Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Category Archives: Les FPC et la Presse

Samba Thiam, président des Flam : « L’autonomie est (…) la solution qui préviendra ou conjurera justement la soudanisation de la Mauritanie

altSahara Medias – Après  leur redéploiement en Mauritanie en 2013 après plus de 27 ans d’exil, les Forces de Libération Africaines de Mauritanie (FLAM) sont en train de s’implanter sur la scène politique mauritanienne. Samba Thiam, président des Flam s’expriment sur les colonnes de Sahara medias. Entretien.

Sahara medias : Quelles sont les actions concrètes menées par les flam depuis leur retour?

Samba Thiam: je me dois d’abord de vous remercier de me donner l’opportunité de m’exprimer, dans votre site. Si vous visitiez le nôtre (Flamnet) dans lequel nous publions, régulièrement, le compte rendu de nos activités, vous vous seriez aperçu que nous nous sommes immédiatement mis au travail, tout de suite après avoir foulé le sol national, sans nous accorder le moindre repos.

Mais bon, je suis heureux d’y revenir, ici, et ce d’autant plus que certains, à travers leurs questions et commentaires, donnent l’impression d’être en déphasage complet pour ce qui nous concerne.
Pour aller vite, je dirai que nous nous sommes consacrés, à essayer de traduire dans les faits notre feuille de route qui se résumait, essentiellement, à quelques grands axes ; Après avoir réussi à faire de notre retour un évènement politique et médiatique majeur, nous nous sommes appliqués, en priorité, à rétablir la vérité de notre discours, à faire partager nos positions, méconnues ou délibérément déformées, à nous implanter, tant soit peu.

Parallèlement, nous avons engagé des rencontres politiques, tous azimuts, allant des hautes autorités de l’Etat, aux responsables d’institutions nationales, jusqu’aux chancelleries de la place pour faire connaitre, nos préoccupations, notre analyse de la situation nationale et les problèmes qui minent notre unité. Nous avons insisté, auprès de ces interlocuteurs, sur l’urgence de la nécessité du changement pour conjurer le danger qui se profile à l’horizon.

Nous avons expliqué que nous, au niveau des Flam, voulons le changement, mais que nous ne pouvions le porter tous seuls; nous souhaiterions le porter avec les forces patriotiques dans l’intérêt bien compris de la Mauritanie. Nous avons, par ailleurs, rassuré sur notre intention d’intégrer le jeu démocratique, malgré toutes ses insuffisances du moment, pour pousser cet agenda.

L’autre volet, non moins essentiel, de nos activités a porté sur les tentatives de fédération des forces progressistes qui partagent les mêmes soucis sur l’acuité de la question de cohabitation et sa nécessaire prise en charge, sans délai. Notre base commune le réclame ; notre unité est devenue incontournable si tant est que la cause que nous défendons reste au-dessus de nos fiertés partisanes.

A ce sujet, je dois m’empresser de souligner, pour m’en féliciter, la disponibilité dont ont fait montre la plupart des responsables politiques que j’ai approchés. L’espoir est donc permis pour, ensemble, aller de l’avant , le plus loin possible. Voilà, pour l’essentiel, la tâche à laquelle nous nous sommes attelés, depuis que nous sommes rentrés.

Sahara medias : Est-ce que les Flam ont retrouvé leur place sur le terrain, à l’instar de l’Ira et de TPMN, après 30 ans d’exil?

Samba Thiam : je trouve d’abord cette comparaison inappropriée, même surprenante ! Ira et TPMN sont des organisations des droits de l’homme, tout court, alors que les Flam constituent une formation politique. En second lieu, leur champ d’action, plus restrictif, est différent du nôtre, même s’il pouvait y avoir un recoupement, par endroits.

Ira et TPMN viennent de naître alors que les Flam sont une force politique vieille de 30 ans, forgée dans la douleur de la répression et de l’exil, traînant un passé lourd, un parcours singulier. Enfin nous venons juste d’arriver … Nous avons donc besoin d’un peu temps pour reprendre complètement notre place ici …mais nous y travaillons, avec patience et acharnement, rassurez-vous.

Sahara medias : Où en êtes-vous avec la création de votre parti annoncée depuis belle lurette?

