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Création d’une nouvelle Agence de protection sociale
Un montant de plus de vingt neuf milliards d’anciennes ouguiyas est réservé dans le projet de budget 2020 à une nouvelle Agence dépendant de la présidence dénommée Agence de la Protection Sociale (APS) qui va remplacer l’agence nationale des études et suivi des projets et l’agence Tadamoun dont les budgets réunis ont atteint en 2019 plus de huit milliards d’anciennes ouguiyas alors que celui du nouvel établissement est de 29,76 milliards d’anciennes ouguiyas. La nouvelle Agence sera chargée de missions comme la lutte contre la pauvreté, l’élimination des séquelles de l’esclavage, la construction et la réhabilitation des écoles et le soutien des réseaux d’assurance sociale. Cette nouvelle institution est une promesse électorale du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Bien que ses textes constitutifs n’aient pas encore été faits, l’agence suscite déjà beaucoup de convoitises. Dans sa dernière réunion le 29 octobre 2019 avec l’ambassadeur des États-Unis unies accrédité à Nouakchott, Boubacar Messaoud, président de l’organisation des droits de l’homme et de lutte contre l’esclavage déclarait que l’Etat devrait éviter à la nouvelle agence les travers dans lesquels Tadamoun est tombée comme sa gestion par quelqu’un qui n’a rien à voir avec les missions qui lui sont dévolues et la non représentation des principaux concernés dans ses organes de gestion et de pilotage (direction générale, conseil d’administration….)
le calame
La CVE, une escroquerie politique. Suite 1
Abdoulaye Djimmé Diaw – Mise au point.
La situation faite à la communauté noire de Mauritanie depuis les années 80, principalement, n’a laissé personne indifférent de quel que bord que l’on se situe dans l’échiquier politique.
Et c’est parce que tout le monde s’y intéresse que chacun propose sa vision, ses solutions et c’est à ce niveau que les nuances, voire les divergences apparaissent.
Donc, la cause est commune et a toujours interpellé chacun de nous. D’aucuns se sont investis plus que d’autres. Pendant que les premiers sacrifiaient tout, y compris leur vie, les seconds scrutaient d’autres horizons. Tout le monde n’est pas pétri au même moule et la nature humaine est diverse et variée.
Durant ces 50 dernières années, les contextes et les situations ont évolué suscitant désolation, déception et même espoir selon les moments.
L’élection présidentielle de 2019 est intervenue au moment où le sentiment d’exclusions des noirs était à son maximum, et ce ,dans toutes les catégories, sentiment alimenté par les dix années de pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz.
C’est cela qui explique la naissance, unanimement souhaitée, de la CVE comme creuset ou réceptacle de toutes les volontés et aspirations à une meilleure prise en compte de la situation de marginalisation des noirs par le pouvoir en place et son système.
Se joignirent à la CVE des partis politiques, des OSC, des personnalités indépendantes, la diaspora, qui ont tous en partage le soucis de faire évoluer la situation dans le bon sens.
C’est cela le socle commun qui a fait de la CVE un bien commun qui appartient à divers plans de la communauté, principalement haalpulaar. La CVE devient ainsi un dénominateur commun du rejet de la situation qui est faite aux noirs par le pouvoir politique. C’est cela qui explique son succès et même l’engouement à son endroit..
A ce niveau, il n’y a pas de dissonance dans cette phase conceptuelle et tout le monde a répondu présent et chacun à sa manière.
Pour cette cause et pour l’objectif, il fallait un candidat suffisamment représentatif et symbolique répondant au mieux aux critères définis. La lutte politique en Mauritanie, notamment dans la communauté noire et principalement haalpulaar, a ses figures qui ont accompagné la cause à travers ces 50 dernières années.
Ces figures symboliques, pour la cause, ont payé de leurs vies, de leurs libertés, de leurs carrières, de leurs familles , etc….. ils ont subi humiliation, misère, maladie, pauvreté et d’autres privations de toutes sortes et de toutes natures. Ils ont, sans le rechercher, acquis leurs galons de symbole par leur courage, leur témérité et leur engagement sans faille et sans ombres. Sil y a à trouver un candidat symbolique, c’est bien dans cette race qu’il faut rechercher pour être juste avec nous mêmes !
