Affaire Biram Ould Dah, dépassionnons le débat ! par Abou H. Sy
Malgré, l’émoi feint ou sincère qu’elle a pu générer, l’incinération de livres religieux par l’IRA a le mérite de poser un vaste débat qu’on ne peut plus continuer à ignorer.
En effet, le tollé général soulevé par ce acte met à nu le caractère primitif de notre démocratie, l’étroitesse d’esprit de nos intellectuels et l’hypocrisie de nos Hommes politiques.
Est il besoin de rappeler, qu’une démocratie ne se résume pas a des partis politiques qui concourent au pouvoir le temps d’une élection ou a des institutions modernes de gestion des affaires de la cité. Mais un processus, dont le but ultime est de permettre au citoyen de jouir de la plénitude de sa liberté. Liberté d’expression, de manifestation, d’association, de culte …Et c’est à l’aune de cette liberté que se mesure la maturité d’une démocratie.
Dans une démocratie normale, incinérer un drapeau, une œuvre artistique ou littéraire, un ouvrage religieux … est une forme d’expression: un “free speech” garantie par la constitution. Quoi que cela puisse être choquant la seule riposte permise est la désapprobation. Nul ne doit être soumis à la vindicte populaire pour avoir exprimé son opinion. En cela, l’arrestation de Biram et ses camarades constitue une dérive autoritaire dangereuse. Une justice fonctionne suivant des règles clairement établies par le législateur et non par émotion ou par coup de tête et ne peut prêter à aucun subjectivisme. Le même esprit qui a guidé cette arrestations peut conduire à la lapidation d’une négro-africaine par ce qu’elle n’est pas correctement habillée au goût de certains. Combien de fois la TVM a demandé ces journalistes femmes de s’habiller d’une façon “décente” si elles veulent continuer à apparaître au petit écran. C’est ce genre de dérives qu’il faut combattre.
Plus que la démocratie, qui jusqu’à la ne sert que les Hommes politiques, la population doit lutter pour l’instauration d’une véritable culture de démocratie. Et cela commence par l’acceptance de l’autre dans sa différence d’opinion, de culture ou de religion. C’est la, une valeur universelle que doit faire sienne chaque citoyen. C’est la sommation de toutes ces actions citoyennes individuelles qui a donne aux nations démocratiques leurs statuts de références.
Nos intellectuels d’une façon général et les religieux en particulier sont en train de rater une occasion unique pour s’illustrer. A mon avis, il ne devraient pas se laisser emporter encore moins susciter ce brouhaha.
Au delà de cet acte malencontreux ( duquel l’IRA a du reste bien fait de s’en excuser), Biram pose un vrai débat intellectuel. Comment une religion sensée sortir l’humanité des ténèbres vers la lumière peut elle tolérer en son sein de telles pratiques? L’esclavage tel que pratique en Mauritanie est il conforme a l’islam ? La discrimination raciale dont sont victimes les négro-mauritaniens est elle admise dans notre religion? C’est à ces questions que nos savants et intellectuels doivent répondre. Nul besoin de manifestations ou de menaces. Il faut apporter calmement, sans passion aucune, réponses à toutes ces questions.
Il est vrai que l’islam a connu au cours de son évolution des formes d’esclavage, mais à pratique très tôt à son égard une politique de confinement et de tarissement des sources dans le but d’aboutir à une abolition par extinction.
L’on a pas besoin d’être exégète pour savoir que l’esclavage pratique chez nous est en porte-à-faux avec celui décrit dans la tradition musulmane. On ne peut pas razzier un village ou un campement noir, tuer les hommes valides, emporter femmes et enfants les asservir et justifier cela par la religion.
La seule source d’esclavage tolérée en Islam est le jihad, celui étant devenu caduc, tout asservissement devient de facto illégale.
Biram a peut être commis un sacrilège mais on ne doit pas le clouer au pilori. C’est a un débat d’idées qu’il invite ,il faut lui opposer des arguments non une diabolisation.
La lutte continue!
Abou Sy
Tampa,FL




