Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

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FLAMNET-RÉTRO: Règlement du passif humanitaire : Les FLAM crachent dans la soupe

altL’initiative du Haut Conseil d’Etat visant à régler définitivement ce qu’il  été convenu d’appeler le passif humanitaire continue à faire couler beaucoup d’encre. Cette initiative qui a été bien accueillie dans beaucoup de milieux représentatifs des victimes a, par contre été rejetée par d’autres comme les FLAM.
 
Dans une interview parue récemment sur  Horizons d’Abbere “, M. Kaaw Touré, Porte-parole de ce mouvement est longuement revenu sur les tenants et les aboutissants d’une telle initiative. Il a aussi parlé des FLAM en général et de leur position sur les questions de l’unité nationale et de la cohabitation entre les communautés.

Concernant ce qui s’est passé tout dernièrement à Kaédi avec le discours du président du HCE, M.Kaw Touré a souligné : ” Il n’y a rien de radical dans cette prise de position, ni dans aucune autre de nos positions en général. Cette position se trouve exprimée dans le Mémorandum que nous avons publié en mars 2000 alors que Taya était encore au pouvoir. Rien de nouveau dans le discours du général sauf qu’en bon militaire il a voulu ” clore ” le contentieux sans les principaux concernés et surtout ceux qui ont été les principales victimes de cette répression qui a commencé en septembre 1986 après la publication du Manifeste des FLAM. Nous avons subi dans notre chair et dans notre âme ces moments de douleur et certains d’entre nous continuent de souffrir de cette répression, des familles se sont trouvées éclatées, des coeurs et corps meurtris, des blessures profondes et des handicaps que rien ne guérira, surtout pas quelques promesses de subsides dédaigneusement consentis par un putschiste en mal de r e c o n n a i s s a n c e ! Personne ne peut décréter la réconciliation sans que les protagonistes ne se soient parler, sans que la vérité ait été révélée. Où étaient ces fameux oulémas lorsqu’on nous tuait à petit feu et torturait dans les geôles de Taya ? Où étaient-ils lorsqu’on nous déportait à nu? Où étaient-ils lorsqu’on massacrait des musulmans en plein mois béni du ramadan ? Où étaientils quand on manifestait dans les colloques internationaux pour dénoncer cette barbarie ? Comment prier sur les morts sans leurs corps? Qui les a tués, pourquoi ils l’ont été ? pourquoi pardonner et qui pardonner ? Ce sont des questions qui méritent des réponses et non une fuite en avant. Pour nous, c’est une insulte parce que ce sont les mêmes nègres de service qui cherchaient à blanchir Taya à Banjul, Dakar, Durban, Alger, Bruxelles, Paris et Généve. Je trouve certains propos des soutiens de la junte cyniques et inacceptables. Quand certains nous accusent de faire du fond de commerce avec le dossier du passif humanitaire parce que refusons d’embarquer dans ce train militaire à destination inconnue. “
 
Au sujet du “Manifeste du négro- mauritanien opprimé” rédigé en 1986, le porte parole des FLAM a rappelé qu’il ” y avait un problème de coexistence entre les communautés Arabe et négro- mauritanienne. Ce problème, disions- nous, ne résultait pas d’un antagonisme naturel latent ou spontané, mais plutôt d’un système politique visant à diviser le peuple en exacerbant les préjugés inter- ethniques. Nous attirions l’attention du régime sur l’urgence qu’il y avait à reconnaître et à prendre en charge ce problème pour juguler tout risque de confrontation que pourrait entraîner sa persistance. Enfin, nous préconisions dans la 3ème partie du ” Manifeste ” un vaste débat national où tous les Mauritaniens s’asseyeraient autour d’une table afin de résoudre par euxmêmes, par le dialogue et la concertation, l’ensemble de ces problèmes. Ceci pour expliquer que le “Manifeste” stigmatisait , non pas les populations arabo-berbères, contrairement à l’amalgame créé et entretenu par le régime de O/ Taya mais plutôt des politiques d’un système exclusiviste. Il dénonçait donc le caractère nocif, et impropre à construire une nation unie dans sa diversité.”
 
