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Conclusions du congrès des Flam : Soutien de l’unité et redéploiement local
Les Flam ont tenu fin mai dernier leur 7e congrès ordinaire annuel à Champs-sur-Marne, en région parisienne, en France. La première orientation retenue pour les actions futures du mouvement a porté sur la ferme volonté de cette organisation vivant à l’exil à contribuer au combat contre le retour des pratiques du passé et les errements racistes et génocidaires ayant compromis pour longtemps l’unité nationale. Le redéploiement, cette fois à l’intérieur du pays a été aussi vivement recommandé par le rapport sanctionnant les travaux des congressistes.
Venus des Etats-Unis, d’Afrique et d’Europe, les délégués des FLAM avaient débattu les 28, 29 et 30 mai derniers de la situation socio-politique en Mauritanie, du passif humanitaire, du sort des réfugiés négro-mauritaniens au Sénégal et au Mali, de la question agraire dans la vallée du fleuve Sénégal et de l’esclavage. Ils avaient procédé également au renouvellement des instances dirigeantes de leur mouvement, dont le conseil national et le bureau national. La résolution générale de cet important congrès ordinaire des Flam a été prise sur la base de plusieurs considérations dont entre autres selon ce mouvement « les différents changements intervenus à la tête de l’Etat depuis le coup d’état qui a renversé l’ethno génocidaire Maaouya Ould Sidi Ahmed Taya , la perpétuation par le système de la situation de marginalisation et de discrimination de la communauté noire par ces pouvoirs, l’impunité dont continue de jouir les auteurs de crimes commis contre la communauté Négro-mauritanienne et l’amorce du retour des déportés mauritaniens du Sénégal ». D’’autres points ont également été pris en compte dans l’établissement de ce résolution dont « le traitement inhumain réservé par les autorités mauritaniennes aux rapatriés, le refus des autorités mauritaniennes d’engager le rapatriement des déportés mauritaniens au Mali, le manque de volonté du régime à mettre en œuvre les lois criminalisant l’esclavage et les tentatives d’étouffement par le système sécuritaire en place des revendications de justice sociale et d’égalité raciale » ajoute les Flam qui accusent « le régime du général Mohamed Ould Abdel Aziz » de perpétuer dans les faits « le racisme d’Etat en vigueur depuis l’indépendance» soulignant que les avancées enregistrées dans la conquête des libertés et de la presse sont encore timides. Considérant aussi le large débat ouvert et démocratique au sein de toutes leurs structures, les rideaux du 7e congrès des Flam sont tombées sur des conclusions selon lesquels ce mouvement a affirmé sa détermination à contribuer au combat contre le retour des pratiques du passé et les errements racistes et génocidaires ayant compromis pour longtemps l’unité nationale. L’organisation a décidé également réinscrire son combat pour la justice, la démocratie et l’égale dignité entre les Mauritaniens à l’intérieur du pays, réaffirmant l’autonomie comme seul cadre adéquat pour la résolution de la cohabitation et engageant son bureau national) à entreprendre la mise en œuvre du processus de redéploiement de l’organisation en Mauritanie.
(Avec Flam _com) – Amadou Diaara- LE RÉNOVATEUR.
FLAMNET-RÉTRO: Le président des FLAM parle dans un entretien exclusif avec Nouakchott-Info

Samba Thiam est le président des Forces de Libération Africaines de Mauritanie (FLAM). Né en 1949 à Sélibaby (Sud de la Mauritanie),inspecteur de l’enseignement de formation et ancien formateur à l’Ecole Normale des Instituteurs (ENI), Samba Thiam est membre fondateur des FLAM en mars 1983. Il fut arrêté en septembre 1986 , après la publication du « Manifeste du Négro-mauritanien Opprimé »,jugé et condamné à cinq ans d’emprisonnement ferme et envoyé au bagne de WALATA. Il séjourna dans cette prison avec d’autres hauts cadres Négro-mauritaniens, dont le grand poète Feu Téne Youssouf Guèye (mort dans le bagne). A sa sortie de prison, il rejoint ses amis au Sénégal .Il fut élu à la tête des FLAM lors du troisième congrès, et depuis lors il dirige l’organisation. Il vit actuellement en exil à New York . Nouakchott Info l’a rencontré et a bien voulu répondre à nos questions. Dans cet entretien exclusif ( première interview avec un journal mauritanien, selon Kaaw Touré), le Président Samba Thiam parle du dernier congrès des FLAM, de l’Autonomie, de sa vision de la Mauritanie,de l’Islam, de la visite de Joseph le baron chez les réfugiés,de la transition et des conditions de retour.
