Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Monthly Archives: December 2025

Khaly Mamadou Diallo Député à l’Assemblée

Diagnostic d’une situation extrêmement grave 

La Justice, Laboratoire d’une Dénégation de l’Égalité

À la veille de la réunion du Haut Conseil de la Magistrature, le secteur de la justice apparaît aujourd’hui comme l’un des symboles les plus visibles de l’exclusion de la composante noire du pays. Cette réalité est d’autant plus préoccupante qu’elle concerne une institution qui, par essence, est censée incarner l’égalité des citoyens devant la loi.

Le Haut Conseil de la Magistrature, présidé par le Président de la République et composé du ministre de la Justice, du président de la Cour suprême, du procureur général près ladite Cour ainsi que de trois magistrats élus par leurs pairs, ne compte actuellement aucun magistrat negro-mauritanien. Cette absence totale n’est ni fortuite ni circonstancielle. Elle est le résultat d’une politique progressive, méthodiquement entretenue depuis des années, qui a atteint aujourd’hui son paroxysme. Il est à un niveau critique jamais égalé. 

L’institution judiciaire, qui devrait être le socle de l’égalité républicaine, est ainsi devenue le lieu d’expérimentation abouti d’une exclusion durable et systémique de la composante noire, dans l’ensemble de ses instances et structures connexes.

Une dynamique ancienne, aujourd’hui à son point de rupture

Cette politique d’exclusion ne date pas d’aujourd’hui. Entamée depuis plusieurs décennies, elle s’est accélérée à partir des années 1990 pour atteindre aujourd’hui un seuil alarmant. La tendance observée conduit, de manière dangereuse et presque irréversible, vers la disparition quasi totale des magistrats negro-mauritaniens dans l’ensemble des juridictions du pays.

Lorsqu’une institution chargée d’incarner l’égalité des citoyens, de rendre la justice et de réguler les conflits sociaux ne parvient plus à refléter la diversité de la société qu’elle sert, il est légitime de s’interroger sur l’état réel de l’État de droit. Ce constat interroge non seulement le fonctionnement de la justice, mais aussi les fondements mêmes de la République et du vivre-ensemble, déjà fragilisés dans d’autres secteurs essentiels tels que l’école, l’armée et certaines institutions républicaines.

Un appareil judiciaire marqué exclusivement par la composante Beydane

L’analyse de l’appareil judiciaire et de ses institutions annexes révèle une réalité amère : l’inexistence quasi totale de la composante negro-mauritanienne à tous les niveaux de juridiction.

Au-delà des inégalités structurelles affectant les Haratines et de la tribalisation progressive de certains pans de la justice – souvent liée aux choix des décideurs en place – les Peuls, Soninkés et Wolofs sont presque absents de l’appareil judiciaire. Sur près de 300 magistrats, on en dénombre à peine une dizaine issue de ces communautés. Parmi eux, environ la moitié occupe des fonctions politiques ou administratives, les rendant non opérationnels pour l’exercice de la justice : un wali, un conseiller au ministère de la Justice et un magistrat affecté à la Cour de la Fatwa et des recours gracieux. D’autres sont en fin de carrière, proches de la retraite.

Parmi ces magistrats non opérationnels, deux partiront à la retraite à la fin de l’année en cours, et le troisième l’année suivante.

Une présence résiduelle et fragilisée dans les juridictions

Les magistrats negro-mauritaniens actuellement en fonction dans les tribunaux sont au nombre de cinq. L’un d’eux prendra sa retraite dès la fin de l’année, réduisant ce nombre à quatre. Parmi ces derniers :

• un siège à la Cour suprême ;

• un à la Cour d’appel d’Aleg ;

• un à la Cour d’appel de Kiffa ;

• un substitut du procureur –  le seul procureur negro-mauritanien du pays – actuellement en formation à l’étranger, donc non opérationnel.

La situation globale est donc extrêmement préoccupante et ne laisse entrevoir aucune amélioration à court terme. Elle ouvre au contraire la voie à une justice de plus en plus monocolore et excluante, ne reflétant aucunement la réalité sociale du pays. 

