Category Archives: presse
Déportés négro-mauritaniens: «Nous sommes les Palestiniens de l’Afrique»
Francetv info – C’est une tragédie dont on parle peu. Celle des déportés négro-mauritaniens chassés de leurs terres il y a bientôt 30 ans. Ils sont des milliers au Sénégal à rêver d’un retour au pays natal. Aldiouma Cissoko est de ceux-là.
Depuis son exil sénégalais, il dénonce le sort réservé à ses compatriotes qu’il considère comme «les Palestiniens de l’Afrique de l’Ouest». Il s’est confié à Géopolis. Aldiouma Cissokho ne décolère pas. C’est le coordinateur des organisations des réfugiés mauritaniens au Sénégal. Après des décennies d’errance, des milliers de ses compatriotes accueillis au Sénégal dans les années 90 ont cessé d’exister légalement, soupire-t-il.
«Depuis 2016, le gouvernement sénégalais n’a pas voulu renouveler nos documents d’identité. Nous sommes devenus des réfugiés-apatrides. Quand on devient apatride, qu’est qu’on peut donner à son enfant? Quelle promesse peut-on lui faire? Le Sénégal n’accepte pas non plus de nous aider à nous installer dans un autre pays», confie-t-il à Géopolis.
«Ils sont cloîtrés dans des ghettos»
Un accord tripartite sur le rapatriement volontaire et la réintégration des réfugiés mauritaniens conclu entre le Sénégal, la Mauritanie et le HCR était censé mettre fin à leur cauchemar. Quelque 60.000 Mauritaniens avaient été déportés vers le Sénégal et le Mali à la suite d’un conflit frontalier qui a dégénéré en violences interethniques sanglantes.
Aldiouna Cissokho raconte à Géopolis la galère de ceux qui ont tenté de prendre le chemin du retour. Environ 20.000 personnes, selon les chiffres du HCR, le Haut Commissariat des Nations Unies aux réfugiés.
«Ils avaient reçu la promesse d’obtenir de nouveaux papiers d’identité au plus tard trois mois après leur retour. Il n’en a rien été. Personne n’a retrouvé ses terres perdues en 1989. La plupart des gens sont installés dans des hangars de fortune à quelques kilomètres de leurs villages. Sans papiers, ils ne peuvent pas se déplacer. Ils sont cloîtrés dans des ghettos qui rappellent l’Afrique du Sud du temps de l’apartheid.
Certains ont été tellement découragés par l’accueil dont ils ont fait l’objet qu’ils ont choisi de revenir au Sénégal. On leur a menti sur tous les plans. Ils nous ont dit que si c’était à le faire, ils ne le referaient pas», témoigne Aldiouna Cissokho.

«Le gouvernement mauritanien ne veut pas de nous»
Aux yeux des déportés mauritaniens, le HCR a perdu toute crédibilité. Ils lui reproche de ne pas dénoncer la mauvaise foi du gouvernement mauritanien.
«Le gouvernement mauritanien ne veut pas de nous. C’est clair, nous sommes devenus les Palestiniens de l’Afrique de l’Ouest. Ils veulent conquérir notre âme, notre culture, notre terre. Ils veulent nous éliminer complètement.»
Arrivé au Sénégal le 7 mai 1989, Aldiouma Cissokho a vu grandir une génération de jeunes Mauritaniens nés dans les camps de réfugiés au Sénégal. Il parle d’une génération sacrifiée, abandonnée à son sort.
«Ils ont été sacrifiés. Parce que l’enfant n’est rien d’autre que le reflet de sa famille. Depuis 2016, nous sommes devenus des réfugiés apatrides au Sénégal. Quand on devient apatride, qu’est-ce qu’on peut donner à son enfant? Quelle promesse peut-on lui faire?»
«Nous vivons dans l’ombre, nous n’existons pas»
Certains jeunes réfugiés ont préféré demander la nationalité sénégalaise. Il s’agit pour eux d’un problème de vie et de mort, explique Aldiouma Cissokho. Ils ne veulent pas subir le même sort que leurs pères et leurs mères qui n’ont connu que la précarité.
