Héros hier, déserteurs aujourd’hui !
Dans le vocabulaire militaire, le déserteur est quelqu’un qui a quitté son poste sans en avertir sa hiérarchie.En temps de guerre, c’est la faute la plus grave commise par un militaire et passible d’ailleurs de la peine capitale.Mais qu’en est-il des militaires négro-africains victimes de la barbarie humaine dans presque toutes les garnisons militaires du pays entre 1987 et 1991?Même si l’argument attribué à la commission chargée du règlement du passif humanitaire et aux autorités pouvait s’avérer fondé (bien qu’il fut totalement faux), cela ne saurait priveraux victimes que nous sommes les droits les plus légitimes dans un pays présumé de droit car tout celui qui aurait co mmis cet acte, en ces temps-là, ne l’aurait fait que dans le but de sauver sa peau devant une horde d’assassins qui, justement, n’avaient qu’une seule idée en tête : tuer (ce que personne ne peut aujourd’hui réfuter en Mauritanie). Je tiens pour responsable de ce complot ourdi contre moi et mes frères d’infortune ceux qui aujourd’hui profitent de leur statut et privilèges pour barrer la route à leurs frères d’arme d’hier pour le recouvrement de certains de leurs droits.
On ne saurait s’empêcher de prime à bord de poser cette question à ceux qui nous taxent de déserteur : quel intérêt leur dicte de nous traiter de déserteurs et de bandits égarés au point de nous faire perdre nos droits? Pourquoi ne pas traiter de bandits ceux qui, ont fait couler le sang de pauvres innocents ? Permettez-moi quand même de dire tout mon dépit, moi qui, incorporé le 15/08/1976 et servi loyalement mon pays, sera arrêté à l’aéroport un jour de 1989 de triste mémoire, au retour d’un stage au Maroc pour un Brevet Technique de Gestion du Matériel, et conduit en prison sur les ordres de l’actuel Directeur de la Sûreté, Ould Hadi. Tout ce que j’avais comme bagages, effets personnels et argent en devises m’avaient été retiré par l’élément de la police militaire ayant procédé à mon arrestation. Trois mois d’arrêt ; trois mois de vie inhumaine et, au bout, la radiation du corps de l’armée à compter du 27/11/1989 par décision n°696/EMN-2168/B1995/Eff du 13/09/1989, avec un « non autorisé à engager ». Pourquoi, dans ce cas, m’envoyer en formation si c’est pour être radié dès mon retour au pays avec tout ce que cela coûte comme moyens financiers ? Pour rappel, j’ai fait toute la campagne du Sahara ; et jusqu’à ma libération, jamais je n’ai eu à subir un seul jour d’arrêt, même avec les commandants de formations les plus aigris – pour ne pas dire les plus chauvins ; au contraire, partout où j’ai passé, j’ai toujours été bien noté. Et c’est aujourd’hui que l’étiquette de « déserteurs », de bandits est collée à la peau de soldats ayant servi le pays avec loyauté. Si ce sont des négres de service qui se permettent par leurs agissements de conduire à une omission délibérée de militaires (bien connus et reconnus) d’un passif aussi lourd, c’est cruel de voir des victimes se transformer en bourreaux. Un homme prêt à vendre ses frères pour ses intérêts égoïstes est le pire des traites.
Ex sous-officier Diago Aboubakr