Le rôle central de l’ENAJM dans le processus d’effacement

Depuis plus de trente ans, l’École nationale d’administration et de magistrature (ENAJM) a joué un rôle déterminant dans ce processus. Sa politique de recrutement a consacré une discrimination assumée dans l’accès aux fonctions judiciaires, s’inscrivant dans une tendance plus large touchant l’ensemble de la fonction publique.

Hormis quatre magistrats récemment recrutés – trois juges et un substitut du procureur – l’ENAJM n’a sélectionné aucun juge negro-mauritanien au cours des cinq dernières années. Deux facteurs expliquent cet effacement :

• d’une part, une discrimination progressive imputable aux choix politiques ;

• d’autre part, un mécanisme plus sophistiqué fondé sur un recrutement largement favorable aux diplômés de l’ISERI, privilégiant le baccalauréat série O, orienté vers l’arabisation et les sciences religieuses.

Ce système exclut de fait les candidats formés au droit moderne, toutes composantes confondues, mais frappe particulièrement les communautés déjà marginalisées.

Une justice perçue comme étrangère par une partie des justiciables

La cartographie globale des juridictions et de leurs compositions met en évidence l’ampleur des déséquilibres. Une large partie des justiciables ne se reconnaît pas dans une institution qui statue souvent dans une langue qu’ils ne maîtrisent pas et dont les décisions sont rendues par des magistrats parfois insuffisamment formés, avec pour horizon principal l’incarcération ou la restriction des droits, souvent au prisme d’affinités tribales, sociales ou de rapports de pouvoir.

Une exclusion systématique dans toutes les structures judiciaires

À l’échelle nationale, la composante negro-mauritanienne ne compte plus que six magistrats : quatre Peuls, un Soninké et un Wolof. Aucun n’occupe de fonction décisionnelle stratégique ; tous sont cantonnés à des postes de conseillers.

Sur plus de 60 tribunaux de Moughataas, aucun juge d’instruction n’est negro-mauritanien. Ils sont également absents :

• des 14 tribunaux de wilayas ;

• des 14 cours criminelles ;

• des tribunaux de commerce de Nouakchott et Nouadhibou ;

• des tribunaux du travail ;

• des cours criminelles spécialisées (corruption, terrorisme, esclavage, traite des êtres humains et des migrants).

À la Cour suprême, un seul conseiller negro-mauritanien siège parmi une trentaine de magistrats.

S’agissant du parquet, la situation est tout aussi alarmante : un seul substitut du procureur dans tout le pays, actuellement en formation à l’étranger.

Une exclusion étendue aux institutions connexes et aux professions judiciaires

Cette marginalisation s’étend également aux autorités administratives indépendantes liées au champ judiciaire : Autorité nationale de lutte contre la corruption, Agence judiciaire de l’État, Commission nationale des droits de l’homme, Mécanisme national contre la torture, Observatoire national de la femme et de la fille, Commissariat aux droits de l’homme, Autorité de protection des données personnelles, entre autres.

Les professions libérales et parajudiciaires connaissent la même réalité :

• un seul notaire peul sur quarante ;

• aucun huissier de justice negro-mauritanien ;

• une dizaine d’avocats sur près de trois cents ;

• une présence marginale des greffiers en chef, pourtant piliers du fonctionnement judiciaire.

Conclusion : une alerte républicaine

Ce tableau, sombre et alarmant, révèle l’ampleur des inégalités structurelles qui minent la confiance d’une large partie de la population envers l’institution judiciaire. Sans un début de redressement rapide et crédible, cette défiance ne peut que s’aggraver.

Un dialogue sans volonté réelle de changement serait un dialogue vidé de son sens. Il devient impératif d’engager des mesures fortes, rapides et structurantes afin d’éviter une rupture irréversible avec les principes fondamentaux de la République : l’égalité, la justice et le vivre-ensemble.

