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Analyses et comptes rendus : Frésia, Marion. — Les Mauritaniens réfugiés au Sénégal
En 1989, prenant prétexte d’un incident frontalier entre pasteurs et agriculteurs et des troubles que cela avaient engendré au Sénégal contre les ressortissants mauritaniens, le gouvernement mauritanien de Maouya Ould Taya expulse au Sénégal des dizaines de milliers de ses citoyens, principalement haalpulaaren («ceux qui parlent peul», installés au Fouta Toro, sur les rives du Fleuve Sénégal), tant fonctionnaires que paysans et éleveurs installés dans la vallée. Il élimine ainsi une opposition militante (les fonctionnaires), et libère des terres convoitées sur les bords du fleuve au profit des grandes familles beydanes (maures) et des Harâtîn (anciens captifs des Beydanes). Pendant plus de dix ans, le hcr va prendre en charge ces réfugiés, installés au Sénégal selon des modalités variées, dans les villes mais surtout le long du fleuve, dans les villages haalpulaar apparentés et dans des petits camps de réfugiés.
Vingt ans après ces événements, et alors que le gouvernement mauritanien actuel reconnaît pour la première fois que des citoyens mauritaniens ont été contraints à l’exil et semble ouvert à un possible retour, l’ouvrage de Marion Frésia apporte un éclairage précieux, tant sur les dynamiques sociales des réfugiés et leur trajectoire durant ces vingt années d’exil que sur les mécanismes de l’aide humanitaire et ses impacts. Bien que n’étant pas, loin de là, l’intervention la plus massive du hcr, le cas des réfugiés mauritaniens au Sénégal est particulièrement intéressant pour une anthropologie de l’humanitaire: les réfugiés se sont, pour la plupart, installés sur la rive gauche du fleuve, en pays haalpulaar, où beaucoup cultivaient des terres et avaient des parents; ils sont ainsi «réfugiés chez leurs parents» (p.31), ce qui pose de façon spécifique la question de l’exil et des identités (nationale, «ethnique», lignagère), et celle du devenir des réfugiés après le temps de l’humanitaire; loin d’être regroupés dans des énormes camps de réfugiés, ils sont dispersés le long de la vallée, sur 280 sites, les uns ayant choisi de s’installer dans des villages où ils ont des parents, les autres de constituer des petits camps, ce qui permet un comparatisme très riche entre ces configurations et les trajectoires qu’elles induisent. Ce cas permet de sortir du paradigme du camp de réfugiés, qui a induit des travaux très misérabilistes, insistant sur l’enfermement et la dépendance; l’intervention du hcr est terminée au moment des enquêtes, ce qui permet d’illustrer les dynamiques propres des réfugiés, loin des clichés sur la dépendance à l’humanitaire, et les jeux complexes entre intervention humanitaire et présence de l’État sénégalais dans la région.
En trois parties équilibrées, Marion Frésia analyse l’histoire des événements de 1989, les modes d’actions du hcr dans la vallée, entre représentations des réfugiés et contraintes politico-institutionnelles, et ses effets sur les dynamiques sociales et politiques locales («devenir réfugié chez ses parents»); la façon dont les réfugiés ont cherché à «reconstruire une vie» (partie 2) et à sécuriser leurs moyens d’existence, à travers accès à la terre, migrations temporaires et mobilisation de l’aide humanitaire; et enfin les représentations que les réfugiés et leurs enfants (bon nombre étaient très jeunes en 1989, ou sont nés au Sénégal) de l’exil et des événements qui l’ont provoqué et de leur avenir («donner un sens à l’exil»).
Deux éléments donnent une valeur particulière à l’ouvrage: d’une part une ethnographie «multi-sites», fondée sur de l’observation et de nombreux entretiens (valorisés avec bonheur), au Sénégal mais aussi en France et aux États-Unis, auprès des réfugiés dans leurs différents sites d’installation, mais aussi du personnel du hcr, des ong, de l’État sénégalais; et, d’autre part, un souci permanent de rendre compte de la diversité des trajectoires et des représentations, rompant ainsi avec les discours unilatéraux voyant dans les réfugiés soit le symbole de la totale dépendance à l’aide, soit des stratèges manipulant les acteurs externes. Elle donne à voir, de façon fine et nuancée, la diversité des trajectoires, mi-choisies mi-contraintes, et la façon dont l’histoire du peuplement, les statuts sociaux (fonctionnaires ou ruraux; agriculteurs/TorooBe ou éleveurs, hommes ou femmes, jeunes ou vieux) et les modalités de l’expulsion conditionnent fortement d’abord les choix d’installation et ensuite les possibilités de reconstruire sa vie.