Sur les rapports actuels entre communautés M.Touré note: “A cause de ces désastreuses politiques justement , on constate qu’aujourd’hui les rapports entre ces populations restent marqués par la méfiance, la suspicion et le ressentiment au lieu de la solidarité et de la fraternité qui auraient dû fondé notre coexistence. Je ne vous apprends rien en vous disant que ces apports ont été davantage altérés par les purges ethniques des années 86-91.”
 
Sur la réalité des FLAM et la perception qu’on en avait M.Touré note: “Le régime de Taya et ses affidés et alliés nous qualifiait de chauvins ou d’extrémistes. Par stratégie, pour éloigner les populations de notre Organisation. Les populations qui vivent la réalité de l’exclusion, de la déportation et de l’esclavage que nous dénonçons, elles, savent ce que nous sommes réellement. D’ailleurs, ceux qui nous accusaient, hier, d’extrémisme reprennent allègrement aujourd’hui notre discours et nos propositions de solutions sur la question nationale et sur le passif humanitaire. Des forces progressistes commencent à mieux nous comprendre, à mieux nous juger pour avoir compris le sens de notre discours et de notre combat qui est celui pour l’égalité et la justice, dans une autre Mauritanie multiculturelle, démocratique, reconstruite sur les valeurs de fraternité, de respect et de tolérance. “
 
Parlant de la dernière loi contre l’esclavage ratifiée sous la présidence de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, le porte parole des FLAM affirme que : ” Cette nouvelle loi qui criminalise l’esclavage en Mauritanie est une révolution qui a été saluée par tous les militants abolitionnistes mais il ne suffit pas de décréter une loi pour faire disparaître cette pratique et une certaine culture fondée sur le complexe de supériorité. Des mesures concrètes d’épanouissement et une campagne d’explication doivent accompagner cette nouvelle politique pour combattre à jamais l’esclavage et ses séquelles dans notre société et dans nos mentalités féodales. Cette loi, n’a pas encore supprimé l’esclavage, mais elle a eu le mérite de créer une sorte de déclic psychologique chez les principaux concernés euxmêmes, c’est à dire la frange haratine. “
 
Parlant du retour des réfugiés du Mali et du Sénégal, le dirigeant flamiste a dit que: “ce retour organisé des réfugiés a été entamé après le discours historique du 29 juin 2007 du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi qui, pour la première fois, reconnaissait la responsabilité de l’Etat dans le passif humanitaire et s’engageait à résoudre cet épineux problème comme celui des déportés. Vous avez suivi avec nous cette mlevée de boucliers et la résistance de certains cercles politiques hostiles au retour des déportés et du règlement du passif humanitaire. C’est ce qui explique d’ailleurs les limites et les insuffisances des premiers retours organisés des déportés. Il y a eu certes des retours même après le putsch mais les rapatriés végètent toujours dans les mêmes problèmes d’insertion et de rétablissement dans leurs droits : terres de culture, indemnisations, écoles, santé, eau, pièces d’état civil…etc.. c’est cette situation précaire des rapatriés qui explique en grande partie la réticence actuelle des déportés restés dans les camps à reprendre le chemin du retour parce qu’un homme averti en vaut deux; ensuite les sanctions internationales qui se profilent à l’horizon n’incitent pas à l’aventure.”
 