Au début, la CVE s’était engagée dans la voie de la transparence en déterminant des critères plus ou moins objectifs pour le choix du candidat.
Ce processus de transparence a été vicié et même biaisé par des choix et des manœuvres pour asseoir un choix préalable. L’objectivité a été abandonnée au profit de manœuvres pour imposer un choix. Dans mes oreilles, résonnent encore les protestations véhémentes de certains membres de l’assemblée. Nous en payons aujourd’hui les conséquences.
Le disant, je n’attaque personne. Je dénonce simplement des attitudes et des comportements qui n’avaient pas lieu d’être. Au lieu d’être à la manœuvre, certains devaient refuser et dénoncer cette mascarade pour assurer à la CVE une légitimité et une longévité et la du même coup la mettre hors de critiques et de dissensions, tant il est vrai, qu’en politique aussi, tout se paie tôt ou tard.
Aujourd’hui, c’est la communauté qui voit son unité menacée, quel que par ailleurs ce que je pense de cette unité.
Par Abdoulaye Djimmé Diaw
cridem
”Holi Hamme, holi luggere”? Touche pas à ma terre | par Abou Hamidou Sy
L’expropriation des terres de la vallée, entamée depuis la “ réforme” agraire de 1983 et qui a culminé avec les événements de 89, continue de plus belle.
Sous des prétextes fallacieux, l’Etat et certaines catégories de citoyens, en complicité, vont à l’assaut des seuls moyens de subsistance des populations du sud, leurs terres ancestrales. Le dernier incident en date s’est déroulé la semaine dernière à Guiraye, (mon village) au Gorgol, aux confins du Bossea et à la lisière du N’Guenar.
Ce vendredi, un concitoyen arabo-berbère se présente au lieu-dit “Luggere dañde” avec ses topographes pour délimiter une parcelle de terre de plusieurs hectares qu’on lui aurait vendue. Selon lui, une parcelle de 100m x1000m lui aurait été attribuée en 1993, le long du fleuve, dans la zone de décrue. Or, de mémoire de villageois, cette zone a toujours appartenu aux villages de Guiraye, Ari- Funda, Awoynaat et Kaedi.
Quel sacrilège! Les terres de culture ne se vendent pas chez nous, elles se transmettent de génération en génération. Ceci est particulièrement vrai dans ce lieu mis en valeur par les “Caamɓe” voilà plus de deux siècles, après avoir reçu l’autorisation de “ Jom maayo”, le génie tutélaire qui habite toujours “Luggere dañde”.
“Holi Hamme, holi Luggere dañde?” A-t-on envie de crier.
Les villageois se rendirent en masse pour aller s’opposer à cette nouvelle tentative de confiscation. L’usurpateur, prétendit détenir des papiers prouvant que la parcelle lui aurait attribuée dûment par les autorités. Ce à quoi la population lui repondit: “avec ou sans papiers, tu n’auras aucun pouce de terre ici. Nous opposerons toutes nos vies pour défendre notre terre”.
L’histoire finit par atterir chez les autorités, et comme c’est souvent le cas, le seul à pouvoir démêler cette affaire, en l’occurrence, le préfet, était en congés. Son adjoint demanda aux villageois de laisser l’intrus cultiver sa terre, puisqu’il détient des papiers alors qu’eux n’ont aucune preuve. Il s’en suivit un soulèvement général du village et l’affair atterit chez le gouverneur. Celui-ci intima aux deux parties de ne pas s’approcher des terres en litige jusqu’à nouvel ordre, mais devant l’insistance des paysans, il fut permis à ces derniers de continuer leur culture de décrue.
Le conflit n’est pas encore complètement vidé, mais la population est déterminée à sauver ses terres.
Cet incident n’est malheureusement pas un cas isolé, les trois dernières décennies ont connu un assaut ininterrompu contre les terres de la vallée. Toujours le même scénario; souvent un Maure muni de papiers, voulant exploiter une parcelle fictive, parfois de riches hommes d’affaires étrangers, des villageois qui s’opposent et des autorités qui se dérobent.
Il est vrai que ce phénomène n’est pas propre à la Mauritanie et sa vallée fertile.Les pays du tiers-monde ont connu ces dernières années un rush d’investiteurs des pays du golf et de la Chine venus à la recherche de terres pour nourrir leurs populations.
