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Concertation(s) nationale(s) et langues nationales (Par Samba Diouldé Thiam, ancien député)
Dans une dépêche de l’Agence de Presse Sénégalaise (APS) du 20 mars 2019, à l’occasion de la célébration de la Journée de la Francophonie, le Professeur Souleymane Bachir Diagne, que je salue avec respect et affection au passage, développe entre autres, « que les écoles africaines doivent devenir un espace multilingue avec un vraie politique linguistique, qui consisterait à renforcer la maîtrise du français et à introduire les langues africaines dans l’enseignement pour en faire des langues de savoir et de créations. »
Je partage entièrement cette position du Professeur, sur laquelle il est constant depuis des décennies.
Il partage cette posture entre autres avec notre très éminent compatriote, le défunt Professeur Cheikh Anta Diop.
Ils sont d’éminents scientifiques, de notoriété mondiale. Ils sont une fierté sénégalaise et africaine.
Je saisis le prétexte de la Journée de la Francophonie, pour rappeler, qu’en 2009, j’ai publié dans la presse un texte sur la question, intitulé « diversité linguistique et système scolaire : le temps d’agir est venu. »
En décembre 2016, je suis revenu sur la même thématique, à la suite du passage du Ministre de l’Enseignement supérieur devant la représentation nationale. Je cite ce qui suit de ce texte titré : « l’Assemblée nationale parle sept (7) langues, en attendant d’aller plus loin ». « Un honorable député, intervenant dans une des langues du pays, a invité avec insistance le Ministre à écrire des livres de mathématiques en Pulaar, ce que lui, député, ne saurait faire.
A sa suite, j’ai soutenu cette proposition en en dégageant la signification réelle. Il s’agit d’une invite à tous les professeurs et chercheurs de notre pays à écrire des livres sur les matières de leur spécialité dans la ou les langues nationales maitrisées. Par-delà ceux visés plus haut, l’invite s’adresse à tous les intellectuels du pays, qu’ils enseignent, soignent, servent l’Etat à quelque niveau que ce soit, qu’ils interviennent dans le secteur privé moderne ou dans l’informel, qu’ils servent les différents cultes dans notre pays. A chacun de transcrire ses savoirs, son expérience professionnelle ou de vie dans une voire deux langues ou plus du pays. Les utilisateurs du français, de l’arabe, de l’anglais, de l’allemand, etc. sont tous interpellés.
Tout le monde comprend qu’il s’agit là d’un besoin social, intellectuel, culturel et économique dont l’urgence devrait s’imposer. Cette entreprise citoyenne non partisane et d’envergure, entreprise de création des savoirs en tous genres, à une haute portée pour l’Emergence du Sénégal. »
Il est important de créer un environnement lettré, par la contribution de tous les citoyens, motivés par le désir et la passion de lutter contre l’illettrisme et l’ignorance, car le développement stable du pays ne se fera pas avec une majorité analphabète.
Après le premier lieu de socialisation qu’est la famille, vient l’espace public, avec une place prépondérante pour le système scolaire et le système de communication sociale.
L’espace familial est le lieu d’acquisition de la première langue, la langue maternelle ou du milieu. La maitrise intelligente des parents de ce premier environnement de leur enfant, leur investissement fort ou son absence décidera de l’acquisition ou de la perte de la langue maternelle.
A cet égard, la première université de l’enfant de l’Homme, c’est sa mère, après la nature ou l’Etre transcendant, selon les croyances des uns ou des autres. De la mère dépend en très grande partie que l’enfant apprenne et conserve sa propre langue. Un père stratège, donc clairvoyant, peut pallier la défaillance de la mère, en la ramenant à cette mission de transmission du patrimoine linguistique de base.
Cette question est très importante pour tous ceux qui quittent leur terroir d’origine pour un autre. Dans les grandes villes, la langue maternelle se transmet d’abord et parfois seulement dans le foyer familial. Il revient donc à chacun, à partir de là, de décider en pleine connaissance de cause, d’aider son enfant à garder ou à ne pas garder le contact et des liens forts avec ses origines. Car le principal lien est culturel et une culture suppose obligatoirement un médium dépositaire et actif.
Dans l’espace public, la puissance publique est un intervenant déterminant pour l’orientation, les contenus et les régulations de ce qui se dit et s’apprend, dans le système scolaire et dans la communication sociale.
Après sa famille, le jeune enfant est reçu successivement dans le système scolaire au préscolaire, dans le primaire, le secondaire, les grandes écoles et les universités.
L’autorité publique est responsable de la définition, des objectifs, des moyens, des résultats, de la sécurité et de l’adaptabilité du système scolaire, parce que la société lui a confié cette mission ; elle lui en fournit les moyens à travers les impôts collectés. Les citoyens peuvent et doivent contribuer au fonctionnement et au contrôle du système, car il y va de l’avenir de leurs enfants et du pays, d’une part ; de l’utilisation des ressources publiques d’autre part.
