Daily Archives: 11/07/2025
Administration tribale et diversité en question : le cri d’alerte d’Al Housseine Ba
Dans une publication virulente sur Facebook, Al Housseine Ba dénonce la dérive tribaliste de l’administration mauritanienne et appelle l’opposition à aborder les questions de diversité et d’unité nationale dans le dialogue politique.
Dans une récente publication sur Facebook, l’activiste et intellectuel Al Housseine Ba dénonce ce qu’il qualifie de dérive tribale de l’administration mauritanienne. Il interpelle également l’opposition sur la nécessité d’aborder en profondeur les questions de diversité et d’unité nationale dans le cadre du dialogue politique en cours.
Nouakchott – Dans un message direct publié sur les réseaux sociaux, Al Housseine Ba n’a pas mâché ses mots pour dénoncer ce qu’il considère comme une dérive inquiétante de l’État mauritanien vers une administration dominée par les logiques tribales.
« Chazo n’est venu que pour accomplir la mission des autres : créer une administration tribale », écrit-il en référence au président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, souvent surnommé « Chazo ». L’auteur accuse le pouvoir en place de renforcer une organisation étatique basée sur les appartenances claniques, au détriment d’une représentation équitable et nationale.
Selon lui, le pays, pourtant officiellement multiethnique, voit son administration se transformer en un système familial et tribal fermé, où les principes de diversité et de méritocratie semblent s’effacer. « Où est l’unité nationale dont parlent les hypocrites ? Où est la diversité ? », interroge-t-il avec virulence.
Ce coup de gueule intervient alors que la classe politique mauritanienne est engagée dans un processus de dialogue, censé apaiser les tensions et poser les bases d’un consensus national. Al Housseine Ba en appelle aux partis d’opposition, les exhortant à aborder « toutes ces questions majeures » dans les négociations en cours, et notamment celles liées à la représentativité, à l’égalité d’accès aux fonctions publiques et à la reconnaissance de la diversité culturelle du pays.
L’intervention de Ba illustre un malaise croissant chez une frange de la population mauritanienne, qui voit dans la concentration du pouvoir et des postes administratifs au sein de certains groupes une menace pour la cohésion nationale.
Un débat relancé sur la nature de l’État
Cette sortie vient raviver le débat, souvent évité, sur les fondements sociaux de l’État mauritanien. Si les Constitutions successives affirment l’unité et la diversité du pays, les critiques sur la tribalisation de l’administration ne sont pas nouvelles. Plusieurs observateurs, nationaux et internationaux, ont déjà souligné les risques d’un tel déséquilibre en matière de gouvernance et de justice sociale.
Vers un dialogue plus inclusif ?
Reste à savoir si les revendications exprimées par des voix comme celle de Ba trouveront un écho dans le cadre des discussions politiques actuelles. Les observateurs attendent des actes forts en matière de réformes structurelles et de promotion de la diversité. L’inclusivité du dialogue, la transparence du processus et la volonté réelle de rompre avec certaines pratiques anciennes seront des indicateurs majeurs du sérieux de l’engagement politique en Mauritanie.
Rédaction Rapide info
« L’arabisation comme instrument de domination : une lecture critique de l’héritage Daddah »
« L’arabisation comme instrument de domination : une lecture critique de l’héritage Daddah »
1. Moctar Ould Daddah : père de l’indépendance ou architecte de la domination beïdane ?
Dès ses mémoires Contre vents et marées, Daddah décrit un enseignement français qui favorisait les jeunes du Sud, marginalisant les arabophones :
« …les jeunes hassānophones, n’accédant pas à l’école moderne…, ne purent fournir en nombre suffisant les fonctionnaires subalternes dont l’administration française avait besoin. […] Lors de notre accession à l’indépendance, ce déséquilibre culturel… apparut insupportable aux arabophones… Pour ma part, je n’ai pas attendu l’accession à l’indépendance… pour penser que cette réhabilitation était inéluctable. »
Sa position est claire : l’arabe devait être réhabilité en priorité, comblant un déficit culturel créé par le colonialisme. Ce choix servit cependant un projet politique ciblé, favorisant une élite beïdane.