En Mauritanie, cependant, le caractère raciste de ce phénomène d’exproppriation, ne fait aucun doute. En effet, ce sont les terres de Négro-mauritaniens qui sont arrachées au profit des Arabo-berbères avec la complicité de l’Etat. Jamais un oued, un vallon ou une palmeraie n’a été retiré de son propriétaire au profit d’un Noir en Mauritanie.
Mettre fin à ces conflits, hélas récurrents, demande une sérieuse réforme agraire sous-tendue par une réelle volonté politique. Il incombe à l’Etat de garantir un accès équitable à la terre de culture. Cette équité ne peut, cependant, pas se faire en ignorant le droit séculier des populations autochtones.
Si l’ordonance 83-127 du 5 Juin 1983 était noble par ces objectifs; elle a vite été détournée de sa mission première, pour assouvir des visées hégémoniques. Pour rappel, cette loi avait pour but de consolider la souveraineté de l’Etat sur ces terres, par conséquent lui donner le pouvoir juridique de permettre leur mise en valeur extensive et enfin éradiquer toutes les discriminations en garantissant l’égal accès à la propriété terrienne à touts les citoyens quelque soit leur rang social.
Cependant, l’application de la réforme s’est traduite, dans la plupart des cas, par une dépossession de la population noire au profit d’hommes d’affaires arabo-berbères. Dans ce cas et dans tant d’autres, tout acte régalien posé par l’Etat mauritanien est un pas de plus vers l’exclusion des Négro-mauritaniens.
La fréquence de ces pratiques d’usurpation de terres de culture appelle à une sérieuse concertation, de type “assises nationales” pour aboutir à une réforme équitable qui permettra à chaque mauritanien d’accéder à la terre sans léser les propriétaires historique.
Les FPC, à travers leur memorandum, proposent une réforme agraire à caractère national qui procéderait par des cercles concentriques. L’acces à la terre, d’abord, aux autochtones locaux, ensuite aux nationaux, enfin aux investisseurs étrangers dans la préservation des droits séculier des pasteurs, des pécheurs et des paysans.
En tout état de cause, les populations de la vallée sont plus que déterminées, à juste cause, de défendre la seule chose qui leur reste dans ce pays: la terre de leurs ancêtres.
La lutte continue
Abou Hamidou Sy
FPC/Amérique du Nord
Chinguitty : ouverture du festival des villes anciennes, le discours du Président de la République [Vidéo]
AMI – Le Président de la République, Monsieur Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, a souligné que le Festival des villes anciennes constitue l’expression forte de notre attachement à notre identité civilisationnelle et culturelle dans sa diversité et son exceptionnelle richesse et avec les valeurs de notre Sainte religion l’Islam, qui nous a unifié et est resté, à travers les âges, le fondement de notre unité et la forteresse imprenable qui nous protège face à tous les dangers.
Le Président de la République a, dans un discours prononcé à l’occasion de l’ouverture de la 9ème édition du festival des villes anciennes dans la cité de Chinguitty, indiqué que :
« la prise de la commémoration de la naissance du Saint Prophète Mohammed (Paix et Salut sur Lui) comme rendez- vous annuel pour célébrer nos villes anciennes, dénote du fait que la prospérité civilisationnelle et intellectuelle connue par ces cités, a vu le jour essentiellement en raison de l’attachement de nos Ulémas et de nos intellectuels à la Sunna du Prophète (PSL) dans sa pratique, dans son apprentissage et dans leur attachement aux valeurs de notre Sainte religion l’Islam qu’ils considèrent comme la seule référence de leur comportement et de tous les aspects de leur vie de tous les jours ».
Voici le texte intégral de ce discours :
«وصلى الله على أشرف المرسلين بسم الله الرحمن الرحيم
Monsieur le président de l’institution de l’opposition démocratique ;
Messieurs les ministres ;
Messieurs les membres du corps diplomatique et des institutions internationales agrées ;
Messieurs les élus ;
Messieurs les présidents des partis politiques ;
Mesdames et Messieurs les hôtes de la Mauritanie et les honorables hôtes de marque ;
Messieurs les Ulémas, hommes de lettres, intellectuels et artistes ;
Chers habitants de la ville de Chinguitty ;
Mesdames, Messieurs ;
Que la paix vous accompagne.
