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Je suis le petit fils de la victime
Le Président de la République a parlé à son peuple de la façon la plus comique. Si son objectif était celui de justifier ses acquis, il s’est finalement ridiculisé devant ceux qui l’ont porté à la magistrature suprême. Il a parlé aux pauvres encore affamés, aux diplômés encore en chômage, aux retraités encore marginalisés, aux femmes encore exclues et aux acteurs de la société civile encore en mal de reconnaissance. Il a spéculé devant des refugiés encore exposés aux orages, au soleil ardent, à la faim, à la soif, à la maladie, à l’ignorance et pire à la peur des temps qui courent. Il a parlé aux étudiants qui attendent la rentrée pour dénoncer les agissements de son ministre de l’intérieur. Sa parole est adressée aux justiciers hors la loi et une police en garde en vue. Il a parlé aux enseignants sous-estimés et aux médecins corrompus. Il a été applaudi par des budgétivores ce soir-là. Il a été entendu par des prisonniers innocents.
Il a parlé à une nation qui a peur de ses agissements. Le terrorisme fait des dégâts. Les bandits du désert recrutent de ses fils pour frapper ses hommes.
Sa parole sur la situation nationale est digne d’une comédie faite des scènes médiocres et humiliantes. Cette mise en scène est somme toute une mascarade que les citoyens devraient refuser. Comment peut-on approuver, l’anniversaire d’un coup d’Etat. Ce soir-là, les intellectuels présents, on fait le culte de la décadence.
Dans son oratoire, le président croit pouvoir dribbler tout le monde. Désormais, les temps de la duperie sont révolus. Le peuple est devenu intelligent. S’il fait semblant d’esquiver les grandes questions, il ignore que certains citoyens sont encore vaillants et actifs.
Comment peut-il nier la présence de l’esclavage en Rim, alors que le veille, les forces de l’ordre réprimandaient à quelques encablures de son palais des militants abolitionnistes. Biram ould Abeid était à la clinique de Kissi lorsque le dramaturge jouait sa comédie. Treize militants abolitionnistes sont à ce jour arrêtés à la suite d’affrontement avec les forces de l’ordre devant le commissariat du Ksar. Le président mauritanien devrait dire que nous mettrons fin à cette tare sociale et non de fermer les yeux devant cette honte nationale.
Les négro-mauritaniens ne seront pas trompés par une dialectique anthropologique vidée de tout son sens. Que signifie un recensement « d’ascendant à descendant »? il y a t-il d’autres formes de retrouver anthropologiquement un individu?
Traditionnellement, on reconnait une personne par ses parents. Mais la mascarade, c’est d’astreindre aux citoyens de justifier coûte que coûte leur » mauritanité » en se basant sur des interrogatoires humiliants. C’est insupportable que cela persiste.
Voilà qui suis-je….
Je suis mauritanien, je le demeure et je le resterai. Je ne connais pas le nom d’Emir de Tagant, mais je connais que mon voisin était de grande famille, il confisqua tous mes biens en 1989. Que l’Etat m’entende et fasse toute la lumière sur cette affaire. Je ne connais pas l’Imam de la Grande Mosquée de Nouakchott, mais, je suis convaincu que feu Boudaha Ould Boussairii ( paix en son nom) fût un homme juste et humble le seul à dénoncer la tuerie des miens. Je ne connais pas les généraux putschistes, mais, des noms militaires meurtriers et assassins se bousculent encore dans ma tête. Les bourreaux de mon grand-père décident pour moi. Je ne connais pas les Hodhs, mais Walata a englouti mon grand père. Je n’ai jamais posé mes pieds dans la Diakhlat, mais j’irai à Jreida fouiller les tombes de mon oncle. Je ne connais pas Mariam Daddah, mais ma tante fût violée par un soldat mauritanien à Sorimalé. Je ne connais pas tous les noms des hommes ayant présidé ce pays, mais j’en connais un criminel et des complices parmi eux. Mon cousin fût soldat, on mit fin à sa carrière et à ce jour, il n’a pas été rétabli. En 1987, mon grand frère a fui de plein jour notre village, il est actuellement réfugié en France. Aujourd’hui, il a acquis une nationalité ailleurs, et pourtant, il reste attaché à son pays. Il dénonce un recensement qui l’exclut. Mon cousin est aujourd’hui un Belge comme d’ailleurs le premier ministre. Ma sœur est une française comme Ba Mbaré. Mon oncle enseigne dans une université française. Mes amis Moustapha et Sid’Ahmed sont mauritaniens et français. Certains de mes compatriotes sont mauritaniens et Saharouis. Mon voisin Khaled est établi à Dubaï, il me parle de ce recensement. Il s’étonne qu’on dise à mon cousin n’est plus mauritanien. Je lui ai dit qu’il était noir.