2. L’arabe comme langue identitaire et de civilisation
Daddah insiste sur le rôle symbolique et politique de l’arabe :
« L’arabe constitue l’essence identitaire de la Mauritanie, […] c’est notre langue de civilisation. Il s’agit d’un instrument de cohésion nationale, tandis que le français reste une langue utilitaire… »
Selon lui, l’arabe devait redevenir la langue dominante, non seulement fonctionnelle, mais identitaire, mettant ainsi en place un pilier linguistique de pouvoir.
3. Arabisation = stratagème de pouvoir beïdan
L’arabisation n’était pas un hasard historique : elle répondait à un dessein politique précis. En écartant les langues africaines (Pulaar, Soninké, Wolof, ainsi que les Haratines) de l’administration et de l’école, Daddah a constitué une machinerie hégémonique. L’arabe devint un filtre dans les concours, l’éducation, les recrutements — garantissant la suprématie culturelle de l’élite beïdane.
Aujourd’hui encore, le régime de Ghazouani poursuit ce modèle : les textes officiels sont désormais exclusivement en arabe, renforçant la dépendance des populations non arabophones. Une dynamique permanente d’institutionnalisation et de confiscation identitaire.
4. Une uniformisation identitaire dangereuse
Empêcher les langues africaines d’accéder aux écoles et forums publics, c’est nier la pluralité historique de la Mauritanie : un pont entre l’Afrique subsaharienne et le monde arabe. L’arabisation exclusive ne construit pas l’unité ; elle impose un repli identitaire, occultant l’apport civilisationnel africain.
Cet effacement, ou cette “soudanisation”, fragilise la cité : la diversité n’est ni un obstacle ni un luxe, mais une ressource pour un vivre-ensemble équilibré.
5. Le français comme rempart d’inclusion
En Inde , où l’anglais a été maintenu comme langue du savoir afin d’empêcher l’hindisation culturelle exclusive. De même, officialiser le français, aux côtés de l’arabe, offre une voie de résistance à l’uniformisation. Ce n’est pas la négation de l’arabe, mais la nécessité d’un équilibre multilingue.
6. Le nouvel arsenal répressif : exclusion, uniformisation, impunité
2019 a vu l’institutionnalisation de l’arabisation : les débats nationaux excluent le français, les concours sont publiés uniquement en arabe, et la dissidence linguistique se heurte à la répression. Le contrôle de la langue devient une arme politique.
7. Repenser le contrat national : une refondation nécessaire
Tout projet national qui ne s’attaque pas à ce socle identitaire inégal est voué à l’échec. Il faut engager une refondation :
• Reconnaître toutes les langues (Pulaar, Wolof, Soninké) dans les écoles, l’administration et le débat public.
• Maintenir le français comme langue d’histoire, de savoir et de citoyenneté.
• Introduire l’anglais comme langue d’avenir, instrument de modernité et d’ouverture cosmopolite.
Ainsi, la Mauritanie redeviendra un pont entre cultures, non un monolithe.
Moctar Ould Daddah, en initiant l’arabisation du bled , a posé les bases d’un État mono-identitaire favorisant une élite dominante. Ce projet n’a jamais été achevé, mais poursuivi jusqu’aujourd’hui. Il s’agit moins d’une erreur historique que d’un choix politique délibéré. La refondation du contrat national requiert une relecture honnête de cet héritage, fondée sur l’égalité, la diversité linguistique et la justice.
En refusant l’effacement de la pluralité mauritanienne, on construit une nation plus juste, plus cohérente, à la hauteur de sa riche combinaison de patrimoines culturels…..Wetov
Sy mamadou





