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Flamnet-Agora: Mauritanie: la phobie du poids démographique par Aliou Sow
Décidément le poids démographique des Noirs mauritaniens a toujours constitué une réelle hantise pour les dirigeants de ce pays. L’Agence Nationale du Registre d’Etat Civil et l’Office National des
Statistiques montrent malheureusement l’image de structures ayant une vocation plutôt idéologique que scientifique.
Leur mission d’études sur notre population, entre autres, semble être confinée et surtout dévouée à des réglages démographiques au service du pouvoir exclusiviste arabo-berbère. En effet il est incompréhensible que le comité de pilotage de l’enrôlement soit à 99% composé d’arabo-berbères dans un pays pluriethnique et multiculturel.
Le directeur général de l’Agence Nationale du Registre de Population avait tenté de justifier la présence deux Négros Mauritaniens dans le comité de pilotage qui est composé de 13 membres par le fait que leur choix est fondé sur des critères de technicité et de compétence. C’est là un argument soutenu par un racisme primaire latent ponctuant qu’il n’y a pas suffisamment de compétences
chez les Noirs. La démarche de Mr MRABIH a pour socle le préjugé de la supériorité de la composante arabo-berbère sur la composante noire du pays.
Incontestablement tout le mépris affiché par les courants pan-arabistes mauritaniens à l’égard des Négros Mauritaniens a pour soubassement la certitude de leur supériorité sur les autres peuples qui sont considérés comme impurs pour un pays arabe comme la Mauritanie. Cette volonté de façonner une Mauritanie arabe est à la base de toutes les manipulations des données démographiques du pays. Pour tous les recensements de la Population (1961 – 1976 – 1988 -1998) effectués depuis l’Independence du pays, l’Etat n’a jamais accepté de publier des résultats clairs et fiables par
groupe ethnique . L’Office National des Statistiques est une chasse gardée, dont l’accès est interdit aux chercheurs et universitaires. Toutes les supputations sur le poids démographique de chaque communauté n’ont aucune base scientifique, et tout est fait pour présenter la communauté maure bidhaan comme majoritaire pour justifier et fonder les avantages acquis dans les secteurs de la vie
nationale.
Dans la lancée de cette manipulation des chiffres, on divise un même groupe ethnique entre Peuls et halpulaar pour renforcer cette tendance à en faire une minorité. C’est cette obsession du poids démographique que représente la population négro-africaine qui a conduit à tous les excès observés durant les années de braise. Mais si réellement les Négros Africains mauritaniens représentaient le
quart de la population mauritanienne, comme le stipulait « le père de la nation» Maitre Moctar ould DADAH, pour justifier son quota du 1/4, pourquoi toute cette obstination affichée par les gouvernements successifs pour davantage réduire leur poids démographique ?
En effet en 1988, au sortir du recensement général de la population et de l’habitat, les résultats bruts estimaient les Mauritaniens à plus de 2 800 000 habitants. Quelques mois après la « publication » toujours tendancieuse de ces résultats, l’administration mettait en œuvre le plan monstrueux de dé
négrification du pays par terre, air et mer sur une durée de prés de deux ans, et le résultat est éloquent .
Dix ans après, l’Etat lancera l’opération du recensement général de 1998 ; La population mauritanienne revient à près de 2 500 000 habitants ; ce chiffre est validé par Ely ould Mohamed Vall, le moustachu du CMJD lors d’une interview accordée à Télé sud en 2006 ; sans doute, il est mieux placé que quiconque dans ce pays pour connaitre les fondements ainsi que les tenants et aboutissants de cette réduction du nombre de Mauritaniens.
En dix ans la population mauritanienne va diminuer de 11% ; et si nous ramenons ce taux de déperdition à l’effectif estimé de la population négro-africaine, nous comprendrons alors la portée et la performance de ce travail de « déstockage » accompli par le pouvoir tribalo-ethnique de Nouakchott.
