Quelle place pour les FLAM ?
Le mouvement des « Forces de Libération Africaine de Mauritanie » (FLAM) a annoncé son prochain retour au pays pour continuer la lutte de l’intérieur. Et ce, après 30 années de combat politique mené de l’extérieur. Quelle sera sa place au sein d’un échiquier politique très éclaté ?
Retour sur l’histoire. En 1986, des cadres négro-africains publièrent un document intitulé : « Manifeste du négro-mauritanien opprimé ». La découverte de ce document par le pouvoir que dirigeait, à l’époque, le Colonel Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya, entraînera une répression féroce. Djibril Ould Abdallahi, nommé ministre de l’Intérieur, en remplacement d’Anne Amadou Babaly, limogé pour avoir refusé de sévir, y jouera le premier rôle. Un procès expéditif fut organisé et certains des cadres auteurs du document comme Bâ Abdoul Ghoudouss, Bâ Alassane Oumar, Djigo Tafsirou, ancien ministre, Tène Youssouf Guèye, éminent intellectuel, seront envoyés au sinistre fort d’Oualata où ils périront des suites de mauvais traitements. Certains y sortiront miraculeusement vivants à la faveur d’une amnistie : Ibrahima Sarr, Bâ Fara… D’autres prendront le chemin de l’exil, à l’image de Samba Thiam, l’actuel président des FLAM.
L’annonce de la démocratisation par le régime d’Ould Taya, suite aux injonctions du président François Mitterrand, dans son fameux discours de La Baule, en 1990, mettra les FLAM, comme d’autres mouvements d’opposition africains en exil, dans des situations des plus difficiles. Dans le cas mauritanien, la France fera, sans états d’âme, abstraction de tous les crimes du régime. Chemin de croix pour les FLAM qui n’auront plus l’oreille des politiciens français, à l’image du Conseiller de Mitterrand pour Affaires africaines, Bruno Délaye, qui qualifiera, lors d’un passage éclair en Mauritanie, les violations massives des droits de l’homme de «détail» jusqu’à susciter l’indignation de l’opposition, mais créant l’euphorie chez les tenants du pouvoir.
Printemps arabes
L’usure du temps et les revers de l’exil aboutiront donc à une profonde réflexion sur l’avenir du mouvement. Le temps de l’aggiornamento était venu. Au dernier Congrès, tenu en France, en mai 2011, les Forces de Libération Africaine de Mauritanie (FLAM), dans une de leurs résolutions, décideront leur redéploiement en terre mauritanienne. Soit peu de temps avant le déclenchement des printemps arabes.
Ceux-ci auraient-ils finalement inspiré les dirigeants des FLAM, au point qu’ils décidèrent de précipiter leur retour au pays pour mener la lutte de l’intérieur ? En partie, certainement. Mais la raison de ce retour s’expliquerait surtout par le fait que le combat mené de l’extérieur n’a plus l’attraction d’antan. Le soutien international s’est amenuisé, au fur et à mesure que le temps passait. Les vicissitudes politiques liées aux évolutions démocratiques en Afrique, en Asie et dans le Monde arabe ont fait que, désormais, les luttes internes sont plus que privilégiées. D’autant plus que la lutte des FLAM était centrée sur le renversement du régime de l’ex président Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya, à qui elles imputaient la dégradation de la cohabitation des communautés nationales. Avec le départ de ce dernier du pouvoir et le tassement de l’intérêt accordé aux violations massives des droits, surtout celles de 1989-90, les FLAM en sont arrivées à la conclusion que, pour continuer d’exister, voire survivre, il leur faudra un redéploiement en terre nationale.
Cependant, ce redéploiement risquerait d’être mouvementé. Le créneau, sur lequel se fondait le programme des FLAM, est déjà occupé par des partis qui ont derrière eux des années d’existence officielle. A commencer par l’AJD/MR et le PLJEJ. D’où cette interrogation : les FLAM, une fois au pays, chercheront-elles à fédérer avec ces partis ? Si oui, à quelles conditions ? Si Kaw Touré, le porte-parole du mouvement a tenu à déblayer le terrain, en esquissant une réponse, en ces termes : « Nous ne rentrons pas pour faire concurrence aux autres qui ont eu le mérite de rester sur le terrain pour poursuivre le même combat que nous. Nous allons rechercher le rassemblement de toute la mouvance, mais en cas d’échec, nous estimons qu’il y a suffisamment de place pour une nouvelle structure politique. Beaucoup de Mauritaniens ne sont pas structurés et pourraient se retrouver dans notre combat : des noirs déçus des différentes orientations, des beïdanes progressistes», la donne est plus compliquée. Il emploie, certes, une jolie métaphore, mais l’approche risque de s’avérer plus ardue que prévue, tant que les relations entre les FLAM et l’AJD/MR resteront mouvementées. Seul le PLEJ pourrait se targuer de n’avoir pas d’atomes crochus avec les FLAM, mais celles-ci ont en mémoire le rôle qu’avait joué le président de ce parti pendant le règne de Mokhar Ould Daddah. Autant dire que le terrain est miné ! A moins que l’on fasse abstraction d’une éventuelle guerre des égos pour trouver un terrain d’entente, afin d’éviter toute lutte fratricide.
Quel positionnement pour les FLAM ?
Du côté du pouvoir, même si le retour d’un mouvement qui prônait la lutte armée et l’autonomie du sud pourrait être source d’inquiétude, il n’en demeure pas moins que la perspective de voir cesser les attaques contre lui, à partir de l’extérieur, le réjouirait. Reste à savoir quelle sera le positionnement des FLAM sur la scène politique nationale. Se rangeront-elles du côté de la COD ? Dans l’affirmative, arriveront-elles à surmonter leur contentieux avec l’Ufp et le Rfd, leurs bêtes noires ? Ou adopteront-elles la ligne centriste du CAP ? Au risque de brouiller leur discours politique, comme leur sœur siamoise, l’AJD/MR, dont l’amère expérience au sein de la Majorité présidentielle lui est restée en travers de la gorge ?
Les FLAM gardent sûrement en mémoire leur rencontre, aux Etats-Unis, avec Sidi Ould Cheikh Abdallahi, fraîchement élu président de la République, qui tentait beaucoup à les convaincre de renter au pays pour y mener leur combat politique. C’est cette rencontre qui sera, sans aucun doute, le prélude à la mutation du mouvement qui ira même jusqu’à soutenir le Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) qui combattait le coup de force du Général Mohamed Ould Abdel Aziz qui deviendra, entre temps, président de la République, après avoir remporté l’élection de 2007. Continueront-elles encore à s’opposer à la politique de ce dernier, une fois au pays ?
THIAM Mamadou pour GPS