Samba Thiam: « Parti, annoncé depuis belle lurette »! Ça c’est vous qui le dites !…Nulle part dans nos déclarations vous ne trouverez une affirmation aussi explicite. Il reste que cela demeure une option, forte, entre autres. Un congrès, en perspective, devrait décider de l’issue très prochainement.

Sahara medias : Voulez-vous une soudanisation de la Mauritanie en prônant l’autonomie de certaines régions?

Samba Thiam : Ah, nous y voilà ! C’est la question qui démange, agitée comme un épouvantail, pour justement gêner, voire faire obstacle à notre repositionnement sur le sol national. Mais, croyez –moi, nous n’avons pas peur d’assumer nos choix… nous assumons pleinement celui –là (l’Autonomie)! Avant de revenir sur le thème à proprement parler de l’Autonomie, je me permets une remarque sur votre comparaison, inopportune: que nous voulons, dites-vous, par la solution de l’autonomie, la soudanisation de la Mauritanie

Je voudrais d’abord souligner que ce sont ces types d’approches ou d’affirmations péremptoires et gratuites qui, justement, participent de la diabolisation de notre mouvement, dénaturant complètement son propos…sans l’avoir visité ! Ensuite, rappeler que la soudanisation, qui fut une partition dans la douleur et le déchirement, a résulté de l’aveuglement et de l’entêtement à mener des politiques, nocives, fondées sur le mépris du voisin ou de l’autre… Des exemples à suivre ? Non, disons-nous! Mais si, par malheur, le divorce devait, malgré tout, advenir- a l’impossible nul n’est tenu -, ne pourrait-il pas être reçu avec toute la hauteur d’esprit de gens civilisés que nous sommes?

Est-il, du reste, trop tard pour se ressaisir ? L’Autonomie – notre solution – puisque c’est d’elle qu’il s’agit, parlons-en ! L’autonomie est, contrairement à ce que vous pensez, la solution qui préviendra ou conjurera justement la soudanisation de la Mauritanie !

En effet notre projet, parce qu’il va associer de larges segments de la société à la gestion directe du pouvoir au travers des terroirs, contribuera à une plus grande cohésion sociale, en réduisant, sensiblement, les sources de tension ethniques, tribales et sociales. Les peuples doivent sentir que l’Etat est le leur, que le gouvernement est à leur service, disait J Nyerere que je paraphrase un peu. C’est justement ce qui nous a manqué jusqu’ici, et c’est cela que l’autonomie corrigera.

J’ai comme l’impression que, malgré toutes nos explications et dénégations de bonne foi, certains s’acharnent, par tous les moyens, à nous faire porter la camisole de force ! Il faut absolument nous figer dans une certaine image, même si, en leur âme et conscience, ces critiques et autres objecteurs savent qu’elle ne correspond pas à la réalité ! Cela fait plus scoop ? Peut-être ! Calculs, intérêts en jeu ? Sûrement.

Mais, pour bien nous comprendre, vous devriez remettre la proposition d’autonomie dans son contexte… Nous avons toujours affirmé qu’il fallait considérer notre solution de l’autonomie comme une proposition qui s’inscrit dans une tentative de recherche de solutions à un problème structurel, grave qu’on ne pouvait laisser en l’état, sans dangers. Nous ne faisons pas de cette solution un point de fixation ; nous restons ouverts. Qu’on nous prouve simplement qu’il y a mieux que ce que nous proposons; nous ne demandons qu’a être convaincus. Mais une chose demeure cependant certaine, c’est que le statut quo actuel, qui discrimine et opprime la vaste majorité, ne peut plus continuer.

Il y’a par ailleurs, lieu de rappeler, encore une fois, que l’autonomie n’est pas une solution inédite; elle existe dans plusieurs parties du monde, en Europe, en Afrique, en Amérique, en Asie. Et pourquoi donc, ne pourrait-elle pas, dans des conditions relativement similaires, avoir également cours chez nous?

Pourquoi les autres et pas nous ? Je termine pour dire que nous allons rendre public, très bientôt, ce projet. Vous serez surpris ! Cette solution est celle qui nous semble la plus à même de remettre la Mauritanie sur les pieds qui, présentement, repose sur la tête !

