aux cinq ministres, dans une réunion à huis clos, de choisir des postes dans la diplomatie ou l’administration territoriale. Ahmed Ould Mohamed Saleh avait laissé le choix au chef de l’Etat, qui le nomma inspecteur des affaires administratives. Yahya Ould Menkous opta pour la diplomatie et fut nommé ambassadeur à Paris. Mohamed Ould cheikh et bamba Ould El Yezid choisirent l’administration territoriale et furent nommés commandants de cercles.
Quant à Kane Mamadou Elimane, homme de principe, déçu sans doute par la suite donnée aux douloureux événements et la perspective de la politique autoritariste de l’arabisation à outrance, qui se fait au détriment d’une ethnie et au profit d’une autre, il opta pour l’enseignement et fut muté comme professeur d’histoire et de géographie au lycée de Nouakchott. Mine de rien, tous les maures sanctionnés, suite à cette première blessure intercommunautaire, ont été réhabilités immédiatement en occupant de hautes responsabilités, alors que tous les noirs punis pour les mêmes motifs ont été écartés ou mutés dans des postes lointains et minables.
L’entérinement de l’arabisation à outrance.
Le 4 avril, la rentrée des classes du secondaire se fait dans le calme, mais dès le 6 au lycée de Rosso et le 10 au lycée de Nouakchott, des heurts entre élèves maures et noirs vont conduire à la fermeture de ces deux établissements ainsi qu’à celui des jeunes filles.
Le 24, 25 et 26 juin 1966, la réforme de l’arabisation à outrance est entérinée par le congrès du PPM d’Aioun El Atrouss, cependant elle sera progressive et accompagnée d’un effort d’explication dans tout le pays. Mais les relations intercommunautaires vont s’aggraver sérieusement par la suite. Le congrès de l’arabisation fera d’Aioun El Atrouss le berceau du nassérisme.
Des anecdotes
On raconte à ce propos, que le 28 septembre 1970, à l’annonce de la mort de Nasser, beaucoup de notables ressortissants de la grande tribu guerrière des Oulad Nasser s’étaient regroupés dans la maison de leur chef général, au centre de la ville d’Aioun El Atrouss pour faire le deuil de l’illustre disparu. Voyant certains parmi les hommes en larmes, une femme s’approcha d’eux et leur demanda si leur chef Othmane ould Bakar était vivant !
L’un des hommes lui répondit qu’Othmane était bien vivant. Elle rétorqua : « Qu’est-ce qui vous fait pleurer alors et pourquoi tout ce monde ? il lui répondit : – Jemal Abdennasser est mort. Elle lui demanda, étonnée :- qui est-ce ? Il lui répondit : – c’est le chef de l’Etat égyptien. Encore plus perplexe, la femme lui dit : – en quoi cela concerne les Oulad Nasser !!!
Pendant l’année scolaire 1983-1984, des grèves avaient été déclenchées à Nouakchott à Atar, et à Aioun El Atrouss, suite à un tract intitulé « l’armée et le capitalisme », fabriqué de toutes pièces par la police politique, au nom des nasséristes, pour préparer, parait-il, la chute du pouvoir Haidalla, jugé fanatique et autoritariste. Les lycéens d’Aioun El Atrouss, majoritairement originaires d’authentiques tribus arabes, sont par excellence les plus grands activistes du nassérisme, non seulement, pour leur amour pour l’arabe et l’arabisme, mais surtout pour le lien de parenté qu’ils avaient trouvé, semble-t-il avec ce grand leader.
Cette année – là, je commandais le groupement de la garde d’Aioun El Atrouss. Dès les premiers jours de grève, la police avait identifié les meneurs et l’administration du lycée avait procédé à leur renvoi, avant de les mettre à la disposition de la police. Cette mesure avait aggravé la situation, occasionnant des manifestations des parents d’élèves devant le lycée, demandant la tête du proviseur accusé d’avoir tout fomenté.
Etant chargé de sécuriser le lycée, je suis allé à la rencontre des manifestants que j’ai pris le soin de faire encercler, au préalable, par des éléments de la Garde nationale. Ils étaient, en majorité, composés de femmes. Voulant comprendre l’objet de leur mobilisation, je leur demandai aussitôt : « Pourquoi vous mobilisez-vous avec autant d’enthousiasme pour défendre les idées laïques et racistes de Jemal Abdel Nasser ?». L’une d’elles, parmi les plus combatives, me répondit : « Jemal Abdel Nasser n’est-il pas de la tribu des Oulad Nasser ? Son père n’est-il pas Nasser ?». Je lui ai répondu: « Absolument pas, il n’a aucune relation avec Oulad Nasser, ni avec leurs ancêtres Béni Hassan.»
Déçue, elle s’adressa à son entourage pour leur lancer : « Il vous a dit que Jemal Abdel Nasser n’est pas de la tribu des Oulad Nasser ! » En effet, beaucoup de ressortissants de cette tribu, surtout parmi les illettrés font, l’amalgame entre Nassri qui veut dire ressortissant de la tribu Oulad Nasser et Nassiri qui veut dire nassériste et considèrent que le leader égyptien qui porte le même nom que leur grand père Nasser, est l’un des leurs, ce qui renforce incontestablement la propagande des défenseurs de cette cause, et leur facilite le recrutement de sympathisants.
Je pense que c’est pour cette raison, que cette tribu avait beaucoup de sympathie pour ce mouvement nationaliste arabe, contrairement à ses nombreuses cousines dans toutes les autres régions du pays. Sinon comment expliquer qu’il n’existe aucun baathiste dans cette tribu et aucun nassériste chez leurs cousins et voisins de l’Assaba et du Hodh Echarghi ? Comment comprendre surtout que leurs proches cousins Oulad Mbareck et Oulad Daoud qui sont, eux aussi très fiers de leur arabité ne comptent même pas un seul nassériste ?