Khaly Mamadou Diallo

Député à l’Assemblée

DÉCLARATION DE PRESSE DES FPC

Ces jours-ci, des informations concordantes font état de  menaces de mort proférées à l’endroit de l’honorable député le Président Biram Dah Abeid . Ces informations révélent  que  nous sommes entrain de franchir le Rubicon.

Non seulement le régime du président Ghazouani, à travers ses faucons, confisque nos libertés, toutes nos libertés, jusque-là acquises mais,  par une sorte de permis du laisser faire, laisser dire à ses thuriféraires, autorise des individus, sans morale ni retenue, à  défier ouvertement  la loi et les institutions de la République.

Les Forces Progressistes pour le Changement (FPC ) s’insurgent contre de telles menaces qu’elles dénoncent avec force et indignation, pour constituer un danger, grave, pour la sécurité  et des  acteurs politiques de l’opposition et de la société civile et des citoyens libres penseurs tout court.

– Les FPC attirent l’attention du régime que ne pas sévir en pareille situation constituerait  manifestement un encouragement implicite à continuer dans la même voie.

– Les FPC expriment toute leur solidarité au Président Biram  à qui elles apportent leur soutien ferme et indéfectible.

– Elles réitèrent  leur volonté de coopération dans  la détermination commune à œuvrer pour le changement, indispensable.

– Elles rappellent que L’IRA , les FPC, la Coalition anti-Système ne cèderont  pas aux intimidations et à la peur.

Nouakchott le 26 décembre 2025.

Le département de la communication

*Le Festival d’Ouadane, ou l’art de célébrer le vide* 

Il existe des pays qui s’effondrent dans le tumulte, et d’autres qui s’évident dans le silence.

La Mauritanie appartient à cette seconde espèce : elle ne chute pas, elle s’immobilise.

Rien n’y est violent, rien n’y est franchement tragique. Tout s’y dissout lentement, sous l’effet combiné de la chaleur, du temps et de l’habitude. Le pouvoir n’est pas autoritaire ; il est fatigué. Il ne gouverne pas contre, il gouverne en différant. Il ne tranche pas, il amortit. Il ne projette pas, il gère la durée.

Le leadership qui en émane ne manque ni de langage ni de dispositifs. Il manque de ce qui distingue les régimes de transition des régimes d’histoire : l’ambition. Gouverner, au sens plein, suppose une vision du pays que l’on veut faire advenir, une idée claire du futur pour lequel on accepte de prendre des risques. Ici, le pouvoir se contente d’éviter l’accident, de neutraliser les tensions, de maintenir un équilibre minimal entre clientèles, sensibilités, appartenances et bailleurs. Il ne conduit pas le pays : il s’y maintient.

On proclame régulièrement la lutte contre le tribalisme. Le discours est ferme, moral, récurrent. Mais il sonne creux, car le tribalisme n’est pas une pathologie périphérique du système : il en est la charpente invisible. Le népotisme n’est pas une déviation regrettable ; il constitue une technique de gouvernement, un mode de redistribution, un mécanisme de pacification sociale. On condamne le symptôme pour préserver la cause. La rhétorique éthique sert ici à masquer une vérité plus prosaïque : l’État repose moins sur des institutions que sur des équilibres personnels.

La jeunesse, quant à elle, occupe une place centrale dans le vocabulaire officiel — et une place marginale dans les trajectoires réelles. Elle est invoquée, célébrée, convoquée lors des cérémonies. On lui promet l’avenir comme on promet la pluie : sans date, sans méthode, sans responsabilité. Les politiques publiques lui offrent des programmes d’“employabilité”, des formations sans débouché, des concours sans lisibilité. Elle devient une réserve de patience, un stock d’attente. Ceux qui le peuvent partent. Les autres apprennent à différer leur propre existence.

Faute de vision enracinée, l’État s’abrite derrière des cadres importés. Les plans de développement adoptent des nomenclatures conçues ailleurs, rédigées par des bureaux de conseil étrangers, validées par les bailleurs de fonds. Le SCAPP n’est pas une pensée nationale : c’est une nomenclature exogène bourrée de grammaire technocratique importée. On y coche des cases, on y empile des indicateurs, on y simule une rationalité. L’État ne gouverne plus : il renseigne. Gouverner devient un exercice de conformité.

