Suite au décès de Mamadou Sow, abattu par un gendarme, sa famille dénonce: «Notre honneur a été souillé et traîné dans la boue»
Le Calame: La mort du chauffeur de l’ONG américaine Counterpart continue de susciter un certain nombre d’interrogations dans l’opinion nationale. Dernier rebondissement en date: la publication, sur le Net, d’une information faisant état du versement, par la Gendarmerie nationale, de 2.500.000 UM qu’aurait exigées la famille, au titre de diya (prix du sang). Cette assertion mensongère a semé l’émoi au sein de celle-ci. Le frère du défunt déplore, dans une déclaration exclusive au Calame, le discrédit jeté sur les siens, avant d’apporter des précisions. «On nous fait un procès d’intention, alors que nous ne faisons que dénoncer les procédures irrégulières de l’enquête. Notre avocat, maître Abidine Ould Taghi, peut édifier l’opinion. Nous n’avons rien demandé. Les membres de la tribu des deux gendarmes, qui ont assisté à notre rencontre avec les autorités, peuvent en attester. S’ils sont de bonne foi, ils témoigneront et soutiendront notre position de pardon, clairement exprimée par notre aîné. Aujourd’hui, la famille est prête à remettre, à la gendarmerie, les 2.500.000 offerts, spontanément, et même 500 millions d’UM, s’il le fallait: notre défunt père nous a légué 7.000 têtes de bovins…»
«Notre honneur a été souillé et traîné dans la boue», ne cesse de répéter notre interlocuteur. «Le fameux don de la gendarmerie, il est entre les mains de la justice et les épouses de Mamadou n’en ont, à ce jour, rien perçu. Mon frère laisse quatre enfants, deux garçons et deux filles, le plus âgé a dix-huit ans et la dernière, trois. Une de ses femmes est enceinte de trois mois.» Revenant sur les circonstances du décès de son frère, l’homme, qui se dit «outré et scandalisé» réfute la thèse défendue par certains, avant de nous donner sa version, détaillée, du drame. La voici.
Malheureux accident?
Une mission de Counterpart, agissant pour le compte de l’USAID, devait élaborer un rapport de fin d’année sur un projet situé à Leïwessy en Assaba. A cette fin, une voiture quitte Kiffa, à 21heures, avec, à son bord, le chauffeur Mamadou Sow et Jemal Ould Naha, chef de mission. Arrivé vers 4 heures du matin aux abords du village, Jemal demande à ce que la voiture s’arrête, pour lui permettre de faire ses besoins. Mamadou s’exécute, éteint le moteur et coupe les phares. Mais, ce faisant, il effraye, à son insu, le dénommé Moulay, sentinelle du poste de gendarmerie située à proximité. C’est probablement à ce moment-là que, terriblement inquiet, celui-ci arme son fusil. Arrivée au poste, la voiture s’arrête à nouveau. Moulay se dirige vers la portière droite, celle du chef de mission. «Hé, vous ne me reconnaissez pas ? », s’enquiert celui-ci. Pas de réponse. La sentinelle procède au contrôle d’usage, sans prendre garde au balancement de son arme, toujours en bandoulière. Faux mouvement? Toujours est-il que le coup part. Réveillé en sursaut, Ahmed Salem, un autre gendarme qui dormait à l’intérieur du poste, sort précipitamment et mitraille à tout va. Mamadou Sow est atteint à la tête et décède sur le coup. Absent de Kiffa, le procureur de la République délègue, sur les lieux du drame, le commandant de la brigade de gendarmerie. Arrivé à 10 heures, celui-ci entend enterrer la victime sur place, sitôt effectué le plus sommaire des constats d’usage, sans même requérir un médecin légiste. Ferme opposition d’un membre de la famille qui interpelle le gouverneur sur la gravité de cette affaire. Finalement, la dépouille est ramenée à Kiffa, vers 18 heures 30. «En dépit du mal qui lui a été infligé, la famille n’a pas réagi de façon épidermique. La stupeur et l’émotion avaient gagné toute la ville», indique notre interlocuteur. «Toutes les tribus maures, des Sidi Mahmoud aux Idawali, en passant par les gens de la Ghadima, les Négromauritaniens et les Laglal, ont tenu à compatir à la douleur qui affectait les Sow. Tous ces ensembles, qui avaient des affinités avec le défunt père de la victime, ont attendu, de pied ferme, la dépouille, avant de l’accompagner jusqu’à sa dernière demeure». Notre interlocuteur poursuit sur un ton ferme, bien que visiblement très affecté. «La famille Sow n’a rien demandé, à qui que se soit. Elle se sent, aujourd’hui, traînée dans la boue. Nous sommes une famille musulmane, loin d’être obnubilée par les biens matériels. Que représente 2.500.000 UM par rapport à la vie d’un homme?», s’interroge-t-il. «Nous avons pardonné, en toute bonne foi et logique. Si notre père était encore vivant, il aurait accepté la thèse de l’accident et pardonné le mal. Cela dit, la famille ne va pas s’interposer entre les ayant-droits et l’Etat», conclut-il.
Propos recueillis par KAAW THIERNO-LE CALAME




