MAURISTAR , l’art d’allier l’agréable à l’utile par Abdallahi Bah Nagi Ould Kebd
Une antienne mauritanienne bien tenace : le marabout n’est pas l’ami du griot , dit-on . Et un artiste d’ironiser : ”En tout cas , ce n’est pas le griot qui réfuse” . Sur la licéité de la musique et donc du statut de ses praticiens , la société maurita…nienne véhicule une longue tradition d’ambivalence , presque de schizophrénie . L’adoucissante des moeurs est suspectée de les corrompre . Les griots mauritaniens , pour se sortir de ce piège , ont eu la remarquable intelligence collective , d’islamiser leur art . Aucun concert ne peut s’ouvrir , ni se cloturer , sans une invocation , rituelle en l’espèce , d’ALLAH et de son Ultime Prophète , ASWS . C’est à cette ingéniosité que nous devons d’avoir aujourd’hui le trésor musical qui est le notre . Nous sommes malékite , fondamentalistes ( au sens non péjoratif du terme ) mais aussi fétards invetérés et ne dédaignant aucun plaisir , ni aucune liberté . Nous sommes de rite sunnite mais de symbolisme chiite ( sounniyou el-medh’heb , chi3iyou el-hewa ) . El-Howl , est sans nul doute , ce que nous avons créé de plus beau ( au sens de l’esthétique ) . La 1ère de MAURISTAR , s’est d’emblée inscrite dans cette lignée : Un verset du Saint coran en ouverture , suivi d’une belle chorale ( exclusivement masculine !) , venant de Maata-Moulana ( village soufi tijani ) et chantant merveilleusement bien , un gospel de louanges du Dernier Messager , ASWS . On connait désormais , la signature de DAVA-Production , son ADN musico-spiritual . Il y avait là , comme une introduction exorcisante , une bénédiction de baptème ( e7jab ) : la lithurgie a bien fonctionné : nous avons été transporté , conquis , transformé , ému , enchanté par cette berceuse spirituelle pour tous les ages .
Ce lancement de MAURISTAR fut donc un franc succès , pour nous autres mélomanes , longtemps sevrés . Le décor de scène , le ciel étoilé , le logo bien dessiné , le décor juste ( sans fioritures ) , les lumières , les distances avec le public , la sonorisation parfaite … tout était parfaitement en place , pour nous donner envie de regarder , avec nos yeux et nos oreilles , un joli spectacle . Mille merci à toutes les mains invisibles qui y ont veillé . Mais c’est surtout le concept de l’émission qui est novateur et enchanteur . MAURISTAR peut se targuer d’avoir joint l’agréable à l’utile . C’est la 1ère fois que nous assistons à un divertissement unitaire . La diversité est ici partout celebrée et sanctifiée : toutes les communautés nationales sont là , toutes les régions , chantant et dansant , ensemble , le jury est pluriel , les genres ( du plus traditionnel , au plus moderne ) , les voix et les instruments . C’est une 1ère de promouvoir l’Unité nationale , dans une ambiance festive , dans la bonne humeur . Nous avons , trop longtemps , vécu séparés : osons l’etre ensemble . vivre ensemble , c’est certainement peiner ensemble , travailler ensemble , se battre ensemble … mais aussi , se distraire ensemble , rire ensemble , pleurer d’emotion , de joie , ensemble . Il y avait une Union joyeuse et allègre dans cette soirée musicale : j’en ai été comblé . La formule fut cumulativement , authentique et moderne , jeune et mature , divertissante pour nos ouies et nos yeux ( les tenues vestimentaires des candidats et leurs instruments , si typiques de leur terroir , le notre assurément ) .
En arrière-plan de ce concert , il y avait la Culture ( notre patrimoine , pour le conserver , le promouvoir et le transformer ) et les droits de l’homme ( la fraternité en concret ) . Sur les candidats , je vais me réserver : la sélection ne faisant que commencer . Mais mention particulière aux deux virtuoses de notre Tidinit nationale . Toujours aussi fine , toujours aussi précise , toujours aussi séduisante au creux de l’oreille . Elle y délivre toujours un message unique : un baume auriculaire si apaisant . J’ai aussi aimé , la performance du rappeur en taya ( De Oulad Leblad ) et le guidimanké . Et comme l’a si bien remarqué un membre du jury : le rap et le slam ( ALLAH yar7am Bouki Ould E3leyyat et i6awal eb Moujibou ) sont d’authentiques genres de El-Bet lekbir . Ils nous sont familiers depuis belle lurette . Des reproches et regrets ? Moujibou jayek … Il est urgent d’adjoindre , une femme , au moins une , au jury . Il y gagnerait en crédibilité et en sensibilité . Il est indispensable de synchroniser les deux présentateurs . Il est nécessaire de fixer une règle plus stricte , pour les présentateurs et les membres du jury , sur la langue à utiliser : arabe , hassaniya , pular , soninké , wolof , français … mais de grace , pas créole ( mélange du français avec l’une de nos langues nationales ) . Nos langues peuvent se mixer sans inélégances , entre elles ( metma7ermat ) mais pas avec le français : ça sonne si abidjanais , si banlieusard , si commun acculturé .
Une demande pour finir : je suis sur que vous avez prévu la flute ( enneyffareu ) . C’est alors l’occasion de dire un mot d’un oubli : les haratine sont une composante de El-Bidhan , mais une composante qui a ses spécificités , surtout en matière de musique , de danse et de folklore . C’est la communauté la plus outragée de toute notre Nation . Elle doit pouvoir se divertir , avec les autres . Après avoir , si longtemps , souffert , les autres . Ultime souhait : vous inviterez sûrement les deux pupilles de la musique nationale ( Emnat Seymali ) … Toute notre gratitude pour ce bonheur , si bien arrivé à nos oreilles .