Après le coup d’Etat du 10 juillet 1978, plusieurs jeunes bacheliers ressortissants de la tribu Oulad Nasser, d’obédience nassériste, se sont fait recruter dans l’armée nationale en vue de prendre le pouvoir par la force, afin de perpétuer l’idéologie de leur nouveau « cousin ». Car les nationalistes arabes ne pouvant jamais accéder au pouvoir par les urnes, cherchent toujours à le prendre par la force, en endoctrinant de jeunes recrues, ou des officiers parmi leurs proches haut placés dans le commandement des forces armées.
Et le forcing linguistique continu
En octobre1967, la première réforme de l’arabisation à outrance entre en vigueur, elle augmente le cycle primaire d’une septième classe appelée classe d’initiation à l’arabe (CIA), et augmente l’horaire de la langue arabe de 8h et 7h par semaine. Dans l’enseignement secondaire, l’horaire arabe est majorée de 9h dans le premier cycle et de 4h dans le second cycle. En 1971, une nouvelle réforme improvisée, intervient avant la fin du cycle primaire mis en œuvre par la première reforme.
En 1973 une troisième réforme voit le jour, avec un nouveau slogan : « un homme réconcilié avec la culture arabe et la civilisation islamique», motivée sans doute par notre adhésion à la ligue arabe. C’est le début de la montée en puissance du nationalisme arabe pour ne pas dire du chauvinisme arabe. Cette réforme entre en vigueur en octobre 1973 au fondamental et au secondaire et a pour but d’arabiser totalement la vie active et professionnelle et de se débarrasser progressivement de la langue du colon.
Les pétrodollars seront utilisés dans cette entreprise, un institut pédagogique doté d’importants moyens sera créé. Un lycée arabe entièrement financé par Kadhafi, le prince héritier de Nasser verra le jour à Nouakchott. Les dialectes négro-mauritaniens sont promus comme langues populaires par le rapport sur la réforme de 1973, elles « doivent être développées pour le folklore qu’elles véhiculent, folklore faisant partie de notre patrimoine culturel ».
Un petit espoir
L’avènement du pouvoir militaire le 10 juillet 1978 fait naitre une lueur d’espoir à travers le 1er discours du président du CMRN dans lequel il déclare : « Nous sommes arabes, nous sommes hall- poular, nous sommes soninkés, nous sommes wolofs. ». En effet, le président du CMRN avait la noblesse dans le cœur, il l’avait aussi dans son comportement. Il était l’homme de la situation, intelligent, d’une intégrité morale irréprochable, bon croyant, dépourvu de sentiment raciste quelconque, il pouvait trouver un terrain d’entente favorable à la réconciliation nationale.
Il connaissait parfaitement le contexte géopolitique mauritanien et particulièrement le problème linguistique, étant l’un des premiers instituteurs mauritaniens. Malheureusement, il sera très vite déstabilisé par les courants antagonistes internes au CMRN constitués de pro-marocains et de pro-algériens. Car il était l’un des rares membres du comité qui étaient pro-mauritaniens.
Pour contourner le comité militaire, devenu inefficace à cause des divergences importantes entre ses membres, le président du CMRN tenta de remplacer l’organe militaire par un organe civil, un conseil consultatif national le 29 mars 1979. Ce conseil de 98 membres composé d’éminentes personnalités de toutes les régions du pays dont 2 maures noirs et 21 négro-mauritaniens, avait été saboté par ces derniers sous prétexte d’être sous-représentés.
En effet, ces 21 membres auraient été manipulés par certains officiers du comité, qui leur auraient demandé de ne pas assister à ce conseil, signifiant pour certains d’entre eux, qu’ils seraient tous arrêtés pendant sa première réunion et l’ont ainsi boudé. Laissant penser que ce sont les noirs qui refusent le consensus. Et donnant aux militaires l’occasion d’écarter le président du CMRN, qu’ils jugent trop mou, incapable de se faire obéir par des civils qu’il avait lui-même choisis, mettant, selon eux le pays dans une situation ingouvernable,
Le 5 avril 1979, pendant la cérémonie d’ouverture du conseil consultatif boycotté par les noirs, l’apparition du Commandant Jiddou ould Saleck, bête noire des pro-marocains, qualifié d’homme fort du CMRN, fraichement limogé de son poste de ministre de l’intérieur, à la droite du président du CMRN, surprend tous les membres du comité. Et conduira le lendemain 6 avril 1979 à une révolution de palais, qui aboutira à la mise en place d’un nouveau Comité Militaire de Salut National qui consacre la victoire de l’aile pro-marocaine. Sa première décision fut de dissoudre le conseil consultatif national, éloignant définitivement du pouvoir, les civils jugés très indisciplinés, ainsi que l’encombrant commandant.
Les militaires renforcent la politique d’arabisation à outrance
Avec l’avènement du CMSN, les choses vont se compliquer. La circulaire 002 d’avril 1979 du ministre de l’Education nationale augmentant le taux de coefficient en arabe et créant une nouvelle épreuve d’instruction civique, morale et religieuse en arabe, provoquent la colère des élèves noirs qui se mettent en grève, soutenus par leur parents.
Ces grèves vont conduire à des émeutes qui provoqueront la mort d’un élève maure blanc au mois de mai, un promotionnaire à moi, nommé Yeslem ould Khaled, originaire de Tidjikdja, un brillant élève de terminale D, massacré dans la voiture de son oncle Khatri ould Dahoud, par des jets de briques d’un groupe de lycéens noirs aux environs du lycée de Nouakchott non loin du siège de l’assemblée nationale.
Les auteurs de ce crime odieux n’auraient pas été inquiétés et aucune réparation n’aurait été proposée aux parents de la victime. Comme au cours des événements de 1966, l’impunité est toujours en vigueur.
(A suivre)
le calame
FLAMNET- AGORA : Sommet de la ligue arabe à NKTT, un camouflet pour les nationalistes arabes par Abou Hamidou Sy des FPC Amérique du NORD.