 
En conclusion M.Touré a livré son opinion sur les grands problèmes qui à son sens minent l’unité nationale et proposé quelques pistes pour sortir de cette situation: “Aujourd’hui le passif humanitaire défraie la chronique. On parle du règlement de ce dossier comme étant ” la ” solution pour la réconciliation nationale. Mais en fait ce passif ne fut pas la source des problèmes; il ne fut pas la cause mais l’effet ! La vraie cause des problèmes, récurrents depuis 1960, réside dans l’accaparement de la réalité du pouvoir politique par une seule communauté , la communauté arabo – berbère, qui se traduit par le déni total de citoyenneté du Négro – mauritanien. Si donc on procédait à la redistribution ou au partage équitable de ce pouvoir politique il est certain que les tensions cycliques vécues par le pays disparaîtraient, définitivement. La réconciliation nationale tant souhaitée par tous ne peut être obtenue de manière durable et viable que par le partage équitable du pouvoir politique. Nous en sommes convaincus. La Mauritanie est un pays multiculturel et biracial et nous devons tenir compte de cette diversité dans l’exercice du pouvoir pour que chaque mauritanien puisse se reconnaître dans l’Etat mauritanien.”
 
SYNTHÈSE BAKARI GUÈYE
, 04 April 2009

NOUAKCHOTT-INFO

 

Les “FLAM” contre la démarche de la junte au sujet du passif

Nouakchott, Mauritanie (PANA) – Les Forces de libération africaine de Mauritanie (FLAM), une organisation de la diaspora opposée au coup d’Etat du 6 août 2008, dénoncent la promesse des réparations au profit des rescapés et familles des victimes du passif humanitaire faite récemment par la junte au pouvoir comme “une instrumentalisation du dossier à des fins électorales”, dans une déclaration transmise à la PANA dimanche.

 La promesse de règlement par “de simples réparations” constitue “une insulte” à la mémoire des victimes, selon la déclaration des FLAM. Considérant que les faits à l’origine du passif humanitaire sous le régime de Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya (renversé en 2005) “relèvent d’un plan d’épuration ethnique”, la déclaration prône “un débat de fond sur l’avenir de la cohabitation entre les différentes communautés mauritaniennes”.

Pour le règlement définitif du passif humanitaire, le mouvement propose une solution tenant compte de plusieurs paramètres: “refus de l’impunité, exigence de vérité, de réparation et nécessité du pardon”.

Le chef de la junte au pouvoir en Mauritanie depuis le 6 août 2008, le général Mohamed Ould Abdel Aziz, a annoncé son intention de clore définitivement l’épineux dossier du passif humanitaire, dans une allocution prononcée mercredi dernier devant les populations de Kaédi (420 kilomètres au sud-est de Nouakchott).

Le passif humanitaire en Mauritanie est constitué par une série de graves violations des droits humains contre les populations noires du pays entre 1989 et 1991, selon les ONG de défense des droits humains. Mais du côté de l’Etat mauritanien, on semble restreindre ces événements à plusieurs centaines d’exécutions extra judiciaires et des tortures dont ont été victimes des militaires négro-mauritaniens entre septembre 1990 et février 1991.

 PANA: 04 April 2009

 

 

 

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FLAMNET-RÉTRO: Entretien avec Mme Habsa SALL, secrétaire nationale chargée des relations extérieures des Flam

habsa banor“Il faut un partage du pouvoir entre les communautés mauritaniennes”

Elle est secrétaire nationale chargée des relations extérieures des Forces de libération africaine de Mauritanie (Flam) et ancienne inspectrice des douanes de son pays.
Habsa Sall a été déportée, son mari emprisonné à Walata avant d’être libéré. Aujourd’hui qu’elle vit en France avec son mari, elle pense que la Mauritanie a perdu énormément de temps dans la répression alors qu’elle pouvait vivre harmonieusement. D’ailleurs, pour cela, elle indique, dans cet entretien, qu’il faut un partage du pouvoir entre communautés négro-africaine et arabo-berbère.

Bonne lecture, la lutte continue!

 

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Quels choix pour la Mauritanie: Par Babacar Toure: Envoyé spécial de SUDMAGAZINE a Nouakchott (1987)

babacar toureLe vent léger qui balaie la capitale mauritanienne en cette fin d´année,est á la fois sec et glacial.Aprés les chaudes journées d´août-septembre, la nature, d´ordinaire si capricieuse en région saharienne , semble s´adapter á la dynamique sociale qui a marqué le pays ces six derniers mois.