Propos recueillis par NCO

Partagez

Mauritanie: bientôt le premier congrès des FLAM à Nouakchott

alt Après leur redéploiement en Mauritanie en 2013 les FLAM se préparent à organiser leur premier congrès dans la capitale mauritanienne en automne prochain après plus de 27 ans d’exil. Il s’agira d’un conclave de mutation pour le président Samba Thiam qui préconise de nouveaux chantiers pour relancer le mouvement. 

Les observateurs s’attendent à l’approfondissement de la question de l’autonomie du Sud pendante de la cohabitation, l’implantation à l’intérieur du pays et certainement la création d’un parti politique. 

Il y a exactement plus d’une année les 
FLAM rentraient au bercail après plus de 27 ans d’exil. Depuis ce redéploiement en Mauritanie a porté ses fruits. Son président Samba Thiam y est pour beaucoup. Très fin médiateur et rassembleur le leader négro mauritanien a su convaincre les acteurs économiques mauritaniens, la classe politique toute tendance confondue les mouvements citoyens et ONG nationales de la légitimité de son mouvement. 

Sa vision d’une 
Mauritanie plus juste et plus durable fait l’unanimité même dans les camps les plus pessimistes. C’est dans ce contexte favorable au dialogue que le mouvement hier fustigé par la classe politique dirigeante se prépare à organiser son premier congrés dans la capitale mauritanienne en automne prochain. Un conclave qui se veut porteur d’une grande mutation. Signe que Samba Thiam veut apparaître comme le nouvel homme du changement et de l’unité nationale. 

L’ancien prisonnier de 
Oualata pousse très loin sa réflexion en proposant déjà de nouveaux chantiers pour faire avancer les débats. Parmi les pistes connues figurent en bonne place l’autonomie du Sud, la cohabitation et certainement la création d’un parti politique. 

Le chef historique sait que la route est longue et parsemée d’embûches mais il appelle de tous ces vœux les militants et sympathisants à soutenir toutes les initiatives en particulier l’implantation progressive du mouvement dans les régions du Sud où plus de 20 000 rapatriés du 
Sénégal vivent depuis 2008 dans des camps de fortune oubliés par le régime de Ould Aziz dont la réélection n’est pas une bonne nouvelle. 

Une campagne tous azimuts d’explication est en gestation avant et après le congrès de 
Nouakchott qui s’annonce décisive pour les Flamistes.

Yahya CHERIF KANE-JOURNALISTE-ROUEN-FRANCE

Partagez

Samba Thiam à propos des présidentielles : « Assurer l’avenir en acceptant de sacrifier le présent »

altLe Rénovateur Quotidien a réalisé l’interview suivante avec le leader des FLAM Samba Thiam, portant sur le diagnostic établi par le mouvement sur cette élection présidentielle dont le coup d’envoi sera donné ce jeudi soir à 00h, avec comme toile de fond, une absence d’un grand pan du microcosme politique mauritanien à des échéances boycottées pour “vice” de transparence selon les milieux opposants. Ci-après l’intégralité de cet entretien :

Quelle Lecture faites-vous de la Presidentielle ?

 

Samba THIAM: Pour  répondre à cette question, il ne serait peut-être pas superflu de passer en revue  les principaux acteurs impliqués dans ces élections, tenter de cerner  la pertinence des stratégies mises en jeu,  toucher deux mots sur le  danger des éternels “faire valoir”.

 

Il y’a d’abord  le camp du pouvoir que dirige  un militaire, déguisé en civil, qui a du mal à se reconvertir. Puis il y’a un chef d’Etat  assez   sûr de son bilan  pour ignorer superbement  les  injonctions de l”opposition. D’ou  son refus  manifeste  de céder au moindre compromis, contribuant ainsi à  maintenir la Mauritanie dans la catégorie des républiques bananières. 

 Si la revendication pour un gouvernement de transition ou d’union nationale peut être récusable, une Ceni consensuelle, indépendante, et une cour de recours à équidistance des parties, constituent la condition sine-qua-non de toute élection qui se veut transparente et crédible . Aller donc  aux élections sans voir ces préalables satisfaits  reviendrait simplement à  accorder une caution morale à cette  mascarade d’élection.

C’est mon point de vue  .


Il y’a ensuite le camp de l’opposition dite “radicale “ regroupée au sein du FNDU  qui, a mon sens,  ne donne pas l’impression  de  sérier, correctement  les priorités… A chacun sa stratégie, bien entendu, mais à la  place du FNDU, dont on devine  les  forces et faiblesses à l’image du FNDD, je me serai plutôt  focalisé sur les  échèances  à l’horizon de 2019.