La Mauritanie a affaire à des dirigeants qui, étant incapables d’avoir une vision perspicace et harmonieuse du mieux vivre ensemble, sont toujours concentrés sur le contrôle de l’évolution démographique. L’idéologie du péril noir, la hantise du poids démographique des Noirs constituent l’élément central du tableau de bord dans le pilotage stratégique de la Mauritanie. Aujourd’hui le gouvernement nous sort le concept de « l’ enrôlement » dont la première acception fait penser à l’engagement dans l’armée ; or il s’agit de recensement de la population qui ,dans la manière dont il est conduit, a découragé ,déçu et révolté la communauté négro-africaine , qui s’inquiète, à raison , de cette opération aussi bien dans sa conception que de son exécution caractérisée par l’amateurisme ,l’arrogance et le chauvinisme des équipes en charge de l’opération. Quel est l’anthropologue ou le socio-ethnologue qui peut justifier le fractionnement entre Peulhs sédentaires et Peulhs bergers en deux groupes ethniques distincts ?
Par ailleurs, lors du conseil des ministres du 29/09 qui suivi le massacre de Maghama, le gouvernement a annoncé l’adoption d’un projet de décret organisant le prochain recensement général de la population prévu en 2012. L’on peut se poser la question de savoir pourquoi une telle redondance du recensement général de la population dans l’intervalle de quelques mois. N’y a-t-il pas lieux de mieux utiliser cet argent acquis sur les dos du contribuable mauritanien pour résoudre les besoins primaires des citoyens. Si le principe est qu’avant de compter les Mauritaniens, il faut d’abord
définir qui l’est et qui ne l’est pas, on comprend que le pouvoir en place décide de faire une tabula rasa cartésienne à partir d’un doute hyperbolique de la mauritanité pour ne l’accepter que quant elle s’impose par l’évidence, la clarté et la distinction fondée sur l’ethnicité. Pourtant il y a beaucoup de
rumeurs sur le lieu de naissance du Président au Sénégal. Ce qui est sûr c’est qu’il est très à l’aise en Wolof et c’est peu probable qu’il ait acquis la maîtrise de cette langue à Rabat durant sa scolarité militaire.
Aussi si dans les grandes villes du nord et de l’est du pays les Mauritaniens Maures sont calmes face à l’enrôlement c’est qu’ils sont convaincus que leur mauritanité ne souffre d’aucune contestation et que la preuve par papiers/documents d’Etat civil est secondaire. Leur recensement est facilité par la clarté et l’évidence de leur mauritanité ; Ici l’aspect physique et culturel maure justifiant l’appartenance mauritanienne. Donc ce doute sur la mauritanité de certains citoyens est foncièrement raciste parce qu’orienté vers les noirs mauritaniens supposés être étrangers dans leurs terres ; d’où les questions subsidiaires qui leur sont posées au-delà des pièces d’état civil. C’est en cela que le zèle des agents recenseurs est voulu pour dissuader et décourager les Noirs ; l’objectif est d’arriver ainsi à en recenser le plus petit nombre possible afin d’ aboutir , in fine, à un poids démographique de Négro-Mauritanien « idéal » pour perpétuer la domination de l’Etat hégémonique arabo-berbère et trouver la justification de cette domination dans la prétendue supériorité numérique de l’élément maure -bidhaan.
Si ces cinq dernières années le palais ocre a changé trois fois de locataires, cependant, il y a une constante qui est demeurée là implacable : la consolidation des acquis du système ethno-tribal par l’exclusion socioculturelle et physique permanente du Négro-Mauritanien. C’est comme qui dirait que pour le respect du code moral maure, il existerait une règle tacite que personne ne peut transgresser : aucun de nos présidents qui ont défilé au palais ocre ne voudrait être cité comme responsable, dans l’histoire, de la restriction de l’hégémonie de l’élément maure sur le pays ; décidément n’est pas Frédéric DECLERK qui veut. En tout état de cause, l’exigence d’une cohabitation harmonieuse et équilibrée entre citoyens est plus que jamais d’actualité ; et l’évolution de la Mauritanie vers une gouvernance démocratique est une marche forcée ; c’est l’indépassable horizon de notre temps disait JP Sartres. Le système tribalo-ethnique ne peut échapper à la logique du vivant, et il se trouve incontestablement à la fin de son cycle de vie.