Certains réfugiés ont été expulsés près du village d’origine de leur lignage et s’y sont installés, accueillis par les parents, et ont pu conserver leur accès aux terres de décrue qu’ils cultivaient auparavant; ils ont bénéficié de périmètres irrigués «mixtes» destinés à la fois aux réfugiés et aux villageois. Acceptant une dépendance politique et lignagère par rapport à leurs parents, ils se sont fondus dans la population, devenant «invisibles». D’autres, plus loin de leur parenté, et sous l’impulsion des réfugiés anciens fonctionnaires politisés, ont fondé des camps, sous le contrôle politique de ces derniers. Ayant rompu avec les liens lignagers, ils maintiennent leur identité de réfugiés et leur revendication d’un retour sous condition de retrouver leurs biens. D’autres enfin se mettent sous la dépendance d’un patron local, se sont installés dans des quartiers spécifiques à l’écart de villages existants.
Les liens historiques et familiaux avec la zone d’arrivée, les conflits politiques pour la chefferie, le degré de politisation, expliquent ces différentes stratégies d’installation, et la façon dont les réfugiés se construisent un accès, plus ou moins autonome, aux moyens d’existence, à travers la terre, les activités économiques, la mobilité (tant au Sénégal qu’en Mauritanie, avec de faux papiers ou des cartes de réfugiés, et à l’échelle internationale pour certains). La reconstruction d’une vie est cependant plus aisée pour les jeunes, pour qui la mobilité ou les activités illégales comme les razzias de bétail en Mauritanie sont d’accès plus facile, que pour les personnes âgées ayant perdu tout leur bétail. Les anciens fonctionnaires ont été le fer de lance de la mobilisation politique contre le régime mauritanien et pour la reconnaissance politique du statut des réfugiés. Ayant reçu des indemnités en échange de leur travail au sein des camps, beaucoup ont ensuite négocié des visas d’installation aux États-Unis et en Europe, suscitant, chez les réfugiés des camps restés sur place, le sentiment d’avoir été instrumentalisés.
L’impact de l’action du hcr a été ambigu. Sa politique globale (le rapatriement, et l’action humanitaire en attendant) est récente et résulte clairement d’un refus des pays occidentaux de la réinstallation dans des pays tiers. L’action du hcr en faveur des réfugiés mauritaniens a principalement résulté d’une série d’improvisations face aux événements et de difficiles négociations avec les États sénégalais et mauritanien. Loin d’être «dépolitisée», cette action est «surpolitisée» au sens où elle est de part en part conditionnée à ces confrontations de visions politiques (sur les réfugiés, les événements de 1989, l’équilibre entre réinstallation, insertion sur place et retour, etc.) et à ces négociations, entre siège et délégations, entre hcr et bailleurs de fonds, entre hcr et États mauritaniens et sénégalais. Le volet juridique de protection, initialement la vocation première du hcr, n’a été que faiblement rempli, même si de nombreux réfugiés ont obtenu par diverses voies des papiers d’identité, sénégalais ou mauritaniens. Du côté de l’assistance matérielle, le hcr a permis aux réfugiés l’accès à de l’aide humanitaire, au début, puis (dans la logique d’éviter la dépendance des réfugiés à l’aide) à des services (école, santé, etc.), à des opportunités économiques (les périmètres irrigués), selon des modalités autonomes par rapport aux services publics sénégalais. Cet apport n’a jamais été qu’une partie des ressources dont ont bénéficié les réfugiés, à côté de celles permises par leur insertion locale, et les réfugiés qui ont fait le choix de se fondre dans la population sont finalement les mieux lotis aujourd’hui (à l’exception des fonctionnaires installés aux États-Unis). Après la fin de l’intervention, l’État sénégalais a repris les infrastructures et les a intégrées à ses services publics. Dans les camps, le besoin d’intermédiaires a renforcé le rôle des fonctionnaires, leur permettant de prendre le contrôle des camps et d’en faire des bases de militantisme politique, fondant les bases d’une identité réfugiée réaffirmée, fondée sur une lecture politique et radicale du régime mauritanien, qualifié de raciste. La mémoire des événements et les représentations de soi des réfugiés «non invisibles» interroge, au moment où la question du retour est ouverte: c’est avec ces blessures et ces lectures qu’ils rentrent, au risque de poser les bases de conflits futurs si la question de la réparation n’est pas abordée.