«Les gens vivent de l’aumône. Les femmes prennent d’assaut les lieux de mariage. Elles aident les gens à préparer les cérémonies et reçoivent un repas. D’autres vont trouver des soutiens à l’église. D’autres se débrouillent dans l’informel. Nous vivons dans l’ombre. Nous n’existons pas», tranche-t-il.
Ils sont estimés à 35.000 à vivre ce calvaire. Mais ils rêvent encore du jour où ils pourront regagner leur pays avec des garanties d’être rétablis dans leurs droits: «Le droit de retrouver notre citoyenneté, nos terres et notre dignité. Ce qui est sûr, c’est que la civilisation négro-mauritanienne n’est pas vouée à disparaître», conclut Aldiouma Cissokho.
Par Martin Mateso
L’Editorial du Calame : Gabegie, mode d’emploi

Lorsqu’il s’est emparé du pouvoir par la force, en 2008, tout simplement parce qu’il venait d’être limogé par un président de la République qui en avait les prérogatives, Ould Abdel Aziz s’est tout de suite fait le « champion », toutes catégories, de la lutte contre la gabegie.
Un thème porteur, tant le pays a souffert de la prévarication et du détournement des deniers publics, sport favori des fonctionnaires et autres hauts responsables. Dans une impunité totale. Lors de ses meetings et sorties médiatiques, le nouveau chef de l’État ne cessa de pourfendre la gabegie et les gabegistes.
Un ancien premier ministre, des anciens directeurs de société, de hauts fonctionnaires et des présidents de conseils d’administration furent même envoyés en prison, en 2009. Ils y resteront le temps, chacun, de payer, au Trésor public, une confortable caution. En liberté provisoire, ils ne seront jamais jugés, pas plus que ne le seront d’autres, voués aux gémonies puis réhabilités, par le seul fait du prince.
Ce qui a fini de convaincre que la lutte contre la gabegie n’était qu’un slogan. Sans plus. En quelques années, beaucoup d’eau a, en effet, coulé sous les ponts. Et le naturel est revenu au galop. Le népotisme est redevenu la norme.
Les marchés publics sont attribués, ouvertement, aux plus disants, sans possibilité de recours pour les recalés. Les marchés de gré à gré ne se comptent plus.
Quelques exemples suffisent, pour démontrer combien la situation est devenue pire qu’avant. Il y a quelques années, le marché d’aménagement de milliers d’hectares, dans la zone de Keur Macène, fut attribué à la société franco-marocaine STAM et donna lieu à une terrible surfacturation.
Alors que l’hectare aménagé coûte entre 900.000 et un million d’anciennes ouguiyas, STAM l’a fait payer trois millions à l’État. Une énorme commission – on parle de deux à trois milliards – a été versée aux intermédiaires (dont certains ne sont pas n’importe qui) et a servi, entre autres, à l’achat d’appartements au Maroc et à Las Palmas. Un secret de Polichinelle jalousement gardé.
La centrale dite duale de Nouakchott de 180 mégawatts est revenue à la société finlandaise Wartsila dont l’offre est pourtant plus chère, de 30 millions d’euros, que le suivant immédiat. On parle ici encore d’une commission de dix millions d’euros, si l’on en croit l’ONG Sherpa spécialisée dans les biens mal acquis.
L’an dernier, pour éviter que l’eau de pluie ne se perde dans une région qui en a tant besoin, l’Etat décide de construire un barrage, sur l’oued Seguellil, non loin d’Atar. L’ENER, la SNAAT et ATTM soumissionnent. Cette dernière offre six milliards d’ouguiyas et gagne le marché.
A sa grande surprise, on lui intime l’ordre de le sous-traiter à STAM (tiens, tiens…). Son directeur général hésite. Il est menacé de limogeage, s’il ne s’exécute pas. Il demande une lettre officielle pour se couvrir. Le ministère de l’Agriculture l’envoie dans la minute. STAM commence des travaux dont l’impact est quasi-nul sur la région.