Les autorités actuelles plus que celles d’avant flippent en pensant à l’importance et au rôle du nombre dans l’exercice du pouvoir par le suffrage des citoyens. Autrement dit, dans une gouvernance démocratique c’est avant tout par la majorité mécanique et absolue que se conquiert le pouvoir. Si un esprit élargi par la liberté ne peut plus se rétrécir, il faut en conclure et déduire que la marge de manœuvre des élections truquées, du bourrage des urnes, ou du marchandage des consciences deviendra de plus en plus étroite en Mauritanie.
Aussi la phobie du poids du nombre de Noirs mauritaniens, affichée depuis la nuit des temps par les gouvernants, tient au fait que la lutte engagée depuis toujours par les populations noires marginalisées, ajoutée à une conscience citoyenne très prononcée dans la jeunesse actuelle, sont les prémisses d’une alternance inéluctable et dans laquelle la majorité des mauritaniens ne sera
plus gouvernée par une minorité.
SOW Aliou- Nice-France.
Kadhafi ne reposa pas au panthéon des héros arabes par Cheikh Tidiane DIA
Face à la mort, la vie devient encore plus éphémère, le courage se noie dans le sanglot de la peur.Les faibles se rendent comptent de la précarité de leur condition humaine et les « forts » plongent dans l’angoisse d’une épreuve inéluctable. Nul n’a les moyens de fausser le rendez-vous du voyage vers l’éternité.Quand un homme célèbre s’en va comme il était venu au pouvoir, par la violence, sa mort devient étrangement tragique que l’aventure de son règne.Tel est le destin fatal de Mouammar Kadhafi. Il aura fallu quelques minutes pour que, 42 ans de terreur se perdent dans un silence noir de sang, le corps livré en pâture au peuple. L’image est bien réelle mais elle revêt une dimension théâtrale. Elle ressemble à la fin d’une de ces tragédies du VII ème siècle, à la seule différence que les aventures étaient plus héroïques, les motifs de l’intrigue plus adaptées à la conscience du public. Il y a encore quelques jours, Kadhafi se présentait égal à lui-même, au monde entier comme l’invincible, l’immortel, le guide suprême. Lui-même le disait sans y croire car il n’en avait pas la moindre force. Mais par le mensonge du pouvoir et les fausses incarnations d’un mythe grandeur nature, il s’enveloppait dans ses habits mégalomaniaques avec un corps mourant mais masqué par les fausses apparences. Mais tant qu’il serait en vie , quelque soit le lieu où il se trouverait, Kadhafi resterait vivant dans les consciences des libyens. Il troublerait leur sommeil. La guerre ne serait pas finie. Gagnée : non. Il aurait pu mourir de sa belle mort si le dictateur ne s’était pas transformé en rat capturé dans des égouts par une foule de chats enragés. Kadhafi avait –il tant peur de la mort qu’il n’a pas eu le courage de l’affronter de façon digne. Pour un homme qui régna aussi longtemps, qui résista aux bombardements américains, qui défia l’occident et fit trembler le monde arabe mérite-t-il d’être étrenné avec une telle facilité comme un petit malfrat tombé entre les mains de ses poursuivants.