Comme le souligne l’auteure dans son introduction, ce travail montre bien comment les espaces humanitaires ne peuvent être appréhendés comme des espaces déterritorialisés ni comme des espaces de confinement des populations «indésirables», de même que les réfugiés ne peuvent être réduits à leur simple statut ou condition de réfugiés. Il illustre remarquablement l’importance d’une approche empirique et contextualisée dans l’étude des interventions humanitaires qui tienne compte des processus d’enchâssements entre divers espaces (international/national et local), normes et institutions, etc.
Étant donné la diversité des problématiques articulées dans cet ouvrage, il est inévitable que certaines soient moins approfondies que d’autres: l’analyse des migrations aurait pu davantage s’appuyer sur les analyses des migrations haalpulaar, qui ont fait l’objet de nombreux travaux; le chapitre sur l’accès aux terres de décrue laisse une ambiguïté sur les modalités concrètes d’accès au droit de culture (entre maintien de droits existants ou négociation de nouveaux droits sur les parcelles contrôlées par les parents); on peut discuter la pertinence du recours à Kopytoff et à la problématique de la frontière pour un jeu qui se déroule au sein de l’espace politique haalpulaar et non pas aux marges des territoires politiques. Mais au final, l’ensemble articule avec bonheur de nombreuses problématiques. Il donne à voir une lecture convaincante, qui montre bien que l’aide humanitaire et le développement partagent un même paradigme interprétatif, et illustre avec brio une position empirique exigeante, évitant les postulats de principe, et le double écueil du misérabilisme et du populisme idéologiques, tout en questionnant la figure des camps comme archétype de l’intervention humanitaire.
Philippe Lavigne Delville – Cahiers d´Etudes Africaines
Référence(s) :
Frésia, Marion. — Les Mauritaniens réfugiés au Sénégal. Une anthropologie critique de l’asile et de l’aide humanitaire. Paris, L’Harmattan («Connaissance des hommes»), 2009, 379 p., bibl., gloss.
Référence électronique
Philippe Lavigne Delville, « Frésia, Marion. — Les Mauritaniens réfugiés au Sénégal », Cahiers d’études africaines [En ligne], 202-203 | 2011, mis en ligne le 10 octobre 2011, consulté le 10 octobre 2011. URL : http://etudesafricaines.revues.org/14289.
DÉCÈS DE MBASSOU NIANG : Baba Maal perd un ami, un confident et un manager
OUMAR NIANG alias MBASSOU, manager de l’Orchestre Daande Leñol de BAABA MAAL est décédé le dimanche 26 juin 2011 à 22 h à Dakar, des suites d’une courte maladie. La levée du corps a eu lieu le lundi 27 juin à 15 h, à l’Hôpital général de Grand-Yoff (ex-CTO). Peintre, illustrateur, musicien, manager et consultant, Oumar Niang alias Mbassou est né le 20 février 1955 à Niandane (département de Podor). Il est l’un des rares enfants de notre temps à avoir acquis une popularité dans l’art depuis l’école élémentaire. C’est à l’Ecole III de Podor qu’il a émerveillé ses instituteurs, tout comme ses condisciples, aux travaux de dessin, de modelage, de sculpture et de théâtre, avant d’attirer la curiosité des touristes qui débarquaient du Bou-El-Mogdad (un bateau-hôtel qui remontait le fleuve Sénégal), au sortir du collège. C’était dans les années 1968-70.Hadja Diaw GAYE Lasquotidien
L´éclipse de la DIVA par Tahra Hembara
En exclusivité sur Flamnet l´hommage émouvant et profond de l´autre grande voix d´or de la Mauritanie Tahra Hembra à la défunte diva du désert yarham ljemi3 Dimi Mint Abba qui vient d´être arrachée très tôt de notre affection. Quand Tahra s´exprime c´est toujours la profondeur des sentiments et la force de l´engagement qui sont en symbiose. Lire le témoignage de l´artiste.
