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Boydiel Ould Houmeid, président du parti El Wiam: «Si le président de la République ne peut pas recourir à l’article 38 pour poser certaines questions au peuple, à quoi cet article pourrait-il servir alors?»
Le Calame : Vous étiez à la prestation télévisée du président de la République, le 22 mars. Vous, qui aviez émis des réserves sur le recours au congrès pour passer les amendements constitutionnels, préconisés par l’accord du 20 octobre, avez-vous été convaincu par l’argumentaire du président Aziz, qui, en dépit du rejet par le sénat décide d’organiser une consultation populaire ? El Wiam battra-t-il campagne pour le oui ?
Boydiel Ould Houmeid : Avant de répondre à vos questions, je tiens à placer cette interview, que vous avez souhaitée depuis quelques mois, dans son véritable contexte. Notre entretien intervient à un moment où l’opinion mauritanienne est préoccupée par la situation politique dans le pays, suite au dialogue tenu au mois d’octobre 2016 et auquel une partie de l’opposition n’a pas jugé utile de participer, malgré tous les efforts déployés en ce sens par les parties participantes, aussi bien du côté de la majorité que dans le camp de l’opposition. Il s’agissait de tout mettre en œuvre pour que ce dialogue soit véritablement inclusif, offrant à chaque parti politique la possibilité d’y apporter sa contribution, afin que ses résultats soient consensuels pour permettre une avancée significative de notre pratique démocratique et produire des retombées positives sur la vie du citoyen mauritanien.
Je ne reviendrai pas sur la genèse de ce dialogue qui a abouti aux conclusions du 20 octobre 2016 qui devaient être soumises au gouvernement pour exécution. Parmi les aspects les plus importants figuraient la suppression du Sénat, émanation des collectivités locales, la question du drapeau et de l’Hymne national, etc. Cette première étape devait passer par la voie d’un référendum, conformément à la Déclaration que moi-même j’ai signée au nom de l’Opposition.
Pour revenir à votre question, je dois préciser que je n’avais pas émis réellement de réserve sur le recours au congrès en soi, puisqu’il s’agit d’une possibilité prévue par la législation pour permettre au président de la République de modifier la Constitution, tout comme le Référendum ; j’ai néanmoins rappelé que dans les conclusions auxquelles nous avons abouti et qui ont été signées par toutes les parties représentées au dialogue, y compris la majorité présidentielle, il est mentionné que les modifications envisagées devaient être soumises au peuple par voie référendaire, et non par le vote des deux chambres du Parlement réunies en congrès, comme ce fut le cas pour les conclusions du dialogue de 2011. A un certain moment, le Président de la République a été convaincu par certains de ses collaborateurs, puis par sa majorité parlementaire, de passer par le congrès, en insistant sur le fait que cette formule est moins coûteuse que celle du référendum ; cela nous le savions au départ, mais nous avions répliqué que la démocratie, c’est le pouvoir au peuple est non à ses représentants pour des questions si importantes, et il faut ajouter, en plus, que si la majorité tenait à ce choix, elle devait le reposer au niveau du Comité de suivi du dialogue. Par la suite, il a été décidé que dans les deux cas, le projet de loi devait être préalablement soumis aux deux chambres et obtenir une majorité de deux tiers au minimum avant d’envisager l’adoption des modifications constitutionnelles, par référendum ou en congrès. La suite, vous la connaissez, l’Assemblée nationale dont je suis membre, a adopté le texte à une très large majorité et le Sénat l’a rejeté majoritairement.
Donc, pour moi, il n’y a pas de confusion possible à ce sujet. Nos appréhensions à l’époque se situaient dans un cadre donné, celui défini par les articles 99, 100 et 101 pour la révision de la Constitution. Cette procédure-là est aujourd’hui dépassée et nous sommes en présence d’une autre procédure, celle de l’article 38 de la Constitution de 1991. Je vous rappelle au passage que le texte constitutionnel en question n’avait pas été promulgué par le président Mohamed Ould Abdel Aziz, mais par le président Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya. Ai-je été convaincu par l’argumentaire du Président ? Si l’objet de votre question est de savoir si nous sommes pour le recours à l’article 38 pour aller à la consultation populaire, ma réponse est oui. Certains de nos juristes et hommes politiques comparent cet article à l’article 11 de la Constitution française. Même si les deux articles n’ont pas été libellés de la même manière, du fait de nuances voulues par les rédacteurs de notre Constitution ou par les décideurs politiques de l’époque, il n’échappe à personne que les ressemblances entre les deux textes sont manifestes et que les rares différences entre certains articles sont voulues. Je me rappelle que le peuple mauritanien a adopté cette constitution à plus de 95%. Si le Président de la République ne peut pas recourir à l’article 38 pour poser certaines questions au peuple, à quoi cet article pourrait-il servir alors ?
Ceci dit, je n’étais pas venu à la prestation télévisée du président pour être convaincu, et j’avais déjà mes convictions. S’agissant de la future campagne pour la consultation référendaire, il est évident que le parti El Wiam fera campagne pour le oui.
– Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de servir de faire valoir, ou de caution au président Abdel Aziz qui fait appel à vous, chaque fois qu’il connaît des difficultés ?
Le président Aziz n’a pas besoin de moi comme faire valoir ou caution pour appliquer le programme politique sur la base duquel il a été élu par le peuple mauritanien. Il a son programme, j’ai le mien. Le groupe parlementaire de mon parti siège à la place réservée à l’Opposition ; nos positions ne sont tributaires ni des positions de la Majorité, ni des positions de l’Opposition ; nous avons notre propre ligne républicaine, responsable et démocratique.
-Deux écoles s’opposent à propos de ce référendum. Ceux qui soutiennent la position du président, donc de l’utilisation de l’article 38 de la Constitution et ceux lui arguent de la primauté du spécifique (art. 99, 100, et 101) sur le général (art 38). Qu’en pensez-vous ?
Par rapport à cette question, j’ai déjà fourni les éléments de réponse dans la première partie de cette interview, sans entrer dans cette polémique quant à la primauté du général ou du spécifique. En toute logique, l’ordre des articles doit traduire une préséance et un ordre d’importance, même si leur objet n’est pas le même, Dans ce cas l’article 38 précède, les articles 99, 100 et 101.
-Pour certains, le rejet par les sénateurs, des amendements constitutionnels est l’expression de la vivacité de notre démocratie, pour d’autres, en revanche, il s’agit là, d’un défi à l’endroit du pouvoir en place, une protestation même contre les critiques dont ont fait l’objet, le sénat et 33 de ses membres de la part des membres du gouvernement et de l’UPR. Qu’en pensez-vous ?
-Effectivement, le fait qu’une chambre parlementaire vote librement contre une proposition de loi déposée par le gouvernement est en soi un signe de bonne santé démocratique, si seulement les intéressés n’étaient pas concernés directement. Vous connaissez l’adage qui dit qu’on ne peut pas être « juge et partie ». Pour le reste, je pense qu’il s’agit d’une cuisine intérieure de l’UPR et je n’ai pas un avis à émettre là-dessus.