Pire, il y a quelques mois, un avenant de deux milliards d’ouguiyas lui a été accordé. Vous en voulez encore, des exemples ? Le marché du dragage d’un affluent du fleuve Sénégal, Leweija, non loin de R’kiz, est en train de provoquer des remous.
Alors que l’appel d’offres prévoit que ce genre de travaux ne peut être exécuté que par des sociétés disposant du matériel nécessaire et déjà réalisatrices de travaux similaires, il a été attribué à un groupement qui constitue en lui-même une aberration puisqu’il est composé d’une société publique (SNAAT) et d’une société privée (la MTC, filiale du groupe Ghadda à qui l’ENER et ATTM ont sous-traité énormément de marchés de routes), sans aucune expérience en ce domaine.
Le comble est que ce groupement est plus cher d’un milliard quatre cent millions que la société ERB (3,4 milliards contre 1,9 milliard). L’affaire fait actuellement grand bruit mais, comme celles qui l’ont précédée, elle finira par s’éteindre. En somme, la lutte contre la gabegie aura permis, au pouvoir, de mieux la connaître… pour mieux la « contrôler ».
Ahmed Ould Cheikh
LE CALAME
Déclaration du Collège de défense du Sénateur Mohamed Ould Ghadda et ses coaccusés

Ouverte dans la violation de la loi, un jour férié, au mépris des règles d’immunité transcrites dans la constitution en faveur des membres du Parlement, l’instruction du dossier RP 004/2017 se déroule depuis plus de sept mois, à tous les échelons judiciaires, selon une procédure inquisitoire, opaque d’une lenteur injustifiable et, pour certains actes, dans une douteuse célérité.
– Dans les rares cas où le Pole d’instruction a donné satisfaction aux demandes de la défense sur des questions de portée plutôt mineure, sa décision a été, sans tarder, infirmée par sa hiérarchie dans des arrêts lapidaires, non motivés.
– Aucune suite n’a été donnée à ce jour au mémoire ampliatif que la Défense a présenté depuis le 6/3/2018 au juge pour obtenir un non lieu général en l’absence de toute preuve à charge.
– Pis encore , à la demande du Parquet et sans que la défense en soit informée, le juge d’instruction, a donné, à la direction de la Police chargée de la répression des crimes économiques – celle là même qui avait conclu au départ et avec acharnement à l’inculpation de nos clients – , une latitude pleine et entière pour mener en son nom tout le travail judiciaire que la loi confère au magistrat instructeur !
– Par ce procédé insolite dans les annales judiciaires, le juge s’est donc dessaisi de fait du dossier dont le sort relève désormais d’un service de police aux ordres à la fois du Procureur de la République et de sa propre hiérarchie.
– Toutes les garanties que confèrent la loi, les conventions internationales et les principes de droit à nos clients durant la phase d’instruction sont ainsi vidées de leur sens :
– l’instruction n’est plus menée par un magistrat supposé indépendant du pouvoir exécutif ;
– elle déroule à charge et non plus à charge et décharge
– la règle fondamentale du contradictoire est bafouée ;
– la défense n’a pas accès aux actes que les services de la police ont entrepris au nom du juge.
En somme, les jalons d’un procès inéquitable sont clairement posés.
– Devant l’échec des services de la police à rassembler des éléments de preuve pouvant justifier aux yeux de l’opinion l’accusation de corruption , et pour pallier le discrédit qui frappe irrémédiablement au niveau national et international l’actuelle procédure, tant son caractère politique et extrajudiciaire est manifeste , le ministère public sort de sa manche de nouvelles accusations.
– Sur la base des procès verbaux dressés par les services de la police agissant en leur qualité de « magistrat délégué », le parquet a demandé et obtenu du Pole d’instruction- pourtant incompétent en la matière- , que soit ouverte, une nouvelle information celle là pour « Blanchiment d’argent, évasion fiscale, et abus de biens d’associés » contre X , l’inconnu , c’est-à-dire personne ou toute personne ! Pourtant les perquisitions ont été menées aux seuls domiciles de Messieurs Bouammatou et Debagh, ce qui démontre que le X n’est pas si inconnue que ça.