Le rapport qualité/prix de la formation des ressources humaines est une question éminemment citoyenne et politique, car un bon rapport est un indicateur certain que l’avenir sécurisé et serein du pays est assuré. Cette question est rendue plus importante encore par la vitesse à laquelle les sciences, techniques et technologies produisent des changements, voire des bouleversements aux conséquences sociales redoutables. En réalité il s’agit d’une question clé pour donner du sens à l’action publique et au devenir de la nation.
La formation des ressources humaines n’est pas seulement une affaire d’expertise, mais elle est aussi et au même niveau, une affaire d’éthique et d’humanisme. La question qu’est ce qui fait sens, est d’une très grande importance pour le monde connecté en devenir. Il arrive que le questionnement demeure implicite ou complétement évacué. Peut-on chercher à donner du sens si l’on perd le lien avec le passé, si l’on se sépare de sa culture et de sa langue ? Est-il raisonnable de postuler l’uniformité et la fin des diversités ? Pour quel type alors ?
Dans notre pays, il y a des langues qui ne sont parlées qu’ici et pas ailleurs. Leur présence dans le monde est liée à leur seule existence au Sénégal. Pouvons-nous et devons nous accepter que ces langues soient effacées de la carte du monde pour autant ? Jamais, car se serait un ethnocide cruel et infamant. Se serait lézarder le Sénégal et par la faute des Sénégalais.
Alors, si nous refusons qu’une quelconque partie de nous soit exclue du monde, pourrions-nous alors accepter que cette partie ou ces parties soient interdites d’existence sur nos propres terres ? Assurément, non. Dés lors, il faut exister ensemble et organiser cette coexistence dans l’intérêt de tous.
Mon papier de 2009 s’inscrivait dans l’organisation harmonieuse de cette coexistence. J’abordais la question sous le rapport des principes, de l’histoire, de la prospective et de la faisabilité.
Oui, le temps de l’action est venu pour faire entrer les langues nationales sénégalaises dans le système scolaire.
La réélection du Président Macky Sall est une opportunité historique, pour lui et pour le pays.
Pour lui d’abord. Il est réélu pour un second mandat et il quittera le pouvoir politique en 2024, pour redevenir un citoyen, un peu différent des autres sans doute, mais un citoyen quand même, c’est-à-dire avec peu ou pas de pouvoir d’influer sur le sort de la totalité de ses compatriotes.
Donc c’est dans ce temps-là qu’il importe qu’il marque le destin de son pays pour des décennies voire plus, sur le plan des valeurs et sur le plan humain, en décidant de la mise à l’échelle de l’introduction des langues nationales dans le système éducatif sénégalais. Il a là l’opportunité historique de donner corps aux revendications de très nombreux Sénégalais, des plus illustres aux plus modestes, de faire entrer dans l’école sénégalaise les langues sénégalaises comme langues à part entière.
La réélection du Président Macky Sall est une opportunité historique pour le pays, pour l’envol de sa culture et de ses langues nationales par leur entrée harmonisée, triomphale et majestueuse dans le cursus scolaire de nos enfants et petits-enfants.
Un tel acte restera à jamais dans l’histoire et la mémoire du Sénégal. Celui qui en décidera restera également à jamais dans l’histoire et la mémoire des Sénégalais.
La question est très sensible, passionnelle, potentiellement conflictogène si elle est mal engagée et mal réglée. Elle exige à elle toute seule une grande concertation nationale, comme ce fut le cas de l’introduction des daaras dans notre système éducatif.
Une telle démarche n’est pas aventureuse, car de l’indépendance à maintenant, la République a beaucoup fait dans ce domaine.
La Constitution du 7 mars 1963 dispose en son article premier, alinéa 2 : « La langue officielle de la République du Sénégal est le français. Les langues nationales sont le diola, le malinké, le poular, le sérère, le soniké et le wolof. » Dans les révisions ultérieures, l’alinéa sera complété par « et toute autre langue nationale qui sera codifiée. »
Depuis, 22 des 25 langues répertoriées ont été codifiées ; 13 d’entre elles sont enseignées dans des programmes d’alphabétisation.
Des ONG nombreuses, dont ARED et le Programme école et langues nationales (ELAN), ainsi que le Programme de lecture pour tous du très sérieux et très puissant USAID, interviennent dans le pays. Des Académies nombreuses relevant du ministère de l’Education sont très impliquées dans ce travail d’expérimentation de grande valeur. Des universitaires de talent ont réfléchi et produit des savoirs nombreux et de qualité. L’introduction des langues nationales dans les systèmes éducatifs africains est en discussion depuis des années sur le continent. L’UNESCO a fait énormément pour la protection, la conservation et la redynamisation des langues dites abusivement minoritaires, comme si la seule quantité et la force devraient gouverner le monde.
