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Droits de l’homme : Les veuves empêchées de voyager à Genève protestent contre les propos du porte-parole du gouvernement

Les veuves, orphelins et rescapés militaires, qui devraient se rendre à Genève pour assister à la 64e réunion sur les droits de l’homme et que la police avait interdit de sortie du territoire, s’élèvent vigoureusement les propos du prote-parole du gouvernement, Mohamed Lemine Ould Cheikh les accusant, d’avoir tenté de voyager clandestinement avec de faux visas. La délégation des veuves était invitée par HRW et devrait s’envoler, le dimanche, le 21 pour Genève, mais c’était sans compter avec les autorités mauritaniennes.
Dépêchées au Calame par la présidente du collectif des veuves, , Madame Houleye Sall, la vice-présidente, Aissata Anne et la chargée de communication, Aissata Alassane Diallo, ont tenu à protester vigoureusement contre les accusations du ministre porte-parole du gouvernement, selon lesquelles, Aissata Anne, Maimouna Alpha Sy, Aissata Alassane Sarr, Baba Traoré, et Sy Yaya ont tenté de voyager clandestinement à Genève, avec de faux visas, délivrés par l’ambassade de ce pays au Sénégal.
« Après avoir accompli nos formalités, un policier est venu récupérer nos passeports, quelques minutes avant le décollage de l’avion ; il nous a demandé si on avait une lettre officielle d’invitation des autorités, nous avons répondu que non, qu’on était muni de visa en bon et dur forme. Mais comme l’objectif était de nous bloquer, il nous a demandé de contacter l’ambassade, de surcroit un week end. Néanmoins, l’ambassade a été saisie par mail et a notifié que les visas étaient authentiques. Mais, qu’a cela ne tienne, après avoir disparu, le policier ne reviendra qu’après, le décollage de l’avion pour nous dire que les photos sur nos visas sont différentes de celles sur nos passeports, et que les instructions sont venues de la DGSN », racontent les deux membres du collectif. Pourquoi on nous a empêchées de voyager à Genève pour assister à la réunion sur les droits de l’homme, se demandent les deux dames. Parce que les autorités du pays et leur bras, la DGSN cherchent toujours à cacher ce qui s’est passé dans ce pays, entre 1989 et 1991, expliquent les membres du collectif qui affirment que ce n’est là qu’un rendez-vous manqué et qu’on ne les reprendra pas la deuxième fois. Nous ne raterons aucune occasion pour dénoncer les exécutions de nos êtres les plus chers et pour réclamer que les tortionnaires soient traduits devant la justice, tonnent les veuves qui, visas à l’appui, fustigent l’attitude du gouvernement mauritanien qui s’est évertué à cacher la vérité sur cette page sombre du pays. « Nous ne baisserons pas les bras, si nous ne sommes pas là demain, nos enfants qui n’ont pas eu la chance de connaître leurs papas continueront le combat», font remarquer les représentantes du collectif.
Le calame
Mauritanie (1/6), une décennie perdue 2008-2018
Le coup d’État en 2008 de l’actuel président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, a interrompu une expérience démocratique prometteuse pour le pays.
Voici le premier volet d’une série de six papiers, signés Moussa Fall, président du Mouvement pour un changement démocratique, à la veille des élections législatives de septembre prochain. Le 6 août 2008, le coup d’état militaire de Mohamed Ould Abdel Aziz est venu interrompre un processus démocratique amorcé 15 mois plus tôt par l’arrivée d’un président civil élu à l’issue des élections les plus transparentes que le pays ait connues depuis son indépendance.
La facilité avec laquelle ce coup de force a fini par s’imposer, en dépit de la résistance appréciable menée par l’opposition organisée au sein du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD), s’explique peut-être, comme certains analystes l’ont souligné, par le niveau encore insuffisant de la demande réelle de démocratisation au sein des populations, dans le pays.