Le « Grand » Kadhafi a livré son cadavre non pas aux canons dans une farouche résistance, mais au pistolet d’un rebelle. Son corps n’a pas été emporté par le mystère d’une disparition mais exposé à la vindicte populaire, à la poussière révolutionnaire. Le mythe Kadhafi a été trahi par les circonstances peu héroïques, mieux, plus glorieuses de sa mort. Ceux qui le voyaient élevé au panthéon des résistants arabes ont vite décroché. Kadhafi avait pourtant promis de mourir en Libye, et d’une belle mort ! Il la fait mais personne ne pensait que ce serait de cette façon, à cet endroit réservé aux bêtes errantes. Fuir serait –il donc plus courageux quand on a peur de mourir en héros. Les tyrans les plus sanguinaires peuvent mourir en héros. L’histoire a donné des exemples de ces hommes. Pourquoi avoir « choisi » cette capture aussi honteuse plutôt que de s’embourber dans les bombardements de l’OTAN comme l’ont fait beaucoup de ses hommes qui croyaient en sa bravoure. Triste sort que celui d’un homme qui régna d’une main de fer et qui se fondit en larmes à sa mort. Le destin est donc le seul maitre quelque soit la volonté des tyrans. Le peuple libyen, arabe, et le monde entier est resté interloqué par la fin tragique d’un Kadhafi venu au pouvoir par une révolution et sorti par la petite porte. L’image d’un cadavre des plus ordinaires pitoyablement maltraité : c’est la fin d’un combat simulé qui a révélé le vrai visage du despote Kadhafi…
Cheikh Tidiane Dia – Directeur de publication du RÉNOVATEUR
L’Elysée et nous: Pour des intérêts contre des principes
Les peuls disent : ” Celui qui vient faire les éloges pour ton cheval ne viendra jamais t’aider pour apporter de l’herbe nourrir celui-ci” (traduction littérale). Et le monde d’aujourd’hui (relation internationale) est typiquement ainsi fait. Comment l’Élysée s’est libéré progressivement de Ben Ali après l’avoir servi sous son règne tyrannique. Ben Ali a fuit mais les dossiers sont restés. La chaîne Qatari Aljezerra diffuse
depuis une semaine un dossier spécial concernant l’implication et le soutien de la France dans la poursuite de certains opposants tunisiens établis sur le territoire français. C’est un secret de polichinelle. Hier, le tapis rouge fût étalé à Kadhafi à Paris : collaboration avec lui pour collecter des informations sur la nébuleuse Alqaida terrorisant l’Occident. L’argent du défunt guide a aussi servi à pardonner des crimes odieux commis par ce dernier. Des familles françaises victimes d’un attentat perpétué par les élucubrations khadafiennes ont eu des maudites sommes en Euro. Grace au rapprochement de l’Elysée, ces familles ont eu l’argent mais, elles n’auront jamais la justice. Et, curieusement, on renverse tout. Aujourd’hui, on copine et on traite avec les barbus et les extrémistes. Comme quoi c’est la nouvelle tendance, les institutions internationales s’apprêtent à financer les repentis ayant déposé les armes . A Nouakchott, on attribue des sommes colossales aux anciens détenus salafistes pour entreprendre des activités commerciales. Deux poids, deux mesures…On n’oublie que les armes ont pilonné, Tripoli, mais Carthage n’a pas été détruit. La Lybie ne sera pas construite avec ” Merci Sarkozy” que scandent les amis de Bernard Henri-Levy, les anciens élèves d’Oussama Ben Leden sont dans la foule et devant les portes de Nouakchott.
Les liaisons avec Moubarak ne servaient que pour mieux soutenir l’ Israël afin d’entretenir et renforcer la colonisation du peuple palestinien… Ici encore l’Ironie d’histoire nous rattrape. Oboma ne s’est même pas entretenu par téléphone avec Moubarek dans ses derniers instants. C’est Hilary Clinton qui adressa ses remontrances au Pharaon avant qu’il ne cède le pouvoir à l’armée. Que se passe t-il sous nos cieux?
Mauritanie : L’Elysée et nous
La Mauritanie ne sera pas une exception dans cette comédie. D’ailleurs, Mohamed ould Abdel Aziz est devenu l’homme choyé par Sarkozy. Le nouvel ami et collaborateur de l’Elysée a été rapproché du cercle des grands pour démanteler AQMI afin de mettre fin aux ratps et prises d’otages des curieux touristes, marcheurs et “pseudo-humanitaires” français qui trainent dans le désert du grand Sahara. Paris aménage Nouakchott par ses soutiens constants même pour destituer un président démocratiquement élu. Aprés, les écoutes téphoniques en 2008, on envoie à Mohamed Ould Abdel AZIZ tantôt des généraux de l’armée françaises, tantôt des” fins agents” des services de renseignements. On ajoute du professionnalisme au “Chitari” des journalistes des “généraux mauritaniens” et” hommes de grandes familles” …
Mais le peuple français et ses intellectuels ignorent que leurs responsables tronquent leurs principes universels sur la terre d’Antoine Saint-Exupéry. Pour des renseignements sécuritaires, le Quai d’Orsay ferme les yeux sur les agissements autoritaires du présidant mauritanien. Et pourtant, ce même département été entendu sur le cas d’un ex-ministre emprisonné pour détournement des derniers publics grâce à la forte pression de la compagne (française originaire du Sud de la France) de ce voleur de la République
De 1960 à nos jours, Paris à appris à se taire sur les souffrances des populations négro-africaines, racisme, discriminations, esclavage… l’ancien maître a toujours traité avec une complicité hors pair avec tous les régimes du pays. La France a vu se former un dur systéme, elle a fini par l’aménager. Elle lui remis hâtivement le pouvoir sans consultation et l’accord consensuel de toutes les composantes nationales de la Mauritanie. L’histoire de la décolonisation renseigne que les gouverneurs français ne sont jamais entendus avec les guerriers peuls ( halpularr ou Toucouleurs).