Le temps est venu de prouver que la thèse selon laquelle les langues d’une entité étatique sont condamnées à s’affronter dans un « mortel combat » pour l’émergence d’un champion solitaire ne saurait régenter le devenir des pays africains.
Accepter que la thèse en question soit universelle, c’est accepter que l’Afrique ne s’unisse jamais solidement et durablement. L’accepter, c’est clairement postuler l’instabilité chronique des Etats africains, l’installation de la violence et de la guerre ou la renonciation à l’entrée des langues nationales dans nos systèmes éducatifs. Depuis l’intrusion coloniale en Afrique, l’histoire a fait cohabiter nos ethnies, nos langues, nos cultures et nos religions dans des rapports de violence relativement maitrisés. L’Afrique a vu son évolution étatique infléchie. Cette inflexion depuis des siècles trace à l’Afrique décolonisée un autre cheminement historique distinct de celui de l’Europe des nationalismes et des guerres jusqu’à la fin du vingtième siècle. La caractéristique fondamentale de tous les Etats africains est l’hétérogénéité de leurs composantes humaines. L’Afrique, en chacun de ces Etats, n’a d’autre choix que de gérer ces hétérogénéités ethnolinguistiques et religieuses au mieux de son développement socioéconomique. Il est temps que les générations dirigeantes étudient et apportent des réponses pertinentes à cette problématique historique, au lieu de la transférer aux générations futures.
Dans un quotidien de la place, un journaliste, parlant de l’introduction des langues nationales dans le système éducatif, a posé la mère des questions : pourquoi « le Sénégal peine à passer à l’échelle ?» Le diagnostic ou la réponse a été l’absence de modèle à proposer à la communauté.
En réalité, le modèle existe et le Professeur Souleymane Bachir Diagne et bien d’autres, avant et après lui, l’ont indiqué : il s’agit du multilinguisme, encore du multilinguisme et toujours du multilinguisme dans nos systèmes éducatifs.
Dans le terme « multilinguisme », le vocable « multi » renvoie à « beaucoup, nombreux ». A partir de quelle borne inférieure alors ? Je pense que le génie de la langue arabe devrait nous aider avec son pluriel qui va de trois à au-delà. Pour les arabes, il y a le singulier, le duel (2) et le pluriel (3 ou plus). Retenons leur pluriel, pour la circonstance ici examinée.
Naturellement, la mise en œuvre demandera de d’intelligence, du doigté, de la précaution et s’étendra sur quelques décennies. Mais ce ne sera que mise en œuvre, d’une vision, qui est le multilinguisme, à savoir la possession d’au moins trois langues, par tout élève qui termine le cycle primaire. La traduction de cette vision pour le Sénégal : au moins deux (2) langues nationales plus le français.
Il appartient à l’autorité politique suprême de s’approprier et de transformer cette vision, nationalement partagée, en politique publique. Il est le seul dans notre pays à pouvoir le décider. Si le Président Macky Sall n’en prend pas la décision, celle-ci n’interviendra pas avant avril 2029 au plus tôt, car son successeur sera en attente d’un second mandat ! et ainsi de suite. Quel dommage.
Cette question, qui n’est absolument pas politicienne et conjoncturelle, mais au contraire stratégique et vitale, devrait figurer en bonne place dans la concertation nationale, à laquelle le Président convie nos compatriotes et dans la phase deux du PSE, pour rattraper le fait de son absence dans l’élaboration de ce document fondamental pour l’avenir du Sénégal.
Tout est important dans un pays en construction, mais il y a des chantiers transcendants et porteurs d’un pouvoir de mobilisation durable et de transformation qualitative d’un pays, principalement de ses ressources humaines. Le passage à l’échelle de l’introduction des langues nationales dans le système éducatif est l’un de ces chantiers, avec un effet multiplicateur très puissant.
Les langues nationales mises à l’échelle dans le système éducatif, c’est la renaissance du pays par la naissance d’une nouvelle citoyenneté fière, responsable, éclairée et volontariste.
Du tréfond de ce pays se lèveraient alors des armées de jeunes, de femmes et d’hommes enthousiastes et déterminés à prendre en main leur destin pour une vie commune, pour un autre Sénégal, prospère, généreux, plus accueillant et plus confiant, enraciné dans ses profondeurs, ouvert au monde, selon la belle expression du Président Senghor.
Pour ma part, j’apporte une très modeste contribution dans la corbeille de la concertation en y versant mes textes publics, présents dans l’Internet, relatifs aux langues nationales dans notre système éducatif.