Je suis mauritanien et je connais mon histoire. Je suis le petit fils de la victime, j’ai oublié d’assimiler mon histoire à la grande histoire de ce pays. Voilà qui suis-je… le petit fils de la victime.
Bâ Sileye.
Mémoire courte
Il y eut d’abord la traite transsaharienne ou certains notables noirs, a travers la majeur partie de l’Afrique, ont livre des milliers d’ autres noirs aux esclavagistes arabes qui, il faut le reconnaître, ont le plus souvent recouru au vol ou kidnapping pour se pourvoir en esclaves . Puis ce fut la traite transatlantique durant laquelle des millions de noirs se retrouvèrent esclaves, aux Ameriques et dans les Caraïbes, troques’ contre des sifflets et des miroirs, par d’autres noirs restes en Afrique. Aujourd hui, par le biais de la courante opération d’enrôlement, des milliers de noirs mauritaniens sont menacés d’ expulsion vers le Sénégal et le Mali, faute de papiers, avec la complicité de certains noirs, mus exclusivement par la préservation des petits postes politiques qu’ils occupent dans le système.
Le recensement actuel qui aurait du être une opération d’une simplicité élémentaire est entrain de se transformer, sous nos yeux, en une catastrophe nationale. Un véritable gâchis est entrain d’en résulter. l’unité nationale est plus que jamais remise en cause; La frustration est presque palpable chez les communautés visées par l’exclusion; Une gestion désastreuse des énormes fonds engages n’ayant jusque la produit que de piètres résultats…,Pourtant, dans les normes, il n’y a rien de plus simple que de mener a bien un recensement national. Nul besoin d’être expert en quoi que ce soit. Un brin de bon sens et un esprit élevé de justice et d’équité peuvent garantir un succès total. Ceci est d’autant plus vrai dans un pays comme le notre ou le nombre total d’habitants tourne autour de trois millions. De plus, presque tous les mauritaniens se connaissent, surtout ceux qui vivent en ville et ils constituent l’écrasante majorité. La raison en est que, il n’y a pas encore très longtemps, ils fréquentaient les mêmes collèges , les mêmes lycées et se rencontraient presque tous les jours dans les locaux des services publics ( ministères, postes, banques…); si bien que, même si un mauritanien ne connaît pas un autre mauritanien directement, il y a de fortes chances qu’il connaisse quelqu’un qui le connaît.
Le moins que l’on puisse dire est que les individus qui sont à la base de la conception de ce projet de recensement ont la mémoire courte. En 1989 des milliers de noirs ont été déportes vers le Senegal et le Mali sous le prétexte qu’ils ne sont pas mauritaniens. Une fois débarqués dans ces pays, les authentiques senegalais ou maliens n’ont même fait 45 minutes dans les centres d’accueil. Ils ont immédiatement rejoint leur famille d’origine dans ces pays. N’ayant nulle part ou aller, les vrais mauritaniens sont d’abords restes dans les centres d’accueil, avant de se regrouper en camps et petits villages dans la zone sud du Sénégal et ouest du Mali. Pendant des années, ils ont préfèré vivre dans des huttes ou sous des arbres plutôt que de s’ intégrer dans les sociétés sénégalaise ou malienne. En dépit du dénouement total dans lequel ils vivaient ils n’ont jamais renoncé à leur nationalité mauritanienne. Aujourd´hui encore, plus de vingt ans après leur déportation, des milliers de familles noires, plus que jamais mauritaniennes, vivent dans des camps de l’autre côté du fleuve. Cela démontre le caractère vital de l’attachement de ces populations à leur pays.