Depuis 1960, La Mauritanie est relativement indépendante, mais pas totalement souveraine dans ses décisions internes . Tous les grands conseillers des dirigeants arabo-berbères ont été intellectuellement et techniquement soutenus par la France. Des technocrates français séjournent en Mauritanie pour “instruire” les dirigeants et jamais le gouvernement français, ( pays colonisateur de la Mauritanie) ne s’est prononcé sur les politiques discriminatoires et contradictoires aux principes universelles des droits de l’Homme vis-à-vis des négros-mauritaniens.Qui veut consulte les archives…
Ceci dit qu’on nous gouverne par un impérialisme sous la couverture d’une démocratie aux principes agonisants. La volonté de suivre les intérêts économiques ( mines, poissons, fer, stratégie géopolitique) fait que la France enterre les principes universels fondant sa grandeur. Ailleurs, l’image de la France est associée à une décadence et un déclin culturel. Car, elle a abondonné les lumiéres de ses principes et ses principes des Lumiéres… Et dire que la France menage certaines pratiques des dirigeants mauritaniens ne doit pas être vu comme un dolorisme mais en tant qu’une réalité que nul n’a eu jusqu’ici le courage d’exposer sur la place publique mauritanienne.
Bâ Sileye
Flamnet- rétro: Crise mauritanienne: quand feu Docteur Mourtoudo Diop dénoncait la badauderie avilissante de Kadhafi
Le trublion Kadhafi, président de la Libye et de l’Union Africaine vient d’enrichir son palmarès d’échecs dans la médiation de la crise mauritanienne. Il a fait avorter par son attitude ubuesque et partisane un nuage chargé d’espoir. C’est la communauté internationale qui lui avait recommandé d’engager un dialogue avec les protagonistes mauritaniens afin de trouver une solution consensuelle et inclusive à leur crise. Un tel rôle exige la sagesse, l’humilité, la pondération, la neutralité qui ne sied pas au versatile Guide de la révolution libyenne. Au lieu d’atténuer les contradictions, il les attisa, les aggrava. Il convoqua d’abord en Libye le HCE, le RFD, le FNDD y compris le président Sidi.
Le FNDD et la CFD ont magistralement escorté le Président de la République de Lemdène à Nouakchott. Plus de cent cinquante voitures furent ce trajet. Des milliers de personnes en liesse acclamaient le Président Sidi. Son domicile à Nouakchott fut envahi par une foule innombrable pintée de joie brandissant ses géantes photos en scandant des slogans. La même soirée, il rejoignit la Libye tonifié par ses militants.
Kadhafi annonça qu’il viendra diriger à Nouakchott la prière de l’Anniversaire du sceau des Prophètes, paix à sa mémoire. Il obligea le chef du HCE à couper ses relations diplomatiques avec Israël. Il rétablit les liens avec notre état, en contrepartie il apporta un appui encombrant et corrosif au programme électoral de la junte.
La Mauritanie lui prépara un accueil digne de son rang, tout en lorgnant à sa manne financière, qui lui permettra en un laps de temps d’amoindrir ses difficultés.