Pendant toute ma présence à l’Assemblée nationale comme député, j’ai saisi toutes les bonnes occasions pour aborder la question. Je l’ai fait avec passion, lucidité, détermination et responsabilité avec le souci permanent de préserver mon pays des fractures identitaires, car nous avons tous des identités multiples respectables et enrichissantes. Que personne ne demande à personne de ne pas être soi-même d’abord, car cela serait un outrage à la nature humaine. Que chacun respecte chacun dans son intégrité est la formidable leçon de nos religions révélées, comme de nos religions traditionnelles africaines.
Je conclus comme le Professeur Diagne, « au Sénégal, la majorité est multilingue. »
Vive le multilinguisme, facteur de rassemblement, de cohésion nationale et africaine, de désaliénation coloniale et de paix.
Samba Diouldé THIAM, latsime@gmail.com
seneweb
Commémoration de la journée de réconciliation nationale du 25 mars : «Pas de réconciliation nationale, sans devoir de vérité et de justice», disent les veuves et orphelins
Comme chaque année, les veuves et orphelins des exécutions extra-judicaires dans les casernes, au cours des années 89/90 ont célébré, le 25 mars, journée nationale de réconciliation, décretée par le gouvernement d’Ould Abdel Aziz, après la prière aux morts de Kaédi. Et comme chaque année, les veuves et leurs orphelins ont arboré des foulards rouges et tenu un sit-in devant la présidence de la République, avec leurs banderoles, pour crier leur colère face à l’entêtement du pouvoir à refuser de faire la lumière, sur ce qui s’est réellement passé, entre 1990 et 91, dans les casernes militaires, c’est-à-dire les exécutions sommaires et autres exactions perpétrées sur les soldats, sous-officiers et officiers négro-africains des différents corps de l’armées et de la sécurité. ‘’Depuis des décennies, nous réclamons la vérité sur le sort réservé à nos époux, pères, frères et cousins, afin de pouvoir faire notre deuil, en vain’’, tonne une veuve qui brandissait une petite banderole. Les manifestants ont tenu à réitérer que «sans devoir de vérité et de justice », ils n’y aura ni pardon, ni réconciliation nationale. « Nous ne pouvons pas nous reconnaître dans cette réconciliation décidée entre quatre murs et sans notre consentement’’, renchérit une autre veuve, un foulard rouge vicié sur la tête.
Les veuves ont également profité de cette journée pour exiger l’abrogation de la loi d’amnistie votée par le parlement en 1993, sous le régime d’Ould Taya au cours duquel les exactions ont été perpétrées.
Signalons que cette journée de réconciliation nationale est toujours célébrée par les veuves, orphelins et autres ayants droit dans la division. Le collectif des victimes de la répression des victimes militaires (COVIRE) a enregistré sa scission après justement la prière de Kaédi et la répartition des aides octroyées par le président Mohamed Ould Abdel Aziz à qui la présidente du collectif des veuves Mme Houleye Sall a exprimé, le désarroi des veuves, orphelins et ayants droit. Selon la maman du lieutenant Sall Abdoulaye, exécuté dans le mouroir d’Inal, depuis 1990-91, les veuves, orphelins et ayants droit des victimes couraient derrière le dossier sans rencontrer le moindre interlocuteur, les portes leur étant fermées. La gestion contestée de cette aide du président a divisé le collectif entre ceux qui acceptent le pardon demandé à Kaédi par le président Aziz et ceux qui exigent : devoir de vérité, devoir de mémoire, devoir de justice et de réparation. En réponse, Mohamed Ould Abdel Aziz reconnut, le 25 mars 2009, au nom de l’Etat, les exactions commises et demanda pardon toujours au nom de l’Etat avant d’octroyer aux intéressés des aides devenues sources de division du COVIRE qui peine à régler les nombreux problèmes de ses adhérents. Une division entretenue par le gouvernement qui envoie une petite délégation de bas niveau avec une petite enveloppe, à l’une des parties, lors de la commémoration de cette « journée nationale » qui, hélas, ne concerne que les veuves, orphelins et rescapés. Très peu de mauritaniens connaissent cette journée de réconciliation. Une réconciliation entre qui et qui ? Pour les veuves et orphelins, rescapés et ayants droit, personne ne peut pardonner à leur place ; mieux, ils exigent que le pouvoir situe les responsabilités et fasse traduire les bourreaux et leurs commanditaires devant les tribunaux. Pour cela, il faut abroger la loi d’amnistie les protégeant de puis 1993.