-Ne pensez-vous pas que le président de la République devrait faire comme son homologue béninois, Patrice Talon qui a retiré son texte sur les modifications de la Constitution, rejeté par les députés béninois ? En quoi, les conditions seraient-elles différentes ?
En la matière, le copier n’est pas approprié. D’abord, les deux peuples ne réfléchissent pas et ne réagissent pas forcément de la même manière ; ensuite, les deux conjonctures ne sont pas comparables. Au Bénin, le parlement n’est pas bicaméral et les députés béninois ont refusé à l’unanimité d’examiner la proposition d’amendement. Ici, l’Assemblée nationale a examiné le texte et l’a adopté à plus de 80%. Le Sénat aussi l’a examiné et sa Commission des lois l’a adopté sans amendement, contrairement à la Commission des lois de l’Assemblée nationale qui lui a apporté deux amendements qui ont finalement été rejetés. Donc, les deux situations ne sont pas identiques et ne peuvent pas être traitées de façon similaire.
D’autres en sont venus à comparer nos sénateurs à ceux des Etats-Unis où il existe un Congrès à deux chambres (Chambre des Représentants et Sénat). Là encore, les deux situations ne se ressemblent pas, dans la mesure où une partie des élus républicains qui sont majoritaires au Congrès a fait clairement savoir à son groupe parlementaire qu’elle ne voterait pas la loi modifiant les dispositions de l’Obamacaire. Après de longues discussions, une minorité des récalcitrants a accepté de voter les modifications, mais leur majorité est restée sur ses positions, contraignant ainsi le président américain à retirer son projet de loi.
Par contre, nos sénateurs, eux, ont donné à leur parti, au gouvernement et au Président de la République, l’engagement de voter en faveur du projet de loi et ont majoritairement agi autrement. C’est leur choix et leur responsabilité.
-Le président de la République a laissé entendre qu’il fera de la politique après son départ du pouvoir, en 2019, qu’il se battra même pour la modification de la Constitution qui, à son avis, comporte des imperfections. Est-ce à dire que notre constitution n’est pas totalement verrouillée pour ce qui est de la limitation du nombre de mandats, comme certains le font croire – le recours à l’article 38 serait une preuve?
-C’est son droit le plus absolu, en tant que citoyen, de faire la politique et de se battre pour ses convictions. Pour ce qui est de la Constitution, c’est un texte fondamental de la République qui doit être respecté par chaque citoyen en tant quel tel, mais qui reste sans doute perfectible. Quant au verrouillage de la Constitution, je pense qu’aucun président de la République ne cherchera à la déverrouiller, puisque le texte est clair quand il stipule « ni directement, ni indirectement ». Cela veut dire que lui-même n’en prendra pas l’initiative et si d’autres institutions la prennent, le président de la République doit s’abstenir d’en assurer la promulgation.
-Dans sa conférence de presse, le président a rejeté énergiquement l’offre dialogue, réitéré par l’opposition (FNDU et RFD). Ne pensez-vous pas que, face à un référendum qui va crisper davantage la situation politique, des échéances électorales en vue, le pays a besoin d’un minimum de consensus autour de ces élections pour éviter des boycotts, voire des contestations au lendemain desdits scrutins ? Allez-vous faire quelque chose dans ce sens ?
-Je pense que le président a raison. Moi, j’ai toujours soutenu qu’un pays ne peut pas se permettre d’organiser des dialogues en l’espace de quelques semaines ou quelques mois. C’est sûr qu’il y a certaines formes de dialogue qui doivent être permanentes entre la Majorité et l’Opposition pour résoudre des questions conjoncturelles, mais un dialogue national, tel qu’organisé en 2011 et en 2016, j’estime qu’il ne peut pas être envisagé à intervalles rapprochés. Donc, nos frères de l’Opposition radicale ont, encore une fois, raté le coche, mais ils pourront toujours le rattraper aux prochaines stations, la plus proche étant celle du référendum. C’est peut-être pour eux l’occasion de participer, en faisant campagne pour le non et s’ils l’emporteraient, nous serions les premiers à les applaudir, et ainsi, ils prendraient le train en marche et se positionneraient pour les futures échéances du dialogue national.
-Que pensez-vous de la réaction du président sur les appels au dialogue, émis par les partenaires au développement que sont l’UE et l’ONU?
-Mon point de vue est qu’il n’appartient pas aux partenaires au développement de nous dicter la manière dont nous devons diriger notre pays. Et s’il leur arrive de s’ingérer dans notre politique intérieure, nous devons tous, Majorité et Opposition confondues, leur opposer une fin de non recevoir.
-Le référendum sera organisé par une CENI, largement critiquée par les acteurs politiques dont vous, lors des dernières élections municipales et législatives. Qu’en pensez-vous ?
– Une CENI critiquée par qui ? En tout cas pas El Wiam. Nous sommes, avec les parties participantes au dialogue de 2011, à l’origine de la loi de 2012 qui a créé et qui régit la Commission électorale. Pour la première fois, nous avons écarté le Ministère de l’Intérieur des opérations électorales, du recensement à vocation électorale (RAVEL), des opérations de vote et même de la publication des résultats des scrutins. Nous avons mis en place une commission de sages de sept membres qui sont apolitiques, à la différence des CENI précédentes qui étaient, elles, composées de représentants de partis politiques et qui avaient tendance à se quereller en permanence pour défendre les positions de leurs formations politiques, au lieu de s’adonner au travail technique qui leur était confié.
Certes, des insuffisances ont été relevées lors des élections municipales où la CENI avait près de 1 500 listes électorales à gérer, des tâtonnements ont eu lieu et certains représentants des listes candidates n’ont pas eu de PV électoraux, mais pour les autres consultations électorales (législatives et présidentielle), il n’y a pas eu de problèmes significatifs. Le rôle du Comité de suivi du dialogue s’est limité à la mise en place du Comité des sages et là, comme vous pouvez le constater vous-même, ils n’ont aucun problème, ni moral, ni technique, ni intellectuel. Je leur conseille tout simplement, comme je l’ai toujours fait, de se conformer aux textes qui les régissent et qui stipulent clairement qu’en matière de recrutement, ils doivent respecter l’esprit du Code du travail, de la Convention collective et du Statut de la Fonction publique, c’est-à-dire faire détacher par l’Administration les fonctionnaires dont ils ont besoin, recruter les contractuels dont ils ont besoin dans le respect du Code du travail et de la Convention collective. Par le passé, ils ont recruté en majorité des retraités, alors que dans l’accord politique qui a présidé à leur désignation, la condition exigeant plus de 60 ans d’âge ne concernait que les sept sages.
-A en croire la presse, le député et maire de Rosso, Sidi Diarra, un grand cadre d’El Wiam affiche ses ambitions pour la présidentielle de 2019. Vous en a-t-il parlé ? Quand pensez-vous ?
