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Une question que tout le monde se pose : A quoi sert une constitution que personne ne respecte ? /Par le colonel (E/R) Oumar ould Beibacar
Plusieurs fois piétinée par l’armée nationale, sous les applaudissements d’un peuple ignorant et affamé, notre constitution a perdu tout son intérêt et surtout toute sa légitimité. Elle est devenue au fil du temps l’apanage des officiers usurpateurs qui la considèrent comme une simple note de service qu’ils peuvent changer selon leur humeur ou leurs intérêts égoïstes. Le 10 juillet 1978, le comité militaire de redressement national s’empare du pouvoir par la force et dissout notre constitution, mettant fin à la première république. La République des bâtisseurs. Treize ans après, le 20 juillet 1991, sous une forte pression internationale, le comité militaire de salut national nous offre une nouvelle constitution, entachée de fraude et j’allais dire de sang, votée dans des circonstances qui ignorent la souffrance de plus d’un tiers de notre population, déboussolé et blessé par la déportation, le génocide, et surtout la négation.
Cette constitution viciée sera suspendue par le comité militaire pour la justice et la démocratie, quatorze ans plus tard, le 3 août 2005, avant d’être amendée en 2006 suivant les mêmes procédures. Le 6 août 2008, le HCE (haut conseil d’Etat) s’empare du pouvoir par la force, suspend la constitution et adopte une charte dans laquelle il s’approprie seulement le pouvoir exécutif et maintient le parlement complice de la conspiration.
Cette constitution toujours viciée sera rétablie par le HCE ère nouvelle, en juillet 2009 avant d’être amendée elle aussi en mars 2012, avec la bénédiction d’un parlement illégitime, l’éternel complice du pouvoir usurpateur. Aujourd’hui le général de bataillon président du HCE ère nouvelle, semble mijoter son énième complot contre la constitution en voulant effectuer des amendements devant lui permettre de s’éterniser au pouvoir, dans une troisième république. La république du faux et de l’usage de faux.
Dans leur démarche hors-la-loi, les militaires usurpateurs sont encadrés et soutenus par des juristes conspirateurs, bien identifiés, spécialisés dans la chirurgie constitutionnelle. Ces putschistes civils, sont entrain, par les temps qui courent, de nous faire avaler des couleuvres pour justifier des amendements inutiles et inopportuns de cette constitution viciée, uniquement pour faire plaisir au chef de l’Etat et tirer des profits personnels.
Quelques exemples de viol flagrant et de non respect de la constitution.
Le refus de respecter le caractère islamique de l’Etat.
L’article premier de la constitution stipule que la Mauritanie est une République Islamique, l’article cinq confirme que l’Islam est la religion de l’Etat et du peuple, alors que la Zakat, pour ne citer que celle-là, qui est le troisième pilier de l’Islam, le fondement de l’économie islamique, pour lutter contre la pauvreté et qui est de l’entière responsabilité du chef de l’Etat, n’avait jamais été sollicitée par l’Etat et très rares sont ceux qui s’en acquittent convenablement.
Inégalité devant la loi
L’article premier alinéa 2 stipule : « La République assure à tous les citoyens sans distinction d’origine, de race, de sexe ou de condition sociale l’égalité devant la loi.» Alors que le fils du général de bataillon, qui avait volontairement tiré à bout portant sur une jeune fille, la rendant paralysée à vie, avait été traité avec tous les égards dignes de son rang. Il était gardé à vue dans une chambre climatisée avec télévision et recevait la visite de très hautes personnalités. Le procureur se serait déplacé pour l’interroger avec beaucoup de complaisance, dans le bureau du commissaire avant d’être libéré à l’issue d’un arrangement forcé avec la famille de la victime.
Au moment où beaucoup de citoyens sont régulièrement torturés et humiliés par la police et la justice et moisissent dans les prisons sans être jugés parce que tout simplement, ils font partie de la classe des déshérités. Au moment où un jeune activiste est condamné à 3 ans de prison ferme pour avoir jeté symboliquement une chaussure en direction d’un ministre sans l’atteindre. Au moment où des activistes de l’IRA sont condamnés à 15 ans de prison ferme dans une procédure de flagrant délit alors qu’ils n’étaient jamais venus sur les lieux de l’infraction. Au moment où, les assassins du colonel chef d’état-major tué le lundi 9 juin 2003, dans son bureau aux environs de 10h courent toujours. Bien qu’ils soient tous, très bien identifiés par le général de bataillon lui-même, qui était au parfum de toute l’enquête et qui avait précisé dans une déclaration télévisée qu’un obus de char de diamètre 1000mm avait touché son bureau, et que ces assassins étaient bien connus. Alors qu’il persiste dans son refus de laisser la justice suivre son cour normal, malgré des aveux publics récents de quelques putschistes, et l’exigence de justice manifestée depuis le premier jour par les ayants droit.