Entretien…..
NOUAKCHOTT-INFO : Monsieur le Président,votre congrès organisé fin décembre 2005 aux Etats-Unis,a discuté un certain nombres de questions,dont celle de l’autonomie. Pouvez-vous nous édifier sur les grandes orientations ayant sanctionné ce rendez-vous et le contenu du nouveau concept de l’autonomie ?
LE PRESIDENT DES FLAM : Nous sommes sortis de notre 6ème congrès national déterminés et solidaires dans notre commune volonté de poursuivre le juste combat que nous avons engagé contre la discrimination et l’injustice. C’est ainsi que des décisions majeures ont été prises notamment aux fins d’impulser davantage la lutte, et de faire plus de place aux jeunes et aux femmes dans les organes de direction. Mais la grande décision reste évidemment la réaffirmation déterminée de l’Autonomie. Une autonomie qui permettrait que les communautés prennent en main la gestion de leur terroir , et modèlent leurs propres institutions tout en préservant le lien unitaire .Vous en aurez les détails dans une Charte à venir , en finition .
Mais encore une fois, il faudra situer cette option fondamentale dans le cadre d’une démarche visant à rechercher les solutions à notre épineux problème de cohabitation .En effet, lorsqu’on a mis à l’épreuve, pendant 45 ans, un schéma qui n’a pas fonctionné- et c’est là un euphémisme-, il faut se tourner vers d’autres solutions , essayer autre chose. Le bon sens le commande .
Je ne comprends pas , par ailleurs , que ce concept d’autonomie draine une inquiétude , injustifiée à mes yeux , auprès de certains , car la connotation ou le risque de séparation est bien plus élevé avec le statu quo actuel ; ou encore avec le fédéralisme .
J’ajoute , par ailleurs , que nous savons tous que la Mauritanie est un pays superflu , créé pour des raisons de géopolitique du colonialisme Français .
Il nous appartient dès lors , à nous classe politique éclairée, de faire en sorte qu’il devienne une nécessité , par une volonté de vivre en commun affirmée et traduite dans les faits , mais dans l’égalité et le respect mutuel .
Voilà pourquoi nous ne saurions nous accommoder davantage de cette position… inconfortable entre deux chaises: refuser de construire ce pays sur des bases justes , et continuer de s’opposer , en même temps , à toute perspective de séparation . C’est impossible et cela ne peut plus continuer . Il faut choisir.
NOUAKCHOTT-INFO :Sur quels critères aviez-vous choisi les Etats-Unis pour le congrès et que diriez-vous à ceux qui parlent du mauvais choix au détriment de l’Afrique ou l’Europe,arguant que c’est une « traduction de la volonté d’un groupe de privilégiés, coupé des réalités des réfugiés et de la Mauritanie post-Taya et qui prend en otage les FLAM» ?
LE PRESIDENT DES FLAM : D’où prenez -vous ça ?Qui prend en otage qui ? Des flamistes qui prennent en otage d’autres flamistes est tout simplement un non sens . Non ! les choses se sont passées de la manière la plus démocratique possible , croyez moi .
La vérité est tout autre. Le choix des USA a été tout simplement déterminé , en réalité par deux critères : celui de la sécurité et celui du coût . Tout le monde garde encore en mémoire la nature des relations entre Ould Taya et Wade . Le contexte était tel qu’il aurait été, pour nous, suicidaire de tenir nos assises en Afrique .
Le critère de sécurité excluant l’Afrique étant réglé ,il restait le choix entre l’Europe et les USA. Et là l’argument du coût a départagé. Plus des 3/4 des membres de notre Bureau Exécutif National et de notre Conseil National résidant aux Etats-Unis, il apparaissait , manifestement , plus économique pour nous de faire transporter la minorité en Europe vers les USA que procéder à l’inverse . voilà tout .
Il n’y avait , contrairement à certaines rumeurs, aucun calcul politicien ou de positionnement. La lutte pour la conservation du « pouvoir » est une fiction car il n’y avait pas de candidat provenant des Etats -unis ! Un jour, peut-être un coin du voile se lèvera qui éclairera davantage certains dessous de ce Congrès historique .