-Effectivement, il m’en a parlé à deux reprises et c’est normal d’être ambitieux. Jusqu’à ce jour, il est membre du parti El Wiam ; le jour où il décide de se présenter dans le cadre du parti, le parti en discutera et décidera ; s’il se présente en dehors du parti, nous lui souhaiterions bonne chance. Vous savez, l’autre soir, à la conférence de presse du président à laquelle vous aimez faire référence, deux présidents de partis politiques qui étaient auparavant membres de la direction de notre parti sont venus me saluer, en me manifestant leur respect et leur fierté d’avoir appartenu à El Wiam. Il s’agit de Saad Ould Louleid et Valla mint Mini. Ça fait toujours plaisir pour un chef de parti d’avoir réussi à créer chez certains cadres du pays l’envie de faire la politique et de l’exercer par le canal légal des partis politiques et non par d’autres voies illégales.
-Dans une récente tribune publiée par le site Cridem, M. Samba Thiam s’étonne du silence des leaders Haratines sur la demande d’officialisation des langues nationales Pulaar, Soninké, Ouolof, formulées par des associations issues de ces communautés. Que lui répondez-vous ?
– Samba Thiam avec qui j’ai eu des entretiens très constructifs en marge du dialogue national et en qui j’ai trouvé un homme posé qui sait ce qu’il veut, qui a sa place dans l’espace politique national et dont je respecte l’opinion, même si nous ne sommes pas d’accord sur beaucoup de choses, je lui réponds que je ne suis pas un cadre haratine, je suis un cadre de la Mauritanie, je ne parle pas au nom des Haratines, mais au nom des Mauritaniens sans distinction
Ici je ne parle pas au nom des maures noirs ni des Tandgha, je parle au nom de la Mauritanie qui m’a formé, qui m’a fonctionnarisé et qui m’a permis d’occuper les plus hautes fonctions allant de contrôleur d’Etat, Directeur Général des Impôts, Directeur de la SMCP, Directeur et fondateur de la CNAM, Ministre dans plusieurs départements : commerce, développement rural, pêches, Santé, Finances et Ministre Secrétaire Général à la Présidence de la République.
Par ailleurs, dans le Parti EL WIAM que je dirige actuellement vous trouvez tous les mauritaniens sans distinction aucune.
Au demeurant, je reste convaincu que dans l’intérêt de notre pays nous devons tous avoir comme objectif le renforcement de la nation mauritanienne encore embryonnaire et de ce fait ne jamais encourager le racisme, l’ethnisme le tribalisme, et l’entitisme qui sont nuisibles à la construction d’une Mauritanie forte et unie
De ma part pour des raisons de convictions personnelles, j’ai toujours combattu ces maux et je continuerai à les combattre tant que j’ai la tête sur les épaules. Maintenant, si vous voulez mon point de vue sur cette question des langues nationales, je ne peux la traiter en quelques mots parce qu’elle demande toute une interview à elle seule, mais pour lancer le débat, j’aurais préféré que la transcription de ces langues se passe en lettres arabes, comme du temps de nos aïeux. En effet, Elif, lamlam, hatongué, minpithiou sont une transcription en pulaar de ا ب ت etc. que seul un halpulaar peut comprendre ou quelqu’un qui les apprend. Les Ouolofs aussi que je connais très bien faisaient cette transcription et écrivaient des lettres entières en caractères arabes qu’un arabophone peut lire mais ne comprend pas s’il n’a pas appris l’alphabet en Ouolof. C’est une manière d’introduire le sujet en attendant le grand débat.
– Certains cadres de ces communautés s’indignent de vous entendre défendre le régime d’Ould Taya, auteur de leurs déportations et de massacres de militaires négro-mauritaniens dans les casernes, entre 1989 et 1991. Que leur répondez-vous ? Cela ne justifierait-il pas leur faible adhésion à El Wiam ?
– Comment pouvez-vous parler de faibles adhésions de Négro-africains à El Wiam, alors que nous avons deux mairies au Guidimagha, dont la mairie de Ghabou qui est la commune la plus peuplée du Guidimagha avec 21 conseillers municipaux, au Gorgol, particulièrement à Mbout, où nous avons deux Mairies, en plus du fait que dans ces deux Wilaya notre parti occupe la 2ème position en nombre de conseillers municipaux. Au Trarza aussi, nous avons les mairies de Rosso, Keur Macène et N’Diago .
Pour les évènements dont vous parlez, ils datent des années 1989 et 1991. A l’époque, je n’étais pas encore politiquement lié à Maaouya, j’ai commencé à le soutenir lors de la création du PRDS en Août 1991. Lors des discussions autour des documents de base, certains ont voulu lier le parti aux évènements dont vous parlez, en laissant entendre que le parti était solidaire de tous les agissements du Comité Militaire depuis le 12 décembre 1984 ; j’ai dit que nous ne pouvons pas être responsables de tous ces actes et un seul m’avait soutenu à l’époque, c’était Aboubekrine Ould Ahmed. Un membre de l’Assemblée a répliqué que ceux qui ne veulent pas être responsables des agissements du Comité militaire depuis le 12/12 n’avaient pas leur place ici ; j’ai répondu que donc je n’ai pas ma place ici. Le document est parti à l’arbitrage du président Maaouya qui a demandé que ce passage soit enlevé du texte.
– Les partis de la CUPAD sont allés en rang dispersé au dernier dialogue. Est-ce adire que cette coalition est morte de sa belle mort ?
– Il n’y a pas de belle mort, la mort est toujours regrettable pour une personne morale qui a des objectifs et des idéaux. Seulement, l’un des partis membres de la CUPAD n’a pas jugé nécessaire de participer au dialogue et c’est lui qui assurait la présidence tournante. Les deux autres partis membres de la Convention, l’APP et El Wiam, ont participé chacun en son nom, mais je dois souligner que nous avons toujours été d’accord sur les questions essentielles au niveau du Comité de suivi.
-Toujours au cours de sa prestation télévisée, le président de la République a dressé un tableau idyllique de la situation économique du pays. Partagez-vous son enthousiasme ?
– Je reconnais qu’il a réalisé beaucoup de choses dans le pays, mais nous pensons à El Wiam qu’il aurait pu encore faire mieux. Si nous étions d’accord avec tout ce qu’il dit et ce qu’il fait, nous nous serions rangés au sein de la Majorité présidentielle.
-Certains se demandent ce qui pourrait empêcher le président Mohamed Ould Abdel Aziz, après l’adoption des amendements Constitutionnels, grâce à l’article 38, d’invoquer, demain, le même article, pour déverrouiller la limitation des mandats (article 28). Partagez-vous leur crainte?
-Ce qui peut l’en empêcher, c’est d’abord et avant tout le serment qu’il a prêté devant le peuple mauritanien de ne pas toucher aux articles verrouillés. Les craintes ? Pas du tout, les craintes à ce sujet, sont injustifiées.