J’aurai mis l’accent sur des dispositions qui verrouilleraient  toute  velléité de briguer un 3ème mandat  par le Président.

Ceci  pour dire que  tout en menant, fermement, la  négociation à l’issue incertaine – convenons-en – sur les nécessaires conditions de transparence,  il fallait  également, comme  par diversion, peser  sur le verrou autour du 3ème mandat, sans omettre de prendre l’opinion internationale à témoin.

 Sans réduire la pression autour de ses  revendications légitimes , faire pour ce  2ème mandat  “ bon coeur”  car, pour qui sait lire les expériences  africaines, on sait que rien ne saurait dissuader ou empêcher  Abdel Aziz  de rempiler;  à l’image de bien de ses pairs africains ; absolument rien !

Bref, il valait  donc mieux   s’assurer  l’avenir en acceptant de sacrifier  le présent…

 Enfin, j’ai pressenti  chez cette opposition(FNDU) comme  une  sorte d’attente , un espoir secret, que le général finirait par céder, qu’il reviendrait sur les législatives  passées… cet espoir, illusoire, va contribuer quelque part, je crois, à paralyser  cette opposition  dans l’élaboration d’une contre- offensive précise, rapide et adaptée à la situation .

J’ai entendu, il est vrai, parler de marches…, stratégie bien timide de contre-offensive à mon goût !


Il y’a,  par ailleurs,  ces alliés  du Pouvoir – éternels alliés des Pouvoirs -, je veux nommer ces  partis satellites, à vie, qui gravitent autour de tout régime  qui survient, démocratique ou despostique!  Ces partis- sangsues  entravent considérablement notre marche vers l’implantation d’une véritable démocratie en Afrique, en général , et chez nous en particulier .


Il y’a, enfin,  ces fameuses  personnalités “indépendantes”, et ces leaders politiques d’envergure nationale, en démocrates  déclarés  qui affichent publiquement  leur dégoût  pour le régime , stigmatisent toute  compromission avec lui, mais  s’accommodent fort  bien de conseillers, gracieusement  prêtes  par l’UPR du général !!!

On ne peut, à la fois, prendre goût à accompagner les dictatures militaires et  prétendre  oeuvrer à l’avancement  de la démocratie !  Au moment ou d’autres font  leur mea-culpa sur leurs erreurs  passées , ceux-là  persistentet signent !  Ils disent aller aux élections alors que les populations pour les  droits desquelles ils prétendent se  battre ne peuvent  voter, faute  d’avoir été enrôlées ! Ils affirment  que les dés sont pipés mais  tiennent   quand même mordicus  à  compétir …

Que de paradoxes qui brouillent les pistes et les convictions! Tout ceci n’est- il pas, au fait, dicté  par un goût prononcé pour le show politique ?

 Rien, disait Edward Said , à juste titre , ne défigure plus l’image de l’intellectuel que le vacarme patriotique, le reniement théâtral, les silences prudents…

 

Dernier élèment du champ , ces partenaires internationaux dont nous connaissons tous  l’attachement primordial à la sécurité et  qui restent   favorables à Aziz , jugé comme l’homme de la situation ! Il serait donc illusoire de compter sur leur soutien. Nous avons encore Dakar en mémoire…

Pour toutes ces raisons il eût été, peut- être ,  plus judicieux de sacrifier le présent pour préserver  l’avenir, comme je le disais plus haut ..


Telle est mon opinion.


Question :  Vous n’êtes donc pas concernés par ces élections?

 

Non, vous avez pu le constater à travers mes propos, même si nous n’y sommes pas indifférents. 

Rappelons au passage que nous voulons penser par nous- mêmes , pour nous- mêmes et au besoin avec les autres , mais nous refusons que d’autres pensent  pour nous sans nous !

Voila qui explique, en partie , pourquoi  nous ne sommes  ni dans le camp du pouvoir, ni dans celui du FNDU malgré une proximité de vues  avec ce dernier sur certains aspects de l’analyse de la situation .

Pour quelles raisons ?