Je voudrais au début adresser à vous, habitants de Chinguitty tous mes remerciements pour l’accueil chaleureux et l’hospitalité chinguittienne authentique, comme il me plait de vous présenter, et le faire à tous les mauritaniens, mes meilleurs vœux et mes sincères félicitations à l’occasion de l’anniversaire de la naissance de l’élite de la création et du sceau des prophètes, Mohammed (PSL) qui est le porteur de la guidance et de la religion de la vérité, la religion de l’Islam et ses valeurs intemporelles.
La prise de la commémoration de la naissance du Saint Prophète Mohammed (Paix et Salut sur Lui) comme rendez- vous annuel pour célébrer nos villes anciennes souligne en fait que la prospérité civilisationnelle et intellectuelle connue par ces cités, a vu le jour essentiellement en raison de l’attachement de nos Ulémas et de nos intellectuels à la Sunna du Prophète (PSL) dans sa pratique, dans son apprentissage, et dans leur attachement aux valeurs de notre Sainte religion l’Islam qu’ils considèrent comme la seule référence dans leur comportement et dans tous les aspects de leur vie de tous les jours ».
Cela ressort clairement de l’histoire de cette ville, la ville de Chinguetti ; l’appartenance à cette cité, est devenue, en raison de son rayonnement intellectuel et de la réputation de ses Ulémas, une identité pour tous les Mauritaniens pendant des siècles avant la formation de notre État moderne mais aussi une vertu équivalent à intégrité, science et luxe et un passeport diplomatique de grande valeur apprécié et respecté partout dans le monde arabo- musulman.
Les populations de cette ville ont pu, grâce à leur savoir, à leur perspicacité et leur haute ambition, en faire, durant des époques successives, un minaret pour la science, un point de départ pour le pèlerinage, une forteresse pour le Jihad et un centre actif pour les échanges commerciaux.
Le Festival des villes anciennes, dont nous supervisons aujourd’hui la 9ème édition, représente une forte expression de notre attachement à notre identité civilisationnelle et culturelle dans sa diversité et son exceptionnelle richesse et avec les valeurs de notre Sainte religion, l’Islam qui nous a unifié et est resté, à travers les âges, le fondement de notre unité et la forteresse imprenable qui nous protège contre tous les dangers.
Le Festival vise fondamentalement à promouvoir le patrimoine scientifique de nos villes anciennes, préserver notre héritage culturel, le caractère architectural unique en son genre de ces cités et mettre à niveau les trésors de leur patrimoine en plus de l’appui à la production locale et aux activités génératrices de revenus à travers la création de nouvelles opportunités d’emplois.
Il constitue, par ailleurs, un élément majeur de la stratégie de développement global lancée par les pouvoirs publics pour favoriser, dans ces villes, les facteurs de la croissance et du développement en assurant leur désenclavement, en modernisant leurs infrastructures de base et en en faisant des zones touristiques porteuses.
Le Festival est, en même temps, une occasion pour revivifier notre patrimoine intellectuel et nos arts populaires ainsi que nos traditions authentiques à travers une série d’activités consacrées au patrimoine et de rencontres intellectuelles et scientifiques.
Nous sommes déterminés à réaliser ces objectifs et à faire en sorte que le Festival ne se transforme pas en une cérémonie dont les effets s’estompent après la fin de ses manifestations. C’est pourquoi, le gouvernement oeuvrera à ce que les éditions du Festival soient des opportunités pour évaluer la situation générale de ces villes et décider les mesures visant à améliorer cette situation et à relever le niveau du festival.
Enfin, je déclare – à la barakatillah – l’ouverture de la 9ème édition du festival des villes anciennes dans la cité historique de Chinguitty, en enouvelant les remerciements à tous, habitants et hôtes et leur souhaitant plein succès.
Je vous remercie.
والسلام عليكم ورحمة الله وبركاته”.