Dans le même temps, le patrimoine est exalté avec une ferveur d’autant plus appuyée qu’il se défait. Ouadane, Chinguetti, cités jadis habitées par une continuité vivante, sont devenues des scènes intermittentes. On y organise des festivals comme on dresse des décors : pour rappeler, une semaine par an, que la nation possède une profondeur historique. Le reste du temps, les villes s’ensablent, les routes s’interrompent, les infrastructures se délitent. Le patrimoine n’est plus une transmission : il est une incantation.

La tradition, autrefois structurante, se retire lentement. Mais la modernité qui la remplace n’édifie rien. Elle arrive sous forme d’images, de slogans, d’événements sponsorisés, de projets pilotes sans suite. Le pays saute l’étape décisive : celle de l’institution solide. Il passe directement de l’ancien au simulacre. Il n’hérite plus ; il imite.

L’administration, qui devrait être l’ossature de l’État, en devient la faiblesse chronique. Les postes ne consacrent ni l’effort ni la compétence. Ils récompensent la proximité, la docilité, l’appartenance. La médiocrité n’y est pas un accident regrettable : elle est une politique de stabilité. L’intelligence autonome inquiète ; la compétence indépendante dérange. L’État se protège contre l’excellence comme contre un corps étranger.

À cette mécanique s’ajoute une donnée plus ancienne, plus souterraine, que les diagnostics techniques ne savent ni formuler ni corriger. Lorsque les rênes du pouvoir échoient aux héritiers d’un fatalisme mental séculaire, il ne faut pas s’étonner que l’histoire se mette à marcher au pas, jusqu’à l’arrêt. Ces hommes ont été façonnés par une théologie de l’attentisme, où le temps tient lieu de décision et l’abstention se déguise en sagesse. Ils croient à l’efficacité des gestes invisibles, aux coups portés sans trace, à l’art d’agir sans s’exposer. La cible, pensent-ils, ne se vise pas à bout portant ; le succès réside dans l’obliquité, parfois dans le coup porté de biais, que l’on peut toujours renier. Dans un tel univers moral, l’initiative devient une imprudence, la frontalité une faute de goût, la volonté une témérité suspecte. Gouverner ne consiste plus à transformer, mais à durer.

À force de craindre l’empreinte, on finit par confondre la prudence avec la sagesse. L’absence de décision passe pour une forme supérieure de maîtrise, et le retrait pour une profondeur morale. On croit ainsi se préserver du jugement de l’histoire, alors qu’on s’en retranche. Car l’histoire, indifférente aux précautions, n’enregistre que ce qui fut tenté, fût-ce au prix de l’erreur. Ce qui n’a pas été osé ne laisse ni faute ni trace — mais il ne laisse rien.

Dans ce contexte, le dialogue national devient la figure ultime de l’impuissance organisée. Un pouvoir élu devrait porter un cap, une orientation, une promesse structurée. Ici, le dialogue remplace la vision. On consulte pour ne pas trancher. On invite pour diluer. On parle pour différer. Le consensus n’élève plus : il neutralise.

Ainsi s’installe une soumission douce, non idéologique, non spectaculaire. Une soumission thermique, presque climatique. On s’adapte au système comme on s’adapte à la chaleur : par économie d’énergie. Personne ne croit vraiment, mais chacun compose. La résignation n’est pas imposée ; elle est intériorisée.

La Mauritanie ne manque ni d’histoire, ni de poésie, ni de ressources. Elle manque de muscles. Elle parle comme un pays ancien, mais elle agit comme un pays épuisé. Elle célèbre ce qui disparaît, administre ce qui survit, et diffère ce qui devrait commencer.

Le danger n’est pas l’effondrement. Le danger est plus subtil, plus profond : l’habituation au vide.


 Après la remise du rapport sur le dialogue : Quelle suite ?

Le Calame — Les acteurs politiques mauritaniens, majorité et opposition sont suspendus à la décision du président de la République relative à la poursuite du processus de préparation du dialogue. Le rapport sanctionnant la première phase lui a été remis au début du mois d’Octobre.