Prétendre enfin que nous sommes coupés de la réalité des camps, c’est méconnaître à la fois et nos capacités et la nature de nos rapports avec les réfugiés . Sans les Flam, il y a longtemps que les réfugiés seraient rentrés clandestinement du fait des poussées et des manoeuvres répétées de groupes de tous bords . Pour la réalité interne également vous vous trompez complètement à notre sujet .
N.I : Le Manifeste du négro-mauritanien opprimé publié par les Forces de Libération des Africains de Mauritanie(FLAM) en 1986 ,décrivait la situation dans notre pays ,comme comparable à celle de l’Apartheid en Afrique du Sud. Des blancs(Beïdanes),opprimant la composante noire de la Mauritanie. Cette description est-elle liée à la période d’un pouvoir donné et ses pratiques ou bien représenterait-elle votre vision permanente et stratégique des relations entre les communautés chez nous ?
LE PRESIDENT DES FLAM : Je pense que vous caricaturez un peu la description de l’apartheid en Afrique du Sud de l’époque. Et je ne crois pas non plus que les Flam l’aient posé de manière aussi simpliste. C’est connu , en Afrique du Sud tous les blancs n’adhéraient pas à l’apartheid. Mieux certains s’y opposèrent et d’autres le combattirent farouchement . Poser, par analogie , que tous les Bidhanes opprimaient la composante noire serait méconnaître et l’histoire du peuplement et le type de relations complexes , tantôt conflictuelles et tantôt conviviales qu’entretenaient certaines tribus avec des provinces du Fuuta et du Waalo, chose que je ne puis , malheureusement , étoffer ici pour des raisons d’espace . Mais de ce type de relations, l’inconscient collectif Négro-africain retient plutôt la dimension conflits et heurts , comme le rappelait Hindou mint Ainina dans son article « L’unité en question ».
Ce que par contre nous mettions en exergue et dénoncions c’était les politiques . Entre l’Afrique du Sud et la Mauritanie il y avait , quelque part , similarité. Le résultat de la politique menée ici et là restait identique au plan de la finalité qui était d’exclure, de dominer les Noirs .
Ici cette politique était codifiée, baptisée , là elle est non inscrite mais existe de facto. Dans les deux cas Blancs et Arabo-berbères bénéficiaient , consciemment ou inconsciemment , des retombées du Système . Bien sur que l’usage de la terminologie « Apartheid mauritanien » était , quelque part , provocatrice à dessein , et répondait à des soucis de propagande , pour un slogan fort. Mais c’était de bonne guerre !
N.I : Comme vous le savez,l’Islam a toujours joué jusqu’à nos jours un rôle central dans l’unité de notre pays,mais en suivant les écrits et les déclarations de certains de vos cadres,comme Ibrahima Sall, l’on ne peut que se poser des questions sur la place de notre religion commune dans vos programmes. La « négrité » d’un Samba Gualadiegui,prime t-elle pour vous sur l’islamité d’un Souleymane Ball ? Et que représente pour vous l’oeuvre d’hommes ,comme Elhaj Omar Tall ?
LE PRESIDENT DES FLAM : Votre question appelle trois remarques . La première,je n’ai jamais entendu ou lu des propos désobligeants vis- à -vis de l’Islam émanant du camarade Ibrahima Sall. Nulle part .
En second lieu, il est utile que vous sachiez que les propos de M. sall -homme de conviction , mais simple militant de base- n’impulsaient, ni ne déterminaient la ligne ou les positions de notre Organisation .
Cela dit, je dois vous apprendre que l’Islam n’a pas constitué , dans la naissance des Flam ,le creuset de rencontre . Au sein des Flam, nous comptons des musulmans fervents comme des athées irréductibles , des communistes , des nationalistes et des Chrétiens . C’est pour dire qu’ici l’Islam n’est pas l’élément fédérateur qui réside plutôt ,pour nous,dans cette volonté farouchement partagée de rendre au Noir mauritanien sa dignité , bafouée , et sa citoyenneté ,déniée .
Enfin, je ne comprends pas que souvent , on ne convoque l’Islam que lorsque l’Unité est menacée ou l’Arabité remise en cause . Si historiquement l’Islam a servi de ciment et de creuset de rencontres des peuples de la sous -région et en Mauritanie en particulier , dans la naissance et le rayonnement de certains mouvements religieux, ce n’est plus le cas aujourd’hui , car je ne retrouve plus ces musulmans d’antan. Je perçois l’Islam comme une croyance fondée sur la droiture , l’honnêteté , l’amour du prochain. Or ce que j’observe autour de moi c’est la roublardise , l’indifférence au malheur du voisin , une mentalité enfin , pour laquelle , l’honnêteté est perçue comme un délit ou est synonyme de marginalité . Alors une République islamique c’est peut-être bien , mais où sont les musulmans ?