C’est une lapalissade de dire que notre pays n’est pas en mesure d’abriter une rencontre de grandes envergures. Nous n’en avons ni les infrastructures adéquates, ni la logistique nécessaire, encore moins la culture organisationnelle. Pourquoi diantre, sommes nous donc laissés embarqués dans cette aventure? Est ce pour d’éventuelles retombées économiques ? Pour la géo-politique régionale ou internationale ou tout simplement pour la consommation interne? Y’ avait il un agenda caché, un but inavoué? Une chose est certaine; le président Mohamed O. Abdel Aziz tenait à ce sommet de la ligue arabe à NKTT. Il nous avait promis qu’il se tiendrait même s’il le faut … sous une tente. Et il n’était pas seul dans cet entêtement …
Il n’est un secret pour personne qu’organiser ce sommet est perçu par la plus part de nos compatriotes arabo-berbères comme le parachèvement d’un processus de construction identitaire entamé des le lendemain de notre indépendance. Apres avoir imposé la langue arabe à l’école, dans l’administration, l’armée… jusqu’aux enseignes des commerces, quoi de plus naturel que de couronner le tout en conviant ses “proches” certifier cet accomplissement. Si tout s’était déroulé comme espéré, cette rencontre devrait être une affirmation de l’identité arabe de la Mauritanie. Assertion souvent contestée tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.
Malheureusement ce qui devait être une consécration, un argument de plus aux yeux des nationalistes arabes a vite tourné au fiasco. Je me demande si mon compatriote El Wely O. Sidi Haiba parle du sommet qui s’est tenu à NKTT le 25 juillet ou d’un autre sommet arabe dans son imaginaire, tellement le bilan qu’il en fait contraste avec la réalité. Le constat est limpide: a part l’émir du Quatar qui était en villégiature dans la zone, aucune tête couronnée n’a répondu présent. N’eut été les africains l’honneur n’aurait été sauvé. Sans vouloir verser dans la caricature, cette rencontre fait plus penser à un sommet de l’Union Africaine. En effet, la haute représentation des pays africains présents ( Comores, Soudan, Djibouti et Deby au nom de l’UA) rappelle plus Malabo ou Kigali, il ne manquaient qu’un Mugabe ou deux Sassou N’Guesso.
Nul doute que touts les vrais patriotes mauritaniens sont outrés par cette déconfiture. Cela fait de la peine de voir l’honneur de notre pauvre pays bafoué de la sorte pour quelques hypothétiques petro-dollars ou autres prestiges illusoires.
Dans la culture mauritanienne toutes ethnies confondues, ne pas honorer une invitation est un signe de manque de respect, à la limite du mépris. Et c’est à cela que nous ont soumis nos cousins arabes.
A une chose Malheur est bon dit on, j’ose espérer qu’enfin le débat longtemps différé aura lieu au sein de la vaillante communauté maure et particulièrement son intelligentsia prise en otage par une minorité arabo-fantaisiste. Il est temps d’évaluer cette aventure arabe; qu’est ce qu’elle a apporté au peuple mauritanien en termes de cohésion nationale, d’essors économiques et de rayonnement culturel.
Ce débat a déjà eu lieu au Proche-Orient. En Israël, les Tcherkesses longtemps classés parmi les arabes (parce que musulmans) se sont battus pour être dissociés de ces derniers; passant ainsi du statut arabe à la catégorie « autre ».
Au Liban, les Maronites ( chrétiens “arabes” ) ont toujours revendiqué une filiation avec les phéniciens pour se distinguer de la communauté musulmane qui proclame son “arabité”.
Par contre en Mauritanie, une partie de nos compatriotes arabo-berbères continue à vivre une anxiété identitaire chronique, qui fait que s’ils ne sont pas arabes, ou associés aux arabes ils ne peuvent être rien d’autre.
C’est pourquoi les différents régimes qui se sont succédés en Mauritanie nous ont habitué à toutes sorte d’aberration en matière de choix stratégiques. Notre pays s’arrange le plus souvent a se retrouver dans des organisations moribondes ou des ensembles sans lendemains: UMA, partenariat Euro-méditerranéen, ligue arabe…
Résultat, la Mauritanie s’est retrouvée sans prendre garde isolée des ensembles sous-régionaux dynamiques avec des opportunités économiques certaines et une importance géo-stratégique reconnue que les puissances étrangères privilégient au détriment de la coopération bi-latérale.
Abou Hamidou Sy
FPC/Amérique du Nord.
Pour une coopération plus éclairée : par SAMBA THIAM président des FPC.
Maintenant que le sommet arabe est fini, bien fini, l’auto congratulation passée, redevenons nous –mêmes et revenons à nos moutons …)
Pour une coopération plus clairvoyante
Unité nationale-radioscopie…
” Notre lutte n’était pas dirigée contre les Blancs eux- mêmes, mais contre la domination des Blancs, contre une politique hégémonique qui se reflète dans la composition raciale des principales structures du Gouvernement, à tous les échelons ” N. Mandela.
L’auteur de ces lignes, pour lever tout amalgame et toute ambiguïté, clarifie le sens et la direction de la lutte de l’ANC.
Lignes fortes, à résonnance particulière pour les militants des FPC–d’inspiration ANC- qui luttent aussi contre un Etat, contre un Système et non contre une communauté raciale quelconque; “un Système fondé sur des préjugés, des présupposés qui aboutissent à une hiérarchie’’ que définissait si bien A Césaire .
Résonnance particulière de ces lignes également chez les Négro-africains en général pour refléter ce qu’ils vivent au quotidien, à travers leur descente aux enfers qui se manifeste par leur élimination, graduelle et sans fin, de la superstructure et des principaux secteurs de la vie publique, amorcée dès l’indépendance.
Dès 1960, un Système est mis en place par Moctar ould Daddah, à travers le contrôle de quatre verrous essentiels -leviers du pouvoir:– le contrôle du pouvoir politique, du pouvoir culturel (la langue), du pouvoir militaire, du pouvoir économique et financier, que viendra couronner le monopole des médias. Un Système pernicieux, bien construit, à l’origine de l’Inégalité ethnique consacrée et institutionnalisée ’’actuelle, qui fera dire à un visiteur étranger de passage ‘’qu’en Mauritanie être Noir est un délit sans que cela ne soit inscrit nulle part’’ !