– Et de nouveau le Pole d’instruction a délégué ses pouvoirs immenses de magistrat instructeur aux services de la police économique qui à leur discrétion, ou plutôt à celle de leur hiérarchie font leur perquisition ici et ailleurs, saisissent ou saisiront tout document ou biens, interpelleront celui-ci ou celle là.
– A coup sûr, ils prolongeront, à l’arrivée de leur terme légal, la détention du sénateur Mohamed Ould Ghadda et les autres actes privatifs de liberté décidés contre les autres sénateurs, journalistes et dirigeants syndicaux; de nouveaux mandats d’arrêt internationaux seront aucun doute émis à l’encontre de Messieurs Mohamed Ould Bouamatou et Mohamed Ould Debagh sur la base des dernières accusations.
Devant ces multiples violations des droits de la défense, le Collège d’Avocats demande :
1- la reprise en main de la procédure par les magistrats instructeurs et l’annulation de tous les actes irrégulièrement posés en leur nom par les services de Police
2- le libre accès du Collège d’Avocats à l’ensemble des actes de procédure
3- le prononcé d’un non lieu général pour l’ensemble des personnes citées dans cette procédure.
LE COLLÈGE
LE CALAME
Mamoudou Samboly Ba : Mythe Et Mérite
Le grand fondateur s’en est allé le 4 janvier 2012. Longtemps opposant, il fera partie de l’équipe des fondateurs puis sera une victime collatérale des événements de 1966, avant de se retirer de la vie politique. Nous avons eu le privilège de le côtoyer, de travailler avec lui en coulisse et de recueillir ses confidences pour nos recherches et sa biographie.
Mais au fond, que sait-on de cet homme qui fut grand témoin de l’histoire de notre pays ?
Né en réalité le 8 janvier 1920, Mamoudou Samboly Ba a effectué sa scolarité à l’école élémentaire de Kaédi avant de rejoindre l’école supérieure Blanchot à Saint-Louis pour des études secondaires puis l’École Normale des Instituteurs de Sébikotane au Sénégal.
Il n’eut guère le temps d’exercer cette fonction, car il fut aussitôt enrôlé dans l’armée coloniale avec son ami de toujours le Professeur Assane Seck (Ministre à plusieurs reprises sous le régime socialiste) jusqu’en 1946. Une amitié qui remonte à leur scolarité à l’école Blanchot. L’homme s’est donc forgé dans le vrai sens du terme et son itinéraire présageait un avenir politique significatif pour son pays d’origine.
À la fin de la grande guerre, il rejoint Dakar, siège du gouvernement de l’Afrique de l’Ouest, entre dans l’administration coloniale en qualité de cadre au cabinet du Haut Commissaire, puis à la Mairie de Dakar, avant d’être affecté à la direction des Finances à Saint-Louis. Cette affectation prend l’allure d’une « sanction » que seule l’analyse historique nous permettra de démêler. Elle mérite d’être étudiée pour mieux comprendre les enjeux et les fondements des décisions que l’homme allait prendre par la suite. En attendant déclinons quelques éléments d’appréciation de son engagement politique.
Opposant, il choisira sa vraie patrie : 1948-1957
Son retour coïncide avec un moment où se joue le destin du futur territoire la Mauritanie : l’élection en 1946 à l’Assemblée nationale française du futur représentant de la Mauritanie. Il intègre dans cette perspective une association d’anciens élèves des écoles coloniales, sortants pour la plupart de William Ponty, tous originaires de la vallée, deux rives confondues pour « créer un climat familial ». C’est le point de départ de son engagement politique qui le situera d’entrée dans l’opposition.