Enfin cessons de faire l’amalgame entre Islamité et Arabité ; l’une réfère un message divin et l’autre renvoie à une culture.. Par rapport à Samba Gueladjegui et à Souleymane Ball , je crains que nous n’ayons pas la même lecture sur le sens de la symbolique que vous leur prêtez .
Si Samba Gueladjegui reste d’un courage légendaire , il incarne aussi et surtout , à mes yeux , cette soif négative du pouvoir pouvant conduire jusqu’à la lutte fratricide . Souleymane Ball représente ,à mon avis , plus le symbole du nationalisme résistant du Fuuta, qu’autre chose. Quant à Elhadj Omar , son oeuvre spirituelle demeure un legs de portée internationale .
Mais si on pouvait rattraper le temps , le petit- fils aurait aimé dire au vénérable grand–père – il parait qu’il est un de mes lointains grand-pères par la lignée maternelle- qu’il aurait mieux fait de tourner ses armes contre le colonialisme Français à nos portes, plutôt que vers l’esprit vaillant et chaleureux des Bambaras. C’est donc pour dire que je ne partageais pas tout à fait le caractère conquérant de l’Islam de Cheikh Oumar. En l’Islam, j’ai toujours perçu la conciliation plutôt que la colère , la compréhension plutôt que la contrainte .
N.I : Votre organisation connaît ces jours des dissidences et des exclusions au niveau de la direction. Quelle réaction vous inspire ces événements, qui, pour certains observateurs représenteraient le début de l’installation des FLAM dans un cycle d’instabilité aux contours indéterminés ?
LE PRESIDENT DES FLAM : Cette question appelle trois remarques :
La première ,c’est qu’il n y a là rien de dramatique , car bien souvent les crises et les secousses ,et même les ruptures, se situent dans le cours normal et naturel des Organisations en lutte . Elles sont parfois utiles , voire souhaitables pour permettre des bons qualitatifs .
En second lieu , vous ne devez pas perdre de vue que depuis toujours le pouvoir travaille à nous diviser , et c’est de bonne guerre .Nous l’avions toujours fait échouer ,cette fois il a réussi . On ne gagne pas toujours toutes les batailles ; c’est aussi simple que ça !
Mais un jour le voile se lèvera , là aussi , sur les vraies motivations de ce groupe ultra-minoritaire . A chaud , ici et maintenant , tout ce que je dirai pourrait être interprété comme un dénigrement . Une chose est sûre , ils voulaient rentrer . La voie est ouverte et nous leur souhaitons bonne chance et beaucoup de courage .
N.I : L’ambassadeur des Etats-Unis à Nouakchott Mr. Joseph Le baron,vient d’effectuer une visite dans les camps des réfugiés mauritaniens au Sénégal,un déplacement qui a eu,selon nos sources,l’aval des autorités mauritaniennes. Vous a-t-il transmis un message de Nouakchott et comment évaluez-vous les résultats de cette mission plus politique qu’humanitaire ?
LE PRESIDENT DES FLAM : Non , nous ne sommes pas en relation avec Monsieur l’Ambassadeur. Nous sommes plutôt tournés vers la maison blanche . Cela dit, la mission du diplomate peut être perçue comme un regain d’intérêt pour le dossier des réfugiés . Il faut espérer qu’elle ne s’inscrive pas dans le sillage de celle de Mme Sampas , parce qu’alors nous la ferions échouer , comme nous l’avions toujours fait quand les intérêts des réfugiés étaient menacés .
N.I : La visite de l’ambassadeur américain,conjuguée aux efforts de plusieurs formations politiques nationales -ayant une approche opposée à la votre sur les réfugiés- , l’action de lobbyistes et la volonté du gouvernement sénégalais de trouver une solution urgente à ce dossier , ne risquent-elles pas d’affaiblir votre position et partant hériter d’un fauteuil inconfortable au tour de la table d’un probable règlement de la question avant la fin de la transition ?
LE PRESIDENT DES FLAM : Que des formations politiques nationales fussent opposées à notre démarche , c’est vous qui me l’apprenez ! En ce qui nous concerne, notre position a toujours été et demeure pour un règlement correct de cette question des déportés , c’est -à -dire par leur retour organisé , leur réhabilitation dans tous leurs droits légitimes .
