Nouakchott cède aux conditions de Aqmi : Chassé- croisé entre deux prisonniers
Le gendarme mauritanien Ely Ould Moktar enlevé le 20 décembre dernier à Adel Bagrou et le salafiste Abderrahmane Ould Meydda Al Azawadi, condamné par la justice mauritanienne dans le rapt des espagnols en 2009 sur la route Nouakchott-Nouadhibou se seraient croisés dans le désert aux frontières mauritano-malienne hier samedi 23 mars 2012. Ce chassée-croisé est intervenu à l’issue d’une négociation entre les autorités mauritaniennes et Aqmi pour obtenir réciproquement la libération de l’otage mauritanien d’un côté, et de l’autre l’extraction du prisonnier salafiste du pénitencier de Dar Naim.
Les deux négociateurs seraient tombés d’accord sans trop d’encombre. C’est dans ces conditions que le feuilleton carcéral d’Ely Ould Moktar viendrait se refermer. C’est à la veille de l’expiration de l’ultimatum fixé par Aqmi que tout semble se nouer et les événements se précipiter. L’attitude des autorités mauritaniennes avaient peu inspiré confiance une opinion publique et politique qui commençait à désespérer de la volonté du pouvoir de céder aux conditions fixées par l’organisation terroriste. La famille du prisonnier avait multiplié les appels pour demander la libération de son fils. De même que les partis politiques et les organisations des droits de l’homme qui avaient exprimé leurs préoccupations et alerté le pouvoir des conséquences qui découleraient d’une issue fatale sur cette capture. Il semble que le Président de la république aurait à la dernière minute levé la réserve en dépêchant sur le front des pourparlers le colonel Mohamed Ould Znagui, chargé d’entrer en contact avec Aqmi. Officiellement on attend encore un communiqué du gouvernement sure cet échange de prisonniers pour en savoir davantage sur ce dénouement heureux de cette capture. Pour le moment on s’en tient aux seules sources distillées par la presse électronique locale. Selon l’ANI, la mère d’Ely Ould Moctar Fatimettou Mint Brahim a affirmé que « l’épouse de son fils a été informée par la gendarmerie de sa libération et qu’il doit arriver, dans quelques heures à Nouakchott ». Par ailleurs, une source sécuritaire a affirmé que le gendarme mauritanien serait libéré, en même temps que l’otage italien Rosita Aouro. Les contours du processus ayant conduit à la libération des deux otages ne sont pas encore défini. La semaine dernière, une envoyée spéciale du gouvernement italien, Margueritta Bonivar avait été reçue, à Nouakchott par le président mauritanien Ould Abdel Aziz. Toujours de une source sécuritaire, on affirme que le détenu salafiste Abderrahmane Ould Medou de nationalité malienne avait été amené, dans la nuit du jeudi à vendredi vers une direction inconnue. « Son départ serait liée à la libération du gendarme otage d’AQMI », affirme la même source. AQMI avait exigé la libération de deux de ses membres détenus en Mauritanie contre celle du gendarme. Le 11 février, l’organisation avait menacé d’exécuter, dans les vingt jours qui suivent, le gendarme mauritanien enlevé si les autorités mauritaniennes n’accèdent pas à ses exigences.
Des ouf de soulagement
Partout, même encore gagnés par le suspens d’un dénouement non encore prouvé sur le terrain de la réalité, tant que le gendarme n’est pas arrivé en lieu sûr ou rentré dans son pays, les mauritaniens sont satisfaits de cette issue qui pourrait permettre à l’otage de s’en sortir. Le pouvoir mauritanien aura également bien agi en préférant la discrétion dans une libération négociée au moindre coût où son absence aurait été perçue comme un déni à la cause citoyenne, alors que le régime s’est déjà considérablement investi dans des tentatives de libération d’otages européens. Toutefois, cette présumée relaxe, n’augure pas la fin du tunnel et montre si besoin est qu’Aqmi pourra désormais faire de la tactique des enlèvements une nouvelle stratégie pour obtenir la libération un après l’autre de ses détenus aux mains du régime mauritanien. Notons enfin que si l’otage mauritanien a été croisé contre un détenu salafiste, ce ne serait pas le cas de l’humanitaire italienne Rossella Urru, relaxée simultanément, contre la libération de laquelle Rome aurait versé 30 millions d’euros. Vrai ou faux ?
Cheikh Tidiane Dia –Le rénovateur