Au moment où le capitaine trésorier de la Garde nationale attend depuis 19 mois, dans la prison de Nouakchott, que la justice puisse entendre l’auteur principal de ce détournement de plusieurs milliards, le troisième mousquetaire, protégé par le premier mousquetaire, le général de bataillon, qui refuse obstinément de laisser la justice suivre son cour normal.
L’article premier alinéa 3 stipule : «Toute propagande particulariste de caractère raciale ou ethnique est punie par la loi. » Alors qu’on autorise solennellement le manifeste des harrratines qui consacre la division de la composante beidane, arabo-afro-berbère et qu’ on refuse celui des FLAM dont il est presque une photocopie, en diabolisant ses auteurs et en les jetant dans les prisons comme des pestiférés
Insoumission à la loi
L’article 4 stipule : « La loi est l’expression suprême de la volonté du peuple. Tous sont tenus de s’y soumettre. » Or, l’article 2 de la loi 2007-054 du 18-09-2007 relative à la transparence financière de la vie publique est constamment bafoué par le chef de l’Etat lui-même. Cet article stipule : « Le président de la République après son investiture et à la fin de son mandat, fait une déclaration de sa situation patrimoniale et celle de ses enfants mineurs. Chacune de ses déclarations est rendue publique.»
Son excellence le général de bataillon refuse pour des raisons personnelles de s’acquitter de ce devoir légal. Dans une sortie télévisée, il avait prétendu que le président de la cour suprême, qu’il avait nommé dans des circonstances douteuses, lui avait expliqué que la déclaration de son patrimoine n’est pas obligatoire. Aucune réaction à ce flagrant délit ni du président de la cour suprême censé être indépendant, ni du président du conseil constitutionnel, la voix de son maître, qui doit veiller à la régularité de l’élection du président.
Le général de bataillon refuse aussi de se soumettre à la loi sur l’état-civil qu’il a lui-même créé on ne sait pour quelles raisons. Son père porte sur sa carte d’identité le nom de : Abdelaziz Ahmed ELEYA. Ce qui implique qu’il doit s’appeler, conformément aux nouvelles dispositions, Mohamed Abdelaziz ELEYA. Alors qu’il porte sur sa carte d’identité le nom de Mohamed Abdelaziz OULD ABDELAZIZ. En termes juridiques cela s’appelle : faux et usage du faux, délit prévu et puni par l’article 150 de l’ordonnance N°83-162 du 9 juillet 1983 portant institution d’un code pénal. Quand le chef de l’Etat lui-même viole publiquement la loi, personne ne la respectera.
L’article 7 stipule que « la capitale de l’Etat est Nouakchott. » Alors que cette ville a été morcelée en trois, Nouakchott Nord, Nouakchott ouest et Nouakchott sud. Laquelle de ces trois Nouakchott est notre capitale ? Pour le Général de bataillon, notre capitale est Nouakchott ouest, là où il habite, puisqu’il avait imposé son wali comme seul autorisé à accueillir les chefs d’Etat à l’ancien aéroport de Nouakchott qui relève territorialement de la Wilaya de Nouakchott Nord. Il a aussi rattaché le futur aéroport Moctar OULD DADDAH à Nouakchott ouest alors qu’il est beaucoup plus proche de Nouakchott Nord.
Notre capitale aurait été décapitée sur proposition de l’ingénieur premier ministre pour, parait-il, la rendre plus propre, qui au lieu d’augmenter les moughataa, avait par décret 2014/182 du 2 décembre 2014 morcelé notre capitale, sans oser toucher à la communauté urbaine, en créant les trois wilayas en contradiction flagrante avec l’article 57 alinéa 7 de la constitution qui stipule : « le régime électoral et le découpage territorial du pays sont du domaine de la loi. »
L’article 13 alinéa 3, stipule : « Nul ne peut être poursuivi, arrêté, détenu ou puni que dans les cas déterminés par la loi et selon les formes qu’elle prescrit. » L’article 91 stipule : « Nul ne peut être arbitrairement détenu. Le pouvoir judiciaire, gardien de la liberté individuelle, assure le respect de ce principe dans les conditions prévues par la loi.» Alors que le directeur régional de la Sonimex de Rosso est arrêté dans les locaux de la police de Rosso, depuis quatre mois, en dehors de toute procédure administrative ou judiciaire, légales ou règlementaires, uniquement par la volonté du général de bataillon au moment où ses propres cousins qui sont directement responsables de ce grand détournement, selon les rapports des inspecteurs, sont en liberté totale.