Comme dans un scénario mal ficelé d´un film de série “B”, la vie au pays de Ould Taya a connu des soubressauts qui ont fait craindre le pire.Pourtant,il faudra beaucoup de sagacité au visiteur débarquant á Nouakchott pour essayer de saisir l´intrigue politico-sociale á la base des événements de cet été. L´accalmie a pour principale cause le désir d´apaisement manifesté par les autorités et la mise hors circuit des dirigeants du mouvement “négro-mauritanien”,-ainsi qu´ils se définissent eux-mêmes-s´étant manifestés au grand jour sous le sigle évocateur de FLAM (Front de libération des Africains de Mauritanie). Tout semble parti de la publication en avril de l´année derniére,d´un “manifeste du négro-mauritanien opprimé”distribué au Sénégal et à certains chefs d´Etats présents aux sommets de L´OUA á Addis Abeba (Ethiopie)en juillet,et á celui des Non-alignés á Hararé(Zimbabwe)en septembre 86.

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Mouhamadou Kaaw Touré, un combattant de la liberté parmi nous!

kaawDerrière le sourire permanent de ce combattant de la liberté se dessinent les souffrances de l´exil, de la torture, de la prison et de la solitude. La vie de Mouhamadou ou Kaaw Touré pour les intimes est toute une histoire. Histoire d´amour pour la liberté mais surtout l´amour pour son pays et son peuple. Kaaw a passé la moitié de sa vie en exil entre le Sénégal et la Suède.

 

 Conscience politique précoce
C´est en decembre 1987 que KaawTouré, pourchassé par les autorités mauritaniennes, quitte Djeol, son village natal situé dans le Sud de la Mauritanie en Afrique de l´Ouest pour rejoindre Dakar la capitale du Sénégal voisin. Exil provoqué par la repression de son mouvement, certes, mais surtout par l´ardent désir de continuer une lutte engagée dès l´âge de 15 ans. Conscience politique précoce donc, qui dès les années du collége et lycée est venue troubler une trop courte période résérvée à la naïveté de l´adolescence:”Le milieu dans lequel j´étais et grandi m´a très tôt influencé, dit-il. Ensuite, il y a la situation politique du pays.Tu ne peux pas rester insensible à ce que tu subis au quotidien si tu as un minimum de dignité. Les provocations, la discrimination envers les Noirs à l´école, dans l´administration, dans l´armée, dans la rue, partout”.

Militant du Mouvement des Eléves et Etudiants Noirs, il participe à l´organisation de manifestations culturelles, à la mise en place de conférences en présence d´intellectuels descendant de la capitale et à la publication d´un journal scolaire. C´est en mars 1983, date de la création des FLAM, que le discours politique de Kaaw et de ses camarades prend une autre envergure. Fusion de plusieurs mouvements politiques, dont celui des étudiants et des éléves, anti-raciste et anti-esclavagiste par essence, les Forces de libération africaines de Mauritanie FLAM se veulent d’être une organisation non ethnique et non raciale dont l´objectif est d´éradiquer toute forme d´oppression et de discrimination en Mauritanie. Le manifeste du négro-mauritanien opprimé publié en 1986 sonnera le point de départ de cette nouvelle donne:”Nous avions fait une analyse en montrant chiffres à l´appui les caracteristiques et les manifestations de la discrimination dans tous les secteurs de l’Etat” . Coup d´envoi d´une prise de conscience politique mais aussi début de la clandestinité. Du 4 septembre 1986 jusqu´au début de janvier 1987, une centaine de militants , d´intellectuels et d´étudiants sont arrêtés. Kaaw en faisait partie. Il avait à peine 19 ans. Kaaw se souvient comme si c´était hier de son arrestation. Il revoit encore la dizaine de gendarmes et gardes venus encercler leur maison, la frayeur dans le regard de sa mère et la dernière priére du matin juste avant de se faire passer les menottes comme un criminel dit kaaw.