Il est vrai que le rêve des tenants du système politique mauritanien a, depuis toujours été de voir les noirs du pays, autre que les haratins, se transformer en Abid ou quitter définitivement le pays pour le Sénégal ou le Mali. L’objectif final de ce recensement est donc, en définitive, de transformer ces populations en…apatrides chez eux, dans l’espoir de les voir quitter le pays, de leur propre gré ou par la force, pour l’un des états limitrophes. Une chose est certaine, chasser ces populations de leur terre natale, équivaudrait à les pousser dans leurs derniers retranchements. Acculés et le dos au mur, Ils auront alors tout perdu. La seule chose qui leur resterait dans la vie serait l’acte mécanique qui consiste à inspirer de l’oxygène et à expirer du gaz carbonique.
Baydi SIH
Les forces patriotiques et démocratiques mauritaniennes: Déclaration sur Le Recensement à Vocation d’état civil.
La Mauritanie dont on sait qu’elle est depuis ses origines un carrefour de civilisations, née en tant qu’Etat souverain le 28 Novembre 1960, revendiquait sa dimension multiculturelle, africaine et arabe, expression de sa grandeur et de sa fierté. A cette période d’utopie pour une Mauritanie unie et grande par sa diversité culturelle, s’est progressivement substituée de façon méthodique et programmée, une Mauritanie aux idéologies identitaires, principalement chauvines et racistes dont les évènements de 1989 traduisent le caractère épuratoire sans précédent : assassinats et déportation de milliers de mauritaniens Négro-africains. Cette période marque la naissance d’une autre Mauritanie, la ‘’ vraie fausse Mauritanie’’, celle débarrassée de sa composantes négro-mauritanienne et Haratine, créant une présomption de Mauritanité pour certains et, à l’inverse, une présomption d’étranger pour d’autres, principalement pour les négro-mauritaniens.
C’est dans ce contexte idéologiquement et politiquement marqué et incarné dans le système politico- administratif , qui réduit par ailleurs une partie de la population en état d’esclavage, et alors même que les évènements de 1989 restent encore présents dans les consciences blessées et bafouées, que le recensement à vocation d’état civil est adopté comme nouvelle méthode dans le processus d’épuration pour parachever les dispositif multiforme d’un système dominateur, arrogant et désormais tentaculaire et son cortège d’humiliations.
Présenté par le pouvoir comme un instrument permettant de doter le pays d’un fichier d’état-civil fiable dans le prolongement du RANVEC ( 1989 ), ce recensement se révèle être un acte de trahison de l’Etat et un moyen d’épuration identitaire spécialement contre les populations négro-mauritaniennes et Haratine, mais également contre certaines Tribus du Nord dont la Mauritanité est remise en cause comme en 1976, et contre certaines populations du Tagan et de l’Assaba
Dans les ‘’ Centres d’accueil citoyen’’, l’opération de simple substitution de pièces nouvelles aux pièces anciennes d’état-civil se transforme en interrogatoires menés par les nervis du système spécialement désignés à cet effet, sur l’identité profonde de paisibles citoyens dont la Mauritanité est souvent bien antérieure à la ‘’ Mauritanie officielle’’ mais désormais douteuse même s’ils sont en possession de pièces d’état civil établies par leur Administration Nationale ou Locale
Conscients de la gravité de la situation et soucieux de préserver la paix dans le respect de la dignité et des droits inaliénables de chaque Mauritanien,
Considérant que, les violences de toute nature, les discriminations, les injustices et les humiliations, sont les éléments essentiels et fondateurs du système politique Mauritanien,
Considérant que l’on ne peut gouverner durablement par la force, la négation, l’exclusion et la discrimination ; que l’on n’est jamais fort pour le demeurer toujours ; que les responsabilités morale et juridique commandent à chaque citoyen de désobéir aux lois injustes,
Considérant qu’une menace grave pèse désormais sur l’avenir de la Mauritanie si le pouvoir ne renonce pas à son sombre dessein,
Lançons un appel pressent aux partis et Forces démocratiques attachés à l’unité, à la paix et à la Démocratie, aux Associations de défenses des Droits de l’homme, à la Société civile Mauritanienne, à chaque Mauritanien pour exiger avec nous :
L’arrêt des opérations de recensement à vocation d’état civil,
La concertation Nationale sur ce dossier capital pour l’avenir et l’identité de la
Mauritanie
L’adoption d’un système de recensement neutre et représentatif de l’état-civil
fiable dans un cadre juridique concerté.