Le Gouvernement du Président Abdel Aziz, sur les traces de prédécesseurs imbus de la même idéologie, consolide et perpétue ce Système, en exécutant cette ‘’ politique hégémonique qui se reflète dans la composition raciale des principales structures du Gouvernement, à tous les échelons ‘’ dont parle Mandela. Ce gouvernement dans son empressement à asseoir définitivement et clôturer le Système, l’a profondément exacerbé, accentuant davantage la fracture communautaire …
Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer autour de nous pour constater la composition raciale du secteur de la justice, celui des (9) Ecoles spéciales, ou des commissions chargées de l’enrôlement biométrique, du corps de commandement des forces armées et de sécurité, des médias enfin. Des faits, rien que des faits que le Président, campant dans sa posture de déni habituel, s’efforçait de faire porter aux autres ( message à la nation en début et fin du ramadan, entre autres ).Au regard de ces faits, têtus, qui est-ce qui, en réalité, œuvrait dans le sens du “sectarisme’’ , du “racisme’’ ou de la ‘’ségrégation’’ ? Qui ‘’ divisait le peuple’’, à entendre nos “alter égo de Vichy’’, déclamer des slogans éculés, complètement déconnectés du réel?
A ce tableau d’iniquités décrit, vient s’ajouter ce découpage administratif et territorial des plus arbitraires et des plus injustes, depuis toujours. Citons en quelques cas significatifs à titre d’exemple :
L’Adrar : 62 658 habitants, 4 préfectures, 5 députés, 4 sénateurs (9 parlementaires)
Le Guidimakha : 267 029 habitants, 2 préfectures, 6 députés, 2 sénateurs (8 parlementaires)
Le Tiris Zemmour : 53.261 habitants ,3 préfectures, 4 députés, 3 sénateurs (7 parlementaires)
Le Gorgol : 335.917 habitants, 4 préfectures, 10 députés 4 sénateurs (14 parlementaires);
Le Tagant : 80.962habitants ; 3 préfectures, 5 députés, 4 sénateurs (9 parlementaires) .
Le Hodh Gharbi 294 109 habitants, 4 départements, 9 députés, 4 sénateurs
Au total, toutes régions comprises, on dénombre 203 parlementaires dont 150 Arabo-berbères (73 %), 20 haratines et 33 Negro africains .Le pays compte 55 préfectures au total, et seulement 7 pour la vallée du fleuve malgré sa forte densité !
De quelle ‘’Unité nationale’’ nous parle-t-on lorsqu’il n’existe d’équité nulle part, au regard de ces faits ?
‘’ Annihiler la force numérique et la force de travail que représentent les Noirs pour les transformer en simples instruments, sans qu’aucune possibilité ne leur soit laissée de sortir de cette situation ’’. N Mandela
Rien ne distingue ce but ultime de l’idéologie afrikaner, ici décrit, des objectifs politiques de la plupart des régimes mauritaniens, en particulier celui du Président Ould Abdel Aziz !
Voilà qu’après la main mise sur tous les leviers essentiels, le Système va boucler la boucle, à travers l’action du Président ould Abdel Aziz qui se tourne maintenant vers le dernier carré, jusque là préservé : les terres de la vallée du fleuve. Cela semble se dessiner à travers un comité interministériel, à pied d’œuvre depuis juin 2016, ouvert aux bailleurs de fonds, naturellement, mais qui restera sourd aux complaintes légitimes des populations concernées, comme toujours!
Pour une coopération plus éclairée…
Ce qu’il faut déplorer dans cette situation c’est qu’il se trouve, hélas, des partenaires internationaux qui, consciemment ou inconsciemment , accompagnent cette politique ; en effet, certaines institutions internationales, certains partenaires étrangers participent de cette dangereuse entreprise de spoliation, par leur apport multiforme dans ce secteur ; a travers leurs programmes d’appui, leurs financements …Or sans crever l’abcès, c’est-à-dire sans œuvrer au rétablissement préalable de la vérité sur l’occupation des terres-qui possède quoi-, sans affirmation claire du caractère intangible du droit de propriété, sans apaisement des rancœurs et des frustrations accumulées toutes ces années à cause des injustices nombreuses , il ne serait ni judicieux, ni raisonnable de s’engager dans ce secteur . Il serait illusoire de vouloir exploiter de manière efficiente et productive ce secteur agricole durablement ; illusoire d’espérer en tirer des bénéfices probants ; plutôt, on risquerait de créer ou précipiter les conditions d’instabilité explosive, sans plus. A titre d’illustration, peut–on légitimement envisager un projet d’exploitation ou d’extension des manguiers des femmes de Thiembene sans risques ? Serait-il moralement juste de s’approprier le fruit de leur labeur pendant des années, de transformer de facto un cas de flagrante injustice en fait accompli, définitivement accompli ?
Enfin il ne faut pas que la raison de sécurité l’emporte sur celle (des risques) du chaos social éminemment plus dangereux…
Attention toutefois, que l’on nous entende bien : la vallée du fleuve doit voir son potentiel agricole mis en valeur, exploité au bénéfice de tout le peuple mauritanien. Seulement, ce développement devra tenir compte de certains principes, reposer sur la concertation avec les populations concernées à associer, respecter l’espace vital des villages et certains droits séculiers (accès à la terre pour les paysans, accès au fleuve pour les pécheurs, couloirs de parcours et d’accès à l’eau pour les éleveurs). Ainsi et ainsi seulement, on s’acheminerait vers un développement réfléchi, apaisé, qui profiterait à tous. Voilà pourquoi nous pensons que tout plan d’exploitation de cet espace devrait se décliner en paliers, ci-après :
–La Zone du ‘’ Waalo’’- ou partie inondable- sera affectée aux populations locales que l’Etat accompagnera
– Les investisseurs nationaux et sous–régionaux se verront attribuer le moyen Dierri -12km du fleuve,
-Les Investisseurs internationaux (le grand capital ) occuperont le haut Dierri -20km du fleuve et au de-là-.