Je voudrai m exprimer un peu plus aujourd’ hui. A l´annonce douloureuse j ai réagis de suite sur Face book bouleversée je l´ai été vraiment et je suis toujours sous le choc. C’ est une vraie catastrophe pour la scène culturelle et artistique de notre pays. DIMI était une amie une soeur. Elle avait une mère ( yarham ljemi3 ) qui été la mienne aussi Mounine mint Eide dite NINE une femme extraordinaire est un lien indestructible entre la famille Sidaty Ould Abbe et moi. DIMI était et demeure pour l´artiste que je suis la plus belle voix féminine du pays. Son influence est indéniable il n y a pas une chanteuse qui ne l imite peu ou prou. Il y en a qui n’ ont même pas de personnalité artistique juste des imitateurs de DIMI. Elle était une bonne musicienne jouer juste et s’accompagner ce qui est très important . Si DIMI était venu au monde dans un pays ou la culture avait la place qu’elle mérite son destin allait être terriblement différent . Je remercie néanmoins les autorités de l´avoir honorée après son départ . Et n’en déplaise à ceux qui disaient volontiers qu’elle avait perdu sa voix à la fin, je voudrai juste leur expliquer et je l avais dis de son vivant que sa voix lui a toujours était fidèle. Il est juste que quand elle chantait plusieurs jours d ´affilé qu’elle était extenuée sa voix l’était aussi. Elle ne se ménageait ne lésiner pas sur les moyens donnait tout à son art c est vraie mais dès que DIMI se reposait sa voix reprenait de plus bel c était hallucinant c était magique. A la télévision j´ai entendu des choses qui m´ont choquée ont ne fait pas l´éloge d´un défunt comme ont fait celle d´un vivant. Le contexte est terriblement différent. Et ce que je pense profondément c´est que l’artiste qu’elle était ne disparaitra jamais. La plus populaire de sa génération son empreinte est indélébile sur le chant dans notre pays elle était extrêmement attachante elle avait un charisme extraordinaire une beauté indéfinissable bien réelle. C´est la DIVA elle est éternelle. Rahmetou LLAHI Alla Rouhkiha. We inna li LAHHI we inna ileyhi rajioune.
Tahra Hembara -Artiste.
Abderrahmane Ngaïdé dédie ses poèmes aux victimes des “Evènements de 1989”
Dakar, 1-er avr (APS) – L’historien d’origine mauritanienne Abderrahmane Ngaïdé a indiqué, vendredi à Dakar, que son recueil de poèmes “Dans le creux de l’errance” était dédié aux morts victimes des “Evènements d’avril 1989” entre le Sénégal et la Mauritanie.
‘’(Le livre) “Dans le creux de l’errance”, en réalité, est dédié à tous ceux qui ont perdu la vie lors des événements d’avril 1989, qu’on appelle de manière pudique “Evénements Sénégal-Mauritanie” où des milliers de Mauritaniens comme moi, ont été déportés vers le Sénégal, d’autres ont été exécutés’’, a-t-il déclaré.
Enseignant-chercheur au Département d’histoire de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), M. Ngaïdé s’exprimait lors du lancement de ses deux ouvrages “Le bivouac. Suivi de Fresques d’exil” et ‘’Dans le creux de l’errance’’.
‘’L’objectif, a-t-il insisté, ce n’est pas de dénoncer mais, c’est de faire vivre cette mémoire-là des disparus qui sont encore parmi nous heureusement’’. Selon lui, son ouvrage est aussi traversé par une espérance.
‘’C’est pourquoi, a-t-il dit, le dernier poème est un hymne, pleurs pour l’harmonie. Heureusement, j’ai pris les pleurs puisqu’il y a de l’eau même si le vase est sec. A la fin, il y a de l’eau qui permet d’atténuer les douleurs.’’
Selon l’auteur, la photo de la couverture cadre bien avec l’actualité en cours en Afrique de l’Ouest. ‘’Tout simplement, c’est une photo qui a été prise à Yamoussoukro (Côte d’Ivoire), dans l’Hôtel des députés, c’est un vase qui était debout que j’ai pris comme ça et je voulais figurer le fonds’’, a-t-il fait observer.