Dans la déclaration que les manifestants ont publiée à cette occasion, les veuves, orphelins et ayants droit réitèrent les doléances qu’elles ont voulu, en vain, remettre, il y a quelques jours au général Ghazwani, alors ministre de la défense et candidat à la prochaine présidentielle, lequel candidat a reconnu, lors de sa déclaration de candidature, les injustices contre certaines composantes du pays et a promis de les corriger. Wait and see !
le calame
Placement en détention de Ould Wedady et ould Jiddou
Un juge d’instruction du tribunal de Nouakchott Ouest a placé en détention préventive mercredi après midi, Cheikh ould Jiddou et Abderahman ould Wedady, 2 blogueurs, poursuivis pour « dénonciation calomnieuse » visant le chef de l’Etat, Mohamed ould Abdel Aziz.
Ces 2 individus sont accusés d’être à l’origine d’informations faisant état de la saisie d’un montant de 2 milliards de dollars us dans une banque des Emirats Arabes Unis (EAU-Dubaï), largement relayées dans la presse nationale et internationale.
Ces informations ont été démenties par le président Mohamed ould Abdel Aziz et une déclaration du Parquet Général près la Cour Suprême publiée vendredi soir.
Abderahmane ould Wedady et Cheikh ould Jiddou sont habituellement critiques vis-à-vis de la gouvernance du régime de Nouakchott.
Leur avocat, maître Brahim ould Ebetty dénonce « un règlement de comptes ».
le calame
Monsieur Yahya ould Ahmed El Waghf, président du parti ADIL : ‘’Une grande partie de l’opposition n’a pas pris conscience de l’inéluctabilité de l’alternance, elle n’y croyait pas’’
Le Calame : L’AEOD n’a pas réussi à s’entendre sur une candidature unique. Comprenez-vous la déception de vos militants et sympathisants ?
Yahya Ould Ahmed El Waghf: Que les militants de l’opposition, à l’instar, d’ailleurs, de tous les Mauritaniens, puissent être déçus de cette situation, j’en suis tout-à-fait conscient mais il faut bien comprendre que celle-ci découle d’au moins trois facteurs objectifs. D’abord, une grande partie de l’opposition n’a pas pris conscience de l’inéluctabilité de l’alternance, elle n’y croyait pas. Secondement, le spectre politique était, il faut le souligner, très large et ne facilitait pas le consensus. Troisièmement, la recherche d’un candidat unique nécessitait, en amont, un travail en profondeur sur un programme commun, c’était toute une pluralité d’acteurs qu’il fallait rassurer, avec des objectifs clairs et bien définis. Voici deux ans, j’avais moi-même, personnellement, proposé qu’on s’y attelle. Cela n’a malheureusement pas été entrepris, nous avons perdu trop de temps et la méfiance s’est installée, en l’absence de programme commun de gouvernance. Très grande déception, donc, mais il faut la nuancer. En Mauritanie comme ailleurs, les partis politiques ne sont pas faits pour se regrouper mais pour conquérir le pouvoir, chacun, avec sa propre vision et son programme. Dans cette situation, on a cherché à regrouper ce qu’on pouvait regrouper, nous n’y sommes pas arrivés mais ce n’est pas la fin du monde.
– Allons plus loin, si vous le voulez bien, dans l’analyse des causes de cet échec. Votre seul point commun ne serait-il que l’opposition au régime en place ? Ou serait-ce que l’opposition ne dispose, en son sein, d’aucun homme de consensus, capable d’assumer la charge de président de la République ? Ou, encore, que vous y êtes pris trop tard ?
-Ma vision personnelle est assez particulière. On n’a jamais mis en place, en ce pays, un système politique, structuré et pérenne, seulement des hommes pour diriger. En l’absence d’un système politique à critiquer, l’opposition ne peut que se focaliser, malheureusement, sur l’homme. D’autant plus qu’en Mauritanie, la présidence de la République cumule tous les pouvoirs et que, de surcroît, son locataire actuel est un homme éminemment centralisateur, tout se concentre autour de sa personne. Il répond du bien et du mauvais fonctionnement du pays. Et donc, l’opposition lutte, en grande partie, non pas contre un système, mais contre un style lié à un homme. C’est un élément très important pour comprendre notre situation. Elle n’est pas nouvelle. Rappelez-vous l’opposition au temps d’Ould Taya, c’était exactement la même chose. Les gens disaient s’opposer au régime mais celui-ci était entièrement incarné par une personne et son style. Le régime, c’était Ould Taya et vice-versa .La dimension personnelle est, encore à ce jour, démesurément décisive, dans le positionnement politique.
– Après cet échec, votre parti a décidé de soutenir le candidat du pouvoir, Ould Ghazwani. Comment justifiez-vous cette décision ? ADIL a-t-il définitivement rompu les amarres avec l’opposition (AEOD et FNDU) ?