Si des formations s’opposent à une telle démarche , il appartiendra aux réfugiés d’en tirer toutes les conséquences.
Maintenant l’hypothèse que vous faites me semble mauvaise car elle ne saurait se présenter . Nous serons à la table de négociation lorsque nous aurons l’assurance que les droits essentiels des réfugiés seront pris en compte, sinon nous n’y serons pas . C’est clair .
N.I : Quel bilan faites-vous de la transition mauritanienne après six mois ?
LE PRESIDENT DES FLAM : Confusion , hésitation , atermoiements qui conduisent à des demi mesures et aux ratés observés .Tout cela donne l’impression que le CMJD , sous la pression tribale et des milieux mafieux , se cherche encore un difficile équilibre .
Et c’est dommage , car ils sont entrain de rater le coche . C’était une occasion , en or, donnée à Ely de se rattraper , et de fort belle manière . Mais hélas !
N.I :Votre mouvement est le seul groupe qui n’a pas encore pris une décision relative au retour en Mauritanie. Une position qui pousse certains observateurs à se poser des questions sur le pourquoi de cette particularité dans le jeu politique mauritanien. Avez-vous des conditions minimales pour la réalisation de ce retour ou est-ce seulement la peur du jeu démocratique, comme le notent des observateurs intéressés,qui vous pousse à tergiverser ?
LE PRESIDENT DES FLAM : Oui, nous avons des conditions . Nous avons besoin d’être rassurés qu’une volonté existe de rompre avec le passé et de prendre en charge les problèmes de fond , en particulier la question de Cohabitation . Ces problèmes devant être répertoriés dans une plate- forme , publiquement et officiellement annoncée .
Nous avions du reste proposé un schéma en trois phases à l’époque , et qui reste toujours applicable . Il s’agira de décrisper le climat social par un train de mesures destinées à apaiser les coeurs et les esprits , en premier lieu . Il faudra ensuite débattre de la question de cohabitation et de l’esclavage , et enfin seulement passer aux élections .
L’Organisation des Etats généraux de l’Education , de l’Economie , de l’Administration et de la justice , de l’Armée pourrait se faire avant ou après ces élections . C’est selon .
Peur du jeu démocratique ? je dirai oui , peur de la « démocratie mauritanienne >> ; au vu des conditions actuelles de notre dépossession totale , dans ce contexte du racisme structurel de l’Etat , où le contrôle de la réalité du pouvoir reste aux mains d’une seule ethnie , il est évident que cette démocratie n’offre pas des chances égales pour tous. Les victimes du déni de citoyenneté ne sauraient être au même niveau que les citoyens à part entière.
Voilà pourquoi nous pensons que dans ce nouvel attelage nous avons mis la charrue avant les boeufs ;les élections devront suivre et non précéder le règlement de ces questions de fond . Les élections ,ça n’est pas la priorité ! Notre démocratie se traduira toujours par un vrai faux jeu démocratique tant que la question de cohabitation et de l’esclavage n’aura pas été résolue .
Lorsque les conditions actuelles auront changé ou qu’elles seront devenues un peu plus équilibrées , alors vous verrez de quoi nous sommes capables !
N.I :Lesquels des partis politiques dirigés par des négro-mauritaniens(PLEJ ; AJD) est le plus proche à votre mouvement ?
LE PRESIDENT DES FLAM : Question bien vicieuse, n’est-ce pas ? Pour parler franc je me sens à égale distance des deux. Je communique avec les deux comme je le fais , du reste , avec d’autres à l’intérieur .
N.I : A quand le voyage pour Nouakchott du Président Samba Thiam ?
LE PRESIDENT DES FLAM : Mon retour se fera quand certaines conditions seront réunies . J’ai , comme beaucoup de mes camarades, le mal du pays .On ne remplace pas son pays en changeant de nationalité , du moins ce ne sera pas mon choix . Croyez- moi l’exil, ça n’est pas pour un patriote , et l’exil doré relève du fantasme . Mais si la nécessité du combat pour notre dignité y oblige encore . Je serai prêt à rester encore 20 ans . Mais , pour être juste , l’exil offre aussi d’immenses possibilités pour la lutte dans le long terme , et notre lutte risque d’être longue.