‘’Mais, le fonds me permet de remonter pour aller chercher l’air, cet oxygène nécessaire à la vie. Ce n’est pas une perte plutôt, une quête de sens quelque part’’, a-t-il ajouté rappelant que ces poèmes sont nés au bord de Toubab Dialaw, un lieu idyllique de la côte sénégalaise.
‘’Dans les années 1989, j’étais encore tout broussard venant de la Mauritanie, cherchant à m’incruster quelque part un objet, cette nostalgie qui commençait à me gagner. Pour noyer cette nostalgie, il fallait prendre sa plume, fixer ce qui traversait mon corps et mon esprit’’, a-t-il rappelé.
Abderrahmane Ngaïdé a indiqué qu’en 1998, Dieu a fait encore qu’il habitait au bord de la Seine en France, donc au bord de l’eau. C’est ce qui a fait qu’il a continué à écrire “Dans le creux de l’errance”.
‘’Mon objectif, c’est de raconter en tant qu’historien par d’autres mots. La poésie, c’est le côté de la littérature qui exprime le mieux ce que l’individu ressent le mieux. Ce n’est pas de la fiction mais, c’est une réalité qu’on est en train de coucher sur un papier’’.
‘’J’avais un rapport très sentimental avec l’événement qui m’a bouleversé. Tout d’un coup, j’ai dit positive cet événement pour (ne pas tomber dans la folie). Aujourd’hui, je n’ai pas un rapport traumatique avec l’événement, je le considère comme un événement normal de la vie, même si ce n’est pas normal de tuer les autres’’, s’est-il défendu.
Selon l’auteur, ‘’la volonté d’oublier sanctifie l’oubli’’. Il a insisté sur ce point : ‘’Je n’oublierai jamais l’événement de 1989 fait partie de mon corps.’’
‘’Comment pardonner, si on oublie. Si tu oublies complètement, tu es amnésique. On ne peut pardonner quelque chose d’inoubliable. Je suis pour le pardon mais, le pardon n’est pas encore demandé (par le gouvernement mauritanien)’’, a-t-il souligné.
‘’Je suis pour la démarche que l’Etat demande pardon. C’est un crime administratif et collectif. Et qui doit être sanctionné, si ce n’est l’Etat’’, a-t-il plaidé.
Abderrahmane Ngaïdé a publié plusieurs articles scientifiques dans des revues spécialisées et dans des ouvrages collectifs. Il l’auteur d’un essai politique : “La Mauritanie à l’épreuve du millénaire. Ma foi de « citoyen »” (L’Harmattan, 2006).
ASB/SAB
MAURISTAR , l’art d’allier l’agréable à l’utile par Abdallahi Bah Nagi Ould Kebd
Une antienne mauritanienne bien tenace : le marabout n’est pas l’ami du griot , dit-on . Et un artiste d’ironiser : ”En tout cas , ce n’est pas le griot qui réfuse” . Sur la licéité de la musique et donc du statut de ses praticiens , la société maurita…nienne véhicule une longue tradition d’ambivalence , presque de schizophrénie . L’adoucissante des moeurs est suspectée de les corrompre . Les griots mauritaniens , pour se sortir de ce piège , ont eu la remarquable intelligence collective , d’islamiser leur art . Aucun concert ne peut s’ouvrir , ni se cloturer , sans une invocation , rituelle en l’espèce , d’ALLAH et de son Ultime Prophète , ASWS . C’est à cette ingéniosité que nous devons d’avoir aujourd’hui le trésor musical qui est le notre . Nous sommes malékite , fondamentalistes ( au sens non péjoratif du terme ) mais aussi fétards invetérés et ne dédaignant aucun plaisir , ni aucune liberté . Nous sommes de rite sunnite mais de symbolisme chiite ( sounniyou el-medh’heb , chi3iyou el-hewa ) . El-Howl , est sans nul doute , ce que nous avons créé de plus beau ( au sens de l’esthétique ) . La 1ère de MAURISTAR , s’est d’emblée inscrite dans cette lignée : Un verset du Saint coran en ouverture , suivi d’une belle chorale ( exclusivement masculine !) , venant de Maata-Moulana ( village soufi tijani ) et chantant merveilleusement bien , un gospel de louanges du Dernier Messager , ASWS . On connait désormais , la signature de DAVA-Production , son ADN musico-spiritual . Il y avait là , comme une introduction exorcisante , une bénédiction de baptème ( e7jab ) : la lithurgie a bien fonctionné : nous avons été transporté , conquis , transformé , ému , enchanté par cette berceuse spirituelle pour tous les ages .