Propos recueillis par Dalay Lam
le calame
FAIRE FACE AU RACISME ANTI-NOIR DANS LE MONDE ARABE
par Susan Abulhawa
En réponse à un article que j’ai écrit récemment sur la «Noirceur essentielle» de la lutte palestinienne, j’ai reçu, entre autres, cette réaction : « Mais qu’en est-il du racisme arabe Anti-Noir ? Ou de la traite Négrière Arabe ? »
La traite arabe est un fait de l’histoire et le racisme anti-Noir est un fait de la réalité actuelle, une chose honteuse qui doit être affrontée dans les sociétés arabes. Bien que je ne prétende pas à l’expertise sur le sujet, je pense que l’application de la notion de Racisme, telle qu’elle existe aux États-Unis, empêche une véritable compréhension du sujet dans le monde Arabe.
J’ai passé la plus grande partie de ma jeunesse dans le monde arabe, et je ne me souviens pas avoir eu conscience de la race jusqu’à ce que je vienne aux États-Unis à l’âge de 13 ans et ma connaissance du racisme anti-Noir arabe vient principalement des Arabes-Américain(es) qui comme d’autres communautés d’immigrants, ont adopté les sentiments racistes dominants de la structure de pouvoir aux États-Unis, qui tient vraiment les Afro-Américain(es) dans le Mépris .
Cette attitude est également devenue de plus en plus répandue dans les pays arabes, pour diverses raisons, mais surtout par les gouvernements arabes, et en particulier par ceux qui importent de la main-d’œuvre étrangère en provenance d’Afrique et d’Asie du Sud-est
Le cas récent d’Alem Dechesa a mis en lumière les horreurs rencontrées par les travailleurs migrant(es) au Liban. Dechesa, une travailleuse domestique d’Ethiopie, s’est suicidée après avoir subi des violences physiques et mentales terribles aux mains de ses employeurs libanais, dont son tabassage sauvage en face du Consulat éthiopien l’année dernière.
L’extension du racisme arabe anti-Noir est une aspiration actuelle de tout ce que nos Anciens possèdent des colonisateurs, où les individus aspirent à ce qui est puissant et riche, et les images de ce pouvoir ainsi que de la richesse ont la peau Claire, les cheveux Raides, un petit Nez, des Joues rouges de grande taille, les corps maigres et cette image rejette la peau riche en Mélanine, les cheveux Enroulés, les Nez larges ou pointues, les hanches larges et grandes jambes, Alors nous aussi, nous rejetons ces caractéristiques, les méprisons chez les autres et en nous-mêmes comme des symboles d’infériorité, de paresse et de pauvreté. C’est pourquoi les industries occidentalisantes de blanchiment de la peau et de défrisage sont si Rentables.
Et pourtant, quand la Palestine est allée aux Nations unies pour la reconnaissance de son statut d’État, la grande majorité des pays qui ont voté «Oui», étaient des pays du Sud. La même chose est vraie lorsque la Palestine a demandé l’admission à l’UNESCO. En fait, quand les Etats-Unis ont coupé le versement de fonds à l’UNESCO en réponse à un vote démocratique de ses membres d’admettre la Palestine, c’est la nation Africaine du Gabon qui a immédiatement augmenté sa contribution, grâce à un don de 2 millions de dollars à l’UNESCO, pour aider à compenser la perte de Revenu.
Ce n’était pas l’Arabie Saoudite, le Koweït, le Qatar, le Liban, la Suède ou la France. C’était le Gabon. Combien de Palestinien(nes) le savent, et combien ont exprimé leur gratitude pour Cela ?
Lorsque je faisais des recherches sur le sujet de la traite arabe d’esclaves, je suis tombée sur un véritable trésor de site web, établi par “La Société de l’Holocauste Africain” , ou Mafaa [« holocauste », en swahili], une organisation à but non lucratif d’intellectuel(les) artistes, cinéastes, universitaires et militant(es), dévoué(es) à récupérer les récits d’histoires, des cultures et des identités Africaines
A la lecture de cette partie de notre Histoire commune, nous pouvons voir comment une grande partie des Arabes, y compris celles et ceux d’entre nous qui nourrissons le racisme Anti-Noir, sommes les Fils et les Filles de Femmes Africaines, qui ont été enlevées de nations d’Afrique de l’Est, comme esclaves Sexuelles.
Contrairement à la traite européenne, la traite arabe n’était pas une caractéristique importante de l’économie arabe, elle était principalement ciblée sur les Femmes, qui sont devenues membres de harem et dont les enfants étaient héritiers complets sur les noms, les héritages et la fortune de leurs pères, sans égard à leurs caractéristiques physiques, aussi les esclaves n’ont pas été acheté(es) et vendu(es) comme du bétail, à la façon dont nous comprenons le commerce des esclaves ,ici ils/elles ont été capturé dans les conquêtes ou carrément enlevé(es) et transporté(es) à travers le Sahara.
La race n’était pas une ligne de démarcation et les personnes asservies n’avaient pas une seule destinée, mais avaient la possibilité d’une mobilité ascendante par divers moyens, y compris par le fait de mettre au monde des Enfants ou en se convertissant à l’islam, si bien que Personne ne sait le nombre exact de Femmes Africaines qui ont été réduites en esclavage par les Arabes, mais il suffit de regarder en nous-mêmes pour voir l’ombre de ces Mères Africaines qui nous ont donné naissance, et dont nous avons oublié l’identité Africaine.
Certains argumentent l’excuse discréditée selon laquelle les Africains eux-mêmes ont été impliqués dans la traite des esclaves, avec des tribus en guerre se capturant et se vendant les unes les autres mais peu importe la manière dont vous regardez l’histoire de la traite des esclaves, vous ne verrez qu’une rue à sens unique, avec toujours des Africains qui sont les victimes réduites en esclavage, aussi je ne connais aucune tribu Africaine qui ait kidnappé les Européens pour les mettre en esclavage pour des générations; je ne connais aucune Tribu Africaine qui ait capturé les Femmes Arabes depuis des siècles et les transformer en esclaves Sexuelles
Je pense que l’Humanité n’a vraiment jamais connu un Holocauste d’une plus grande ampleur et la Sauvagerie dans une telle longévité que celle perpétrée contre les peuples d’Afrique. Ce Mafaa n’a jamais été pleinement reconnu et n’a certainement jamais été expié, si bien que les blessures ou les legs durables de transformer les êtres humains depuis des siècles en Meubles, n’a jamais être comprise ou mal expiés mais nous devrions essayer parce que, tout comme nous héritons des privilège de nos Ancêtres, nous héritons aussi de leurs péchés et de la responsabilité de ces Péchés.