Nous avons des ambitions pour ce pays . Nous demeurons optimistes quant à ses immenses possibilités . Il suffira de vouloir . Il suffira de quelques hommes intègres et propres , détachés, peu assoiffés de pouvoir , des hommes sérieux , rigoureux et sensibles à l’ordre pour faire de notre pays un Eldorado sous-régional. Trois millions de mauritaniens , avouez que c’est loin de la surpopulation , au regard de nos immenses ressources et de nos potentialités . Tout le monde devrait normalement pouvoir être à l’aise , les rancoeurs et frustrations disparues.
Propos recueillis par Cheikhna Ould Nenni… .
NOUAKCHOTT-INFO -Numéro 929 du 17 Février 2005
http://flamnet.fr.fm/
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FLAMNET-RÉTRO: Règlement du passif humanitaire : Les FLAM crachent dans la soupe
L’initiative du Haut Conseil d’Etat visant à régler définitivement ce qu’il été convenu d’appeler le passif humanitaire continue à faire couler beaucoup d’encre. Cette initiative qui a été bien accueillie dans beaucoup de milieux représentatifs des victimes a, par contre été rejetée par d’autres comme les FLAM.
Dans une interview parue récemment sur Horizons d’Abbere “, M. Kaaw Touré, Porte-parole de ce mouvement est longuement revenu sur les tenants et les aboutissants d’une telle initiative. Il a aussi parlé des FLAM en général et de leur position sur les questions de l’unité nationale et de la cohabitation entre les communautés.
Concernant ce qui s’est passé tout dernièrement à Kaédi avec le discours du président du HCE, M.Kaw Touré a souligné : ” Il n’y a rien de radical dans cette prise de position, ni dans aucune autre de nos positions en général. Cette position se trouve exprimée dans le Mémorandum que nous avons publié en mars 2000 alors que Taya était encore au pouvoir. Rien de nouveau dans le discours du général sauf qu’en bon militaire il a voulu ” clore ” le contentieux sans les principaux concernés et surtout ceux qui ont été les principales victimes de cette répression qui a commencé en septembre 1986 après la publication du Manifeste des FLAM. Nous avons subi dans notre chair et dans notre âme ces moments de douleur et certains d’entre nous continuent de souffrir de cette répression, des familles se sont trouvées éclatées, des coeurs et corps meurtris, des blessures profondes et des handicaps que rien ne guérira, surtout pas quelques promesses de subsides dédaigneusement consentis par un putschiste en mal de r e c o n n a i s s a n c e ! Personne ne peut décréter la réconciliation sans que les protagonistes ne se soient parler, sans que la vérité ait été révélée. Où étaient ces fameux oulémas lorsqu’on nous tuait à petit feu et torturait dans les geôles de Taya ? Où étaient-ils lorsqu’on nous déportait à nu? Où étaient-ils lorsqu’on massacrait des musulmans en plein mois béni du ramadan ? Où étaientils quand on manifestait dans les colloques internationaux pour dénoncer cette barbarie ? Comment prier sur les morts sans leurs corps? Qui les a tués, pourquoi ils l’ont été ? pourquoi pardonner et qui pardonner ? Ce sont des questions qui méritent des réponses et non une fuite en avant. Pour nous, c’est une insulte parce que ce sont les mêmes nègres de service qui cherchaient à blanchir Taya à Banjul, Dakar, Durban, Alger, Bruxelles, Paris et Généve. Je trouve certains propos des soutiens de la junte cyniques et inacceptables. Quand certains nous accusent de faire du fond de commerce avec le dossier du passif humanitaire parce que refusons d’embarquer dans ce train militaire à destination inconnue. “
Au sujet du “Manifeste du négro- mauritanien opprimé” rédigé en 1986, le porte parole des FLAM a rappelé qu’il ” y avait un problème de coexistence entre les communautés Arabe et négro- mauritanienne. Ce problème, disions- nous, ne résultait pas d’un antagonisme naturel latent ou spontané, mais plutôt d’un système politique visant à diviser le peuple en exacerbant les préjugés inter- ethniques. Nous attirions l’attention du régime sur l’urgence qu’il y avait à reconnaître et à prendre en charge ce problème pour juguler tout risque de confrontation que pourrait entraîner sa persistance. Enfin, nous préconisions dans la 3ème partie du ” Manifeste ” un vaste débat national où tous les Mauritaniens s’asseyeraient autour d’une table afin de résoudre par euxmêmes, par le dialogue et la concertation, l’ensemble de ces problèmes. Ceci pour expliquer que le “Manifeste” stigmatisait , non pas les populations arabo-berbères, contrairement à l’amalgame créé et entretenu par le régime de O/ Taya mais plutôt des politiques d’un système exclusiviste. Il dénonçait donc le caractère nocif, et impropre à construire une nation unie dans sa diversité.”