– Dès le début des discussions, quand le nom de Ghazwani fut avancé comme candidat potentiel à la présidentielle, nous avons reconnu, avec certains leaders de l’opposition, que l’objectif primordial de la prochaine présidentielle, c’était l’alternance : il faut qu’elle se réalise et bien l’ancrer. Il nous est alors apparu qu’Ould Ghazwani pourrait être en mesure, pour de multiples raisons, de l’assurer. En sécurisant, tout d’abord, ce qu’il ya de pouvoir, aujourd’hui, en Mauritanie. Connaissant bien l’homme et son ouverture, beaucoup d’entre nous entrevoyaient l’espoir de son exercice apaisé du pouvoir. Aussi avons-nous défendu l’utilité d’ouvrir un dialogue avec lui, en vue d’obtenir un accord susceptible de stabiliser cette alternance, avant d’aller plus loin. Mais nous n’avons pu obtenir un consensus sur cette question. Aussi nous sommes-nous lancés à la recherche d’un candidat commun interne à l’opposition. La position d’ADIL était très claire là-dessus :si l’entente sur un tel candidat parvenait à se faire, nous allions y adhérer et nous battre pour sa victoire, tout en sachant que les conditions ne sont pas encore réunies en faveur de l’opposition. Nous en avons discuté avec nos amis et avons tous buté sur une divergence fondamentale qui s’est malheureusement révélée irréductible : les uns défendant, comme nous, l’idée d’un candidat interne à l’opposition, les autres celle d’un candidat externe. A ADIL, nous considérions qu’un candidat externe à l’opposition ne pouvait en incarner ni le discours ni le changement auquel elle aspire.
Pourquoi, me direz-vous, soutenir, maintenant, un tel candidat ? Notre parti a jugé n’avoir le choix qu’entre trois : Ghazwazni, Biram, Bettah et Boubacar. Nous avons alors pensé que Ghazwani avait plus de chance de stabiliser l’alternance, compte-tenu, comme je l’ai souligné tantôt, qu’en l’état actuel de nos institutions, 80 à 90% du fonctionnement de l’Etat est primé par le style de l’homme. Nous avons donc misé sur le style de l’homme –le changement, pas la rupture –avec le légitime espoir de changements dans le sens que nous souhaitons pour la Mauritanie. Voilà pourquoi nous avons apporté notre soutien au candidat Ghazwani.
– Avez-vous discuté avec lui ? Le cas échéant, vous a-t-il assuré des changements que vous attendez, à défaut de les obtenir avec l’opposition ?
– Notre idée d’entrer en contact avec lui est antérieure à sa déclaration de candidature. Nous avons écouté son discours et y avons trouvé les grandes lignes d’une approche équilibrée, la meilleure, selon nous : celle de l’ouverture sans rupture. Il a parlé de la justice, de la réparation, de la discrimination positive, de l’éducation ; il a parlé d’une économie productive : grandes lignes d’un programme dont nous allons, maintenant, participer à l’élaboration des détails, en nous attelant à y intégrer les idées que nous estimons spécifiquement nôtres.
– Avec ce soutien, ADIL a-t-il tourné ou non, la page avec l’opposition?
-ADIL continue dans l’opposition. Si l’on s’oppose, c’est à un gouvernement, nous avons pris position par rapport à l’actuel, n’avons pas négocié avec lui et ne lui apportons aucunement notre soutien. Nous restons donc au sein de l’opposition, au moins jusqu’à ce que l’élection rende son verdict. Si le candidat que nous soutenons gagne, nous ferons partie de la nouvelle majorité, sinon, nous continuerons, naturellement, avec l’opposition.
– En attendant, vous aurez tout de même contribué à affaiblir celle-ci ?
– Cela dépend comment on regarde les choses. La force a une finalité, à savoir produire un résultat. Selon nous, l’opposition ne s’assure pas de l’alternance, en se dispersant entre trois candidats. En faisant en sorte qu’une partie, au moins, de ses idées intègre le programme du nouveau gouvernement, nous pensons, nous, la renforcer.
– Certains disent qu’entre Ould Abdel Aziz et Ghazwani, c’est les deux faces d’une même pièce. Pouvez-vous nous dire, vous qui avez choisi de soutenir le second, s’il y a des différences, entre ces amis de quarante ans ?
– Chaque personne, je ne vous l’apprends pas, a son tempérament, son style. Nous, nous misons sur le style de Ghazwani, nous pensons qu’il peut améliorer la situation. Et, peut-être même que Mohamed ould Abdel Aziz, s’il avait commencé à exercer le pouvoir dans le contexte actuel, aurait développé un autre style. Autre temps, autres nécessités, c’est donc aussi une question de contexte.