L’article 15 alinéa 5 stipule : « Il ne peut être procédé à l’expropriation que lorsque l’utilité publique le recommande et après une juste et préalable indemnisation. » Pourtant plusieurs citoyens titulaires de permis d’occuper, de concessions rurales et parfois de titres fonciers en bonne et due forme ont été arbitrairement expropriés dans la vallée, à Nouakchott et ailleurs sans être indemnisés, parfois pour l’intérêt personnel du général de bataillon.
L’article 22 stipule : « Nul ne peut être extradé si ce n’est en vertu des lois et conventions d’extradition. » Pourtant notre compatriote Mohamedou ould SELAHI, qui vient, heureusement, d’être libéré après 15 ans de détention dans la prison de Guantanamo, est l’unique citoyen au niveau mondial à être extradé, pour ne pas dire vendu, par son propre pays. Il avait été extradé le 28 novembre 2001, un vendredi de la dernière dizaine du mois sacré du ramadan. Un véritable outrage à toutes nos valeurs spirituelles et patriotiques.
Les députés sont élus pour 5 ans, les sénateurs pour 6 ans et sont renouvelés par tiers tous les 2 ans conformément à l’article 47 de la constitution. L’avant-dernière assemblée nationale ainsi que les avant-dernières mairies avaient dépassé leurs mandats d’une durée de deux ans sans être inquiétées. Les parlementaires eux-mêmes hors- la-loi, avaient voté une loi « constitutionnelle », on ne peut plus anticonstitutionnelle qui avait ressuscité automatiquement le parlement et les mairies.
Depuis 2011, le tiers du sénat est hors-la-loi, depuis 2013 les deux tiers sont hors-la-loi et depuis 2015, c’est tout le sénat qui est hors-la-loi. Le conseil constitutionnel avait signalé au début de cette année le caractère anticonstitutionnel de cette chambre sans aucun effet. Puisque le général privilégie l’application de l’article 15 alinéa 2 de la loi anti-constitutionnelle 2012-015 du 20 mars 2012 portant révision de la constitution viciée du 20 juillet 1991, on ne peut plus ridicule, qui stipule que « les pouvoirs des assemblées parlementaires sont prorogés jusqu’à la proclamation des résultats définitifs des prochaines élections législatives. » Inchallah, au lieu de l’art 47 cité plus haut.
Normalement toutes les lois votées par ce parlement hors-la-loi sont nulles et non avenues. Tous les parlementaires ainsi que les maires doivent impérativement restituer au Trésor public les salaires et autres avantages en nature dont ils ont bénéficié à l’issue de ce coup de force, pendant toute la période hors-la-loi. Car il s’agit bien d’un détournement collectif des deniers publics.
Il n’est pas exclu que le général de bataillon puisse faire valoir cette élasticité des mandats parlementaires et municipaux, aujourd’hui acceptée par tous, comme jurisprudence, pour prétendre lui aussi, pourquoi pas, à la prolongation de son 2ème mandat en évoquant des menaces terroristes ou des menaces de guerres civiles ou tout autre péril pouvant déstabiliser le pays en déclarant l’état d’urgence ou l’état de siège qui peut durer plusieurs décennies comme en Egypte.
L’article 26 alinéa 3 stipule : « Est éligible à la présidence de la République, tout citoyen né mauritanien … » Or le général de bataillon élu deux fois, est né marocain, le jeudi 20 décembre 1956 d’un père marocain, à Darou Mousti dans le département de Louga au Sénégal. Il avait été naturalisé mauritanien au milieu des années soixante- dix. Il aurait opté, semble-t-il, depuis 2013-2014 pour la double nationalité marocaine et mauritanienne. Tous les membres de sa famille disposent de passeports marocains depuis quelques temps.
C’est sans doute pour cette raison qu’il avait abrogé en février 2010, six mois seulement après sa reprise de pouvoir par la fraude, certaines dispositions de la loi 61 – 112 du 12 juin 1961 portant code de la Nationalité Mauritanienne, pour légaliser la double nationalité qu’il accorde exclusivement par décret et à sa convenance.