Les signataires :
AFMAF, AHME, APP, ARMEPES, CAMME, FLAM, IRA, PLEJ, MAPROM, OCVIDH, OTMF, UFP
Paris, le 23/07/2011
Recensement : Nous sommes tous des étrangers !
De la façon dont se déroule l’enrôlement des citoyens pour l’obtention des nouvelles pièces d’identité biométriques je m’inquiète. Au tamis des critères érigés pour séparer la souche mauritanienne originale des impuretés ethniques étrangères, très peu d’entre nous pourront passer.
Et les responsables de l’Etat civil, l’Administrateur Directeur GénéralM’Rabih en tête, l’ont encore répété la semaine dernière à la Télévision, avec une mâle détermination dans la voie : la saison de la chasse aux étrangers est ouverte et ça va saigner ! Si vous êtes né d’un parent étranger, si vous êtes né à l’étranger, si votre faciès ne revient pas aux membres des commissions, si vous ne connaissez pas Ba Silèye et Magatt, entre autres critères, vous n’avez aucune chance de vous faire recenser.
Les commissions sont très pointilleuses et le moindre soupçon de descendance étrangère jusqu’à Adam peut vous valoir d’être laissé sur le carreau.
Après deux mois de travail, faisons le point, si vous le voulez bien, de ceux de nos compatriotes que nous avons déjà perdus (définitivement ?) et de ceux que nous perdrons à l’issue de cette période ouverte pour l’obtention des nouvelles pièces d’état civil.
La première victime, celle dont l’affaire a été médiatisée s’appelle Mme Sy née Lalla Aïcha Ouédraogo. La commission n’a pas eu à chercher bien loin, Ouédraogo sonnant très clairement voltaïque, elle est récusée ! La venue de son grand-père au Brakna pour apprendre le Coran et le fait d’avoir une mère mauritanienne comme le stipule la loi, n’y changeront rien. Comme sera récusée d’avance une autre famille Ouédraogo originaire de Sélibaby dont le fils est premier conseiller d’ambassade à Genève.
A cas similaire, même traitement ! Lalla Aïcha a beau protester, les décisions des commissions de M’Rabih sont au-dessus de la loi votée par le parlement et de la réglementation établie par le gouvernement. Nous sommes en Mauritanie !
La deuxième victime s’appelle Wane Birane. Professeur d’université, directeur de l’Aménagement du Territoire et Consultant spécialiste en Sécurité alimentaire, c’est un puular mauritanien pur souche, sa mère est une Soubak (tribu du Brakna) et son grand-père est le premier officier mauritanien qui donna son nom au fort de Nouakchott, construit vers les années 1910, et que l’on transforma depuis en une prison (prison Bayla au Ksar). Ce grand-père est surtout le seul mauritanien membre du premier conseil d’administration qui gérait laMauritanie avant qu’elle n’accède au statut de colonie. Ce devait être pour Birane une simple formalité, ses papiers étant en règle. Mais c’était compter sans l’ingéniosité des membres de la commission.
– Hum…Connaissez-vous Ba Silèye ?
– Je connais même Silèye Ould M’Beckou ! (c’est ainsi que les maures appellent cette famille qui a longtemps vécu à Moudjéria).