La prison et tortures

Il se souvient également de la torture, “du supplice du jaguar” et de cette matraque qui s´abattait sur les plantes de ses pieds quand, immobilisé par des barres de fer, recroquevillé sur lui même et retourné la tête en bas, le sang lui giclait des yeux. Pendant une semaine d´interrogatoire : “ils voulaient que l´on avoue avoir porté atteinte à la sûreté de l´Etat et être membres d´une organisation terroriste. Nous étions enfermés dans le noir. A plusieurs dizaines dans une petite cellule. Sans aucun sanitaire, sans aucune fénétre. On manquait d´air. A la limite on était content de se faire interroger dans la salle de torture parce que l´on pouvait voir la lumiére du jour et respirer un peu”. Suivront un mois de détention et un simulacre de procés sans avocats. “parfois nos geôliers versaient du sable dans nos repas ou de l´eau pour dire que nous n´etions que des sales négres et esclaves”.

Les plus influents prirent quatre, cinq ans voire plus avant d´être transférés plus tard dans l´enfer de Oualata. Cet ancien fort colonial devenu prison-sanctuaire, trônant au milieu du désért où le climat, les travaux forcés et les constantes brimades des gardiens viennent à bout des convictions les plus coriaces. Quelques noms Djigo Tafsir ancien ministre, Ten Youssouf Guéye, ancien ambassadeur de Mauritanie à L´ONU y ont laissé la vie. Bénéficiant de son jeune âge, cette épreuve a été épargné à Kaaw le plus jeune prisonnier politique mauritanien à l´époque. Pour lui , ce sera la prison civile de Kaédi dans le Sud pour 6 mois fermes. Mais il lui en fallait beaucoup plus pour renoncer, car dès sa sortie il remet ca en dirigeant des nouvelles manifestations contre l´exécution de 3 officiers noirs en décembre 1987. De nouveau recherché, il s´enfuit à temps cette fois, et se rend au Sénégal, son oncle maternel qui était son correspondant à Kaëdi sera arrêté et pris en otage pendant un mois avant qu´ il ne soit liberé plus tard: ” je me suis rendu compte que la lutte pouvait être aussi plus efficace à l´extérieur du pays même si je ne voulais pas quitter mon pays, laisser ma famille, mes amis mais il le fallait parce qu´en prison on ne pouvait pas déranger le régime”.

Exil au Sénégal

Il rejoint ses camarades qui avaient échappé à la représsion de 1986 et continue avec eux la lutte et à mobiliser autour de l´apartheïd mauritanien. Présentes en Afrique, aux Etats-Unis, en France et même en Scandinavie, les FLAM en un peu de temps ont réussi à cristalliser l´opinion internationale sur les questions des droits de l´homme en Mauritanie. Human rights watch, Amnesty international, la FIDH et autres organisations humanitaires suivent la cause à la loupe et la Mauritanie était sur le banc des accusés dans tous les rapports des organisations des droits humains. Et Kaaw et ses camarades arrivent depuis Dakar, à plaider efficacement la cause à l´étranger. A Dakar, certains partis politiques leur ont fait part leur soutien et les invitent à leurs différentes manifestations et congrés. Mais diplomatie oblige, les manifestations, les colloques et les interventions de Kaaw dans les médias nationaux et internationaux sont ponctués de discrets mais fermes rappels à l´ordre des autorités sénégalaises c´est ainsi en juillet 1999 après avoir echappé de justesse à une extradition et au kidnapping, grâce à l´intervention des autorités des Nations unies(HCR) Kaaw obtient l´asile politique en Suède. Les Etats-Unis et la Suède lui offrent l´asile mais pour des raisons stratégiques et politiques Kaaw Choisit la destination de notre pays : ” Aux Etats-unis nous avions déjà làbas des militants et qui mobilisaient bien l´opinion américaine à travers un réseau d´amis il nous fallait aussi des représentants dans les pays du Nord pour faire connaitre notre cause dans cette partie de l´Europe” explique le porte-parole des FLAM.