L’article 89 alinéa 1 stipule : « Le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif. » Alors que l’avant dernier président de la cour suprême pourtant inamovible, avait été congédié presque manu militari, avant l’expiration de son mandat, par le général de bataillon chef de l’exécutif et remplacé par un inconnu, beaucoup plus docile.
Exemple concret de non respect des libertés individuelles et de soumission de la justice.
Pour ne citer que mon expérience personnelle. En effet, j’avais été arrêté le 28 novembre 2015, par des agents de la direction de la sureté de l’Etat en tenue civile, accompagnés de deux véhicules remplis de policiers, à ma sortie du siège de l’AJD MR où j’avais animé une conférence au sujet du massacre d’inal et gardé à vue dans des locaux relevant de la brigade anti- terroriste situés à Dar Naim pendant une semaine.
Mon arrestation s’était réalisée sur injonction du général de bataillon qui se trouvait à Nouadhibou, pour les festivités du 55ème anniversaire. Informé par le directeur général de la sûreté nationale sur le contenu de ma conférence, le chef de l’Etat lui avait ordonné de m’arrêter immédiatement. Ce dernier avait envoyé des éléments de la DSE pour accomplir cette mission, sans se référer à ses chefs hiérarchiques et en dehors des règles de droit.
Les commissaires de la DES, qui m’avaient interrogé pendant trois jours, n’ont aucune compétence territoriale en matière de police judiciaire, jusqu’à preuve du contraire, et n’ont de compte à rendre qu’au DGSN. Or l’article 21 alinéa 1 du code de procédure pénale stipule : « Les officiers de police judiciaire ont compétence dans les limites territoriales où ils exercent leurs fonctions habituelles. » Il s’agit donc d’une cellule hors-la-loi, mise en œuvre par le régime militaire usurpateur, au niveau de la direction générale da la police nationale, pour servir les propres caprices du dictateur et terroriser les indésirables.
Cette cellule hors-la-loi, avait accédé frauduleusement à mon courrier électronique et mes documents sans m’en informer, et saisi mes objets personnels en dehors des procédures régulières. Au 4ème jour de ma détention, j’avais reçu la visite tard dans la nuit du commissaire de Sebkha, Nouakchott ouest, territorialement compétent par rapport au lieu de « l’infraction », sans doute pour mettre la forme, mais qui m’interroge dans un lieu relevant d’une autre circonscription administrative Nouakchott nord, et d’une autre juridiction et à l’insu des autorités territorialement compétentes. Un véritable système D.
Le 3 décembre 2015, on m’avait présenté rapidement devant le procureur qui m’avait annoncé que j’étais accusé d’incitation à l’extrémisme et au racisme ainsi qu’à des actions pouvant porter atteinte à la sécurité interne et externe du pays. Après m’avoir entendu en présence de mon avocat, il nous envoya devant le pool anti-terroriste composé de trois juges qui m’avait entendu pendant 5 minutes avant de me mettre sous contrôle judiciaire pour une période de deux mois, avec confiscation de mon passeport, mon ordinateur, mes téléphones ainsi que des documents personnesl. Devant ce pool, j’avais rejeté, en bloqc, toutes les accusations du parquet.
Le contrôle judiciaire m’astreint à faire acte de présence toutes les deux semaines à la direction de la sûreté de l’Etat et m’interdit de sortir de Nouakchott sans informer le juge d’instruction. Le jeudi 4 février 2016, j’attire l’attention de la DSE sur l’expiration du contrôle judicaire, puis en avril, puis en juin, puis en août sans obtenir de suite. A la fin du mois d’août, j’avais fait savoir au commissaire de la DSE, que je ne suis plus disposé à venir faire acte de présence sans le renouvellement de la décision judiciaire. Car j’estime que ma situation est irrégulière. Le commissaire avait rendu compte à ses chefs qui n’avaient pas réagi et j’avais cessé de venir émarger à la direction de la sûreté.
Entretemps, mon avocat avait sollicité, en vain, le juge d’instruction pour obtenir la libération des objets saisis. Il ressort de ce qui précède que la justice est bien soumise à l’autorité du général de bataillon, car aucune mesure ne peut être prise sans son consentement. C’est donc lui et lui seul qui décide de l’arrestation et de la libération de qui il veut. Et le ministère censé veiller à la bonne exécution des lois, dirigé depuis quelque temps par un avocat béni oui-oui, le premier à appeler devant l’assemblée nationale au viol de la constitution, en sollicitant un 3ème , un 4ème et un 5ème mandat au profit de son maître, ressemble plus à un ministère de l’injustice.