Autrement, comment comprendre la réaction des populations en Turquie et dans bien d’autres pays contre les coups de force (y compris en Afrique de l’Ouest), qui se sont soulevées pour défendre leurs acquis démocratiques alors qu’en Mauritanie des hommes d’affaires, des élus et même des partis de l’opposition, et non des moindres, ont soutenu les putschistes, leurrés par leurs déclarations d’intention. Comment aussi comprendre la réaction, allant de la résignation, à la bénédiction de la communauté internationale autrement que par la hiérarchie des priorités qui relègue au second plan la démocratisation des états et leur bonne gouvernance par rapport aux préoccupations de l’heure : la lutte contre le terrorisme et l’émigration clandestine vers l’Europe.
Les textes fondateurs de la courte expérience démocratique que la Mauritanie a connu dans le passé avaient alors été élaborés avec maîtrise par le gouvernement de la transition de 2005 à 2007 sous la présidence de feu Ely Ould Mohamed Vall. Durant cette courte période, et sous la supervision des autorités de la transition, une Commission Électorale Nationale Indépendante et consensuelle avait organisé, dans l’impartialité et la transparence, des compétitions électorales notamment la présidentielle de 2007.
Respectant leur engagement, les autorités de la transition ont, à l’issue de ces élections transmis le pouvoir à un président élu démocratiquement. Ce fut un évènement majeur qui devait inaugurer une nouvelle ère pour le pays.
Sitôt élu, le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a engagé des réformes innovantes allant dans le sens de l’amélioration de la qualité de la gouvernance du pays, conformément à ses engagements de campagne. Une équipe gouvernementale avait été mise en place avec un premier ministre et des ministres responsabilisés sur la base d’une lettre de mission et bénéficiant, chacun, d’une large marge de manœuvre.
Les institutions exerçaient leurs missions dans l’indépendance et le respect. Le parlement en particulier était représentatif avec une présence significative de l’ensemble des partis politiques. Les débats parlementaires étaient suivis avec intérêt par les téléspectateurs pour leur qualité et le niveau des députes et des sénateurs.
Des avancées notables avaient été enregistrées sur le front de l’unité nationale et de la cohésion sociale. La loi incriminant l’esclavage avait été élaborée par voie de concertation et promulguée. Le retour des déportés avait été organisé dans des conditions convenables.
Un Commissariat chargé de la promotion de l’investissement avait été créé et une concertation avait été engagée avec le privé pour favoriser le développement des affaires dans le pays.
L’ensemble des partenaires au développement avaient manifesté leur disponibilité pour encourager et appuyer la réussite de l’expérience de démocratisation du pays. Cette disponibilité avait été exprimée lors des travaux du groupe consultatif organisés en décembre 2007 à Paris pour mobiliser les financements nécessaires au programme national d’investissement.
Cette expérience inédite, malgré des imperfections inévitables à ses débuts, voulait engager le pays sur la voie d’un réel développement économique et social et d’une réelle démocratisation avec à l’horizon l’organisation d’élections transparentes autorisant l’alternance pacifique au pouvoir. Malheureusement cette expérience s’était déroulée dans un climat peu propice, marqué par une hausse vertigineuse des prix à l’importation des produits de première nécessité, par la fragilité de l’assise politique du pouvoir avec, à l’époque, une majorité diffuse, hétérogène et surtout par l’absence d’une emprise réelle sur les forces armées et de sécurité.
Ces différentes failles avaient été exploitées pour fomenter une fronde déstabilisatrice qui a abouti au coup d’État d’août 2008. Ce fut alors la restauration de l’autocratie en tant que méthode d’administration du pays. Autre système, autre style. Le pouvoir personnel a remplacé le respect de la loi, la concertation et la responsabilisation. L’improvisation s’est substituée à la programmation réfléchie. L’outrance a pris la place de la retenue. Les administrations et les entreprises ont été mises sous tutelle. Même l’organisation du patronat n’a pas échappé à cette règle. L’équilibre des pouvoirs a été ignoré, les libertés muselées. Les conséquences économiques et sociales de ce type de gouvernance seront traitées dans les autres parties de ce document. Dans ce chapitre nous nous limiterons à la gouvernance politique.