Kadhafi débarqua à Nouakchott avec tout son attirail. Il sortit de son avion en tenue traditionnelle, avec un air d’un joyeux vivant et même d’un viveur, pimpant comme la première pluie de l’hivernage.
Plus de mille cinq cent soldats l’accompagnèrent pour assurer sa sécurité. On y voyait aussi ses célèbres soldates dont quelques nègresses qui lui servaient de gardes de corps. Les tribus du Grand Sahara et celles des Touaregs assistèrent bruyamment à l’accueil, lui proclamèrent leur allégeance et créèrent une atmosphère festive où l’Empereur potentiel de la « Tribucratie » aime à se retrouver. Il donna rendez-vous au stade olympique, difficilement accessible à cause du contrôle rigoureux des soldats libyens.
Nous nous retrouvâmes difficilement dans ce lieu. Les protagonistes de la crise furent invités sous la tente du Guide. Les anciens présidents Moustapha Saleck, Haïdallah, Ely, s’assirent, près de lui ainsi que le « 1er Ministre » Laghdaf, le général Aziz, Messaoud et Ahmed Daddah.
Il livra un discours lyrique, enflammé qui n’a aucun rapport avec l’objet de sa visite. Une foule nombreuse y compris des animistes des autres pays de l’Afrique reconvertis à l’islam sont invités à ce spectacle inhabituel. Tous hurlaient de joie, criaient, sautillaient, dansaient.
Kadhafi communia avec cette masse en extase. Il riait, gesticulait, levait ses poings, jubilait de la réussite de son vœu caché qui n’est rien d’autre que ce festival et non de la solution de la crise. Nous priâmes avec lui ; mais sa prière que nous croyions salvatrice se révéla dévastatrice pour la réconciliation. Tout ce tintamarre n’était destiné qu’à batifoler et non à réconcilier.
Il provoqua la vacance du pouvoir et se comporta comme s’il était dans une région libyenne. Nos dirigeants azimutés se soumirent obséquieusement aux lubies du chef de la Libye, qui, au troisième jour de son séjour invita un monde sélectionné susceptible d’avaler sans rechigner ses déclarations à se rassembler au palais du congrès où des milliers de personnes se serrèrent comme des boîtes de sardines. Encore les anciens chefs d’état militaires s’assirent à côté de lui. Il prononça une déclaration sulfureuse contre la démocratie imposée à l’Afrique par l’Occident outrecuidant, affirma que la démocratie et les élections sont aux antipodes des valeurs de notre pays peuplé par des bédouins indolents incapables d’assimiler ces idéologies chimériques faites pour les diviser et les retarder.
Il venta son livre vert identique à celui du livre rouge de Mao Tsé-toung de la chine truffée de slogans destinés à endoctriner. Il s’est époumoné à travers un exercice époustouflant et un style pindarique à magnifier le modèle libyen, pays sans constitution, sans institutions, sans élections, sans syndicats doués d’une remarquable pugnacité, sans opposition politique interne, sans contrepouvoir pour tempérer l’absolutisme du Guide de la révolution, du moins de l’involution, qui règne depuis 40 ans sur son pays. Son modèle de gouvernement n’existe nulle part dans le monde. Il ne peut que faire l’éloge de l’autocratie et de la « Tribucratie » que nous mauritaniens réprouvons, combattons avec toutes nos forces.
Au lieu de réconcilier, il déversa ses diatribes sur une opposition médusée. Il magnifia le despotisme et proclama que la démocratie n’est pas adaptable en Afrique. Elle ne sert qu’à diviser et à quémander l’aide européenne qui étrangle le continent. Il déversa ses critiques sur le FNDD et demanda au peuple mauritanien d’adhérer au programme électoral du chef de la junte.
L’opposition vexée, se leva, sortit de la salle et annonça la rupture de la médiation avec Kadhafi l’homme aux réactions imprévisibles. Tomber dans cette badauderie avilissante est une honte pour nous qui avions confiance en lui et pour toute l’Afrique. Cette bassesse donne raison à ses détracteurs que nous ne cessions de combattre ici et ailleurs. Cette effronterie qui nous méprise est mal placée d’autant plus que la Mauritanie n’est pas la Libye et que la démocratie n’est pas une propriété occidentale.