Sur les rapports actuels entre communautés M.Touré note: “A cause de ces désastreuses politiques justement , on constate qu’aujourd’hui les rapports entre ces populations restent marqués par la méfiance, la suspicion et le ressentiment au lieu de la solidarité et de la fraternité qui auraient dû fondé notre coexistence. Je ne vous apprends rien en vous disant que ces apports ont été davantage altérés par les purges ethniques des années 86-91.”
Sur la réalité des FLAM et la perception qu’on en avait M.Touré note: “Le régime de Taya et ses affidés et alliés nous qualifiait de chauvins ou d’extrémistes. Par stratégie, pour éloigner les populations de notre Organisation. Les populations qui vivent la réalité de l’exclusion, de la déportation et de l’esclavage que nous dénonçons, elles, savent ce que nous sommes réellement. D’ailleurs, ceux qui nous accusaient, hier, d’extrémisme reprennent allègrement aujourd’hui notre discours et nos propositions de solutions sur la question nationale et sur le passif humanitaire. Des forces progressistes commencent à mieux nous comprendre, à mieux nous juger pour avoir compris le sens de notre discours et de notre combat qui est celui pour l’égalité et la justice, dans une autre Mauritanie multiculturelle, démocratique, reconstruite sur les valeurs de fraternité, de respect et de tolérance. “
Parlant de la dernière loi contre l’esclavage ratifiée sous la présidence de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, le porte parole des FLAM affirme que : ” Cette nouvelle loi qui criminalise l’esclavage en Mauritanie est une révolution qui a été saluée par tous les militants abolitionnistes mais il ne suffit pas de décréter une loi pour faire disparaître cette pratique et une certaine culture fondée sur le complexe de supériorité. Des mesures concrètes d’épanouissement et une campagne d’explication doivent accompagner cette nouvelle politique pour combattre à jamais l’esclavage et ses séquelles dans notre société et dans nos mentalités féodales. Cette loi, n’a pas encore supprimé l’esclavage, mais elle a eu le mérite de créer une sorte de déclic psychologique chez les principaux concernés euxmêmes, c’est à dire la frange haratine. “
Parlant du retour des réfugiés du Mali et du Sénégal, le dirigeant flamiste a dit que: “ce retour organisé des réfugiés a été entamé après le discours historique du 29 juin 2007 du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi qui, pour la première fois, reconnaissait la responsabilité de l’Etat dans le passif humanitaire et s’engageait à résoudre cet épineux problème comme celui des déportés. Vous avez suivi avec nous cette mlevée de boucliers et la résistance de certains cercles politiques hostiles au retour des déportés et du règlement du passif humanitaire. C’est ce qui explique d’ailleurs les limites et les insuffisances des premiers retours organisés des déportés. Il y a eu certes des retours même après le putsch mais les rapatriés végètent toujours dans les mêmes problèmes d’insertion et de rétablissement dans leurs droits : terres de culture, indemnisations, écoles, santé, eau, pièces d’état civil…etc.. c’est cette situation précaire des rapatriés qui explique en grande partie la réticence actuelle des déportés restés dans les camps à reprendre le chemin du retour parce qu’un homme averti en vaut deux; ensuite les sanctions internationales qui se profilent à l’horizon n’incitent pas à l’aventure.”
En conclusion M.Touré a livré son opinion sur les grands problèmes qui à son sens minent l’unité nationale et proposé quelques pistes pour sortir de cette situation: “Aujourd’hui le passif humanitaire défraie la chronique. On parle du règlement de ce dossier comme étant ” la ” solution pour la réconciliation nationale. Mais en fait ce passif ne fut pas la source des problèmes; il ne fut pas la cause mais l’effet ! La vraie cause des problèmes, récurrents depuis 1960, réside dans l’accaparement de la réalité du pouvoir politique par une seule communauté , la communauté arabo – berbère, qui se traduit par le déni total de citoyenneté du Négro – mauritanien. Si donc on procédait à la redistribution ou au partage équitable de ce pouvoir politique il est certain que les tensions cycliques vécues par le pays disparaîtraient, définitivement. La réconciliation nationale tant souhaitée par tous ne peut être obtenue de manière durable et viable que par le partage équitable du pouvoir politique. Nous en sommes convaincus. La Mauritanie est un pays multiculturel et biracial et nous devons tenir compte de cette diversité dans l’exercice du pouvoir pour que chaque mauritanien puisse se reconnaître dans l’Etat mauritanien.”