AMI
Et maintenant ?/par Ahmed Ould SIDI BABA

Le Calame—Après concertation avec un certain nombre de personnalités de haut niveau (anciens ministres, hommes politiques, juristes, professeurs, économistes, journalistes, entrepreneurs) dont certains ont donné leur assentiment à la présente réflexion dans son esprit comme dans sa lettre, j’ai décidé de la rendre publique,
afin de contribuer au nécessaire débat qui, aujourd’hui, sous l’égide du nouveau pouvoir issu de l’élection présidentielle du mois de juin dernier, devrait inaugurer, pour le pays, une ère nouvelle de paix et de démocratie véritable marquée par l’enracinement de la culture citoyenne, la liberté, la justice et le développement économique, loin de tout étatisme excessif, de toute surenchère démagogique et de tout discours populiste destructeur.
* * *
L’élection du Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani inaugure aujourd’hui une ère nouvelle sur laquelle se fondent désormais les espoirs de toute la Nation.
Il appartient maintenant aux acteurs de la vie politique nationale et en particulier aux « pouvoirs publics » et à la « scène politique » dans toutes ses composantes de ne pas décevoir ces espoirs et d’accepter les remises en cause et les réévaluations propres à en assurer la réalisation, car :
– Conscients que nous devons être de la garantie d’unité qu’offre l’appartenance de toutes les composantes de notre peuple à la prestigieuse civilisation islamique, tant de fois illustrée du sud au nord de notre pays par nos érudits, nos imams et nos cadis.
– Et Convaincus que nous sommes tous que seuls un Etat de droit et une culture démocratique moderne enracinée dans les valeurs spirituelles et morales de notre religion, l’islam, peuvent, à la fois, assurer la valorisation de notre patrimoine culturel national, permettre son appropriation par chacun d’entre nous dans le respect démocratique de sa diversité et en même temps ouvrir la voie au développement politique et économique du pays, dans un climat pérenne de paix et de justice sociale.
Sans entrer, pour le moment, dans le détail des stratégies économique, sociale, culturelle ou diplomatique du nouveau gouvernement, nul ne peut nier l’urgente nécessité, avant toutes choses, de lever au niveau des « pouvoirs publics » des handicaps institutionnels majeurs et, au niveau de la « scène politique » nationale des dérives idéologiques, religieuses ou communautaristes dangereuses, car ce sont ces handicaps et ces dérives qui ont, jusqu’ici, empêché l’éveil de l’individu mauritanien aux valeurs de la citoyenneté et rendu aléatoire l’émergence d’une nation armée d’une classe politique de haut niveau, susceptible de proposer et de conduire une « politique de civilisation » et de progrès, inspirée du génie de notre peuple, fondée sur une juste évaluation des réalités et des besoins du pays, informée des données d’un monde désormais globalisé et aujourd’hui plus dangereux et impitoyable que jamais.
AU NIVEAU DES « POUVOIRS PUBLICS »
* Le Chef de l’Etat, de par la constitution, arbitre et recours ultime, doit se mettre au-dessus des partis et laisser le soin de la constitution et de la conduite d’une majorité parlementaire au premier ministre désigné.
Ainsi, le chef de l’Etat bénéficiera du respect et de l’adhésion de la majorité comme de l’opposition.
* Abandon de la réalité monolithique du « Parti-Etat » qui s’est jusqu’ici prévalu de « la possession » de la quasi-totalité du peuple, non par la conviction réfléchie et la libre adhésion, mais bien par la crainte et l’intéressement.
Comme dans tous les états monopolistiques, les résultats avérés sous différents régimes que nous avons connus, en ont toujours été :
*La domestication du pouvoir législatif et donc le déni de l’esprit sinon de la lettre de la Constitution, notamment dans ces articles 74 et 75.
*La non-appréhension par l’individu mauritanien des valeurs de la démocratie et de la citoyenneté, seules capables de fonder une nation et de générer une opinion publique responsable et motivée.
* A terme et, au plus tard, à mi-mandat, révision de la constitution avec, pour objectifs, tout en préservant le caractère présidentiel du régime et les contraintes énoncées dans les articles 27, 28, 29 et 99 de la Constitution :
*Une indépendance effective de la justice par rapport au pouvoir exécutif.
*Une revalorisation des prérogatives du parlement, rendant effectif son contrôle de l’exécutif et l’impliquant dans les grandes décisions politiques et économiques de portée nationale.