– Connaissez-vous sa femme Magatt ?
– Donnez-moi mes papiers ! je refuse que la connaissance de Magatt, Silèye ou toute autre personne soit considérée comme un critère d’attribution de pièces d’identité.
Depuis, Birane boude l’enrôlement. Et pourquoi ne bouderait-il pas s’il devrait passer par l’honorable Magatt née … au Sénégal !
La victime suivante est une famille qui a donnée à la Mauritanie une ville (Néma), 2 ministres (Finances et Santé) et 1 Haut Commissaire de l’OMVS. Les frères Moulaye Dakhil (Moulaye Abdel Moumine et Moulaye Abdallah) ont été récusés par la très efficace commission duKsar pour cause de naissance à l’étranger (Ouagadougou). Leur grand frère Moulaye Mohamed n’a pas eu plus de chance : le membre de la commission de Tevragh Zeina qui reçut en premier ses pièces d’Etat civil lui a déclaré qu’il irait au devant de gros problèmes !
La réponse du membre de la commission le mis en colère et il renonça à continuer ses démarches. La majeure partie de leur famille est dans ce cas. Même le petit Sidi Mahmoudqui vient juste d’avoir son bac ne pourra pas s’enrôler puisqu’il est né à Sfax, donc un potentiel dangereux étranger. Le cas de Ehel Moulaye Dakhil est désespéré ! Leur fils Mehdi Ould Moulaye El Hassan, aujourd’hui cadre à la Banque Islamique de Développement, a eu la mauvaise idée de publier une monumentale étude en 2002 sur la Saga saharienne des Awlad Sidi Hammou Ben El Haj où il démontre leur origine filalienne et leur récente émigration auHodh au XVIIè siècle. C’est un aveu. Originellement ils ne sont pas mauritaniens et on ne peut pas le cacher à la commission qui est très renseignée.
Ehel Moulaye Dakhil vont entraîner avec eux dans leur chute tous leurs cousins de Oualataet de Néma. Exit les Guig, les Moulaye Driss, les Moulaye Chrif, les Moulaye Ely, lesMoulaye Smail, les Baba Aïnina, etc. Tout ce beau monde est rentré clandestinement dans le pays au 17ème siècle en évitant les points de passage créés par Ould Boïlil… 400 ans plus tard! C’est grâce aux commissions mises en place depuis deux très longs mois que ces vilains clandos ont été découverts.
Moi je vous le dit : ce M’Rabih, que les communicants de la table ronde à la TVM l’autre soir appelait familièrement et très très respectueusement « ADG », est de l’étoffe des héros. Il vous nettoiera le pays ! Pendant que j’y suis, les commissions ont déjà repéré tous les chérifs dont elles disent que leur place est au Hedjaz, pas à Nemjat ou Ten Hoummad. Et tant pis si l’on perd Ely Chikh ou Cheikh Ould Ahmed Ould Ethmane. L’inflation de chérif des années 80 sera fatale pour beaucoup. Et c’est trop tard pour renoncer à ce statut : l’ADG veille ! Tiens ! L’auteur de l’article passe à la trappe.
Avant même le commencement du recensement, nous avions déjà perdu, par un système ingénieux, plusieurs de nos compatriotes. Les organisateurs du recensement ont estimé qu’un vrai mauritanien est un maure, parfois halpuular, de temps en temps soninké et très peu Wolof. Leurs fiches n’ont prévu que 4 cases pour ses ethnies. Généralement, dans ce genre de situation on ajoute toujours une case « Autre » au cas où. Pour l’ADG, le « cas où » n’existe pas.
Mon ami Mouhamedou Keïta dit Vieux, professeur de son état et directeur du Lycée deToulel au Gorgol que j’ai accompagné devant la commission de Tevragh Zeina, m’a quitté d’ethnie bambara et m’est revenu d’ethnie maure ! Quand je lui ai demandé pourquoi, il m’a répondu qu’il n’avait pas le choix : ou il choisit l’une des quatre ethnies proposées ou il devient pour la vie un étranger.