Le président démocratiquement élu avait été emprisonné et, en réaction au coup d’État, l’opposition unie au sein du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) avait organisé des manifestations qui avaient été sauvagement réprimées. Depuis, le pays vit une crise politique ouverte constamment entretenue par l’attitude autocratique et dédaigneuse du chef de l’État envers l’opposition démocratique.
Le pays avait alors basculé dans une ère nouvelle, une ère de non-droit, marquée par un net recul du processus démocratique, un pouvoir personnel sans partage et un déni permanent de la loi. Pour illustrer cet état de fait, nous donnerons quelques exemples concrets qui démontrent le peu de cas que l’actuel Chef de l’État fait de la Loi et son mépris envers les institutions de la République :
● Depuis ce coup d’État, aucune des échéances électorales relatives au renouvellement de l’Assemblée Nationale, aux tiers du Sénat (fixées par l’article 47 de la Constitution) et aux conseils municipaux (fixée par l’article 93 de l’Ordonnance 87-289 du 20/10/87) n’a été respectée. Ces élections, législatives et municipales, qui devaient se dérouler en 2011 avaient été repoussées jusqu’en 2013. Le mandat de l’Assemblée Nationale avait été prorogé par un congrès parlementaire tenu avec des députés dont le mandat avait expiré depuis trois mois et avec un sénat dont le mandat des deux tiers n’avait pas été renouvelé dans les délais prescrits. Quant au Sénat, il a continué à légiférer jusqu’à sa dissolution avec des membres ayant largement dépassés les délais de validité de leurs mandats. Le renouvellement des conseils municipaux n’a été effectué que deux ans après l’expiration de leur mandat.
En l’absence d’un dialogue sérieux et crédible que le pouvoir s’est obstiné à refuser, les élections législatives et municipales de 2013 se sont déroulées dans des conditions de partialité manifeste de l’administration et de certains généraux de l’armée en appui aux candidats du pouvoir. La grande majorité des partis de l’opposition avait décrété le boycott de ce scrutin. Ces circonstances ont permis l’élection d’une majorité automatiquement consentante n’exerçant aucun contrepouvoir face à l’exécutif. Les législatives de 2013 ont mis en place un parlement non représentatif et irrespectueux de ses missions au service de la Nation que sont : le droit d’amendement et d’approbation de la politique budgétaire ; le droit d’investigation, le droit de création de commissions d’enquête et de contrôle sur l’emploi de l’argent public ; le droit d’information par des missions et des groupes de travail ; le droit de censure du gouvernement. Le rôle du parlement est en effet essentiel dans la vie de la nation et ce rôle a été réduit à sa plus simple expression ces dernières années. On se trouve ici en présence d’une des principales sources des dérives évoquées plus haut.
La présidentielle de 2014 avait été boycottée, pour les mêmes raisons, par la totalité des formations de l’opposition. L’absence de candidats de l’opposition explique le score astronomique obtenu par l’actuel chef de l’État (81,89%) et le bourrage des urnes massivement pratiqué, surtout à l’intérieur du pays, n’a pas pu masquer l’ampleur du boycott prôné par l’opposition. Le taux officiel de participation était de 54 %.
● Tout comme le pouvoir législatif, le pouvoir judiciaire a été bafoué et domestiqué. L’indépendance de la justice a été réduite à néant. Pis encore, la justice a été transformée en un instrument aux mains de l’exécutif qu’il utilise pour les règlements de comptes politiques et économiques.