Deuxième exil

Tout n´était pas facile au début pour lui, la langue, la culture et le climat, tout était différent mais c´est dans l´épreuve que retrouve le grand miltant ses forces et sa détérmination ainsi donc il commence ses contacts politiques et avec le soutien de la Fondation du premier ministre Olof Palm qui organise des rencontres avec les partis politiques, les associations des droits humains, des membres de la société civile, la presse nationale, Kaaw intégre le milieu politique suédois. Très chaleureux et au contact facile le message passe vite et Kaaw noue des contacts avec la classe politique et la société civile. Des tournées, des exposés et des conférences sur la Mauritanie sont organisées dans les lycées, colléges et universités pour attirer l´opinion sur le racisme et l´esclavage en Mauritanie. C´est dans cette campagne qu´il rencontre la réalisatrice Helen Aastrup qui voulait faire un film documentaire sur lui, qu´il arrivera à convaincre de voyager en Mauritanie pour faire un film sur l´esclavage dans ce pays. Avec des amis flamistes exilés au Danmark ils préparent ce voyage en donnant toute la littérature sur l´esclavage en Mauritanie et les contacts de SOS-Esclaves une organisation mauritanienne qui lutte pour la libération et l´émancipation des esclaves. Ce travail donnera le film “NÉ ESCLAVE”, qui verra jour avec l´appui d´ Amnesty international. Ce film sera projeté dans plusieurs pays et fera objet des débats houleux aux USA et en Europe entre les partisans et les adversaires du régime déchu. Parallélement il crée un site internet FLAMNET pour son organisation, des informations et des débats sur la Mauritanie y sont livrés et le forum devient le répére et le lieu d´échange de tous les exilés politiques mauritaniens.”Le site me prend tout mon temps, je me reveille à 6 heures du matin et me couche à 1heure ou 2 heures parfois pour me permettre de modérer les messages, heureusement qu´avec mon ordinateur portable ou avec mon téléphone mobil je peux me connecter à tout temps et à tout lieu sur le site”. Ce qui fait l´exception du forum flamnet c´est qu´il compte parmi ses abonnés des chercheurs, des journalistes, des diplomates, des hommes politiques, des jeunes mauritaniens avertis et d´autres militants panafricanistes et des droits humains dans le monde. Le site compte des milliers de visiteurs par jour sans compter les 800 abonnés du forum qui recoivent les messages du forum directement dans leurs boites électroniques au quotidien.

L´espoir

En aout 2005 l´ancien dicateur est renversé par ses anciens lieutenants mais Kaaw et ses amis flamistes ne sont pas convaincus de la volonté réelle du changement de l´ancien directeur de la sûreté de la Mauritanie qui dirige la nouvelle junte. Les FLAM décident de se mettre en marge du processus de la transition pour voir plus clair sur les vraies intentions du nouveau régime. Acculé´par l´opinion internationale la junte au pouvoir organise des eléctions après 2 ans de “gestion calamiteuse et de détournements des deniers publics” dira Kaaw Touré. Le Seul actif de la junte qu´on peut juger positif c´est l´organisation des élections mais tout le reste est nul, le chef du CMJD était arrogrant et méprisait les victimes du régime raciste, ils partent en laissant les caisses de l´état complétement vides”. Un nouveau président est élu sans contestation. “Nous ne pouvons être plus royalistes que le roi si les candidats eux-mêmes ont reconnu leur défaite et la transparence des élections nous ne pouvons que prendre acte”. Aujourd´hui Kaaw et beaucoup de ses amis restent optimistes à l avenir mais toujours prudents parce que comme il dit en politique il ne faut jamais faire confiance en personne. “Nous sommes le seul mouvement politique qui n´a jamais collaboré de près ou de loin avec le système, tout ce qui nous intéresse c´est la justice, ni les strapontins ni les honneurs ne sont nos préoccupations” dira t-il avec un ton très sérieux. Il voit l´avenir des FLAM avec optimisme au pays même s´il faut s´attendre à tous les coups parce que les “FLAM dérangent aussi bien le système que certains partis de l´opposition” c´est pourquoi il faut préparer le retour sans précipitation et “mettre tous les moyens et atouts de notre côté, la bataille sera rude il ne faut pas se faire d´illusions”. Kaaw a beaucoup de projets en tête pour son mouvement, ” en plus du site internet il nous faut un journal régulier, une radio et pourquoi pas une TV? Il faut conscientiser notre peuple et contrer la campagne de nos adversaires, la bataille de communication est très importante dans cette lutte.”