Nous pouvons affirmer qu’elle est islamique, d’autant plus que, c’est l’islam qui a, pour la première fois de l’humanité, proclamé la république démocratique, tolérante avec les juifs et les chrétiens dont le Coran et la Sunna ont été la constitution de ses fidèles et la sève de ses diverses institutions.
Le Coran permit aussi aux juifs et aux chrétiens de se guider avec leurs livres révélés. Le sceau des prophètes a révolutionné l’humanité à travers une œuvre inimitable. Sa révolution anti-autocratique est la mère de toutes les révolutions.
La Libye est un pays riche dépendant des puissances nanties ! Elles seules profitent de toutes ses richesses et non les libyens et les autres damnés de la terre.
Actuellement, tous nos malheurs ne nous viennent pas de l’Occident. Ils proviennent principalement de l’aliénation, de l’incurie, de la bouffonnerie, de la soif du pouvoir, de l’avoir et de l’autocratie de nos présidents qui prennent leurs peuples pour des sujets taillables et corvéables à merci. Ce discours éculé de culpabilisation de l’Occident vise à masquer nos échecs. La Libye est plus riche que le Japon, la Chine, l’Inde et la plupart des pays du monde. Elle est moins peuplée qu’eux. Mais ils ont relevé le défit du développement par l’effort, l’organisation et le travail. Actuellement, ces pays asiatiques ont dépassé l’Europe et aspirent à rattraper l’Amérique. Sa médiation attrape-nigaud, n’a été qu’un ballon de baudruche.
Amar Ould Béja Rédacteur du Journal l’Authentique a qualifié Kadhafi de « médecin qui injecta du poison à son patient». Le zoïle Kadhafi offrit gracieusement 15milliards UM pour la construction d’un hôtel et 30 millions d’Euro pour les travaux d’une avenue qui porte son nom, alors que la pauvreté, la faim, la soif, le chômage et les maladies continuent de tourmenter la vie de nos concitoyens. Sa solidarité outrageante avec ses frères d’armes mauritaniens a créé un rapprochement entre le FNDD et le RFD principales forces d’opposition décidées à barrer la route au fascisme international. Cette nouvelle force compliquera l’action du HCE et accélérera les sanctions de la communauté internationale que le Guide Libyen cherche à éviter sans méditer sur les conséquences que son action irrationnelle peut provoquer. Tous les ingrédients d’une déstabilisation comme en Guinée Bissau et au Madagascar que nous ne souhaitons pas qu’elle se réédite chez nous sont réunis.
Le général coléreux clame haut et fort sa volonté de lutter contre la gabegie alors qu’il ne s’appuie que sur ces gabegistes ou
requins notoires qui l’aident à légitimer son pouvoir. Ce sont ces mêmes flibustiers et forbans qui l’encadrent. Nous adhérons à son discours de dénonciation des pilleurs des deniers publics. Mais, pour crédibiliser son action, qu’il commence à inspecter la gestion de ses propres partisans, du BASEP, des états -majors des armées et des sécurités nationales et nous montrer leur droiture en matière de respect des biens publics.
Le pays est en ébullition, que le général assoiffé de pouvoir s’escrime à baisser la tension, à s’ouvrir à ses adversaires, à libérer les prisonniers, à cesser la répression contre la presse, à ouvrir les médias à l’opposition, à annuler les élections unilatérales qu’il prépare avec l’onction de Kadhafi qui ne vise qu’à embourber d’avantage le pays.
Le général doit comprendre que le terrain politique n’est pas une caserne militaire. Y évoluer demande un autre art que sa rigidité et son jusqu’auboutisme suicidaires.
Ainsi donc, l’échec de la médiation de Kadhafi peut bien être un succès pour nous de l’opposition d’une façon générale et du FNDD d’une façon particulière. De surcroît, l’accord entre le RFD et le FNDD peut constituer une synergie stimulante qui encouragera toutes les forces opposées au fascisme à œuvrer ensemble.