Il a choisit l’ethnie de sa mère. Je suis curieux de savoir, le moment venu, le choix de son jeune frère le Colonel Boubacar Keïta du Génie militaire : wolof ou soninké ?
Par ce génial procédé, un bon mauritanien ne peut avoir pour nom de famille Diarra, Dicko,Traoré, Couloubaly, Doumbia, Dembélé, Dramé, Touré, Cissoko, Cissé, Keïta,Konaté, Koné ou Tounkara. L’éthnie bambara est officiellement absente de Mauritanie.Nous savons tous que la Mauritanie n’a pas de frontière de 2500 km avec le Mali, que leHodh ne faisait pas partie du Soudan français jusqu’en 1945, qu’aucun tirailleur ou employé de l’AOF n’a jamais servi dans notre pays, enfin que Bambaradougou (le plus ancien quartier de Sélibaby construit par les descendants des Bambaras Massassit, premiers colonisateurs de la région du Guidimakha avant Idaw Ich et les Français) est une pure invention de l’esprit fertile de l’auteur de l’article. Comment dans ce cas voulez-vous qu’il y ait des bambaras chez nous ?
Par ce système nous avons aussi perdu nos palestiniens, nos libanais (la famille Kamel en tête), nos syriens, nos marocains (au revoir Berrada !), nos algériens, toute la ligue arabe qui nous était pourtant très chère et pour l’adhésion de laquelle nous avions fourni tant d’efforts et abandonné jusqu’à notre berbérité pour l’avoir. Bon, si l’ADG dit que toutes ces ethnies n’existent pas en Mauritanie, il faut le croire : Il connaît mieux le pays que nous tous. Faisons-lui confiance, il est des Oulad Bousba, tribu venue en Mauritanie entre le XVIIè et le XIXè siècle en même temps que les Tekna, Rgueybat, Torkoz, Idaw Blal et Smalil.
Toutes ces tribus sont originaires de la région comprise entre la plaine du Souss, le Wad Noun et la vallée du Dar’a (Maroc). Non, non, ce n’est pas moi qui le dit mais P. Richard à propos des Ould Bousba dans «Une tribu marocaine en Mauritanie » publié dans le Bulletin Trimestriel de la Société de Géographie et d’Archéologie d’Oran. Et savez-vous ce qu’elles venaient faire dans le bled ? Je vous le donne en mille, sous la responsabilité de Cheikh Mohamed El Yedaly (1096-1166H / 1684-1752G) et Mouhammeden Ould Babah (Kitab Chym Zwâya- l’histoire de la Mauritanie) !
« Sont venues en Mauritanie au début du XVIIè siècle des vagues successives d’Arabes en provenance du Sud du Maroc, soit pour s’y établir, soit pour piller, leur objectif étant les communautés les plus faibles… ». Cela se passe de commentaire !
Ce système de seulement quatre ethnies reconnues fait exclure définitivement les métisses. Fini les Guerlain, Benza, Michel, Jules, Julien, Cimper, Marco, Lemonde, Bontemps,Bouraya, Nakli, Lopez et Négri. C’est le cas aussi pour tous les fils de Chef, d’Adjudant, de Sergent et de Lieutenant. On le sait, tous les grades français ont laissé leur ADN enMauritanie et particulièrement à Akjoujt. A moins qu’ils ne choisissent l’ethnie de leurs mères. Dans ce cas de figure, on aura sauvé le Général Félix Négri (Chef d’Etat Major de la Garde Nationale), Mouhamedou Ould Michel (chargé de mission à la Présidence) et Sidi Mohamed Ould Bouraya (Trésorier Général de la République) ! Pourront en profiter aussiBrahim Ould Aly N’Diaye (ancien colonel de l’Armée Nationale) et Abdoullah Kamara(actuel président de la commission de recensement de Tevragh Zeina).