En effet, membre de l’Union Générale des Originaires de la Vallée du Fleuve (UGOVAF), il contribuera avec d’autres à faire évoluer à partir de 1947 cette organisation vers la défense des intérêts de la communauté noire en territoire de Mauritanie. C’est ainsi que lors du renouvellement de ses instances en 1948, se dégageront deux tendances, dont une incarnée par les « futurs mauritaniens » qui finiront par la quitter pour créer l’Entente Mauritanienne. C’est en compagnie de Samba Gandéga, avec qui il vient de quitter l’UGOVAF, qu’il rejoindra un groupe de Mauritaniens (NDiawar Sarr, Diéri Sidibé, Dey Ould Sidi Baba…) pour fonder en 1950 l’Entente Mauritanienne, présidée par Horma Ould Babana. Ce parti, qui n’avait pas les faveurs de l’administration coloniale, participera aux élections législatives de juin 1951 et janvier 1956 contre l’Union Progressiste Mauritanienne (UPM) de Sidi El Mokhtar NDiaye puis de Moktar Ould Daddah qui en prendra les commandes avec la bénédiction de la puissance coloniale. L’Entente perdra, bien sûr, ces élections.
Après sa défaite de janvier 1956, Horma Ould Babana s’en va de l’Entente, rejoint le Maroc et s’aligne sur les positions du parti marocain de l’Istiqlal puis officielles du Maroc qui avait des visées territoriales sur la Mauritanie. Mamoudou Samboly Ba pour sa part, quitte l’Entente et fonde le Bloc Démocratique du Gorgol (BDG) à Kaédi en 1956.
Ce parti, sensible aux idées fédéralistes de Senghor, serait-il un des ancêtres de la mouvance négro–africaine actuelle ? Toujours est-il que, son fondateur ne sera que toléré dans la mouvance gouvernementale.
Expérience gouvernementale et parlementaire : 1959-1966
Fort de ses expériences successives à l’UGOVAF et à l’Entente puis de son ancrage au BDG, c’est en poids lourd qu’il arrive au Congrès d’Aleg, tenu du 2 au 5 mai 1958. Moktar Ould Daddah l’a bien compris, qui l’invita au dépassement des clivages pour la mise en place d’un regroupement des forces politiques au sein du Parti du Regroupement Mauritanien (PRM). Le PRM deviendra le Parti du Peuple Mauritanien (PPM – parti unique) qui dirigera notre pays jusqu’au coup d’État militaire du 10 juillet 1978.
À l’issue de ce congrès, la Mauritanie s’est dotée d’une Constitution dite du 22 mars 1959 et d’un deuxième gouvernement (de dix membres) dans lequel il fera son entrée pour occuper le portefeuille de l’Urbanisme et l’Habitat aux côtés d’Amadou Diadié Samba Diom Ba, seul Noir membre du premier Conseil de Gouvernement (qui en comptait cinq) et qui l’a parrainé : la cooptation et l’entrée de Dey Ould Sidi Baba, transfuge lui aussi de l’Entente Mauritanienne, dans le Conseil de Gouvernement furent ainsi compensées. Dey Ould Sidi Baba finit malgré tout par rejoindre Horma ould Babana au Maroc. Il deviendra Président de l’Assemblée Nationale Chérifienne.
Le 29 septembre 1961, avec la mise en place du troisième gouvernement (onze membres) qui a vu l’entrée du Docteur Bocar Alpha Ba comme Ministre de la Santé, Mamoudou Samboly Ba est nommé Ministre des Finances. Il deviendra plus tard Président de l’Assemblée Nationale.
Parenthèse brutale d’une carrière politique : 1966
La création du PRM n’a pas dissipé pour autant les revendications des Noirs. Celles-ci passeront même de la représentativité proportionnelle à la remise en cause de la cohabitation.
Ainsi, en 1963, des dizaines de cadres Noirs, déçus de la suite réservée aux résolutions du Congrès d’Aleg et regroupés au sein de l’Union Générale des Originaires de la Mauritanie du Sud (UGOMS) expriment ceci, dans un document remis à Moktar Ould Daddah, Chef de l’Etat : « Nous ressortissants de la Mauritanie noire, adjurons le Congrès, le Parlement et le Chef de l’Etat de réviser immédiatement les structures de l’Etat, dans un sens Fédéral pour répondre à la volonté du pays ».