*Au sein de l’exécutif, la responsabilisation constitutionnelle du gouvernement, à travers un partage équilibré du pouvoir exécutif entre le Président de la République et le Premier Ministre.
*Une possibilité de recours des citoyens au Conseil Constitutionnel, par une procédure plus simplifiée en vue de connaitre d’une exception d’inconstitutionnalité.
* Règlement définitif, dès le début du mandat présidentiel du passif humanitaire.
Il est utile, à ce propos, de rappeler que cette question avait fait l’objet, sous l’égide du président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdellahi, d’une conférence nationale de réconciliation couronnée de succès et qu’il avait été envisagé de charger une personnalité nationale consensuelle (en l’occurrence, le ministre Abdallahi BARO) de mener à bonne fin le processus pratique de règlement définitif de la question.
Tout comme ont été prises certaines mesures allant dans le même sens, au cours du mandant du Président Mohamed Ould Abdel Aziz.
AU NIVEAU DE LA « SCENE POLITQUE » NATIONALEÂÂÂÂ
Les votes identitaires constatés lors des récentes élections présidentielles, devraient interpeller chacun d’entre nous et prouver le danger d’une scène politique désormais figée dans les redites populistes de problématiques mal définies et mal envisagées pour certaines et sans fondement réel pour d’autres, ce qui n’exclut pas qu’il faille en discuter courageusement en vue d’une clarification salutaire et, éventuellement, de la prise des décisions et mesures jugées opportunes. Il s’agit de:Â
* Les séquelles de l’esclavage
Personne ne peut nier que ces séquelles existent chez nous tout comme elles existent ailleurs et, en particulier, dans notre voisinage ; tout comme personne, au niveau de la conscience nationale comme au niveau des pouvoirs publics, ne saurait se soustraire à l’impérieuse nécessité de les éradiquer au plus vite et dans les meilleures conditions de paix et de sécurité, en application du reste des diverses dispositions légales adoptées depuis 1960 et jusqu’à 2007.
Ces séquelles s’appellent la misère, l’ignorance, la maladie, le chômage, la marginalisation et affectent, en réalité, la très grande majorité de notre peuple, mais, il faut le reconnaitre, de manière plus accentuée et, disons-le, plus dramatique les nationaux mauritaniens d’ascendance servile, ce qui justifie et appelle la prise, là où cela s’avère juste et utile, de mesures particulières de discrimination positive à leur profit.
Mais, l’éradication de ces séquelles ne saurait ni ne devrait être l’affaire de groupes particuliers, car personne, ni au sein de l’opinion nationale, ni au sein des pouvoirs publics, ne souhaite la permanence de ces séquelles et encore moins la survivance de l’impie et abominable fléau de l’esclavage.
Dès lors, se présenter comme « les champions » exclusifs d’une telle cause, ne relève que de l’instrumentalisation à des fins de politique politicienne d’une cause nationale unanimement assumée par tout un peuple.
Et, comme on l’a vu, de cela a découlé l’éveil de passions communautaristes malsaines, la mise en cause, à terme, de la paix civile, sans oublier l’image négative collée de manière exclusive à notre pays, pour la plus grande satisfaction de ceux qui veulent se donner maintenant bonne conscience, après avoir été à l’origine de la traite des noirs, de la colonisation et de la ségrégation raciale.
Il est du devoir de l’ensemble des Mauritaniens d’unir leurs efforts pour éradiquer les séquelles de l’esclavage, à travers une politique concertée de démocratie, de liberté, de justice, de promotion sociale et de progrès économique, loin de toute surenchère populiste démagogique, dont les résultats ne sauraient être que les déchirures, la dispersion des efforts et la pérennisation de la stratification sociale.
A cet égard et d’une manière particulière, s’imposent la mise en œuvre effective de la Fatwa de 2015 constatant la non-conformité à la Cheria de la pratique esclavagiste et l’application vigilante et déterminée par les pouvoirs publics de la loi criminalisant cette même pratique.
* Les problématiques ethniques
1. L’unité nationale
C’est le lieu de l’affirmer haut et fort, l’unité nationale du pays ne peut jamais être menacée, car garantie d’une part, comme déjà souligné, par nôtre commune appartenance à la civilisation islamique et fondée d’autre part, sur la cohabitation séculaire et pacifique de nos populations dans leurs différentes composantes ethniques sur le même terroir, y développent des intérêts et un destin à jamais partagés.