● L’ordonnance 2007/12 du 8/2/07 portant organisation de la justice stipule en son article 18 : « Le président de la cour suprême (désigné pour un mandat de 5 ans) ne peut être suspendu ou admis à cesser ses fonctions avant le terme normal de son mandat que dans les formes prévues pour sa nomination et sur sa demande ou pour cause d’incapacité physique, pour perte de droits civils et politiques ou pour manquement aux convenances, à l’honneur et à la dignité de sa fonction ». Or, cette institution qui représente le sommet de la pyramide du pouvoir judiciaire a connu quatre présidents en moins de 7 ans sans qu’aucun d’eux n’ait terminé son mandat. On se rappelle que l’un de ces présidents, pour un moment récalcitrant, avait été éconduit de son bureau manu-militari par la police.
● La loi 2007-O54 du 18/09/07 relative à la transparence financière prévoit en son article 2 : « Le Président de la République, après son investiture et à la fin de son mandat, fait une déclaration de sa situation patrimoniale et celle de ses enfants mineurs. Chacune de ces déclarations est rendue publique ». Jusqu’à ce jour, et malgré les demandes réitérées de l’opposition, de la société civile et de larges secteurs de l’opinion nationale, le Chef de l’État actuel refuse de faire une déclaration de ses biens et de ceux de ses enfants, laissant planer le doute sur la valeur et l’origine du patrimoine acquis depuis son accession au pouvoir. Pis encore, il a fait tomber cette loi (qui concerne tous les gestionnaires des biens public) en désuétude, laissant le champ libre à la mauvaise gestion et aux détournements. En effet, depuis l’avènement de ce pouvoir, aucun des responsables visés par cette loi n’a daigné, suivant en cela le Chef de l’État, faire la déclaration de ses biens.
● La Loi n° 2010 – 044 du 22 juillet 2010 portant code des marchés publics est quotidiennement bafouée par les décisions d’octroi de marchés de gré à gré pour les travaux financés sur les ressources propres du pays (travaux de préparation des sommets arabe et africain, voieries, tronçons routiers Nouakchott-Wad Naga, NKT-Rosso, aménagements hydro agricoles. etc.),
● A la suite du tollé soulevé par l’accord avec la société de pêche chinoise Poly-Hondong, les domaines qui relevaient de la loi ont été soustraits au contrôle du parlement et rendus au domaine réglementaire, c’est-à-dire à la discrétion du Chef de l’État. Il s’agit notamment des conventions et contrats d’attribution des permis de recherche et d’exploitation des richesses minières et des licences de pêche, permettant ainsi au chef de l’État de disposer à sa guise des richesses du pays.
● L’Ordonnance 024-2007 du 9/4/07 modifiée par la loi 212-047 du 22/7/12 portant statut de l’Opposition Démocratique, promulguée lors de la période de transition, stipule en son article 12 : « Le Président de la République et le Premier Ministre consultent, chaque fois que de besoin, le chef de file de l’opposition démocratique sur les problèmes nationaux et les questions majeures concernant la vie de la Nation. En tout état de cause et en vue de favoriser le dialogue politique entre le Gouvernement et l’Opposition, une rencontre périodique est programmée tous les trois mois ». Depuis l’arrivée au pouvoir de l’actuel chef de l’État les dispositions de cette loi ont été délibérément ignorées malgré l’insistance de l’Institution de l’Opposition Démocratique.
● L’article 27 de la Constitution stipule : « Le mandat de Président de la République est incompatible avec l’exercice de toute fonction publique ou privée et avec l’appartenance aux instances dirigeantes d’un parti politique ». L’esprit de cette clause est d’éviter l’abus de la fonction au service d’un parti aux dépends des autres. Or, on constate clairement que le chef de l’État dirige directement un parti dont il fait un véritable “parti-État” et au service duquel il mobilise les moyens, l’administration et les agents de l’État. La dernière réimplantation de l’Union Pour la République (UPR) a donné la mesure de l’implication du Chef de l’État en personne et de l’investissement de tout l’appareil de l’État, y compris certains généraux chefs de corps des Forces Armées et de Sécurité, dans le rabattage des adhérents et dans les querelles autour des unités de base du parti.