Enfin s’il y a réforme foncière, elle devra être une, la plus équitable possible, applicable du Nord au Sud, d’Est en Ouest avec la même impartialité.
D’ores et déjà nous ne pouvons que déconseiller fortement tout financement de projets agricoles de partenaires dans la vallée du fleuve, avec le statu-quo actuel ; tout comme nous décourageons les appuis au secteur de la justice dans laquelle Negro-africains et haratines ne se reconnaissent pas ; Ils n’y sont pas représentés, ne peuvent s’y exprimer (N-africains), ni en attendre des verdicts impartiaux. Une justice enfin, où on ne donnait pas aux juges honnêtes de dire le droit. A nos yeux l’appui visant à ‘’ rendre cette justice plus forte,’’ comme se le proposent certains partenaires au développement, mérite d’être questionné, car il ne serait pas de nature à favoriser la cohésion nationale, pour accentuer et consacrer la marginalisation des Négro-mauritaniens.
Pendant l’occupation algérienne Albert Camus eut à tenir ces propos sur la Justice française qui lui valurent bien des quolibets:‘’ entre votre Justice et ma mère je choisis ma mère’’, dit-il. C’était sa manière de dénoncer la justice française appliquée pendant la guerre d’Algérie, exigeant une autre justice plus conforme à celle incarnée par la rigueur et la droiture de sa vertueuse mère !
Citation qui ne saurait mieux traduire le ressenti actuel des Négro-africains à l’égard de la justice mauritanienne perçue comme une justice partisane au service d’une entité, une justice des riches et des puissants pourvoyeuses de cellules …Nous sommes des assiégés !
Nous sommes des assiégés, en survie !
Dans le livre titré ‘’ la vallée du fleuve Sénégal ’’ de B Grousse et Sidy M Seck, Ed karthalla 1991, le mauritanien Ba Boubacar Moussa révèle -page 265- : ‘’ dans un rapport confidentiel, le ministre de l’intérieur écrit’’ « Les halpulareen tentent de déstabiliser la Mauritanie en remettant en cause son arabité. La base sociale sur laquelle se développe ce particularisme tributaire de l’hégémonisme sénégalais, c’est la composition ethnique du peuplement local actuel, majoritairement halpulareen. En modifiant radicalement la composition de ce peuplement, on prive ce particularisme de toute possibilité de développement à moyen terme ».
C’est on ne peut plus clair !
La majorité des mauritaniens victimes des évènements Sénégalo-mauritaniens de 1989, expulsés du Sénégal se sont vus bloqués sur la ligne du fleuve, contraints et forcés de s’y installer alors qu’ils avaient, pour la plupart, émis le désir de regagner leurs régions d’origine…Ils furent autorisés à occuper villages et champs de Négro-africains déportés, non encore restitués à ce jour, comme pour le carré de manguiers des braves dames de Thiembene …
L’esprit du rapport confidentiel était en marche …
La déportation des populations négro-africaines au Sénégal et au Mali s’inscrit dans le même sillage ; comme le refus obstiné de ramener les (12000) déportés mauritaniens au Mali, qui participe de la même logique …
On le voit, le rapport était en application…La descente vers le Sud n’a donc pas été que ‘’spontanée’’ ou sous la poussée de la sécheresse, contrairement à certaines affirmations ; elle fut inspirée, suscitée et même encouragée… pour des motifs obscurs.
L’esprit de ce rapport-circulaire était en marche. IL est en marche, non plus localement, mais à l’échelle nationale avec le Président Abdel Aziz ; au niveau des forces armées et de sécurité, de la Police, de l’Administration, de la Justice, des Ecoles spéciales, des médias , à travers cet ’enrôlement biométrique aux commissions techniques mono ethniques et ces conseils de ministres ; l’esprit de cette circulaire se poursuit encore et se reflète jusque dans l’organisation du sommet arabe récemment à Nouakchott où nous avons été tenus absents ; Arabité oblige, toutes les émissions en langues nationales pulaar , soninke , wolof ont été suspendues , le temps d’un sommet… Or l’Unité ne peut se fonder sur l’assentiment des peuples en présence, dans l’acceptance et le respect réciproques. Dès lors qu’une des parties est perçue comme une gène, voire un boulet au pied l’Unité n’est plus viable !
Le Président, son compère de l’état major et la dame de la CUN, par leur action conjuguée, tentent de parachever au pas de course l’infâme projet, amorcé en 1960, considérablement aggravé par Ould Taya dans les années 1980. Le Président veut développer ce pays, ce qui, en soi, n’est pas une mauvaise chose; ce qui est mauvais par contre est qu’il veuille le développer sans Nous,- nous Négro-africains et Haratines- chose inacceptable, encore une fois !
Un pays, une Nation, un Etat viable ne sauraient se construire de cette façon là…En conséquence toute coopération dans ces conditions devient donc questionnable.
Dans son allocution du 12 juillet 2016, l’ambassadeur des Etats-unis à Nouakchott, évoquant la question de l’esclavage, disait, je cite : «les histoires de nos deux pays ont de tristes similitudes. Comme la Mauritanie, nous luttons pour surmonter les séquelles de notre passé, et pour construire un meilleur pays pour tous les citoyens ». A cette différence qui échappait peut-être à son Excellence : si aux Usa l’esclavage a été vaincu c’est parce qu’il y eut des consciences torturées, des intellectuels et des hommes de foi qui n’en pouvaient plus de transiger avec leurs consciences, torturées ; ce n’était pas le cas en Mauritanie où l’on fait surtout semblant … En Mauritanie l’hypocrisie et le ‘’faire semblant’’ sont entrés dans les mœurs …
Isselmou O Abdel kader disait au cours d’une rencontre publique récente que 90% de l’économie de Kaédi était aux mains des familles maures ; Dire 90% de l’économie de toute la vallée du fleuve aurait été plus proche de la réalité ! « Si l’on ne peut vivre ensemble qu’au prix de l’oppression à l’égard d’une composante, c’est une position pas raisonnable et qui, surtout, n’est pas tenable » soutenait Yehdih.