C’est l’unité qui fait notre force. Notre lutte a lézardé les murs du despotisme. Avançons sans arrêt, mais unis en proclamant comme Danton : « il faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace et la Mauritanie sera sauvée ».
Nouakchott, le 20 Mars 2009- DR MOURTOUDO DIOP DEKAALEM/RDNM
LE PRESIDENT
Flamnet-Agora: Les accords entre Majorité et Opposition. L’exégèse d’une affligeante et redondante banalité par Ba Bocar Oumar
C’est quand même fort de café ! Après avoir détourné le regard face à la révolte légitime d’une jeunesse qui pose les vraies questions, on voudrait nous présenter comme une révolution politique ce qui au fond, n’est rien d’autre qu’un banal accord élitiste consacrant la gestion et le partage du pouvoir, si ce n’est la sécurisation des carrières et des parcours politiques.
Il n’est pas question pour moi de contester les quelques avancées qu’on peut noter ici et là sur la gestion des processus électoraux compris dans cet accord. Mais au-delà d’un certain nombre de points très discutables sur le principe, comme l’interdiction des candidatures indépendantes, qui pour moi est une réduction de la liberté politique des citoyens et le renforcement du régime des partis (le grand défaut de la 4ème République en France), la question à se poser dans cet accord, c’est encore une fois celle de la hiérarchie des priorités. A-t-on dans cet accord, mis le focus sur les vrais problèmes qui tenaillent le pays ? Mis a part le timide rappel dans la constitution du caractère multiculturel de la Mauritanie, déjà présent dans la constitution de juillet 1991 de Ould TAYA, où est passé l’officialisation des autres langues nationales ; revendication qui fait écho à la vraie question de la reconnaissance de leurs locuteurs comme mauritaniens à part entière ? Dans cette période troublée, où le jeune Lamine Mangane a payé de sa vie la confusion volontairement entretenue sur la mauritanité des négro-africains, c’eut été un signe de bonne foi politique pour le pouvoir que de le réaffirmer, ou pour l’opposition que de le réclamer. Mais c’est vrai que dans un accord de type élitiste, au courage nul n’est tenu…Quant à la référence au rejet de l’esclavage dans la constitution, je ne vois vraiment pas quelle nouvelle ardeur elle apporte à l’abolitionnisme, là où la superposition des lois se heurte en permanence au mépris des autorités locales et à l’indifférence du pouvoir central.
On a donc là un accord entre l’opposition et le pouvoir qui, de mon de vue, se détourne expressément de la question essentielle de l’heure ; celle qu’on effleure prudemment dans le préambule du texte, sous le doux euphémisme d’« unité nationale ». Et ce, alors même qu’aujourd’hui comme hier, mais aujourd’hui plus qu’hier, ce qui menace dangereusement la stabilité du pays, voire sa survie, c’est précisément que certaines composantes de son peuple se sentent exclues de la pleine citoyenneté et de la promesse égalitariste de l’état républicain. Aujourd’hui plus qu’hier, une certaine jeunesse, débarrassée de la frilosité légendaire d’une certaine intelligentsia négro-africaine rompue aux arcanes de l’allégeance facile, a décidé qu’elle ne ferait pas faux bond à l’Histoire, dans ce rendez-vous de toute façon incontournable. Elle a décidé que la mauritanité, sempiternel alibi à l’exclusion, ne ferait pas plus recette que l’ivoirité, dont on sait malgré son échec, la teneur de la facture humanitaire et politique laissée aux ivoiriens.
Et la classe politique mauritanienne réunie en conclave voudrait nous convaincre que ce débat-là ne méritait pas de figurer au menu de leurs discussions. Que la place des langues nationales dans les média d’Etat n’est pas un sujet important pour eux. Que la reconnaissance et le renforcement d’ONGs de lutte contre le phénomène anachronique de l’esclavage ne fait pas débat, dans un pays où malgré tout on a pensé bon de graver dans le marbre constitutionnel le rejet de l’esclavage…Je pense que le problème de la Mauritanie ce n’est même pas qu’elle marche sur sa tête, c’est qu’elle marche tout simplement sans tête !
Bocar Oumar BA, Strasbourg (France) .