L’article 50 de la Constitution stipule : « Aucun membre du Parlement ne peut être poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé à l’occasion des opinions ou des votes émis par lui dans l’exercice de ses fonctions ». Un sénateur, Mohamed Ould Ghadde, a été arrêté et mis en prison depuis le 10 août 2017 alors qu’il jouissait de son immunité parlementaire. Une sénatrice, Madame Vervoure mint Babe est objet d’un mandat d’arrêt international émis en août 2017 et plusieurs autres sénateurs sont placés sous contrôle judiciaire. Tous n’ont fait que voter contre un projet de loi proposé par le pouvoir. Dans ce même dossier des journalistes, des responsables syndicalistes et des hommes d’affaires parmi lesquels Mohamed Ould Bouamatou sont poursuivis et persécutés pour leurs opinions et leur engagement politique.
● La loi n° 2012-018 du 28/02/12 fixe en son article 5 les temps d’antenne accordés à la radio et à la télévision publiques pour l’opposition. Or, l’opposition n’a jamais joui de l’accès à ces médias désormais consacrés au culte de la personnalité et aux dénigrements de l’opposition.
● Les activités des partis politiques sont entravées : Il faut une autorisation pour faire une manifestation alors qu’une loi datant de 1973, jamais modifiée, stipule qu’une simple déclaration suffit. Certaines de leurs manifestations sont sauvagement réprimées par les forces de l’ordre. Même les réunions dans des lieux clos (hôtels, salles publiques) sont soumises à autorisation.
● L’article 99 de la Constitution stipule : « Tout projet de révision de la Constitution doit être voté à la majorité des deux tiers (2/3) des députés composant l’Assemblée Nationale et des deux tiers (2/3) des sénateurs composant le Sénat pour pouvoir être soumis au référendum ». Les amendements constitutionnels avaient été, en conformité avec la Loi, soumis aux deux chambres. Le sénat par une large majorité avait refusé les modifications proposées. Ce rejet franc devait mettre fin à la procédure de révision et enterrer définitivement le projet présenté par le Gouvernement. Faisant fi de ce rejet, le pouvoir a activé l’article 38, en flagrante violation de la Constitution, pour organiser un référendum le 5 août 2017.
● Usant des mêmes méthodes qu’il utilisera par la suite pour la réimplantation de son parti, le chef de l’État s’est impliqué outrageusement dans cette campagne. On se rappellera toujours le discours irrespectueux prononcé au meeting de l’aéroport. On sait aussi que sur ses instructions, l’argent public avait été indument utilisé pour le financement de la campagne, pour le transport, l’enregistrement et l’encadrement des électeurs, ainsi que pour l’appui aux activistes du pouvoir. Les hauts fonctionnaires de l’État avaient été embrigadés. Dans l’administration territoriale, les Walis et les Hakems s’étaient ouvertement engagés pour encadrer les notables et les électeurs avec des consignes de vote en faveur du OUI et des obligations de résultats.
Malgré les moyens considérables mobilisés par le pouvoir, qui a usé de la carotte et surtout du bâton, le référendum avait été boycotté par l’écrasante majorité des mauritaniens, d’abord pour son illégalité, ensuite par le caractère impopulaire des réformes proposées. Ce boycott massif, dont tout le monde a été témoin, n’a pas empêché le pouvoir de sortir des résultats truqués, proclamant la victoire du “oui”.
● L’administration du pays a été transformée en un instrument d’action électorale et politique pour conforter et pérenniser le pouvoir du chef de l’État. Les recrutements, avancements et nominations se font sur de critères électoralistes. Les compétences sont ignorées car ce qui est demandé, en premier lieu, aux fonctionnaires c’est de faire preuve de zèle à l’occasion des campagnes électorales du parti au pouvoir ou à celles des préparations des visites et des meetings du chef de l’État à l’intérieur du pays. Pire certaines administrations, en particulier celle des impôts, sont instrumentalisées contre des opposants.