SYNTHÈSE BAKARI GUÈYE , 04 April 2009
Les “FLAM” contre la démarche de la junte au sujet du passif
Nouakchott, Mauritanie (PANA) – Les Forces de libération africaine de Mauritanie (FLAM), une organisation de la diaspora opposée au coup d’Etat du 6 août 2008, dénoncent la promesse des réparations au profit des rescapés et familles des victimes du passif humanitaire faite récemment par la junte au pouvoir comme “une instrumentalisation du dossier à des fins électorales”, dans une déclaration transmise à la PANA dimanche.
La promesse de règlement par “de simples réparations” constitue “une insulte” à la mémoire des victimes, selon la déclaration des FLAM. Considérant que les faits à l’origine du passif humanitaire sous le régime de Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya (renversé en 2005) “relèvent d’un plan d’épuration ethnique”, la déclaration prône “un débat de fond sur l’avenir de la cohabitation entre les différentes communautés mauritaniennes”.
Pour le règlement définitif du passif humanitaire, le mouvement propose une solution tenant compte de plusieurs paramètres: “refus de l’impunité, exigence de vérité, de réparation et nécessité du pardon”.
Le chef de la junte au pouvoir en Mauritanie depuis le 6 août 2008, le général Mohamed Ould Abdel Aziz, a annoncé son intention de clore définitivement l’épineux dossier du passif humanitaire, dans une allocution prononcée mercredi dernier devant les populations de Kaédi (420 kilomètres au sud-est de Nouakchott).
Le passif humanitaire en Mauritanie est constitué par une série de graves violations des droits humains contre les populations noires du pays entre 1989 et 1991, selon les ONG de défense des droits humains. Mais du côté de l’Etat mauritanien, on semble restreindre ces événements à plusieurs centaines d’exécutions extra judiciaires et des tortures dont ont été victimes des militaires négro-mauritaniens entre septembre 1990 et février 1991.
PANA: 04 April 2009
FLAMNET-RÉTRO: Entretien avec Mme Habsa SALL, secrétaire nationale chargée des relations extérieures des Flam
“Il faut un partage du pouvoir entre les communautés mauritaniennes”
Elle est secrétaire nationale chargée des relations extérieures des Forces de libération africaine de Mauritanie (Flam) et ancienne inspectrice des douanes de son pays.
Habsa Sall a été déportée, son mari emprisonné à Walata avant d’être libéré. Aujourd’hui qu’elle vit en France avec son mari, elle pense que la Mauritanie a perdu énormément de temps dans la répression alors qu’elle pouvait vivre harmonieusement. D’ailleurs, pour cela, elle indique, dans cet entretien, qu’il faut un partage du pouvoir entre communautés négro-africaine et arabo-berbère.
Bonne lecture, la lutte continue!
Quels choix pour la Mauritanie: Par Babacar Toure: Envoyé spécial de SUDMAGAZINE a Nouakchott (1987)
Le vent léger qui balaie la capitale mauritanienne en cette fin d´année,est á la fois sec et glacial.Aprés les chaudes journées d´août-septembre, la nature, d´ordinaire si capricieuse en région saharienne , semble s´adapter á la dynamique sociale qui a marqué le pays ces six derniers mois.
Comme dans un scénario mal ficelé d´un film de série “B”, la vie au pays de Ould Taya a connu des soubressauts qui ont fait craindre le pire.Pourtant,il faudra beaucoup de sagacité au visiteur débarquant á Nouakchott pour essayer de saisir l´intrigue politico-sociale á la base des événements de cet été. L´accalmie a pour principale cause le désir d´apaisement manifesté par les autorités et la mise hors circuit des dirigeants du mouvement “négro-mauritanien”,-ainsi qu´ils se définissent eux-mêmes-s´étant manifestés au grand jour sous le sigle évocateur de FLAM (Front de libération des Africains de Mauritanie). Tout semble parti de la publication en avril de l´année derniére,d´un “manifeste du négro-mauritanien opprimé”distribué au Sénégal et à certains chefs d´Etats présents aux sommets de L´OUA á Addis Abeba (Ethiopie)en juillet,et á celui des Non-alignés á Hararé(Zimbabwe)en septembre 86.