Pour nous ces élections sont sans enjeu  parce que nous pensons que notre problématique est ailleurs; et que  cette problematique  ne peut être résolue par des élections;  c’est notre conviction. Nous le  constatons , depuis 50 ans  des élections  passent et repassent, sans que cela ne change  quoi que ce soit dans notre  condition d’exclus  ! Mieux,  nous croyons fermement que ce ballet d’élections contribuent à cacher, voire à banaliser notre exclusion. Alors si l’on devrait se resoudre  à  aller aux élections , par la force des choses, autant au moins le faire avec grace et style !

 Rappelons que notre problématique tourne autour d’un Système  que nous voulons détruire et que d’autres, -ils sont légion et  de tous les bords – s’évertuent à préserver. Un Système qui tire sa source  de l’idéologie Afrikaner : “Annihiler la force numérique et la force de travail que représentent les Noirs afin  de les transformer en instruments, sans qu’aucune possibilité ne leur soit laisseé de sortir de cette situation ”. 

Nous oeuvrons pour des  changements en profondeur, visant à  refonder la Mauritanie sur des bases égalitaires, justes, démocratiques, afin de garantir son unité, preserver sa stabilité assurer son avenir . Comme le disait si bien quelqu’un, construire un pays qui accepte sa diversite , cultive la solidarite ,partage ses richesses . Sur ce chapitre la, le  camp du pouvoir  comme celui de la vieille ’opposition classique, dans  ses composantes essentielles, se limitent  aux questions périphériques …

Tout le monde parle d’unité nationale mais personne ne met le doigt sur la plaie ; Personne ne veut  nommer les douleurs !

Voila qui justifie notre position de “ni, ni… “.

 

Question:  Y a –t-il parmi les candidats quelqu’un qui porte un projet  proche du vôtre ?

 

 Oui, il y’en a …Mais je ne puis  lui accorder mon suffrage  pour les raisons évoquées plus haut, encore moins donner un mot d’ordre en ce sens qui, s’il devait y en  avoir un, irait certainement dans le sens du  boycott.

 

 

Propos recueillis par Md O Md Lemine. LE Rénovateur quotidien du 05 juin 2014

 

 

Partagez

Monsieur Samba Thiam, président des FLAM, sur la répression de la marche des rapatriés : ‘’La marche n’était pas infiltrée par des malfaiteurs. C’est une pure fiction destinée à disculper la police’’

altLe Calame : Les forces de l’ordre ont réprimé, violemment, la manifestation pacifique des soutiens aux marcheurs-rapatriés mauritaniens du Sénégal, suite à l’imposant accueil que les Nouakchottois ont réservé à ceux-ci. Une marche que le wali avait autorisée, quelques heures avant. Vous étiez sur le terrain, quand la police a chargé. Quelle a été votre réaction ?

Samba Thiam : Oui j’y étais, du début à  la fin. La foule  a paniqué dès la première grenade, femmes et jeunes s’égaillant, affolés, comme des poules de basse-cour, au pic de l’épervier. J’ai tenté de calmer le mouvement, sans succès. Je suis alors resté debout, immobile, à regarder, attristé, cette masse fuir. Vous étiez non loin de moi… Puis, quand tout fut terminé, que la fumée des grenades se fut dissipée,  j’ai marché vers le centre de la place où étaient encore assis quelques « marcheurs »… j’en ai reconnu quelques-uns  que j’ai réconfortés. Puis j’ai tourné les  talons.

– Pensez-vous que la marche ait été infiltrée par des malfaiteurs, comme l’affirme la police pour justifier le recours à la force ?

 – Je ne pense pas qu’elle ait été infiltrée. Je ne crois pas à cette version des choses, pure fiction destinée à se disculper ! Je n’ai constaté, pour ma part, aucun mouvement hostile de la foule à l’encontre de la police, tous les regards étaient, au contraire, tournés vers les réfugiés, au centre du cercle, sur le point de lire leur discours. A mon sens il s’est agi d’une pure  provocation de la police. Rien de plus.

 – Vous êtes une des victimes des années de répression du régime d’Ould Taya. Le président Mohamed Ould Abdel Aziz, a décidé, en prenant le pouvoir, d’ouvrir le règlement du problème, avec la prière de Kaédi, avant de le clore, après l’octroi d’«aides » ou « réparations » aux ayant-droits des victimes et rescapés militaires. Pensez-vous que le fait de décréter, le 25 mars, « journée  de réconciliation nationale »  suffit à tourner cette sombre page de l’histoire de  la Mauritanie ?