Il ressort que l’accès au pouvoir par les urnes – un temps entraperçu entre fin 2005 et début 2008 – n’est plus d’actualité car la partialité de l’État et son refus d’observer une neutralité indispensable pour l’organisation d’élections libres et transparentes, constitue l’obstacle majeur à une telle alternance. Cette partialité est la véritable cause de la crise politique que traverse le pays depuis l’avènement du coup d’État de 2008. L’obstruction de l’accès au pouvoir par des voies démocratiques expose le pays à de graves perturbations dans une période à hauts risques marquée par la menace terroriste, la résurgence du tribalisme et des particularismes, le développement de l’intégrisme, l’extrême pauvreté endémique avec ses facteurs d’aggravation que sont les aléas climatiques et la hausse inconsidérée des prix.
http://https//mondafrique.com/mauritanie-1-6-une-decennie-perdue-2008-2018/%20%20target=
L’Assemblée nationale se dirige vers le dépôt d’une motion de censure contre le Gouvernement
Akhbar Watan – L’Assemblée nationale dont le Président Ould Boilil et la majorité des députés n’ont pas été investis comme candidats aux prochaines élections par l’Union Pour la République (UPR), le parti au pouvoir, se dirige vers le dépôt d’une motion de censure contre le gouvernement.
Une mesure qui intervient à titre de riposte musclée à leur exclusion des postes éligibles aux futures consultations, de la part de la commission chargée des candidatures au sein de l’UPR.
Il n’est pas exclu que cette situation finisse par engager le parlement dans la même piste frondeuse empruntée au cours de l’année dernière par le Sénat, et qui avait conduit à une situation de crise véritable, avant que le pouvoir ne décide de dissoudre la Haute Chambre.
Cette même situation pourrait créer un exode du parti au pouvoir et entrainer un massif vote sanction contre ses candidats au niveau de toutes les circonscriptions électorales, en punition de ce que les mécontents appellent des choix « subjectifs et arbitraires » des candidats aux prochaines élections.
Avec le risque de perdre la majorité en raison de cet élan de contestation, le Président de la République pourrait opter en faveur d’un coup d’Etat blanc, contester les résultats des élections, dissoudre l’Assemblée nationale et demander la formation d’un nouveau gouvernement chargé de superviser l’organisation d’élections législatives et présidentielles…
Traduit de l’Arabe par Cridem
Diagne Fada : «Niasse et Tanor ont fait leur temps»
Modou Diagne Fada a décidé de soutenir la candidature de Macky Sall pour la présidentielle de 2019. En conférence de presse hier, vendredi 27 juillet, le président de Ldr/Yeessal a justifié son choix et profité de l’occasion pour, subtilement, envoyer à la retraite deux figures majeures de la majorité présidentielle qu’il vient de rejoindre.
«Je suis jeune espoir du Sénégal et la politique de demain ne se fera pas sans moi parce que la génération de Moustapha Niasse, Tanor Dieng a fait son temps, et celui de Macky Sall va terminer en 2024», a-t-il lancé.
Fada n’a pas manqué de préciser que son parti ne se dilue pas dans l’Apr et que le bilan du premier mandat de Macky Sall ne l’engage pas. «Nous n’étions pas acteurs, précise le patron de Ldr/Yeessal. Mais nous défendrons le programme qui sera publié pour la campagne de 2019.»
Toutefois, l’ancien ministre de Wade est certain d’avoir misé sur le bon cheval. Il dit : «Macky Sall va facilement s’imposer en 2019, d’autant plus que l’opposition est en difficulté. C’est pourquoi Diagne Fada n’envisage aucunement de participer à un suicide collectif d’une opposition divisée.»
Auteur: Seneweb News – SenewebNews-RP
Présidentielle au Mali, cet « homme malade du Sahel »
Les Echos – Le pays, où se déroule, dimanche 29 juillet, un scrutin présidentiel attendu, n’en finit pas, ces dernières années, de se déliter en trois grandes zones géographiques, de moins en moins reliées entre elles.