Que va-t-il décider ? Reconduire le facilitateur Moussa Fall, afin de poursuivre lesdits préparatifs, en mettant en place une commission d’organisation laquelle va piloter le déroulement du dialogue… ou opter pour une autre stratégie ? Tenter de convaincre le RAG du président Biram Dah Abeïd et l’AJD/MR de Bâ Mamadou Bocar à prendre le train en marche ?

Comme on le sait, ces deux partis ont décidé de boycotter le processus préparatoire, arguant que le processus en préparation est dévoyé de ses vrais objectifs. En tous les cas, le temps presse et les acteurs politiques voudraient être fixés sur le sort que le Raïs va réserver au travail abattu par Moussa Fall et son équipe.

Depuis que le dialogue a été annoncé par le président de la République, on s’interroge en effet sur sa pertinence et ses opportunités : Il n’y a pas de crise politique ou autre qui justifierait sa tenue, même si certains pensent qu’il faut toujours deviser pour anticiper les problèmes.

Le président de la République dit avoir décidé de convoquer le dialogue pour trouver des solutions à ceux que connaît le pays actuellement. Il dit vouloir un dialogue inclusif, franc et sincère, sans sujet tabou. Les acteurs politiques – en tout cas, ceux de l’opposition – entendent le prendre au mot.

Ceux rencontrés par le facilitateur du dialogue ont retenu cinq thèmes : unité nationale et cohésion sociale ; État de Droit et démocratie pluraliste ; gouvernance ; diaspora ; émigration. Ils y ont ajouté six autres axes à débattre : justice, éducation, santé, économie, défense et sécurité.

Une réforme électorale préalable

La rencontre politique attendue par les Mauritaniens pourrait discuter, dans son second thème, de la réforme électorale qui ouvrirait la voie à des élections municipales, législatives et régionales.

En effet, l’absence de partis de l’opposition démocratique à l’Assemblée nationale et dans les mairies, la fondation de nouveaux partis et l’adoption de la nouvelle loi sur les organisations politiques, ainsi que les critiques à l’endroit de la CENI pourraient servir d’arguments à certains acteurs.

Une réforme électorale acceptée de tous pourrait aérer quelque peu la démocratie mauritanienne toujours contestée à chaque élection, excepté celles de 2007, avec cette demande de les voir se dérouler de manière transparente.

Le tribalisme, le régionalisme, l’argent et l’influence patente d’officiers généraux se mêlent toujours de ces scrutins, faussant souvent les résultats, offrant une chambre de résonance aux chicanes et cantonnant ainsi l’opposition dans la contestation.

La tenue d’élections locales anticipées pourrait également permettre au président de la République – lui qui parle de transparence, de bonne gouvernance et de priorité à la jeunesse – de passer à la trappe tous les dinosaures, les faucons extrémistes tapis dans l’Administration depuis des lustres, perpétuant le tribalisme, la corruption, les exclusions et les injustices criantes. Ceux de ceux-là opposés au dialogue lui permettront-ils de gagner ce pari ?

Des élections anticipées, transparentes et incontestées pourraient, de surcroît, donner l’occasion au président de la République de siffler la fin de la récréation pour les potentiels prétendants à sa succession.

Phénomène inédit dans ce pays, on a vu circuler des noms pour la succession d’un président aussitôt réélu. Sa visite au Hodh Charghi lui a permis d’en évoquer les miasmes et de mettre quasiment en garde ceux qui se sont déjà engagés dans une campagne avant l’heure, soulignant, au passage, qu’ils n’auraient pas de place à ses côtés, lui qui ne se préoccupe que de la mise en œuvre de son programme électoral.

Mais depuis son retour de Néma, rien n’a bougé : ni par rapport à cette menace ni contre le tribalisme et le népotisme. Peut-être, comme l’affirment certains, le marabout-président n’est pas pressé. Mais les Mauritaniens, eux, seraient fort aises de voir ses déclarations se concrétiser rapidement.

