La mémoire de l’à-venir…par Abdallahi Bah Nagi Kebd
Autant il ressentait l’irresistible envie de faire le vide autour, autant le désir de compagnie l’étranglait souvent. Autant il savourait jalousement la liberté , autant la solitude lui était lourde à porter par moments. Il a appris, ces derniers mois , à apprivoiser ces va et vient de son humeur aussi changeante que le climat du troisième millénaire. Il est difficile de s’avouer versatile, instable et un brin caractériel. Mais au bout de si nombreux tête-à-tête avec lui-même , il a aidé son discernement à dompter cet amour propre , cette self démagogie.Il est vrai, se disait-il souvent , qu’on vit assez mal de perdre ses illusions , un peu mieux si on s’en délestait consciemment et volontairement. Surtout si en perdant ces chimères bienfaitrices, on découvre les certitudes essentielles. Celles qui pointent toujours vers le nord, la Qibla disent les musulmans…
Ce soir là, il avait décidé de flâner dans les rues du centre ville. Le Nouakchott de ces années 80 est une petite bourgade agréable, proprette, aux formes géométriques si régulières, aux avenues si bien rangées. Une ville svelte , presque au régime , à la fière allure , au port altier , celui des mauritaniens qui sont l’un des rares peuples (peut-etre les seuls?) à avoir inscrit ”L’Honneur” au fronton de la République , en dévise nationale.
Les habitants sont encore peu nombreux, très affables et même charmants. Fraichement debarqués de leur univers rural , certes fruste mais convivial . La propreté et la civilité des gens doivent certainement etre imputées à une volonté de vertue collective mais aussi banalement au sous peuplement : les petites sociétés sont plus enclines à s’auto-réguler.
Une ville en damier , des logements sagement alignés , ordonnés autour et vers le centre ville , des pavés , des arrets de bus , des goudrons aussi épais que des steaks argentins , des kiosques à journaux en bordure , des arbres plantés là comme pour décorer , des taxis flambants neufs (la peinture au moins) … Tout est si bien agencé qu’on dirait un manège , un jeu (Lewzar , ces jeux pour jeunes filles qui representent le foyer ).
Le climat en ce ”sweet november” est un bel automne, une autre espèce du mythique été indien : pas de pluie , un froid savoureux aux températures modérées , une humidité bienfaitrice agissant comme une douce crème hydratante, une fraicheur aux odeurs de terre et d’océan , des rues si longues , presque effilées , telles ces belles silhouettes en mela7fa (le voile local , sorte de sari indien avec des pans plus longs)qui en égayent le déroulement monotone.
Nouakchott sur atlantique est un joyau : un endroit béni où la mer a rencontré les rugueux sols argileux ornés de majestueuses dunes aux couleurs arc-en-ciel. Un lieu où une orgie des éléments a enfanté un site magnifique. Le désert sur océan. Une alliance du sec et de l’humide, se frottant malicieusement, s’enlaçant parfois, se jetant l’un vers l’autre mais se tenant toujours à distance. Ce n’est pas pour rien que les cotes nationales sont réputées etre ”les plus poissonneuses du monde”. Explication scientifique : c’est la rencontre des courants marins ( chaud venant du sud et froid venant du nord ) qui crée ainsi un climat modéré propice à la reproduction des invertebrés . Les poissons y viennent donc joyeusement , massivement , en amoureux opportunistes et inspirés. Les oiseaux aussi convergent de toute l’Europe pour se poser quelques mois(de vacances?) chez nous. Ils se montrent et festoient sur le Banc d’Arguin . Ils s’y cachent pour s’épanouir . Ils y sont au rendez-vous mondial du bien etre .
Nous sommes sur les cotes du ”meeting point cosmique”. L’endroit le plus naturellement dense en romantisme sur terre . Il se savait privilégié d’y être, d’en être.
Lors de sa promenade, il ne croisait que des passants courtois et des femmes qui à sa vue pressaient le pas. Une prudence et une coquetterie aussi. Ses rêveries le ramènent souvent à la condition humaine et ses tourments et turpitudes, ses mystères et ténèbres, ses bonheurs et élévation …
Il a pratiqué l’amitié. Quel délice. Il s’est conçu amoureux. Quelle aubaine. Ces expériences ont rempli son existence. Puis le vide a tout vidé alentour.
Pourtant la souffrance, la peine et le chagrin ainsi rencontrés n’effacent pas les plaisirs accumulés hier.
Il n’y a pas encore beaucoup de voitures et en posseder une est un signe extérieur de richesse . et devient , un excellent argument de drague surtout . Lui marchait pour le plaisir. D’autres par necessité. Certains par atavisme nomade. d’autres encore par desoeuvrement , errant sans but , ni destination.
Marcher est un acte essentiel , existentiel , absolu , impératif , catégorique … Il peut porter à toutes les significations. Il partage la
racine d’un lieu central du quotidien , le ”marché”. Il se rappela que lors de l’une de ces promenades-flaneries en solitaire ,
il fit une rencontre décisive… ( à suivre ).
racine d’un lieu central du quotidien , le ”marché”. Il se rappela que lors de l’une de ces promenades-flaneries en solitaire ,
il fit une rencontre décisive… ( à suivre ).