Dans le sillage de l’UGOMS, en février 1966, 19 cadres noirs (dont ses proches par la parenté) rédigent et publient le Manifeste dit des 19 dans lequel, ils dénoncent comme l’UGOMS la place réservée à leur communauté, tirent la sonnette d’alarme et demandent une meilleure répartition des pouvoirs. La sortie de ce Manifeste provoqua une guerre civile.
Mamoudou Samboly Ba prit sur lui l’initiative d’aller voir Moktar Ould Daddah pour lui demander que les inquiétudes exprimées par les jeunes cadres puissent être entendues et prises en charge. Mais, Moktar Ould Daddah, qui le soupçonnait d’être en intelligence avec certains auteurs de ce Manifeste et qui n’a rien oublié à la fois de son passé d’opposant et de son penchant pour la création d’un État Fédéral, le démit de sa fonction de Président de l’Assemblée Nationale et le muta à Chinguetti comme Chef de Subdivision, sous les ordres de quelqu’un qu’il est amené à former.
Un communiqué laconique du Bureau Politique National (BPN) du parti unique, à l’issue de sa réunion du 21 février 1966, tente de maquiller cette éviction en ces termes : « le BNP constate la démission en blanc de Ba Mamoudou Samboly qui, n’étant plus Député, cesse d’être Président de l’Assemblée Nationale ». Quelques semaines plus tard, il sera mis fin à la fonction ministérielle (Développement) d’Elimane Kane. C’est la fin d’une carrière politique et le début d’une autre : les affaires. Mais la politique n’était jamais loin pour ce symbole respecté.
Avec son benjamin Bocar Alpha Ba, il a repris avec succès les établissements Lacombe et a créé la Société Mauritanienne du Bâtiment (SoMaBat) offrant ainsi des emplois à des dizaines de personnes. La gestion très sociale de ces entreprises a permis à de nombreuses familles de vivre dignement et à des jeunes d’avoir un métier.
Mythe et mérite
Le nom et l’image de Mamoudou Samboly Ba restent associés à la fondation de la Mauritanie et au Congrès d’Aleg. L’opinion publique Fuutanke, noire de façon générale traumatisée et qui avait besoin de fabriquer des héros historiques ou de trouver un bouc émissaire, parle de lui comme l’homme qui a refusé d’assumer la fonction de Président de la République qui lui était tout naturellement accessible, ouverte, donc comme responsable de la « souffrance de sa communauté ». En réalité, il n’en est rien.
Il est indispensable d’interroger l’histoire pour mieux saisir toutes les subtilités qui alimentent cette mise à l’écart et les supputations qui en découlent. Les enjeux et les intrigues, qu’elles alimentent pour les positionnements dans une Mauritanie encore fragile, en sont pour quelque chose. En tout cas ce qui est sûr c’est que Mamoudou Samboly Ba ne peut être soupçonné de manque de patriotisme car quand le bruit de la défection de Horma Ould Babana commença à circuler, il n’hésita pas à dire à son désormais ex-camarade qu’il leur était impossible de continuer à le soutenir si son option pour rejoindre le Maroc au détriment de l’indépendance de la Mauritanie s’avère. Il est d’ailleurs aberrant de continuer à penser à cette éventualité dans la mesure où déjà dans les années 1950 quand Mamoudou Samboly Ba rencontre Moktar Ould Daddah, sur la demande de ce dernier, à Saint-Louis, le destin du «père de la nation» était déjà scellé. Dans son témoignage d’autres éléments permettront d’apprécier à sa juste valeur ce qui s’est passé au moment de sa mise à l’écart. De toute façon, l’administration coloniale avait choisi son homme, Moktar ould Daddah, et le pouvoir devait échoir à ce dernier comme si c’était naturel.