– Nous sommes à quelque trois mois de la présidentielle. Les conditions de transparence et de crédibilité vous paraissent-elles réunies pour ce scrutin ? Sinon, que faudrait-il faire pour éviter des contestations ?
– Mon souhait est qu’il y ait, comme je l’ai maintes fois répété, dialogue entre les candidats, pour déterminer les meilleures conditions en vue d’élections consensuelles et transparentes. Mais, je l’avoue, je n’ai guère d’éléments, à ce jour, pour me rassurer en cette légitime préoccupation.
– Que répondez-vous à ceux qui prétendent que vous étiez intéressé par la candidature et que vous n’avez opté pour Ghazwani qu’en dépit de n’avoir pas été désigné par l’opposition ?
-Non, jamais intéressé ! Je n’ai jamais cessé, depuis deux ans, de répéter, à mes collègues de l’opposition, que je n’étais pas candidat. Quant à votre seconde question, ma réponse à la première suffit à l’anéantir.
Propos recueillis par Dalay Lam
le calame
Présidentielle 209 : Biram officialise sa candidature
Le président d’IRA-Mauritanie et député Biram Dah Abeid a officiellement déclaré, lundi 25 Mars, sa candidature à l’élection présidentielle du 16 juin prochain. C’est dans une salle archicomble de l’Institut Supérieur de la Jeunesse et des Sports (ISJS, ex-ancienne Maison des jeunes) que celui qui se définit comme le « candidat national indépendant » à l’élection présidentielle s’est prononcé devant ses sympathisants et militants. Forte mobilisation, véritable démonstration de force. Un aéropage de personnalités politiques : Samba Thiam, du FPC ; Kane Hamidou Baba, du MPR ; Ba Alassane, du PMRC ; Ibrahima Sarr, de l’AJD ; Salah ould Hannena, de Hatem ; Samory ould Bèye, de Moustaqbel ; le candidat Sidi Mohamed ould Boubacar ; le président de Tawassoul, l’ancien ministre de l’intérieur et ex-chef d’état-major de l’Armée, le colonel Anne Amadou Babaly, des représentants d’OSC et bien
Sous les tonnerres d’applaudissements de ses militants, Biram a peint un tableau très sombre de la situation du pays, caractérisée par des « signes de banqueroute retentissante ». Dressant l’état des lieux, le leader abolitionniste constate : « après cinquante-neuf ans d’indépendance, notre devise parvient à la caricature de la faillite. L’esprit et la lettre ne font plus sens, dans les pratiques de gouvernance, surtout depuis 1978 ». Et de relever cinq problèmes majeurs : En un, « la banalité sociale de la prévarication, sur fond de favoritisme tribal, ethnique et relationnel, consacrant la prévalence aigüe de la fraude et du faux. Les diplômes et les médicaments n’échappent pas au spectre de l’imposture que rien ne vient décourager.
[En deux], l’institutionnalisation du racisme, à tous les niveaux de l’autorité légale, assurant la prééminence multidimensionnelle d’une fraction, au détriment de la collectivité. L’épuration ethnique de 1989-91 constitue le point d’orgue de la régression. L’exclusion culturelle, l’assimilation sous la contrainte, la spoliation continuent de marquer le quotidien de certaines composantes de la communauté de destin. D’autres groupes endurent, à un niveau structurel, l’inégalité de naissance. La caste des descendants d’esclaves, en dépit de son poids démographique, cristallise, sans doute, l’échec le moins discret de la citoyenneté en Mauritanie.
[En trois], la permanence de la brutalité et de la contrefaçon, comme modes privilégiés d’exercice du pouvoir d’Etat, garantissant la solidarité irrationnelle, entre les adversaires de la mobilité et du changement. Il en résulte des indulgences, des avantages et des exonérations, reproductrices de prébende au service d’une minorité auto-cooptée qui esquive le suffrage et défie l’éthique.
[En quatre], l’injustice systémique, entretenant la criminalité en col blanc, concrètement traduite par le détournement des postures d’influence, source de jouissance matérielle et d’emprise sur l’opinion, avec des effets quasi irréversibles. Les banques, les sociétés minières, la pêche de gros tonnage, les dérogations fiscales, l’importation, le commerce des hydrocarbures, le négoce des signatures et jusqu’au échelons subalternes de l’administration répondent à la logique et aux finalités du pillage.
Et en cinq], la destruction des écosystèmes vitaux par qui l’humain normal envisage les conditions de sa continuité sur un espace, reflétant le stade ultime de la décomposition. Dépouillée de sa faune et de sa flore, la terre de Mauritanie se flétrit et devient stérile, à cause de politiques publiques où l’ignorance, la négligence et la fureur mercantile compromettent la possibilité d’un avenir ».