A la fin de son règne, le colonel Mouammar Kadhafi avait compris cela, il avait utilisé son pouvoir et sa richesse pour tenter de racheter notre histoire commune. Il est le premier dirigeant arabe à s’être excusé auprès de nos Frères et Sœurs Africain(es) au nom des peuples arabes, pour la Traite Arabe et le rôle des Arabes dans la traite européenne des Esclaves (…)
Ainsi, l’urgence de l’OTAN d’empêcher les « massacres » en Libye, a été fabriquée et vendue en masse puis dans la crainte de la solidarité Afro-Arabe, ils ont répandu des rumeurs selon lesquelles des mercenaires «Noirs Africains» commettaient des atrocités contre des Libyens car Kadhafi était devenu une menace encore plus grande lorsqu’un accord avait été conclu avec la grande force anti-impérialiste de l’Amérique du Sud et que Hugo Chanel voulait servir d’intermédiaire pour une solution à l’insurrection en Libye. Maintenant, ces deux champions de leurs Peuples ont disparu, et les soi-disant révolutionnaires libyens exécutent des «Africain(es) Noir(es)» dans tout le pays,
J’ai écrit précédemment que la lutte palestinienne contre l’effacement de notre Existence, notre Histoire et notre Identité était spirituellement et politiquement Noire par Nature, de même que dans d’autres luttes, comme celle des travailleurs migrants dans de nombreux pays arabes. Ce sont nos camarades. Ils et elles sont les damné(es), exploité(es), volé(es) et/ou, enfin, libéré(es) .
Je me réfère à Noir(e) comme à un terme politique, pas nécessairement comme un descriptif racial ou ethnique parce que ce mot a été récupéré, redéfini, et injecté avec toute la Puissance, l’Amour, le Défi, et la Beauté de l’Afrique, pour le reste d’entre nous, et sans s’approprier le mot, «Noir», il est aussi pour nous un phénomène de résistance, de fermeté ce que nous les Palestinien(nes) appelons sumud ou la beauté de la culture qui renaît de l’esclavage et de l’oppression.
Pour finir, la solidarité provenant des Africain(es) n’est pas équivalente à celle qui vient de nos camarades européens, dont les gouvernements sont responsables de l’effacement permanent de la Palestine, cependant les peuples Africains ont toutes les raisons de regarder dans l’autre direction, tout comme les Ethiopien(nes) ont toutes les raisons de dire : « Vous méritez ce qu’il vous arrive pour les siècles d’esclavage et d’industrie néo-esclavagiste de vos voisins arabes. » Les Afro-Américain(nes) ont toutes les raisons de dire : « Pourquoi devrais-je montrer de la solidarité avec des Arabes qui viennent ici pour nous traiter comme les personnes Blanches le font, et parfois Pire ? »
Nous pouvons remplacer le mot « Arabe » par « Américain » dans cette phrase, et ce serait une déclaration valable mais pourtant, l’Afrique est là avec nous, les intellectuel(les) Afro-américain(es) sont les plus grands champions de notre lutte aux États-Unis et l’impact de la solidarité de quatre personnes en particulier Desmond Tutu, Alice Walker, Angela Davis et Cynthia McKinney ne peut jamais être surestimé.
Je voudrais que mes compatriotes réfléchissent longuement et sérieusement à cela, jusqu’à ce qu’elles et ils comprennent vraiment la Beauté humble de cette solidarité, de la part de personnes qui ont toutes les raisons d’être Anti-arabe.
Je souhaite que mes compatriotes puissent regarder à travers mes yeux, alors Elles et Ils pourraient voir que le Noir est profondément Beau, Elles et Ils pourraient voir que l’Afrique coule dans nos veines aussi, que Nos aïeules Africaines réduites en esclavage méritent d’être honorées et aimées par leurs Enfants Arabes et que c’est à nous de racheter leurs douleurs avec la Reconnaissance et l’Expiation dues de longue Date. Et Arriver à cette compréhension est un bon point de départ pour la solidarité réciproque avec les Nations et les Peuples qui sont debout avec nous, dans le Cœur et dans l’Action.
**Susan Abulhawa est une écrivaine palestinienne et l’auteur du roman best-seller international : «Les Matins de Jenine » (Bloomsbury 2010). Elle est également le fondateur de Playgrounds pour la Palestine, une ONG pour enfants***
Hotep.
La CENI dans un rapport secret au gouvernement : « nous ne sommes pas prêts… »
La commission électorale nationale indépendante a signifié au gouvernement, dans un rapport confidentiel, qu’elle n’était pas prête ni techniquement ni humainement pour l’organisation du referendum sur les amendements constitutionnels dans deux mois.
Le gouvernement avait fixé au 15 juillet prochain l’organisation du referendum, que doit précéder la révision des listes électorales, les dernières lors des élections de 2014.
Des sources propres à Sahara Media ont confirmé le rapport établi par les 7 sages de la CENI et adressé au gouvernement.
Dans leur rapport les sages précisent que le gouvernement n’a pas mis à la disposition de leur institution les moyens matériels et logistiques pour préparer le referendum, à travers le recrutement du personnel et l’opération de révision des listes.
La CENI déplore l’accumulation de dettes impayées en l’absence de volonté de la part du gouvernement de lui donner les moyens de les payer.
Dans sa réponse, le gouvernement a déclaré qu’il chargera un conseiller de la présidence de coordonner avec la CENI afin d’aplanir les difficultés qui se dressent devant l’organisation de cette échéance.
Depuis que la date du referendum a été fixée, la commission électorale nationale indépendante n’a publié ni communiqué ni avis en l’absence d’étapes pratiques sur la voie de l’organisation de l’échéance.
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Dix mille hectares d’un seul tenant
Trouvez ci-dessous l’original de mon texte mis en ligne par Seneweb le 25/4/2017. Il est une invite adressée aux plus hautes autorités du Sénégal pour qu’elles repensent très sérieusement leur politique agricole dans une région aussi sensible parce que densément peuplée que le Fuuta. Dans cette région traditionnelle, le système de gestion de la terre, malgré ses imperfections, avait pour pierre angulaire l’accès de tous à la terre. Aujourd’hui, il n’est pas exagéré de dire que la politique agricole, conçue et exécutée dans cette même région, risque d’avoir pour conséquence la privation de la terre à tous. En effet, quand on pousse une instance délibérative (qui est très loin de représenter les populations) à donner 10 000 hectares d’un seul tenant à un opérateur unique et qu’on permet à celui-ci de tout prendre jusqu’à 1, 5 km des villages, personne ne peut plus accéder à la terre ; il n’y a plus de minimum vital ! C’est ce qui est en train de se passer dans la commune de Dóɗél. La juste révolte des populations grondera partout au Sénégal où une telle politique agricole sera appliquée. Il est encore temps de rectifier le tir : c’est tout le sens de notre contribution.
DIX MILLE HECTARES D’UN SEUL TENANT !