Le mal du pays

A quand le retour de Kaaw et des FLAM au pays? “le mouvement vient d´organiser des débats dans nos différentes structures de base et au sein du Bureau national nous allons envoyer ces conclusions au Conseil national qui va faire la synthèse de nos réflexions et c´est après seulement que je saurai la date exacte de notre retour ou de notre nouvelle orientation, je suis un militant discipliné et je n´attends que les décisions de nos instances pour me prononcer”. Mais le pays lui manque beaucoup et il regrette déjà de ne pouvoir revoir certains parents, amis et proches qui ont quitté ce monde et qu´il ne pourra plus revoir “mais la première chose que je ferais une fois rentré au pays c´est d´aller me recueillir sur leurs tombes”. Le retour au pays c´est aussi les retrouvailles avec la famille et des amis d´enfance qu´il n´a pas vu depuis des décennies et surtout il évoque avec nostalgie son village natal qu´il parle avec amour et passion.

 

 

 

Le retour au pays natal est le souhait de chaque exilé dira t-il mais la Suède est devenue sa seconde patrie où il compte beaucoup d´amis et des camarades, un pays qui l´a accueilli et adopté lorsqu´il fut rejeté par son propre pays , la séparation sera difficile parce que le coeur est déjà partagé. “ne pas pouvoir voir son pays , est ce qu´il y a de pire pour un homme mais tant qu´il y a vie il y a toujours espoir”, déclare-t-il et Kaaw nous dit avec fierté qu´il ne regrette rien de son parcours militant et s´il faut tenir encore des années ou donner sa vie pour cette cause il le fera avec plaisir. Son souhait le plus ardent est de voir un jour les fils de son pays reconciliés, arabes et négro-africains vivre en harmonie et en paix dans la justice et l´égalité. Tout est possible il suffit seulement de la volonté politique parce que les deux communautés ont beaucoup en commun et surtout cette diversité culturelle qui devait faire sa fierté. En attendant que ce rêve se réalise Kaaw nous dit avec un coup de poignée levé, la lutte doit continuer.

A. Carringhton et J. Andersson.

 

 TAQADOUMY

 

SOURCE:  Le Baromètre -(quotidien suédois).

 

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Jeune Afrique: MAURITANIE: Après lʼexil, la désillusion

maliLes Négro-Mauritaniens sont quelque 20000 à avoir été rapatriés depuis 2008. Mais beaucoup ont découvert en rentrant chez eux… de nouveaux occupants.

Après vingt ans d’exil au Sénégal, Fatimata*, 44 ans, a retrouvé son pays, la Mauritanie, il y a huit mois. Mais, pour ses terres, elle devra attendre. « Elles sont cultivées par des Maures, ils nous les ont volées! » s’énerve cette mère de sept enfants, d’ordinaire d’un naturel calme. Durant son absence, le terrain exploité par sa famille avec une coopérative à Djolly, dans la zone fertile de la vallée du fleuve Sénégal, a été attribué à d’autres. Fatimata ne désarme pas : « Il faut au moins qu’ils partagent. » Les « spoliateurs » ont emprunté et investi pour valoriser l’exploitation? Qu’importe: elle pense avoir plus de droits que quiconque sur cette terre. C’est celle de ses ancêtres. Fatimata fait partie des 60000 Négro-Mauritaniens expulsés du pays en 1989.

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