Il faut reprendre Aleg …
S’il s’était agi de corriger le déséquilibre issu du legs colonial on aurait compris ! C’eût été légitime, parce que c’eût été faire justice; mais l’on s’attela, plutôt, à éliminer la composante négro-africaine des sphères de la vie publique, totalement! Evidence, hélas, que le Pouvoir en place et une bonne partie de l’élite arabo-berbère s’obstinaient à nier! Or il ne pouvait y avoir d’unité ou simplement de rencontre avec l’autre sans la reconnaissance de l’autre dans son altérité …
Au vu de toutes ces données, appuyer ou financer donc le secteur agricole ou celui de la justice ou encore des forces armées et de sécurité mono ethniques actuelles, sans créer au préalable les conditions d’égalité, d’équité et de justice entre les composantes nationales dans ces secteurs, ne serait ni plus ni moins qu’aggraver cet état de siège. Ce serait apporter une caution à notre exclusion, soutenir et légitimer la domination d’une composante nationale sur les autres. Nous sommes des assiégés en état de survie ! Voilà pourquoi l’appui à ces secteurs doit être questionné, encore une fois…
Il faut reprendre Aleg qui fut un raté ! Il faut rediscuter des conditions de coexistence, du vivre ensemble. Les partenaires et amis de la Mauritanie se doivent donc de faire preuve de claire voyance et davantage de vigilance et de prudence dans leur coopération avec l’Etat ou le régime mauritanien, buté, de nature éthniciste, aux tendances autocratiques, répressives et prédatrices ….
Samba Thiam
Président des Forces Progressistes du Changement FPC
Nouakchott, le 31 juillet 2016
Pour une coopération plus éclairée (2eme partie) : par SAMBA THIAM président des FPC.
’’ Annihiler la force numérique et la force de travail que représentent les Noirs pour les transformer en simples instruments, sans qu’aucune possibilité ne leur soit laissée de sortir de cette situation ’’. N Mandela
Rien ne distingue ce but ultime de l’idéologie afrikaner, ici décrit, des objectifs politiques de la plupart des régimes mauritaniens, en particulier celui du Président Ould Abdel Aziz !
Voilà qu’après la main mise sur tous les leviers essentiels, le Système va boucler la boucle, à travers l’action du Président ould Abdel Aziz qui se tourne maintenant vers le dernier carré, jusque là préservé : les terres de la vallée du fleuve. Cela semble se dessiner à travers un comité interministériel, à pied d’œuvre depuis juin 2016, ouvert aux bailleurs de fonds, naturellement, mais qui restera sourd aux complaintes légitimes des populations concernées, comme toujours!
Pour une coopération plus éclairée…
Ce qu’il faut déplorer dans cette situation c’est qu’il se trouve, hélas, des partenaires internationaux qui, consciemment ou inconsciemment , accompagnent cette politique ; en effet, certaines institutions internationales, certains partenaires étrangers participent de cette dangereuse entreprise de spoliation, par leur apport multiforme dans ce secteur ; a travers leurs programmes d’appui, leurs financements …Or sans crever l’abcès, c’est-à-dire sans œuvrer au rétablissement préalable de la vérité sur l’occupation des terres-qui possède quoi-, sans affirmation claire du caractère intangible du droit de propriété, sans apaisement des rancœurs et des frustrations accumulées toutes ces années à cause des injustices nombreuses , il ne serait ni judicieux, ni raisonnable de s’engager dans ce secteur . Il serait illusoire de vouloir exploiter de manière efficiente et productive ce secteur agricole durablement ; illusoire d’espérer en tirer des bénéfices probants ; plutôt, on risquerait de créer ou précipiter les conditions d’instabilité explosive, sans plus. A titre d’illustration, peut–on légitimement envisager un projet d’exploitation ou d’extension des manguiers des femmes de Thiembene sans risques ? Serait-il moralement juste de s’approprier le fruit de leur labeur pendant des années, de transformer de facto un cas de flagrante injustice en fait accompli, définitivement accompli ?
Enfin il ne faut pas que la raison de sécurité l’emporte sur celle (des risques) du chaos social éminemment plus dangereux…
Attention toutefois, que l’on nous entende bien : la vallée du fleuve doit voir son potentiel agricole mis en valeur, exploité au bénéfice de tout le peuple mauritanien. Seulement, ce développement devra tenir compte de certains principes, reposer sur la concertation avec les populations concernées à associer, respecter l’espace vital des villages et certains droits séculiers (accès à la terre pour les paysans, accès au fleuve pour les pécheurs, couloirs de parcours et d’accès à l’eau pour les éleveurs). Ainsi et ainsi seulement, on s’acheminerait vers un développement réfléchi, apaisé, qui profiterait à tous. Voilà pourquoi nous pensons que tout plan d’exploitation de cet espace devrait se décliner en paliers, ci-après :
–La Zone du ‘’ Waalo’’- ou partie inondable- sera affectée aux populations locales que l’Etat accompagnera
– Les investisseurs nationaux et sous–régionaux se verront attribuer le moyen Dierri -12km du fleuve,
-Les Investisseurs internationaux (le grand capital ) occuperont le haut Dierri -20km du fleuve et au de-là-.
Enfin s’il y a réforme foncière, elle devra être une, la plus équitable possible, applicable du Nord au Sud, d’Est en Ouest avec la même impartialité.