– Tout cela relève, simplement, du cirque ! On ne peut solder le passif humanitaire, global,  par de l’argent, nous ne cessons de le répéter ! Il ne servirait à rien d’agir comme l’autruche. Ça ne nous avancerait à rien, il vaudrait mieux, plutôt, se décider à prendre le taureau par les cornes.

Le 29 avril, les pouvoirs publics avaient autorisé une marche pacifique des Haratines qui réclamaient plus de droits, alors qu’ils avaient réprimé, le 25 du même mois, une  sortie de TPMN. Que vous inspire cette attitude du gouvernement de la République ?

– Sa politique de deux poids deux mesures, prise, simplement, en flagrant délit !  Politique que  nous avons toujours dénoncée, vous ne l’ignorez pas. J’ai déjà dit, sur cette question, que la seule différence, entre Ould Abdel Aziz et Ould Taya, tient à l’ampleur des violations des droits de l’homme, à l’intérieur d’un même système, pour sa préservation  et  perpétuation : l’un dans l’autre, c’est kif-kif !

Un système nourri à l’idéologie Afrikaner qui vise “ à annihiler la force numérique et de travail des Noirs, pour les instrumentaliser, afin qu’aucune possibilité ne leur soit laisée de sortir de cette situation”.

Propos recueillis par Dalay Lam- LE CALAME du 14 mai 2014.

 

Partagez

La marche des ex-réfugiés au Sénégal et la présidentielle à la Une en Mauritanie

altPana – La dispersion de la marche des anciens réfugiés rapatriés du Sénégal, après un parcours de plus de 300 kilomètres qui les a menés de la vallée du fleuve à Nouakchott, et l’élection présidentielle du samedi 21 juin 2014, ont été les principaux sujets abordés par la presse parue enMauritanie cette semaine.

Dans un éditorial, l’hebdomadaire Biladi juge “surprenant et inapproprié le traitement réservé à la marche des anciens réfugiés mauritaniens au Sénégal. “Chassés injustement de leur patrie pendant prés de 20 ans, ces hommes et ces femmes continuent à croupir dans la misère et sont privés du plus élémentaire droit d’un citoyen: disposer de papiers d’état-civil”, écrit “Biladi“.

Le même organe dénonce “une répression brutale” et l’attitude des autorités sécuritaires “qui ont empêché à la marche d’arriver là ou finissent pourtant toutes les manifestations de protestation des Mauritaniens depuis quelques années : les grilles du palais présidentiel”.

Pour sa part, le quotidien Le Rénovateur opère un coup de projecteur dans les éphémérides pour rappeler au pouvoir en place l’histoire d’un pays dont le parcours est hanté par la répression.

“Si les erreurs font partie de la nature humaine, ne pas se retourner pour regarder les fautes commises, à défaut de les juger, c’est manquer de courage et de bon sens. M. le président, vous êtes suffisamment averti de toutes les bavures commises dans ce pays par tous les régimes précédents, pour ne pas retomber dans les travers qui ont conduit à de graves dérives”, écrit ce journal.

Quant au quotidien “L’Authentique, il évoque “un réveil douloureux” en constatant que “la Mauritanie qui avait commencé peu à peu à reprendre confiance en elle-même, ne méritait pas une douche aussi glaciale, à travers les crises multiformes et à répétition de ces dernières semaines : des marches de protestations, avec une réplique vigoureuse des forces de l’ordre”.

Abordant le scrutin présidentiel du samedi 21 juin, le même journal constate que“les candidats se bousculent devant le Conseil constitutionnel et que la configuration de la liste des prétendants à l’élection présidentielle du samedi 21 juin 2014 est étoffée par des candidatures inattendues”.

“Une présidentielle qui manquera cependant de piquant, selon l’avis de nombreux observateurs qui prévoient l’absence des candidats des partis de l’opposition traditionnelle”, avertit le même organe.

A propos du scrutin présidentiel du 21 juin, l’hebdomadaire “Biladi” pronostique“une histoire d’éternel recommencement””, aucune candidature de l’opposition dite radicale, regroupée au sein du Forum national pour la démocratie et l’unité ne s’étant déclarée”.

 

 

Partagez