Mauritanie, une identité dévoyée par Abou Hamidou Sy- FLAM-Amérique du Nord
Les démocraties africaines sont caractérisées par des lendemains électoraux très sanglants. C’est à se demander si le jeu en vaut vraiment la chandelle, tellement le spectacle est désolant. Et les images horribles diffusées en boucle dans toutes les chaînes du monde ne font qu’ajouter de l’eau au moulin des éternels afro-pessimistes.
Au delà du processus électoral biaisé, ces affrontements s’expliquent souvent par la nature ethnique ou régionaliste des rapports qu’entretiennent les militants avec leurs candidats.
En effet, le choix de l’électeur africain est plus dicté par ces considérations que par tout autre critère. N’ayant pas totalement assimilé la notion de la nation encore moins celle de l’Etat, il perçoit les élections comme moyen de contrôle du pouvoir au détriment d’autres groupes rivaux. Cette attitude illustre l’échec de nos premiers dirigeants à favoriser l’émergence d’une véritable conscience nationale.
La décolonisation mal préparée ( à desseins?) a engendré deux cas de figure; des Etats sans nation et des nations disséminées sur plusieurs Etats. Il fallait donc tenir compte de cette diversité originelle dans tout projet de construction nationale des jeunes Etats.
Au lieu de cela on s’acharna a la poursuite d’identités incertaines en usant parfois de marqueurs identitaires des plus fantaisistes. En Guinée par exemple, le Sily national ( équipe nationale de football) a été longtemps un élément fédérateur de toutes les ethnies du pays. D’autres auront recours à un ancêtre imaginaire dont descendraient toutes les ethnies du pays. En Mauritanie c’était: “réconcilier l’Homme mauritanien avec lui-même” …
Dans ce dernier cas, Moctar O. Daddah ( RA) a toujours exprimé sa volonté de faire du pays un trait d’union entre l’Afrique noire et l’Afrique blanche, ” une Suisse de l’Afrique ” disait- il lors de l’une de ses premières interviews. Seulement les actes posés sous son magistère et celui de ses successeurs tranchent avec cette volonté. Aujourd’hui, force est de constater que la Mauritanie ressemble plus à l’Irak qu’à la Suisse.
Pure produit de la volonté coloniale, avec juxtaposition d’entités sans lien central antérieur entre eux, la Mauritanie devrait être en toute logique un Etat multinational. Chacune de ses communautés s’étant forgée sa propre identité, au cours de sa propre histoire, dans son propre espace.
Il appartenait alors aux premières autorités d’impulser le sentiment d’appartenance à un seul espace politique; favorisant ainsi, progressivement, l’éclosion d’une identité nationale dans laquelle se reconnaîtraient les différentes nationalités du pays.
Malheureusement c’est exactement l’inverse qui s’est produit. L’Etat, par sa politique tendancieuse a crée une dangereuse dichotomie. La communauté arabo-berbère s’est retrouvée embarquée (peut être malgré elle) dans une aventure chimérique de construction d’une nation arabe transfrontalière. Nation dont les critères de convergence passent forcement par l’annihilation de toute identité différente. Les négro-africains par instinct d’auto-conservation légitime n’auront d’autres choix que de s’accrocher à leur identité.
On se retrouve ainsi devant cette bizarre situation ou les citoyens d’un pays sont plus intéressés par ce qui se passe à l’étranger que par ce qui se passe chez eux. Il n’échappe à personne que bon nombre de nos compatriotes arabo-berbères sont plus préoccupés par les problèmes de Bab-El-Wad ou de Souleymania que ceux de Bambaradougou ou de Gourel Sanngué. N’ont ils pas manifesté récemment leur solidarité au peuple syrien, tandis que leurs compatriotes Négro-Africains battent le macadam chaque jour juste pour se faire recenser sans aucun soutien de leur part? Le sort des réfugiés palestiniens figure en bonne place sur leur plate forme politique alors que celui des négro-mauritaniens encore réfugiés au Mali ne les émeut guère.
L’option panarabiste de la Mauritanie a entraîné des choix incompréhensible pour ne pas dire absurde. Comment en effet, comprendre qu’un pays puisse quitter une zone économique aussi performante que la C.D.E.A.O; avec son marche commun, sa libre circulation des personnes et des biens … pour des regroupements hypothétiques comme l’U.M.A ou le partenariat euro-méditerranéen?
Ces choix ont pour conséquences une invisibilité totale et un poids insignifiant de notre pays sur la scène internationale. Mise a part l’OMVS, la Mauritanie ne dirige aucune organisation; là où le Sénégal toute proportion gardée a dirigé l’UNESCO, la FAO, l’IAAF, Amnesty … Même la Gambie a vu une de ses citoyennes portée à la tête de la C.P.I
Récemment; le Maroc, bien que n’étant pas membre de l’UA a été élu brillamment au conseil de sécurité de l’ONU en faisant le plein de voix africaines. Cette élection traduit la pertinence des alliances stratégiques que noue ce pays avec le reste du monde.
De part sa double appartenance au monde arabo-berbère et négro-africain, notre pays devrait jouer un rôle prépondérant sur la scène internationale. Mais pris dans les méandres du chauvinisme arabe, la Mauritanie s’est retrouvée dans une région ou elle ne peut avoir aucune influence à côté de pays comme l’Egypte ou l’Arabie Saoudite …
Les questions identitaires ont une dynamique complexe, toute tentative de les légiférer conduit à des dérives. Quelque soit le statut qu’on veuille lui donner, une seule identité ne peut définir un pays comme le notre. Dans un Etat multi-national, c’est l’agrégation de toutes les identités présentes qui donne à l’Etat son identité. C’est ainsi que la Suisse n’est ni française, ni allemande, ni italienne; elle est tout cela à la fois. De même la Mauritanie ne saurait être définie par sa seule composante arabo-berbère. Après donc quatre décennies d’errements identitaires, il est temps de mettre fin à cette aventure que Hamid Al Mouritani qualifiait à juste titre de …” politique culturelle imbécile“. Aventure dont la dénonciation a value aux FLAM d’être accusées de touts les péchés d’Israël.
La lutte continue !
Abou H. Sy
Tampa, FL-USA
FLAMNET-Janvier 2012.