Les différents soubresauts et événements qui ont, parfois, affecté le pays et qui sont le lot courant de toutes les nations en constitution, n’ont jamais réussi à mettre en cause cette unité, car ils ont toujours été le fait, soit de jeunes gens abusés par le mirage des idées en vogue au moment des indépendances, soit de politiciens en mal de notoriété, soit de pouvoirs inexpérimentés ou induits en erreur par leur déni de la liberté et de la démocratie.
Il incombe donc à la scène politique dans ses différentes composantes de cesser d’agiter l’épouvantail de dangers imaginaires qui menaceraient l’unité du pays, accréditant ainsi ce qui relève, en réalité, d’une « pensée unique » commode pour les ténors de la démagogie populiste et aujourd’hui malheureusement largement partagée.Â
2. Le problème culturel
Aucune nation ne peut se passer de posséder et de traduire son unité à travers une langue nationale officielle écrite, à côté de ses autres langues nationales. La nôtre est, de toute évidence, l’Arabe qui est le véhicule naturel de notre civilisation islamique et la langue écrite commune à toutes nos populations depuis bien avant l’occupation coloniale.
Mais, en même temps et dans le monde globalisé où nous vivons, il relève désormais de l’analphabétisme de n’avoir l’usage que d’une seule langue.
L’histoire, le réalisme et l’évolution du monde nous imposent donc d’enseigner et de pratiquer la langue française et, si nos moyens nous le permettent, d’autres langues, afin de faciliter nos échanges avec le reste du monde.
Ici aussi, les acteurs de la scène politique nationale, arabophones comme francophones doivent cesser de faire de ce problème une donnée récurrente et démagogique du discours politique.
Tout comme il convient d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur la nécessité de redonner vie à l’Institut des Langues Nationales, initié sous le régime du regretté Président Mokhtar Ould Daddah, afin que soit poursuivie l’ambition légitime de faire du Pulaar, du soninké et du wolof des langues nationales écrites et enseignées.
3. Le patrimoine culturel
Contrairement à la civilisation qui est chose uniforme et commune à toute une nation, la culture, moyen par lequel sont véhiculées et traduites en pratique les valeurs spirituelles et morales de la civilisation, ne peut et ne saurait être que multiforme.
C’est ce que nous pouvons constater dans tous les pays du monde et c’est ce qui existe dans notre pays et qui fait la richesse de notre patrimoine culturel national.
Et la démocratie bien comprise consiste à valoriser et à accorder place et respect à toutes les spécificités culturelles qui, ensemble, constituent ce patrimoine.
Les acteurs de la scène politique nationale (pouvoirs publics, partis politiques, société civile), plutôt que de nous diviser dans le domaine culturel, devraient, au contraire, tenir un discours d’unité qui fasse que les spécificités culturelles arabe, halpulaar, soninké et wolof soient perçues par chacun, non pas comme antinomiques, mais bien comme partie intégrante et assumée d’un patrimoine commun à chaque arabe, à chaque halpulaar, à chaque soninké et à chaque wolof.
* * *
Une scène politique où une indispensable opposition avisée et constructive et une majorité de conviction, non d’opportunisme et de complaisance, acceptent de coexister dans la paix et la convivialité sous l’égide d’un état de droit véritable, tel est l’objectif auquel doivent concourir aujourd’hui tous les efforts des acteurs de la vie politique nationale afin de rendre possible la réalisation de l’ambitieux programme proposé au pays et approuvé par le peuple, à l’occasion de l’élection présidentielle du 22 juin.
Un tel objectif que nous voyons atteint dans notre voisinage, au nord comme au sud, est incontestablement à notre portée, si nous acceptons enfin de donner la parole à notre héritage civilisationnel et culturel, de tourner le dos aux idées reçues du passé et à la pensée unique qui en découle, de composer avec les données économiques et politiques qui régissent le monde globalisé où, par la force des choses, nous sommes condamnés à vivre.
Ahmed Ould SIDI BABA
Ancien Ministre
Nouakchott, le 06/11/2019Â
Le calame