► Dans le nord, la guerre se poursuit
Le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) l’avait promis lors de sa victoire à la présidentielle d’août 2013 : l’accord de paix signé au forceps, deux mois plus tôt, avec les indépendantistes touaregs serait appliqué, la sécurité et l’État seraient de retour… la guerre avec les « terroristes », un mauvais souvenir.
Cinq ans plus tard, les engagements et promesses du président malien sont oubliés. Le premier accord de paix a vite été enterré. Le second, dit d’Alger, signé en juin 2015, célébré par la communauté internationale, est toujours lettre morte.
Si l’État a fait son retour – relatif – à Gao et Tombouctou, il n’en est rien dans les communes rurales, encore moins à Kidal, la troisième grande ville du nord. Après avoir été bousculés par l’opération Serval, en 2013, les groupes djihadistes se sont adaptés à la présence française et à celle des casques bleus. Routes piégées, attaques kamikazes, raids commando… la menace djihadiste est constante et sournoise.
Depuis 2017, la plupart des islamistes se sont fondus dans une même coalition, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM). Dirigée par le Touareg salafiste Iyad Ag Ghali, cette plateforme du djihadisme sahélien réunit les principaux groupes qui ont conquis le nord du Mali en 2012 : Aqmi, Mujao et Ansar Dine. Ils disposent de bases arrière en Algérie, en particulier dans les montagnes de Kabylie, opèrent surtout dans le nord du Mali, conduisent des opérations jusqu’à Bamako, et étendent leurs ramifications en Tunisie et surtout en Libye. À ce groupe est associé le Front de libération du Macina, dernier né du djihadisme malien, qui opère dans le centre du pays.
À côté du GISM, un autre groupe est très actif dans la région de Ménaka, à la frontière avec le Niger et le Burkina Faso : l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS). Dirigé par Abou Adnan Walid Sahraoui, un Sahraoui, ce groupe est particulièrement visé par les Français de la force Barkhane, qui s’appuie sur deux milices locales, le Gatia et le MSA, accusées par l’ONU de commettre des exactions contre les civils.
► Dans le centre, naufrage en cours
Cette région de tous les dangers est en train de passer entre les mains du Front de libération du Macina. Ce groupe, fondé par Amadou Koufa en 2015, profite de l’incurie de l’État, de son absence dans le monde rural pour étendre son influence. « Il assure la sécurité, impose la charia, ferme les écoles, dispense la justice, soumet les femmes, règle les conflits communautaires. Son emprise s’étend dans tout le delta intérieur du Niger », constate Florent Geel, directeur Afrique de la FIDH, qui vient d’envoyer une mission dans le centre du Mali.
« Ces hommes ont infiltré les villes de Mopti et Ségou, ils conduisent des opérations jusqu’à Douzam, dans le nord, Diabali, à l’ouest et à la frontière burkinabée, à l’est. Notre équipe a relevé que le premier village à la sortie de Mopti, Nantaka, est contrôlé par Amadou Koufa. »
À cette rébellion, dont la composante est surtout peule, s’ajoute une autre dynamique locale qui déchire le centre : le conflit pour l’accès à la terre et aux points d’eau qui oppose les éleveurs (peuls et touaregs) aux cultivateurs (dogons et bambaras) et leurs alliés, les chasseurs et pêcheurs dozos.
Ces groupes, soumis aux effets du changement climatique, à la pression démographique et à la négligence de Bamako, s’affrontent pour subvenir à leurs besoins dans un contexte de raréfaction des ressources naturelles. Ce conflit prend, depuis deux ans, un caractère de plus en plus violent : chacun a sa milice propre, les exactions ne font que se multiplier.
Durant le 1er trimestre 2018, la Minusma a comptabilisé 85 événements « majeurs violents », ayant provoqué la mort d’au moins 180 civils dans le centre du pays. À quoi s’ajoute la réaction de l’armée malienne. Pour reprendre pied dans la région, Bamako a décidé de lancer une vaste offensive anti-djihadiste. L’opération s’est soldée par de nombreuses exactions commises par l’armée malienne.