D’ores et déjà nous ne pouvons que déconseiller fortement tout financement de projets agricoles de partenaires dans la vallée du fleuve, avec le statu-quo actuel ; tout comme nous décourageons les appuis au secteur de la justice dans laquelle Negro-africains et haratines ne se reconnaissent pas ; Ils n’y sont pas représentés, ne peuvent s’y exprimer (N-africains), ni en attendre des verdicts impartiaux. Une justice enfin, où on ne donnait pas aux juges honnêtes de dire le droit. A nos yeux l’appui visant à ‘’ rendre cette justice plus forte,’’ comme se le proposent certains partenaires au développement, mérite d’être questionné, car il ne serait pas de nature à favoriser la cohésion nationale, pour accentuer et consacrer la marginalisation des Négro-mauritaniens.
Pendant l’occupation algérienne Albert Camus eut à tenir ces propos sur la Justice française qui lui valurent bien des quolibets:‘’ entre votre Justice et ma mère je choisis ma mère’’, dit-il. C’était sa manière de dénoncer la justice française appliquée pendant la guerre d’Algérie, exigeant une autre justice plus conforme à celle incarnée par la rigueur et la droiture de sa vertueuse mère !
Citation qui ne saurait mieux traduire le ressenti actuel des Négro-africains à l’égard de la justice mauritanienne perçue comme une justice partisane au service d’une entité, une justice des riches et des puissants pourvoyeuses de cellules …Nous sommes des assiégés !
Nous sommes des assiégés, en survie !
Dans le livre titré ‘’ la vallée du fleuve Sénégal ’’ de B Grousse et Sidy M Seck, Ed karthalla 1991, le mauritanien Ba Boubacar Moussa révèle -page 265- : ‘’ dans un rapport confidentiel, le ministre de l’intérieur écrit’’ :
“Les halpulareen tentent de déstabiliser la Mauritanie en remettant en cause son arabité. La base sociale sur laquelle se développe ce particularisme tributaire de l’hégémonisme sénégalais, c’est la composition ethnique du peuplement local actuel, majoritairement halpulareen. En modifiant radicalement la composition de ce peuplement, on prive ce particularisme de toute possibilité de développement à moyen terme’’.
C’est on ne peut plus clair !
La majorité des mauritaniens victimes des évènements Sénégalo-mauritaniens de 1989, expulsés du Sénégal se sont vus bloqués sur la ligne du fleuve, contraints et forcés de s’y installer alors qu’ils avaient, pour la plupart, émis le désir de regagner leurs régions d’origine…Ils furent autorisés à occuper villages et champs de Négro-africains déportés, non encore restitués à ce jour, comme pour le carré de manguiers des braves dames de Thiembene …
L’esprit du rapport confidentiel était en marche …
La déportation des populations négro-africaines au Sénégal et au Mali s’inscrit dans le même sillage ; comme le refus obstiné de ramener les (12000) déportés mauritaniens au Mali, qui participe de la même logique …
On le voit, le rapport était en application…La descente vers le Sud n’a donc pas été que ‘’spontanée’’ ou sous la poussée de la sécheresse, contrairement à certaines affirmations ; elle fut inspirée, suscitée et même encouragée… pour des motifs obscurs.
L’esprit de ce rapport-circulaire était en marche. IL est en marche, non plus localement, mais à l’échelle nationale avec le Président Abdel Aziz ; au niveau des forces armées et de sécurité, de la Police, de l’Administration, de la Justice, des Ecoles spéciales, des médias , à travers cet ’enrôlement biométrique aux commissions techniques mono ethniques et ces conseils de ministres ; l’esprit de cette circulaire se poursuit encore et se reflète jusque dans l’organisation du sommet arabe récemment à Nouakchott où nous avons été tenus absents ; Arabité oblige, toutes les émissions en langues nationales pulaar , soninke , wolof ont été suspendues , le temps d’un sommet… Or l’Unité ne peut se fonder sur l’assentiment des peuples en présence, dans l’acceptance et le respect réciproques. Dès lors qu’une des parties est perçue comme une gène, voire un boulet au pied l’Unité n’est plus viable !
Le Président, son compère de l’état major et la dame de la CUN, par leur action conjuguée, tentent de parachever au pas de course l’infâme projet, amorcé en 1960, considérablement aggravé par Ould Taya dans les années 1980. Le Président veut développer ce pays, ce qui, en soi, n’est pas une mauvaise chose; ce qui est mauvais par contre est qu’il veuille le développer sans Nous,- nous Négro-africains et Haratines- chose inacceptable, encore une fois !
Un pays, une Nation, un Etat viable ne sauraient se construire de cette façon là…En conséquence toute coopération dans ces conditions devient donc questionnable.
Dans son allocution du 12 juillet 2016, l’ambassadeur des Etats-unis à Nouakchott, évoquant la question de l’esclavage, disait, je cite : «les histoires de nos deux pays ont de tristes similitudes. Comme la Mauritanie, nous luttons pour surmonter les séquelles de notre passé, et pour construire un meilleur pays pour tous les citoyens ». A cette différence qui échappait peut-être à son Excellence : si aux Usa l’esclavage a été vaincu c’est parce qu’il y eut des consciences torturées, des intellectuels et des hommes de foi qui n’en pouvaient plus de transiger avec leurs consciences, torturées ; ce n’était pas le cas en Mauritanie où l’on fait surtout semblant … En Mauritanie l’hypocrisie et le ‘’faire semblant’’ sont entrés dans les mœurs …
Isselmou O Abdel kader disait au cours d’une rencontre publique récente que 90% de l’économie de Kaédi était aux mains des familles maures ; Dire 90% de l’économie de toute la vallée du fleuve aurait été plus proche de la réalité ! « Si l’on ne peut vivre ensemble qu’au prix de l’oppression à l’égard d’une composante, c’est une position pas raisonnable et qui, surtout, n’est pas tenable » soutenait Yehdih.