I. DE QUOI S’AGIT-IL ?
Dix mille hectares d’un seul tenant : c’est ce qu’une société anonyme de droit marocain, Afri Partners, a demandé et est sur le point d’obtenir dans les communes de Demet et de Dóɗél. Les terres seront mises à la disposition d’Afri Partners pour une durée de 40 ans renouvelable quasi automatiquement. À quoi serviront ces terres ? « Le projet consiste en la production de riz paddy et l’installation d’une usine de transformation pour la commercialisation d’une marque haut de gamme de riz blanc » (page 3 du protocole). Le groupe propose contre la cession des terres :
̶ Un investissement global estimé à 50 milliards de francs ;
̶ La création d’un millier d’emplois directs et indirects, réservés prioritairement, pour les emplois non qualifiés, aux ressortissants des deux communes ;
̶ L’aménagement de 2 000 ha pour les populations ;
̶ 2 milliards de francs de soutien aux projets d’investissement des deux communes sur les 40 ans de durée du projet ; ce qui fait 50 000 000 par an ;
̶ La « mise en place de contrats de culture avec les exploitants éligibles et adhérents aux programmes de la société à travers :
* L’accompagnement technique et accès aux intrants et matériel à un prix négocié, similaire à celui auquel la société se fournit ;
* Le développement de programmes de formation liés à l’appui pour la mise en place des standards de production ;
* L’achat de la production auprès des agriculteurs éligibles respectant leurs engagements dans le cadre du contrat programme sur la base d’une formule de prix à convenir ».
On assiste ainsi à une nouvelle offensive de l’agro-business sur le Fuuta. Ces propositions ont semblé suffisamment intéressantes aux yeux de la majorité des représentants des populations de la commune de Dóɗél (gestionnaires coutumiers, chefs de villages et conseillers communaux) pour les amener à accepter que le terroir de Bañnje, ciblé par Afri Partners parce qu’étant le seul à pouvoir offrir 10 000 hectares d’un seul tenant (croyait-on), soit mis à la disposition des investisseurs. Quant à la commune de Demet, elle mit sur pied une commission ad hoc composée de ses meilleurs cadres pour étudier les propositions rappelées supra. Après un examen approfondi, le conseil communal ne proposa de céder que 1500 hectares dont 300 pour ses populations. Au vu du potentiel des deux communes, tel qu’évalué par la Direction de l’Appui aux Collectivités Locales de la SAED (dernière situation ayant servi de base à la signature du protocole), Demet aurait 5209, 03 ha et Dóɗél 2318, 8 ha ; soit un total de 7522,03. Comme il faut distraire les 300 ha destinés aux populations de Demet, il ne reste plus que 7222, 03 pour le projet. Il apparaît ainsi que le potentiel de Bañnje avait été surévalué par le maire de Dóɗél : il croyait que ce terroir appartenait à sa seule commune alors qu’il appartient en réalité aux communes de Dóɗél, de Demet et de Duumga-Laaw. Et comme Duumga n’est pas concerné par le projet et que Demet ne veut donner, en définitive, que 521 ha, qui vont ainsi s’ajouter aux 2318, 8 ha de Dóɗél, on n’a plus que 2839, 8 ha disponibles dans le terroir de Bañnje ; d’où la nécessité impérieuse d’extension de l’assiette du projet au nord et à l’ouest du site initialement visé pour compenser les 7160, 2 ha manquants pour faire 10 000 ha. C’est ainsi que fut intégré dans ledit projet ce qui restait de la réserve foncière des villages de Siñcu-Daŋɗe, Daara-Halayɓe, Yennaake, Ndormbos, Céénel-Saakooɓe, Saasél-Taalɓe, Bééli-Cówi, Puri, Booga, Jiñcu-Joom, Gurél-Maalikél, Gurél-Bayal et une partie de la réserve de Marda, Leeɗe, Paate-Galo, Daarél-Maaro, Gurél-Sakééji et Woowa.
C’est le lieu de préciser que cette extension s’est faite sous la pression du gouverneur qui a mis les chefs de villages et les gestionnaires coutumiers devant le fait accompli et a abusé de son autorité pour arracher une délibération expéditive du conseil communal.
En résumé, si ce projet devait passer tel quel, de nombreux hameaux devront être rayés de la carte parce qu’ils sont au cœur de l’assiette du projet. Plusieurs villages de plus de 3500 habitants n’auront plus d’espace vital. Par espace vital, entendons terrains de culture, terrains de pâturage, pour nourrir le bétail, terrains de pêche et même terrains d’habitation. En un mot, ils sont condamnés à une mort certaine. Dans ces conditions, inutile de dire que rien n’est réservé pour les générations futures de ces localités comme le recommande notre loi fondamentale et comme en a rappelé récemment la nécessité le Président de la République, en personne, en recevant le rapport de la Commission Sourang sur la réforme foncière. On se demande si les promoteurs du projet sont conscients de toutes ces conséquences néfastes. Cette affaire est encore plus grave que celle de Fanay de 2011 car, cette fois-ci, ce ne sont pas les terres du jééri (terres hautes et non inondables donc moins vitales pour les populations) qui sont ciblées mais les terres du waalo (terres inondables qui font vivre les villages). Rappelons pour mémoire que Senethanol voulait mettre la main sur 20 000 ha ; ce qui occasionna deux 2 morts dans des affrontements entre pro et anti-projet. Le président Abdoulaye Wade dût finalement suivre la voie de la raison : abandonner le projet.
II. QUELS ENSEIGNEMENTS TIRER DE CETTE SITUATION ?
La première question qui nous vient à l’esprit est la suivante : le jeu en vaut-il la chandelle ? L’amitié entre le Sénégal et le Maroc justifie-t-elle qu’on donne toute la réserve foncière qui faisait vivre de nombreux villages aux Marocains ? Aucun Sénégalais, à commencer par notre Président de la République lui-même, ne peut obtenir au Maroc 10 0000 ha, même éparpillés dans tout le royaume et encore moins d’un seul tenant !
La seconde question qui nous taraude l’esprit est celle-ci : peut-on faire le bonheur de populations paysannes (objectif affiché) en leur prenant toutes leurs terres ? La réponse ne peut être que non. Les propositions d’Afri Partners sont même loin d’être favorables ; elles sont plus proches de transformer des populations, jadis libres et maîtresses de leurs terres, en ouvriers agricoles (c’est la conclusion de la commission ad hoc de la commune de Demet). Dans ces conditions, la conception de ce projet doit être très sérieusement revue ; nous ferons plus loin des propositions concrètes à ce sujet, montrant ainsi que les populations ne s’opposent pas à l’octroi de terres. Ce qu’elles refusent, c’est une spoliation qui ne dit pas son nom. C’est le lieu de rappeler que la terre n’est pas pour ces populations sédentaires un simple moyen pour vivre mais elle fait partie de leur identité ; en leur prenant toutes leurs terres, on porte une terrible atteinte à cette identité ; cela n’est pas loin de ressembler à une amputation sans anesthésie !
La troisième question est relative à la densité de la population et des villages dans cette partie de l’Île-À-Morphil. Celle-ci est telle qu’envisager un projet de cette ampleur suppose nécessairement la disparition de la réserve foncière des populations, donc la disparition de l’agriculture locale. Si les hautes autorités de ce pays ne le savaient pas, qu’elles le sachent. On voit ainsi que l’agriculture capitaliste, avec de grands espaces, ne peut pas cohabiter avec la voie paysanne, c’est-à-dire l’agriculture de type familial : les deux formes d’agriculture sont totalement antinomiques. La cohabitation ne peut être envisagée que dans le cas où l’exploitation de type capitaliste est de taille raisonnable, c’est-à-dire une taille qui laisse aux collectivités environnantes un espace vital suffisant pour leur épanouissement.