Il suffit aux commissions de se pencher sur l’histoire de la Mauritanie (il paraît que l’Etat Civil est entrain de piller les bibliothèques à la recherche de livres d’histoires) pour découvrir que les traitres historiens ont déjà établit qui est qui dans le pays. Tous ceux qui se disent « Arabes Hassanes » sont d’installation récente et donc des étrangers. L’histoire des Emirats de l’Adrar,du Trarza, du Brakna, du Tagant et du Hodh ne sera plus enseignée aux enfants. Bon débarras ! L’imam Hadrami aussi est un étranger et avec lui toute sa progéniture (une partie des Smacides).
Les Sanhaja (Lemtouna, Goddala, Messoufa et Tachedbit) ont émigré du « Souss, de l’Anti-Atlas et de l’Oued Noun vers le Sud et le Sud-est » (Voir Geneviève Désiré-Vuillemin, Histoire de la Mauritanie, des origines à l’Indépendance, Editions Karthala 1997, Paris. p. 331 et suiv.). Ce sont des bandits d’étrangers tapis parmi les mauritaniens véritables et par conséquent ils passent dessus bord. Pour résumer, tout l’élément maure est historiquement étranger à cette terre. J’entends d’ici l’ADG demander qu’on lui fournisse les résultats de sa guerre contre les étrangers. Et les commissions de répondre qu’elles ont réussi à vider le Hodh, le Tagant, l’Adrar, le Tiris Zemmour, l’Inchiri, Dakhlet Nouadhibou, l’Assaba, les 4/5 du Trarza, la moitié du Brakna et quelques poches au Gorgol et au Guidimakha. Un peu incrédule, l’ADGdemande ce qui reste. On lui répond : les habitants de la vallée, quelques descendants des Bafors et une partie des héritiers de l’Empire soninké de Ghana. Fou de rage, l’ADG hurle :
– Mais ce n’est pas l’objectif ! Nous cherchions depuis belle lurette à établir que les noirs sont venus avec les français comme tirailleurs, comme nous l’avait suggéré un jour le patriote Ahmed Ould Wafi, et je découvre que ce sont les maures qui sont de « mauritanité » récente ! Je vais appeler Macina, il est intelligent. Il trouvera toujours une solution.
– ADG, Macina est un nom étranger qui vient d’une région du Mali (le Macina).
– Je suis catastrophé ! Que faire ?
– Les commissions ont une solution, mais elle est radicale.
– Tant mieux ! Vite, le temps presse. Donnez-la-moi !
– Adam et Eve se sont-ils rencontrés à Nouakchott ?
– Non !
– S’y sont-ils déclarés mari et femme ?
– Non !
– Y ont-ils vécu ?
– Non !
– Alors ils n’ont pas pu y faire des enfants !
– Malignes les commissions ! Tout le monde dehors ! Les mauritaniens sont tous des étrangers. Fermons boutique !
Je vous l’avais bien dit : ce M’Rabih est un véritable héro ! Il va réussir le tour de force de défaire en très peu de temps tout ce que les mauritaniens ont bâti durant des siècles. Je suis sûr que le Président de la République et le Gouvernement n’ont pas créé ce projet pour revenir sur les acquis obtenus dans le domaine de l’unité nationale. Je suis sûr aussi qu’ils ont à cœur d’éviter à la Mauritanie le scénario ivoirien qui a commencé par un concept d’ivoirité qui consistait à exclure l’autre, et qui s’est terminé par une guerre civile qui a divisé le pays en deux et mis à genou son économie. Je suis certain qu’ils ne veulent pas entraîner le pays dans une situation comparable à celle de 1989 dont ils viennent de régler une grande partie des conséquences.
Le Président et le Gouvernement ont pourtant à portée de main un plan B : par exemple permettre à tous les citoyens munis de toutes les pièces d’état civil et d’identité requises de s’inscrire tout simplement sans tracasseries. Les questions et les enquêtes, le cas échéant, doivent viser seulement ceux qui n’ont pas pu apporter les documents nécessaires. Toute l’opération devra se faire aussi avec dignité.