Il faut reprendre Aleg …
S’il s’était agi de corriger le déséquilibre issu du legs colonial on aurait compris ! C’eût été légitime, parce que c’eût été faire justice; mais l’on s’attela, plutôt, à éliminer la composante négro-africaine des sphères de la vie publique, totalement! Evidence, hélas, que le Pouvoir en place et une bonne partie de l’élite arabo-berbère s’obstinaient à nier! Or il ne pouvait y avoir d’unité ou simplement de rencontre avec l’autre sans la reconnaissance de l’autre dans son altérité …
Au vu de toutes ces données, appuyer ou financer donc le secteur agricole ou celui de la justice ou encore des forces armées et de sécurité mono ethniques actuelles, sans créer au préalable les conditions d’égalité, d’équité et de justice entre les composantes nationales dans ces secteurs, ne serait ni plus ni moins qu’aggraver cet état de siège. Ce serait apporter une caution à notre exclusion, soutenir et légitimer la domination d’une composante nationale sur les autres. Nous sommes des assiégés en état de survie ! Voilà pourquoi l’appui à ces secteurs doit être questionné, encore une fois…
Il faut reprendre Aleg qui fut un raté ! Il faut rediscuter des conditions de coexistence, du vivre ensemble. Les partenaires et amis de la Mauritanie se doivent donc de faire preuve de claire voyance et davantage de vigilance et de prudence dans leur coopération avec l’Etat ou le régime mauritanien, buté, de nature éthniciste, aux tendances autocratiques, répressives et prédatrices ….
Samba Thiam
Président des Forces Progressistes du Changement FPC
Nouakchott, le 31 juillet 2016
Pour une coopération plus éclairée (1ere partie) : par SAMBA THIAM président des FPC.
Maintenant que le sommet arabe est fini, bien fini, l’auto congratulation passée, redevenons nous –mêmes et revenons à nos moutons …)
Pour une coopération plus clairvoyante
Unité nationale-radioscopie…
“ Notre lutte n’était pas dirigée contre les Blancs eux- mêmes, mais contre la domination des Blancs, contre une politique hégémonique qui se reflète dans la composition raciale des principales structures du Gouvernement, à tous les échelons ” N. Mandela.
L’auteur de ces lignes, pour lever tout amalgame et toute ambiguïté, clarifie le sens et la direction de la lutte de l’ANC.
Lignes fortes, à résonnance particulière pour les militants des FPC–d’inspiration ANC- qui luttent aussi contre un Etat, contre un Système et non contre une communauté raciale quelconque; “un Système fondé sur des préjugés, des présupposés qui aboutissent à une hiérarchie’’ que définissait si bien A Césaire .
Résonnance particulière de ces lignes également chez les Négro-africains en général pour refléter ce qu’ils vivent au quotidien, à travers leur descente aux enfers qui se manifeste par leur élimination, graduelle et sans fin, de la superstructure et des principaux secteurs de la vie publique, amorcée dès l’indépendance.
Dès 1960, un Système est mis en place par Moctar ould Daddah, à travers le contrôle de quatre verrous essentiels -leviers du pouvoir:– le contrôle du pouvoir politique, du pouvoir culturel (la langue), du pouvoir militaire, du pouvoir économique et financier, que viendra couronner le monopole des médias. Un Système pernicieux, bien construit, à l’origine de l’Inégalité ethnique consacrée et institutionnalisée ’’actuelle, qui fera dire à un visiteur étranger de passage ‘’qu’en Mauritanie être Noir est un délit sans que cela ne soit inscrit nulle part’’ !
Le Gouvernement du Président Abdel Aziz, sur les traces de prédécesseurs imbus de la même idéologie, consolide et perpétue ce Système, en exécutant cette ’’ politique hégémonique qui se reflète dans la composition raciale des principales structures du Gouvernement, à tous les échelons ‘’ dont parle Mandela. Ce gouvernement dans son empressement à asseoir définitivement et clôturer le Système, l’a profondément exacerbé, accentuant davantage la fracture communautaire …
Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer autour de nous pour constater la composition raciale du secteur de la justice, celui des (9) Ecoles spéciales, ou des commissions chargées de l’enrôlement biométrique, du corps de commandement des forces armées et de sécurité, des médias enfin. Des faits, rien que des faits que le Président, campant dans sa posture de déni habituel, s’efforçait de faire porter aux autres ( message à la nation en début et fin du ramadan, entre autres ).Au regard de ces faits, têtus, qui est-ce qui, en réalité, œuvrait dans le sens du “sectarisme’’ , du “racisme’’ ou de la ‘’ségrégation’’ ? Qui ‘’ divisait le peuple’’, à entendre nos “alter égo de Vichy’’, déclamer des slogans éculés, complétement déconnectés du réel?
A ce tableau d’iniquités décrit, vient s’ajouter ce découpage administratif et territorial des plus arbitraires et des plus injustes, depuis toujours. Citons en quelques cas significatifs à titre d’exemple :
L’Adrar : 62 658 habitants, 4 préfectures, 5 députés, 4 sénateurs (9 parlementaires)
Le Guidimakha : 267 029 habitants, 2 préfectures, 6 députés, 2 sénateurs (8 parlementaires)
Le Tiris Zemmour : 53.261 habitants ,3 préfectures, 4 députés, 3 sénateurs (7 parlementaires)
Le Gorgol : 335.917 habitants, 4 préfectures, 10 députés 4 sénateurs (14 parlementaires);
Le Tagant : 80.962habitants ; 3 préfectures, 5 députés, 4 sénateurs (9 parlementaires) .
Le Hodh Gharbi 294 109 habitants, 4 départements, 9 députés, 4 sénateurs
Au total, toutes régions comprises, on dénombre 203 parlementaires dont 150 Arabo-berbères (73 %), 20 haratines et 33 Negro africains .Le pays compte 55 préfectures au total, et seulement 7 pour la vallée du fleuve malgré sa forte densité !
De quelle ‘’Unité nationale’’ nous parle-t-on lorsqu’il n’existe d’équité nulle part, au regard de ces faits ?
A suivre…
Samba THIAM
Président des Forces Progressistes du Changement FPC
Nouakchott, le 28 Juillet 2016