Ce lancement de MAURISTAR fut donc un franc succès , pour nous autres mélomanes , longtemps sevrés . Le décor de scène , le ciel étoilé , le logo bien dessiné , le décor juste ( sans fioritures ) , les lumières , les distances avec le public , la sonorisation parfaite … tout était parfaitement en place , pour nous donner envie de regarder , avec nos yeux et nos oreilles , un joli spectacle . Mille merci à toutes les mains invisibles qui y ont veillé . Mais c’est surtout le concept de l’émission qui est novateur et enchanteur . MAURISTAR peut se targuer d’avoir joint l’agréable à l’utile . C’est la 1ère fois que nous assistons à un divertissement unitaire . La diversité est ici partout celebrée et sanctifiée : toutes les communautés nationales sont là , toutes les régions , chantant et dansant , ensemble , le jury est pluriel , les genres ( du plus traditionnel , au plus moderne ) , les voix et les instruments . C’est une 1ère de promouvoir l’Unité nationale , dans une ambiance festive , dans la bonne humeur . Nous avons , trop longtemps , vécu séparés : osons l’etre ensemble . vivre ensemble , c’est certainement peiner ensemble , travailler ensemble , se battre ensemble … mais aussi , se distraire ensemble , rire ensemble , pleurer d’emotion , de joie , ensemble . Il y avait une Union joyeuse et allègre dans cette soirée musicale : j’en ai été comblé . La formule fut cumulativement , authentique et moderne , jeune et mature , divertissante pour nos ouies et nos yeux ( les tenues vestimentaires des candidats et leurs instruments , si typiques de leur terroir , le notre assurément ) .
En arrière-plan de ce concert , il y avait la Culture ( notre patrimoine , pour le conserver , le promouvoir et le transformer ) et les droits de l’homme ( la fraternité en concret ) . Sur les candidats , je vais me réserver : la sélection ne faisant que commencer . Mais mention particulière aux deux virtuoses de notre Tidinit nationale . Toujours aussi fine , toujours aussi précise , toujours aussi séduisante au creux de l’oreille . Elle y délivre toujours un message unique : un baume auriculaire si apaisant . J’ai aussi aimé , la performance du rappeur en taya ( De Oulad Leblad ) et le guidimanké . Et comme l’a si bien remarqué un membre du jury : le rap et le slam ( ALLAH yar7am Bouki Ould E3leyyat et i6awal eb Moujibou ) sont d’authentiques genres de El-Bet lekbir . Ils nous sont familiers depuis belle lurette . Des reproches et regrets ? Moujibou jayek … Il est urgent d’adjoindre , une femme , au moins une , au jury . Il y gagnerait en crédibilité et en sensibilité . Il est indispensable de synchroniser les deux présentateurs . Il est nécessaire de fixer une règle plus stricte , pour les présentateurs et les membres du jury , sur la langue à utiliser : arabe , hassaniya , pular , soninké , wolof , français … mais de grace , pas créole ( mélange du français avec l’une de nos langues nationales ) . Nos langues peuvent se mixer sans inélégances , entre elles ( metma7ermat ) mais pas avec le français : ça sonne si abidjanais , si banlieusard , si commun acculturé .
Une demande pour finir : je suis sur que vous avez prévu la flute ( enneyffareu ) . C’est alors l’occasion de dire un mot d’un oubli : les haratine sont une composante de El-Bidhan , mais une composante qui a ses spécificités , surtout en matière de musique , de danse et de folklore . C’est la communauté la plus outragée de toute notre Nation . Elle doit pouvoir se divertir , avec les autres . Après avoir , si longtemps , souffert , les autres . Ultime souhait : vous inviterez sûrement les deux pupilles de la musique nationale ( Emnat Seymali ) … Toute notre gratitude pour ce bonheur , si bien arrivé à nos oreilles .





