Décryptage – Ousmane Ngom a bien cherché,… l’humiliation
On ne pensait pas si bien dire dans l’édition du Quotidien du11 juin dernier, quand on mettait en garde Me Ousmane Ngom et compagnie que «force resterait à la loi». Nous écrivions notamment que «tout ancien ministre ou Premier ministre qui défierait la police ou la gendarmerie, pour ne pas déférer à leur convocation, s’exposerait à y être conduit, manu militari, sans qu’aucune loi ne soit violée». Mais Ousmane Ngom, ancien ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, poussait la provocation jusqu’à inciter ses camarades de parti à ne plus déférer à ces convocations avant la fin de la campagne électorale et que lui prêcherait par l’exemple.
Le procureur général près la Cour d’Appel de Dakar, Youssoupha Mbodji, qui avait personnellement servi une convocation à Me Ousmane Ngom, s’est alors rendu compte que l’homme ne méritait pas les égards que les autorités judiciaires voudraient lui réserver. En effet, quand les autres dignitaires du régime de Abdoulaye Wade tels Cheikh Tidiane Sy, Samuel Sarr, Awa Ndiaye, Farba Senghor entre autres, avaient répondu, sans y être priés à deux fois, aux policiers et gendarmes chargés des enquêtes sur des affaires les concernant, lui Ousmane Ngom, comme Me Madické Niang avaient bénéficié d’un traitement de faveur. Le procureur général avait voulu tenir compte de leur statut d’avocat pour leur accorder un privilège. Madické Niang n’a posé aucune difficulté pour répondre au Parquet général. Ousmane Ngom, lui, continuait de plus belle à fanfaronner dans les médias.
Le procureur général, excédé par ce comportement qui sape l’autorité de l’Etat et de la justice, s’est résigné à y mettre un terme. Il a d’abord adressé une lettre à Me Alioune Badara Fall, bâtonnier de l’Ordre des avocats, pour l’informer que les faits pour lesquels Me Ousmane Ngom devrait être entendu n’ont rien à voir avec sa qualité d’avocat et que donc les règles observables pour les auditions d’avocats ne sont pas de mise dans le cas d’espèce. Le bâtonnier a naturellement pris acte de la lettre du procureur général. Ce dernier a alors transmis au procureur de la République près le Tribunal régional de Dakar, Ousmane Diagne, le dossier de la procédure pour toute diligence à entreprendre. Ousmane Diagne, de délivrer un mandat d’amener et d’instruire alors la Brigade d’intervention polyvalente (Bip) de la police d’aller chercher Ousmane Ngom à Kolda. Ironie du sort, c’est cette même Bip qui avait exfiltré le ministre de l’Intérieur d’alors du domicile du Khalife général des tidianes à Tivaouane, il y a moins de trois mois de cela, où il était séquestré par des fidèles en furie après la profanation de la Zawiya El Hadji Malick Sy de Dakar. C’était, faut-il le rappeler, suite à la répression policière des manifestations de l’opposition contre la candidature de Abdoulaye Wade pour la Présidentielle de 2012.
La réaction des autorités judiciaires constitue un geste fort symbolique. Elle a le mérite de restaurer l’autorité de l’Etat car force est de constater que depuis un certain temps, celle-ci est piétinée par des personnalités qui ont eu à exercer de hautes fonctions au sein de l’appareil de l’Etat. Des anciens ministres de la Justice ou de l’Intérieur, se permettent de toiser sans retenue le chef de l’Etat sous les ordres duquel ils ont pourtant eu à servir dans un gouvernement. Un ancien chef de l’Etat méprise son successeur qu’il avait pourtant nommé Premier ministre et fait désigner comme président de l’Assemblée nationale jusqu’à refuser de prononcer son nom ! Et qu’un Bara Gaye se permette de traiter de yambar (Ndlr : vaurien) le président de la République élu par plus de 65% des citoyens. L’arrestation de Cheikh Bethio Thioune avait été un acte fort pour la restauration de l’Etat de droit, mais la descente de la police à Kolda pour cueillir Ousmane Ngom n’est pas moins significative dans la perspective de consolidation de l’Etat de droit.
On voit d’ici des gens dire que Ousmane Ngom était en campagne pour les élections législatives. Soit ! Le même Ousmane Ngom n’avait-il pas envoyé la même Bip au Ranch de Dolly cueillir la garde rapprochée de Idrissa Seck candidat à la Présidentielle ? Ousmane Ngom se gaussait de Idrissa Seck qui avait, ce jour-là, échappé à dos de cheval, déguisé en paysan. Ousmane Ngom avait boudé il y a quelques semaines, las d’attendre d’être reçu par le procureur général qui l’avait convoqué. Il est interdit de rire ! Combien d’honnêtes citoyens avaient été laissés sur des chaises pendant des journées à la police pour attendre que Ousmane Ngom, ministre de l’Intérieur, daigne lire un procès verbal d’audition et se décider à ordonner que la personne soit relâchée. Combien d’honnêtes citoyens avaient été placés en garde à vue sur ordre de Ousmane Ngom et contre l’avis du procureur de la République ? Est-ce que Ousmane Ngom a plus de dignité ou de respectabilité que les personnes victimes de ses abus d’autorité ? Il doit s’estimer heureux que la monnaie de sa pièce ne lui soit pas rendue lors de son arrestation. Et il est heureux qu’il en soit ainsi. Ceux qui incarnent l’autorité de l’Etat n’ont pas à se venger de qui que ce soit. Les hommes sous les ordres de Ousmane Ngom brutalisaient les responsables politiques qu’ils arrêtaient. Les images de Ibrahima Fall ou de Cheikh Bamba Dièye, candidats à la Présidentielle et en pleine campagne électorale, chargés par la police jusqu’à être traînés sur l’asphalte de la Place de l’Indépendance sont encore là pour en attester. L’homme Ousmane Ngom est peut-être peu respectable mais malgré tout, la police lui a réservé un traitement digne. Par ailleurs, en ville, Cheikh Tidiane Sy, passait pour une «bombe ambulante», et menaçait de secousse tellurique le régime de Macky Sall si jamais on s’en prenait à lui. Les gendarmes l’ont entendu mardi dernier, comme tout le monde, sans que la face de Dakar en soit changée. Qui ne respire pas mieux dans un Etat de droit où les citoyens sont logés à la même enseigne ?
Madiambal Diagne.