Redonner vigueur
Face à la déliquescence de l’Etat et à la détérioration des conditions de vie des populations confrontées à l’extrême pauvreté, Biram propose un remède de cheval. Son ambition ? « Redonner vigueur à la devise dévoyée de la République Islamique de Mauritanie : honneur-fraternité-justice ; une conférence nationale sur la cohésion, la justice transitionnelle, la vérité, la réparation et la mémoire s’attachera à clore le legs de l’impunité et de la préférence indue. Un pacte de la renaissance s’attèlera à réinventer un projet de vivre ensemble, sous l’égide de la loi. Il reposera sur un socle de droits universels, au-dessus de toute exception, fût-elle justifiée par l’histoire, la modération anesthésiante ou la religiosité. L’humanité des Mauritaniens et le caractère temporel de leur coexistence requièrent des ajustements, en vue de rompre le statu quo. Plus qu’une réforme diluée dans le piège du « laisser le temps au temps », il s’agit d’un saut en avant, d’une dynamique qualitative vers la modernité ».
Le candidat Biram compte «éradiquer l’oppression reçue en héritage. […] cette résolution implique une répartition des responsabilités et primes selon le mérite mais appelle, aussi, des mesures urgentes de rattrapage, au bénéfice exclusif des victimes par vocation. Scolariser dans des écoles d’excellence, former aux métiers pourvoyeurs de valeur ajoutée, redistribuer les terres, subventionner l’innovation, réhabiliter les langues et cultures reléguées, reconnaitre et célébrer les souffrances de toutes les catégories de victimes, surtout celles des noirs d’ascendance subsaharienne, voici le minimum, quand arrive le moment de régler les mécomptes de l’histoire ».
Audit scrupuleux des ressources
Par ailleurs, Biram Dah Abeïd compte procéder à « un audit scrupuleux des ressources du pays et des avoirs de l’Etat, avant d’instaurer l’obligation, aux hauts fonctionnaires, de déclarer leurs biens, sur injonction du juge ou d’un quart de la délégation parlementaire, autant de fois qu’il le faudrait ». « Compte tenu du degré de déconfiture morale et de la propension ambiante à l’échange de complaisances », il y a lieu, de l’avis du dirigeant abolitionniste, « d’associer, aux mesures de salubrité, la compétence d’étrangers connus, pour leur crédit dans le domaine de la transparence ».
Il projette de refonder l’école, adapter la quête de savoir aux besoins de l’existence terrestre. « Contre la fabrique de chômage et de qualifications dont l’utilité sociale interroge le discernement, il importe », fait remarquer Biram, « de favoriser l’enseignement qui ouvre au monde, épanouit et offre l’opportunité d’exceller, au sein d’un monde hyper-compétitif. La mission commence par l’abrogation du financement accordé aux entités vectrices d’extrémisme et de frustration. Il se poursuit en ambitieux programmes de resocialisation de la jeunesse, avec l’acquisition d’aptitudes manuelles, l’éducation à la diversité anthropologique du pays et l’éveil aux arts et sports. La femme n’est pas inférieure à l’homme : que la chose soit entendue, pour de bon ! »
Oser un compromis raisonnable
Pour le candidat Biram, il importe de se résoudre, en vertu de l’évaluation globale, à restaurer la planification économique, pour échapper aux servitudes de l’improvisation et du bricolage. « L’effort constant se portera », annonce-t-il, « sur la formation du personnel enseignant, la construction de salles de classes et de centres de santé en proportion du rythme des naissances, la vulgarisation des énergies renouvelables, l’érection des infrastructures de base et la promotion du logement modique. Il convient de réaffirmer, ici, la tolérance zéro à l’endroit des braconniers, des fauteurs de désertification et des pollueurs du sous-sol. De même, l’élevage et l’agriculture ne sauraient produire de la richesse sur le long terme, tant que l’écologie restera étrangère à l’entendement des élites ».
Il va falloir « oser un compromis raisonnable », entre le peuple et ses défenseurs en armes, un pacte définitif qui fixe les limites à l’intrusion de la force légitime dans la conduite de la politique. « Le militaire, garant de la souveraineté et de l’intégrité du territoire, ne se déploie qu’au titre de ses subordination et loyauté à la représentation démocratique. La Mauritanie ne deviendra une république décente qu’après avoir mis un terme à la confusion, fatale, entre le prétorien et l’élu. Si le premier se soumet au second, alors, oui, « honneur-fraternité-justice » signifierait, enfin, le meilleur auquel pensaient les pionniers de l’Indépendance. Cinquante-neuf ans et nous revoici mis en demeure, de nous libérer de la domination intérieure, nous libérer des nôtres ! C’est mon dessein pour la Mauritanie ! » résume-t-il.
Compte rendu THIAM Mamadou
le calame