« Les militaires, à 90 % des Bambaras, ont pris fait et cause pour les Dogons. Ils ont commis des violations extrêmes des droits de l’homme : nos équipes ont documenté au moins sept massacres, tuant au moins 67 personnes », déplore Florent Geel. Loin de pacifier les esprits, l’offensive a contribué à radicaliser les positions des uns et des autres.
► Bamako, comme si de rien n’était
Alors que le reste du pays lui échappe, la capitale malienne vit un peu comme dans un cocon. Si les tensions du pays résonnent dans le cœur de ses habitants, la vie poursuit son cours dans une forme de normalité. Du point de vue sécuritaire, le dernier attentat d’envergure visant la capitale remonte à un an. Aujourd’hui, tous les grands hôtels sont protégés par des blocs de béton et des gardes équipés d’armes de guerre. Mais au sommet de l’État, on multiplie les initiatives pour montrer que le Mali est sur la bonne voie.
On ne compte plus les conférences, les salons internationaux, les concerts et les événements culturels dans la capitale. Ainsi, ce festival de mode, le Festia, organisé en mai par Fadi Maïga, fille du premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga : « Nous voulons donner de notre pays une autre image. Nous sommes stigmatisés par le “terrorisme”, “l’insécurité”. Mais le Mali, c’est aussi la mode, ses créateurs, ses stylistes, ses mannequins, ses arts et ses cultures régionales », lançait-elle devant un parterre d’invités dont la première dame, le premier ministre et des membres du gouvernement.
Comme un air de fuite en avant au sommet de l’État. « IBK n’a pas été à la hauteur. Ce n’est pas un gros bosseur, son administration n’a pas été réformée, le régime est toujours aussi corrompu. Il a fait preuve d’une grande désinvolture vis-à-vis de son armée », déplore un ancien haut gradé de la force Barkhane. « C’est sûr que le Mali est l’homme malade du Sahel », réplique un diplomate français.
« L’administration n’est pas simplement absente à l’extérieur de Bamako, mais aussi à l’intérieur de la capitale, s’inquiète un ancien diplomate de retour de mission du Mali. L’absentéisme des fonctionnaires est quasi général… » Et de relever que la présence internationale, loin d’aider ce pays à se redresser, génère encore plus de corruption, d’indécence et de dysfonctionnement : « Par exemple, vous ne pouvez plus organiser de réunion de haut niveau sans verser une forte indemnisation à chacun des participants. »
Depuis 2013, Bamako a bénéficié d’un soutien de plus de 1 milliard de dollars (855 millions d’euros) par an en moyenne, selon les statistiques de l’OCDE. La traçabilité de cette aide est des plus obscures. Aujourd’hui, 735 écoles sont fermées dans le nord et le centre du pays. Et le gouvernement, incapable d’y restaurer la sécurité de sa population, délègue cette responsabilité à des milices, creusant plus encore le fossé entre Bamako et sa périphérie.
Repères
« IBK » vise une réélection face à une opposition pléthorique
• 24 candidats sont en lice pour le premier tour de la présidentielle du 29 juillet.
• Le président sortant, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), 73 ans, se représente pour un deuxième mandat. Soutenu par le Rassemblement pour le Mali (RPM), il est l’un des favoris.
• L’ancien premier ministre de la transition, Cheikh Modibo Diarra, 66 ans, et plusieurs anciens ministres, sont aussi en lice.
• Le chef de file de l’opposition, l’ancien ministre des finances Soumaïla Cissé, 68 ans, est le candidat de l’Union pour la République et la démocratie (l’URD) et de la plateforme « Ensemble, restaurons l’espoir », qui rassemble une trentaine de partis politiques et plus de 200 associations.
• Djénéba Ndiaye, 55 ans, est la seule femme candidate, à la tête de l’alliance « Femme en marche pour un Mali émergent ».
Laurent Larcher
cridem