Dalay Lam

CAF. Sur sa demande, et après approbation de la CAF, la Mauritanie quitte la zone Afrique de l’Ouest pour intégrer la zone Afrique du Nord.

Le rêve de certains, qu’ils soient en mode sommeil ou en mode veille, c’est de déraciner géographiquement la Mauritanie. Pour en faire quoi, donc ? Pour la transporter et la transplanter dans l’Asie occidentale, de préférence entre l’Arabie Saoudite et le Yémen ou dans les Émirats arabes Unis dont elle pourrait être, le cas échéant, le huitième État. Désir d’arabité exige : il faut quelque chose qui sonne et rime avec arabe pour faire arabité. Quand le virus du complexe identitaire s’active, difficile de le neutraliser, la fuite en avant se poursuit, sans limite. Bientôt nous modifierons notre Constitution…  Et pourquoi donc ? Pour changer le nom de notre pays : de République Islamique de Mauritanie, on va passer à « République Islamique Arabe de Mauritanie ». Après tout, nous avons déjà changé de drapeau et d’hymne… 

En attendant que se réalise ce rêve de transplantation du pays…, de rupture définitive d’avec l’Afrique de l’Ouest, de divorce d’avec l’Afrique noire au profit d’un ancrage, depuis longtemps entamé, dans l’Afrique du Nord (blanche) et dans le monde arabe, on agit sur deux leviers. 1) On profite au maximum de toutes les opportunités qu’offrent les organisations africaines, comme ce fut le cas récemment lors de l’élection d’un Mauritanien à la tête de la BAD : dans ces cas-là, on se souvient de l’africanité de la Mauritanie, on la revendique même, et on fait la tournée des capitales africaines, avec sourires, accolades et autres opérations de séduction pour s’assurer du soutien et des votes des pays de l’Afrique noire.

Rien d’étonnant, car on retrouve là l’extension hors de nos frontières de la méthode de gouvernance déployée à l’intérieur du pays : le recours à des cadres issus des communautés exclues et marginalisées et leur utilisation comme faire-valoir pour asseoir la domination de la composante maure du pays. Autrement dit nous retrouvons sur le plan extérieur, en matière de diplomatie et de relations internationales, l’affirmation d’une Mauritanie à identité unique, exclusive : l’identité maure ; d’où cette volonté de consolider l’ancrage de la Mauritanie dans le monde arabe ; d’où cette négation de fait de l’identité des autres entités nationales.

2) La consolidation de l’ancrage du pays dans le monde arabe s’opère à mesure que s’effectue le retrait progressif de la Mauritanie de sa zone géographique matricielle : hier (2000) elle se retirait de la CEDEAO. Aujourd’hui la Mauritanie déserte la zone Afrique de l’Ouest de la CAF au profit de la zone Afrique du Nord. On peut parier, au regard de son orientation politique définie plus haut, que si elle ne courait pas le risque de s’exposer à la perte de beaucoup d’avantages ou de prestiges symboliques, à l’étouffement économique et à l’isolement en Afrique, elle se serait volontiers retirée de l’OMVS (Organisation Pour la Mise en Valeur, du fleuve Sénégal) et même de l’UA (Union Africaine) au profit d’organisations Nord-africaines et arabes. 

Mais arrêtons de rêver. Le rêve peut être un dérivatif. Laissons-lui en l’occurrence cette fonction, car la réalité, souvent indépendante de notre volonté, finit toujours par s’imposer, fracassant rêves et illusions. La Mauritanie est d’abord africaine avant d’être arabe. C’est son appartenance effective au continent africain qui fait sa proximité avec l’Afrique du Nord. Dans ses rapports avec l’Afrique noire et le monde arabe, elle doit s’employer à maintenir constamment cette ligne d’équilibre, celle qui fait sa double identité : africaine et arabo-berbère. Mais comment maintenir cette ligne d’équilibre sur le plan extérieur quand elle est inexistante sur le plan intérieur ? L’extérieur, c’est le dedans exposé dehors, comme pourrait dire l’autre.

Boye Alassane Harouna

21 décembre 2025