La quatrième question concerne la place du projet envisagé dans l’atteinte des objectifs d’autosuffisance en riz. Compte tenu du choix de faire du riz haut de gamme (p. 3 du protocole) en prenant toute la réserve foncière, le projet, loin de contribuer à l’autosuffisance, accentuera plutôt le déficit en riz du pays car le riz haut de gamme ne peut qu’être exporté, étant hors de portée de la bourse de la majorité des Sénégalais. Nous connaissons déjà ce curieux phénomène avec la culture de l’arachide depuis la période coloniale, où un déficit vivrier a été créé du fait de cette culture. Mais l’exemple le plus pertinent, c’est qu’aujourd’hui encore, malgré l’indépendance, avec une huile d’arachide haut de gamme produite au Sénégal, nous sommes obligés d’importer des huiles bas de gamme dont les prix sont plus conformes à notre pouvoir d’achat pour couvrir nos besoins ! Le Sénégal n’a donc aucun intérêt à brader ses terres et à menacer l’existence de sa paysannerie pour des retombées économiques quasi nulles, Afri Partners étant une société étrangère dont les bénéfices ne resteront donc pas dans le pays.
Face à tous ces inconvénients, nos décideurs doivent, si l’intérêt national les préoccupe, conseiller fortement à leurs partenaires marocains de revoir le projet de manière à ce que tous les protagonistes y trouvent leur compte. Que faire alors ?
III. QUE FAIRE ?
1. La première chose (conforme au bon sens du commun des mortels) à faire, c’est d’abandonner définitivement cette idée, inacceptable à tous points de vue, de tailler 10 000 ha d’un seul tenant à une société étrangère dans un terroir aussi densément peuplé. Le Président de la République Macky Sall, qui est un homme intelligent, ne peut et ne doit absolument cautionner ce qui serait une insupportable démission devant le capital étranger ; ce d’autant plus qu’il vient de rappeler lors de la réception du rapport de la Commission Sourang les dispositions relatives à la terre qu’il a fait adopter par référendum. C’est bien ici le lieu d’insister sur le fait que c’est lui-même qui a fait inscrire dans la Loi constitutionnelle n° 2016-10 du 05 avril 2016 :
« Art. 3. – Il est ajouté, après l’article 25 de la Constitution, un article 25-1, un article 25-2 et un
article 25-3 ainsi rédigés :
Article 25-1. – Les ressources naturelles appartiennent au peuple. Elles sont utilisées pour
l’amélioration de ses conditions de vie.
L’exploitation et la gestion des ressources naturelles doivent se faire dans la transparence et de
façon à générer une croissance économique, à promouvoir le bien-être de la population en général
et à être écologiquement durables.
L’État et les collectivités territoriales ont l’obligation de veiller à la préservation du patrimoine foncier […] et d’assurer la protection des populations dans l’élaboration et la mise en œuvre des projets et programmes dont les impacts sociaux et environnementaux sont significatifs.»
Le seul commentaire que nous ferons sur cette disposition sans ambiguïté de notre loi fondamentale, c’est de faire remarquer que l’octroi de 10 000 ha d’un seul tenant à un seul opérateur, de surcroît privé et étranger, n’est certainement pas la meilleure manière de préserver notre patrimoine foncier ! Nous sommes certain que le Président de la République, intraitable quand il s’agit du respect de la constitution (c’est ce qui l’a conduit à renoncer à sa promesse électorale de ramener son mandat de 7 à 5 ans), obligera tous les Sénégalais impliqués dans cette affaire à se conformer à leur devoir constitutionnel plutôt que de se mettre dans la voie d’y faillir au risque de s’exposer, ainsi, aux justes foudres de la loi (voir l’article 25-3 : « Tout citoyen est tenu de respecter scrupuleusement la Constitution, les lois et règlements… »).
2. Une aliénation de terres aussi vitales pour les populations sur une durée de 40 ans, renouvelable de manière quasi automatique (ce qui ferait 80 longues années), fût-elle sous forme de bail, est tout simplement inacceptable. Une durée de 20 ans, renouvelable si les populations y trouvent leur compte et le veulent bien, serait plus raisonnable.
3. Le projet n’étant donc envisageable que s’il peut cohabiter harmonieusement avec les exploitations familiales, l’élevage et la pêche, tout en préservant notre patrimoine foncier, nous proposons le schéma de redimensionnement suivant :
Plutôt que de le cantonner à deux communes (Dóɗél et Demet), l’étendre aux communes de Duumga-Laaw (chez Mountaga Sy, maire de Haayre-Laaw et Directeur de l’APIX), Madiina-Njaacɓe, et Gamaaji-Saare. L’avantage d’une telle extension pour les collectivités, c’est que les 10 000 ha pourraient être répartis en 5 lots de 2 000 ha en moyenne. En poussant l’extension vers les communes de Njaayeen-Penndaaw et de Bokke-Jalluɓe, on pourrait même faire des lots encore moins grands (1428, 5 ha), donc encore plus supportables pour les terroirs traditionnels et les populations. Comme tout cela tient sur une distance d’environ 100 km, Afri Partners devrait pouvoir accepter un tel redéploiement. Cette solution doit avoir la faveur des autorités car elle a déjà l’avantage d’avoir été adoptée par la commune de Demet qui donne globalement 500 ha au projet ; ce qui représente seulement 10% de sa réserve foncière estimée à 5209, 03 ha. La diminution de la superficie initialement promise (1500 ha) montre bien que des élus locaux, conscients et soucieux des intérêts de leurs mandants, ne peuvent pas être d’une générosité débordante pour ce genre de projet comme ceux de la commune voisine, moins bien informés et moins indépendants économiquement. Si on veut avoir l’adhésion des populations à l’introduction de l’agro-business, la première chose à éviter c’est de trop mordre sur leur espace vital mais les autorités le veulent-elles ? Il faut aussi que ces autorités évitent de confondre l’adhésion des instances délibératives, pas toujours représentatives et moins indépendantes, avec celle des populations elles-mêmes. C’est une telle erreur qui avait été à l’origine des tragiques événements de Fanay.
4. L’autosuffisance en riz et la garantie de la paix sociale passent par une politique plus engagée de la part de l’État et non par le tout-agro-business si gros de dangers pour notre pays :
̶ Les aménagements de grands périmètres doivent être relancés dans toute la vallée et principalement dans cette partie de l’Île-À-Morphil. Dans cette logique, le Président de la République doit donner des instructions fermes à la SAED pour la réalisation des quatre cuvettes prévues dans le cadre du premier Millenium Challenge américain pour atténuer le retard de cette partie du pays en matière de grands aménagements. Il s’agit des cuvettes de Podor Commune, de Gamaaji-Saare, de Woowa et de Siñcu-Daŋɗe. C’est le lieu de préciser que les deux dernières cuvettes ont été happées par le projet marocain ; ce qui ressemble à une provocation à l’endroit des populations. Ce que les autorités doivent faire pour atténuer le ressentiment de celles-ci, c’est d’aménager d’urgence ces cuvettes dont les études de faisabilité ont déjà été faites. Cela ne devrait pas être difficile dans la mesure où deux sources de financement peuvent déjà être envisagées : les fonds du nouveau Millenium Challenge ou les 60 milliards accordés depuis quelque temps par un pays ami, justement pour le développement de la riziculture.