La longévité de Mamoudou Samboly Ba et son silence ont fini par créer un mythe. Dès 1985, nous avions engagé un travail d’approche, poursuivi sous une autre forme une fois en exil. L’un des coauteurs de ce témoignage, Abderrahmane Ngaïdé « Bassel », sur la demande pressante de notre Professeur Abdoulaye Bathily, avait entrepris des entretiens avec l’homme en juin 2008. Des circonstances particulières ont stoppé ces entretiens et d’autres en retardent la production. Notre grand témoin rompra le silence une nouvelle fois en 2010, lors de la célébration du cinquantenaire de l’indépendance nationale. Cette «confession» consignée sera publiée très prochainement dans un cadre scientifique. Il prend sur lui l’engagement ferme de réaliser ce début de travail historique que la génération d’historiens d’aujourd’hui doit entreprendre de manière impérative. L’objectif est de réaliser un livre d’entretiens avec l’ancien président de l’Assemblée Nationale mauritanienne.
Cet inlassable combattant, lutta de toutes ses forces pour empêcher la déportation en 1989 de nombreuses familles. Il a permis la restitution des biens confisqués de plusieurs autres. Ces évènements l’ont meurtri au point qu’il n’a pas hésité la même année à sillonner, avec les regrettés Aboubakry Kalidou Ba et Baba Gallé Wone, la sous-région ouest africaine pour tenter de mettre fin à ce qui représentait à ses yeux une véritable catastrophe.
Ils eurent la sagesse de nous y associer, ainsi que certains de nos camarades en exil forcé. C’est donc un des derniers témoins de la construction de notre pays, au parcours atypique qui disparait. Sa mémoire – comme celles de tous les fondateurs – mérite d’être partagée, sauvegardée. Il importe pour cela que la jeunesse s’intéresse à ceux encore vivants qui peuvent témoigner sur le parcours d’hommes qui, par leur position et leur courage, ont vécu sous l’ombre de l’anonymat. Mamoudou Samboly Ba fait partie de ces hommes. Il est parti après avoir traversé presque un siècle, emportant avec lui des souvenirs inestimables. Aujourd’hui, les enregistrements en possession d’Abderrahmane Ngaïdé seront exploités, dans les limites qu’exige la déontologie du chercheur, pour commémorer ce patriote que l’histoire mauritanienne doit célébrer.
Sur un plan symbolique, il serait presque exigé du patron de la Communauté Urbaine de Nouakchott, associé aux autorités centrales, de lui consacrer une artère à son nom, à l’instar de son alter égo Moktar Ould Daddah. Ce serait un hommage bien mérité pour un grand patriote, membre fondateur de la nation mauritanienne.
Réhabiliter toutes les figures historiques nationales, serait non seulement reconnaître leur mérite, mais inscrire dans notre mémoire collective le souvenir d’hommes et de femmes qui ont participé à la proclamation de notre souveraineté nationale à un moment crucial de notre histoire.
Que son âme repose en paix dans cette terre qui l’a vu naître et pour laquelle il s’est tant dépensé. Amine.
Abderrahmane Ngaïdé, Boubacar Diagana & Ciré Ba
Dans la même rubrique, vous pouvez lire Tijane Bal, les raisons d’un deui
Les médecins décident à l’unanimité de continuer la grève
Le bureau exécutif du syndicat des médecins spécialistes mauritaniens s’est réuni le dimanche 20 mai en session ordinaire comme tous les week-ends. Ordre du jour : évaluation de la grève, perspectives et programme de la semaine prochaine.
– Le bureau demande à tous les adhérents d’être plus patients, plus de solidarité, cohésion et persévérance dans cette optique d’impasse qui plane.
– insiste sur la diffusion des messages sur les réseaux sociaux, messages clés, succincts, lisibles et compréhensibles par tous visant à mieux vulgariser et faire entendre notre cause.
– Réitère sa volonté d’aller jusqu’au bout de nos revendications justes par les moyens disponibles.
– l’organisation d’un sit-in à l’hôpital Zayed le mardi à 10h.
– après concertation, mûre réflexion et débat sur les demandes de nos collègues et exigences de nos employeurs en privé; la balance était pour l’autorisation de l’exercice privé à partir du lundi 14 mai 2018.
– Le bureau n’épargnera aucun effort pour rendre l’accès facile aux soins pour les plus démunis. Les idées des uns et des autres sont toujours les bienvenues.
Notre force est dans notre unité.
Le bureau exécutif
le calame