Même ceux qui seraient récusés ont le droit au respect. Il faut le savoir : un Etat où l’administration ne respecte pas le citoyen est un Etat failli. Il faut le retenir : aucune personne n’acceptera jamais de vivre avec une citoyenneté diminuée.
En écrivant ces mots, j’ai en mémoire les termes du discours de Cheikh Saad Bouh Kane au nom de la Subdivision de Boghé devant le Congrès d’Aleg les 2-3-4 et 5 Mai 1958, je cite : « La Mauritanie du Chemama veut se sentir égale en droit et en devoir à sa sœur du Sahel.L’égalité est une et, en cette matière, il ne saurait y avoir de simulacre ». C’est à méditer.
Ahmed Jiddou Aly
Phénoménologie du racisme d’Etat, ou le malentendu originel
Préambule
Aleg 1958. On est à deux ans de la proclamation de l’indépendance du pays. Un projet de Nation se discute entre fils et filles d’une Mauritanie naissante. Dans l’euphorie générale des populations africaines bercées par la promesse d’une dignité retrouvée, une poignée de cadres négro-mauritaniens doutent. Le projet Mauritanie, tel qu’il se dessine, ne les rassure point, et offre à leurs yeux, peu de gage quant à l’édification d’une société dans laquelle, à défaut du droit à l’indifférence, on aurait l’assurance du respect des différences culturelles, linguistiques et raciales. La citoyenneté des noirs, leur mauritanité, ne leur parait pas d’évidence acceptée.
Certains pousseront la méfiance jusqu’à réclamer un état fédéral. Beaucoup en tous cas ne prendront qu’avec des pincettes les premiers jalons posés par le régime de Ould Dadah, jalons s’inscrivant dans ce qu’on appellera non sans grandiloquence «la repersonnalisation de l’homme mauritanien ».
Tout au long du cheminement du pays une espèce de terrible malentendu originel s’installera entre les tenants du système et les populations négro-africaines. Malentendu sur l’histoire du pays, malentendu sur son espace d’appartenance culturelle, malentendu sur le projet d’avenir ; bref, malentendu sur l’identité du pays, et partant sur l’identité de ses habitants. Une partie importante de ce qui se racontera aux générations futures sur la construction de notre jeune « nation » sera marquée par les évènements qui sont l’expression douloureuse de ce malentendu.
Comme quoi, les sceptiques d’Aleg n’étaient pas que des râleurs professionnels. Ils auront très tôt pressenti 1966 et le Manifeste des 19, humé l’air pollué de 1979 et la « circulaire 02 », présagé de 1986 et du « Manifeste du négro-mauritanien opprimé », alerté sur 1989, 1990 et 1991 et le paroxysme de l’abominable « tayayisme ».
Aujourd’hui encore, au vu du projet d’enrôlement qui repose insidieusement l’abjecte question de la mauritanité dite « apurée », il n’y a plus de doute à se faire sur le fait que le malentendu est volontairement entretenu…
Mon ambition ici, et dans la série des textes à suivre n’est pas de faire dans la science politique de haute facture, mais juste de traduire dans des mots à peu près compréhensibles, la façon dont un enfant de cette histoire mauritanienne, négro-africain de surcroît, peut ressentir et analyser ce malentendu. Je propose de revenir sur certains des évènements qui ont pu constituer pour la communauté négro-africaine un trauma certain. Je me propose d’en livrer une analyse qui n’a d’autre prétention que de rendre compte d’une vision personnelle. Que les experts veuillent d’avance pardonner les approximations qu’ils pourront y lire. Droit leur est naturellement ouvert d’y apporter un correctif, ou de me porter la contradiction ; ça ne fera qu’élever le débat. Je ferai l’effort de rester moi-même ; c’est-à-dire, en principe mesuré. Mais les quelques excès que d’aucuns pourront y lire sont d’avance assumés. Car je ne suis pas, comme pour paraphraser Cesair, un loup qui danse, mais un homme qui crie… De colère !
Bocar Oumar BA