̶ La politique d’équipement des exploitations, si heureusement initiée par le Président Macky Sall, doit être poursuivie et amplifiée. Elle doit être complétée par cette autre initiative consistant à offrir un aménagement gratuit à tout exploitant pouvant justifier d’une affectation de terres en bonne et due forme (source SAED).
̶ Le taux du crédit agricole doit être étudié de manière à permettre aux producteurs de s’en sortir plutôt que de n’être qu’au service du profit maximum et immédiat des banques. Une telle action pourrait booster la production rizicole, contribuant ainsi à l’autosuffisance en riz.
̶ Dans le même ordre d’idées, l’État doit être plus ferme dans la promotion de la consommation du riz local pour inciter les Sénégalais à se détourner de ces riz importés qui ne sont dignes que des volailles dans certains pays.
CONCLUSION
En conclusion de cette contribution, nous réaffirmons n’avoir fait que notre devoir d’universitaire et de porte-voix des sans-voix. Ce rôle se fait dans les deux sens : quand les autorités font ce qui mérite d’être loué, nous le louons. C’est ce qui nous a conduit à aller jusqu’à Demet, le 7 mars, pour applaudir, aussi bien au sens propre que figuré, le Président de la République pour les gestes de haute portée économique consistant à lancer les travaux de ce que nous avons déjà appelé la trans-Île-À-Morphil et à inaugurer la ligne moyenne tension qui consacre l’électrification de la zone. C’est également ce qui nous a décidé à le féliciter publiquement dans notre page Facebook. C’est dans le même état d’esprit que nous avons écrit le présent texte pour attirer l’attention des plus hautes autorités de ce pays sur les travers de notre politique de développement agricole. Ce développement doit faire l’objet d’une étude et d’une prise en charge toutes particulières. Il est inconcevable qu’un État soucieux de l’intérêt de ses populations laisse celles-ci négocier, sans encadrement, des protocoles avec des multinationales voraces et capables des pires coups tordus. Il est tout aussi inconcevable que son administration territoriale se retrouve du côté des investisseurs pour les aider à bâillonner les populations. Pour nous éviter les déboires des républiques dites « bananières » qui n’ont pas encore fini de payer les erreurs d’orientation commises par leurs premiers décideurs, notre État doit faire preuve de plus de responsabilité en n’ouvrant pas sans retenue les portes aux multinationales agricoles : notre mésaventure avec la CSS qui dure depuis les années 1970 devrait être mieux méditée qu’elle ne l’est aujourd’hui par nos autorités.
Pr Aboubacry Moussa LAM
Dakar le 21/4/2017
seneweb
L’éditorial de La Nouvelle Expression : CR, 25 Février, IRA, TPMN et d’autres
La Nouvelle Expression – Ils sont libres mais avertis. Les jeunes de la marche pacifique ont goutté à la méchanceté du pouvoir en place.
Les forces de l’ordre n’ont pas dérogé à la règle comme par le passé vis-à-vis des mouvements civiques et revendicatifs, comme le veut le pouvoir en place. La jeunesse a été réprimée et jetée en prison avant d’être libérée. Un avertissement.
Jeunesse de 25 février, répression et cooptation : la date du 25 février reste et restera mais la jeunesse semble être essoufflée. CR, un cadre très réduit en nombre mais qui était très efficace en actions ; aujourd’hui, il n’en reste que la conscience car ils ont toujours la formule et la précision dans leurs verbes mais la résistance, quant à elle, s’est quelque peu dissipée.
Touche Pas à Ma Nationalité : par la répression féroce des tenants du pouvoir et victime des querelles intestines, ce mouvement des jeunes très motivés semble être anéanti et se cherche alors que la nationalité est grandement touchée, les candidats à l’enrôlement n’ont que leurs yeux pour pleurer. L’enrôlement constitue aujourd’hui la plus grande épreuve que le Mauritanien noir redoute. Ce qu’on a surnommé le projet de génocide biométrique continue, imperturbablement, son bonhomme de chemin vers son objectif inavouable mais avoué.
IRA Mauritanie : l’autre espoir. Un élan d’action civique qui a porté des fruits probants. Une organisation non reconnue qui a fait connaitre la misère des populations mauritaniennes comme jamais auparavant (l’esclave, le racisme…). Un espoir déçu, car des cas d’esclaves identifiés ne sont plus d’actualité. IRA est aujourd’hui minée par des dissensions internes, sans compter qu’elle fait l’objet, constamment, des pressions implacables du pouvoir en place. Conséquence : le terrain interne a été déserté pour la conquête des prix à l’extérieur.
Des prix qui n’ont aucune incidence sur la vie et l’existence des esclaves ou anciens esclaves. L’époque et le temps où la seule évocation du nom d’IRA ou de son leader faisait trembler semblent être révolus.
La Marche Pacifique des Jeunes Mauritaniens (MPJM) : une initiative qui a pris naissance sur les réseaux sociaux par des jeunes Mauritaniens qui voulaient participer au réveil de conscience des gouvernants et des populations sur la misère de ce pays. Notre misère sur laquelle ces jeunes ont pointé le doigt pour que le désarroi mauritanien s’arrête avant qu’il ne soit trop tard. Et la jeunesse a été catastrophée par la riposte. Les tenants du pouvoir ont envoyé la police pour écraser l’initiative de cette jeunesse considérée comme trop bruyante.
Pour les tenants du pouvoir, tout va bien (le travail, le social, la santé, l’économie). Pour ce pouvoir sourd à la complainte du peuple, le trouble-fête c’est le chômeur qui cherche à travailler. Le violent, c’est l’esclave qui cherche à se libérer. Le perturbateur des sommeils des gens biens nés c’est l’affamé qui cherche à manger. L’ennemi du peuple c’est le citoyen qui cherche l’expression effective de sa citoyenneté en droit et en devoir.
Voilà pourquoi la police réprime toutes les initiatives qui interpellent le pouvoir sur le chaos ambiant. Cette police brime, bastonne le peuple à coup de matraques et l’asphyxie à coups de bombes lacrymogènes. Etre bastonné et embastillé est devenu, ici, le lot des militants pacifistes…
Quid de la société civile qui doit venir aux rescousses … En grande partie, elle constitue le véritable virus qui affecte la Mauritanie qui aspire à une existence radieuse. Elle est gravement infestée et infectée par des soldats sans conviction ni vision se spécialisant dans la création d’initiatives de soutien au chef du moment. Dans la société civile mauritanienne, l’ivraie a complètement enterré la bonne graine.
Cette société civile ne peut servir à grand-chose pour les Mauritaniens meurtris.
Pauvre pays !
Seydi Moussa Camara
cridem



