Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Du “coup d’Etat” manqué de 1987 à Inal, Jreida et Oualata

altLe 22 octobre 1987, Nouakchott se réveillait sous les rumeurs. Un coup d’Etat perpétré par des officiers négro-africains venait d’être déjoué selon les médias officiels, avares en information. 24 heures plutôt, raconte Boye Alassane Haraouna dans ‘J’étais à Oualata », le président Taya, mis au courant du putsch, téléphone à Ahmed Ould Minnih, lui demandant de faire le ménage au sein de ses troupes car un putsch était en cours de préparation. Qui a averti le président ?  Là, les spéculations vont bon train dans tout le Fouta ? Encore aujourd’hui, des personnes accusées d’avoir vendu la mèche limitent leurs déplacements le long du fleuve de peur du crachat populaire. Or, nul ne connaît encore aujourd’hui avec certitude comment le coup d’Etat fut déjoué. Dans la capitale et les villes  de l’intérieur, les spéculations vont bon train à propos de cet acte qui n’a eu le moindre début d’exécution. Jeune Afrique, rare organe d’information panafricaine titre «Les 14 points du coup d’Etat », affirmant sur la base d’un document obtenu auprès des autorités mauritaniennes que les auteurs du putsch entendaient déplacer la capitale du pays à Boghé et changer le nom de la monnaie nationale en «Mboudou ». Le quotidien français Le Monde parlera d’une «République du Walo » après l’exécution des présumés cerveaux du coup d’Etat.Dans le pays, c’est la course aux anathèmes. Les condamnations pleuvent. 15 jours après l’arrestation des putschistes, le MND dénoncera un «putsch pas comme les autres » dans une déclaration datée du 8 novembre 1987. En effet, c’était le premier coup d’Etat dirigé par des négro-africains. Environ 22 jours plus tard, les condamnations tombent. Les historiens se chargeront sans doute dans   quelques siècles de revenir sur le rôle passif ou actif joué par le MND dans les épisodes qui suivront ce coup d’Etat. Et, d’abord, s’agissait-il d’un coup d’Etat, s’interroge-t-on dans les salons négro-africains déjà éprouvés par une vague d’arrestations sans précédent de ses intellectuels et de ses cadres ? La question pendante de la réforme agraire, puis la publication en avril 1986 «du manifeste du négro-africain opprimé » qui reprenait mot à mot le manifeste écrit par des cadres noirs en 1966 avaient cristallisé les rapports entre le régime de Maouiya Ould Sidi Ahmed Taya et le fleuve. Le Rais qui avait été alors interpellé sur la question par le Burkinabé Thomas Sankara en marge d’un sommet de l’Organisation de l’Unité Africaine ne pardonnait pas ce qu’il considérait comme un affront.
 Aussi beaucoup d’intellectuels pensaient que le coup d’Etat de 1987 était le prétexte idoine pour opérer des purges dans l’armée. Les trois officiers présumés responsables du coup d’Etat sont condamnés et exécutés en décembre de la même année, 6 jours avant le quatrième anniversaire de l’arrivée du président Ould Taya au pouvoir. Nul ne connaît aujourd’hui où sont enterrés le Capitaine Bâ Seydi, ancien commandant de la base navale de la capitale, Sarr Amadou et Sy Saidou, anciens officiers d’Etat major. Dans la foulée d’un procès sommaire   et à huis clos, une quarantaine de personnes sont lourdement condamnées. Parmi elles, 37 officiers écopant de peine allant de 5 ans à la perpétuité. Le Colonel Amadou Babaly , ministre de l’intérieur jusqu’en décembre 1986 puis chef d’Etat major est acquitté de justesse, sa responsabilité n’ayant pas pu être établie. En janvier 1988, soit quelques semaines après l’exécution, 500 à 1000 sous officiers négro-africains ont été radiés de l’Armée, de la gendarmerie et de la garde nationale. Malgré une abondante littérature, le coup d’état de 1987 continue de garder sa part de mystère. L’affaire intervient quelques mois après les arrestations de nombreux cadres négro-africains comme le témoigne l’historien Ibrahima Abou Sall, arrêté le 4 septembre 1986 dans la grande purge d’intellectuels et de cadres négro-africains accusés d’avoir publié le «Manifeste du Négro-Mauritanien opprimé ». L’historien qui fut sévèrement torturé écrit : « il fallait que j’avoue que je faisais partie des auteurs du manifeste et que nous préparions un coup d’Etat en vue d’instaurer en Mauritanie un régime des noirs, aidés en cela par Israël ». Ainsi, une année avant le présumé putsch, l’accusation était déjà porté contre beaucoup d’intellectuels : «le procès du 14 septembre fut le premier d’une série qui se déroulèrent dans les principales villes du pays.

A ce premier, nous étions 23. Ce fut une véritable parodie de justice, depuis l’instruction jusqu’à la condamnation »., écrit Ibrahima Abou Sall, compagnon d’infortune de feu Saidou Kane. N’ayant pas été autorisés à consulter les dossiers de leurs clients, l’ensemble des avocats préféra boycotter le procès. Tous furent condamnés à 5 ans de prison ferme avec amende, déchéance des droits civiques et politiques et interdiction de séjours dans toutes les régions administratives sauf dans le sud et ceci pendant 10 ans. Le coup d’Etat de 1987 interviendra alors que ces personnes, accusées d’en fomenter un étaient déjà en prison. La plupart seront conduites dans le fort de Oualata à l’Est de la Mauritanie. Les horreurs de la détention sont décrites par Boye Alassane, ancien détenu aujourd’hui en exil dans son livre choc : j’étais à Oualata. C’est là que seront décédés, entre août et septembre 88, dans des conditions atroces, l´adjudant-chef Ba Alassane Oumar, l’écrivain Téne Youssouf Guèye, qui fut représentant de la Mauritanie à l’ONU en 1963. Egalement décédé, Djigo Tafsirou, ancien ministre de la Santé. Le lieutenant de génie Bâ Abdoul Ghoudouss livré froidement par l’Etat algérien alors qu’il était en stage dans ce pays voisin n’échappera pas lui non plus aux séances de torture. L’indignation de l’opinion internationale est venue trop tard comme d’habitude. Mais n’eut été les ONG et surtout Amnesty International, Africa Watch, la FIDH, la faucheuse n’aurait épargné personne à Oualata.

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