Mon arrestation ainsi que la perquisition de mon domicile ont été exécutées sans aucun mandat judiciaire. Les pouvoirs du parquet, en pareilles circonstances, sont détenus de fait par le directeur général de la sûreté nationale et ses commissaires de l’ombre en vertu des consignes données par le général de bataillon au nom de la raison du plus fort.
Voilà donc 10 mois que je suis sous contrôle judiciaire ou en résidence surveillée en l’absence de mesure judiciaire ou administrative appropriée. Uniquement par la volonté du dictateur général de bataillon Mohamed Abdelaziz ELEYA. Le pouvoir judiciaire, gardien de la liberté individuelle, saisi plusieurs fois par mon avocat, ne s’est toujours pas manifesté. Adieu l’Etat de droit.
Même les enfants ne sont pas épargnés par ce pouvoir maudit. En juillet et en septembre dernier, mon petit- fils qui porte le même nom que moi, Oumar Cheikh BEIBACAR un bébé âgé de 20 mois, qui accompagnait sa mère en consultation au Maroc, avait été interpellé à l’aller et au retour, par la police de l’aéroport de Nouakchott et son passeport avait été confisqué en attendant le feu vert de la sûreté d’Etat, au motif d’erreur sur la personne. Quoi de plus ridicule ?
Quant à moi, rien ne m’empêchera de dénoncer publiquement le génocide, et je serais toujours solidaire avec les parents des victimes, privés de tous leurs droits y compris de celui de pleurer leurs proches, morts ce jour mémorable, dans des circonstances tragiques et mystérieuses que le pouvoir militaire veut absolument occulter. Nul ne m’empêchera de dénoncer ces injustices, ces vérités insupportables que je ne pouvais pas dire à cause de l’obligation de réserve. Pour moi la journée du 28 novembre sera toujours une journée de deuil et de prières jusqu’à ce que justice soit rendue aux ayants droit.
Depuis le 28 novembre 1991, je vois toujours dans mon imaginaire, pendant la levée des couleurs, notre emblème national, entaché de sang, pas du sang des razzieurs qu’on veut immortaliser actuellement, mais celui des 28 compagnons d’armes pendus à Inal le 28 novembre 1990, pour commémorer le trentième anniversaire, et des autres victimes du génocide. Le 28 novembre est aussi pour moi une journée de prières pour le repos des âmes de nos 2000 martyrs morts pour la patrie, les armes à la main, pendant la guerre du Sahara, sous ce drapeau aujourd’hui renié par le général de bataillon, l’usurpateur, le négationniste et souillé par ces intouchables génocidaires.
Nous ne pouvons espérer un avenir meilleur, quand on est dirigé depuis huit ans par un naturalisé, qui avait pris le pouvoir par la force et qui n’a aucune racine en Mauritanie. Un mécanographe de métier, qui avait utilisé des faux papiers pour se faire recruter dans notre armée. Un officier auto qui avait obtenu tous ses galons, du grade de lieutenant jusqu’au grade de général de bataillon, par complaisance, au palais présidentiel, comme un prince.
Nous ne pouvons espérer un sort meilleur quand on est dirigé par un chef d’Etat qui se vante publiquement d’avoir violé deux fois notre constitution, sous les applaudissements de l’élite dialoguiste, et qui nous demande de voter ses amendements. A quoi sert une constitution constamment bafouée par des officiers usurpateurs, assoiffés de pouvoir ? A quoi sert une constitution sous une véritable dictature militaro-tribaliste, autoritaire, raciste et esclavagiste et qui veut falsifier notre histoire ? Nous n’avons que les chefs que nous méritons.
Source:http://lecalame.info
Mauritanie: quand l’élite a honte de son identité berbère
Le360 – Au moment où le Maroc assume toutes ses identités, arabe et berbère voire africaine, en Mauritanie l’élite a honte de ses origines et aimerait ne conserver que l’arabité. “Chez Vlane”, célèbre blogueur mauritanien, dénonce ce complexe des gens qui refusent le terme “arabo-berbère”.
Au Maroc, le festival Gnawa d’Essaouira permet de revendiquer les racines africaines d’un royaume synonyme de creuset. Toujours au Maroc, le berbère est devenu une langue officielle. Encore dans ce royaume chérifien, l’identité sahraouie est défendue par le sommet de l’Etat. Mais cela c’est le Maroc, la Mauritanie a choisi une toute autre voie, dénonce Chez Vlane, l’un des plus célèbres blogueurs mauritaniens. Ici, l’élite a honte de ses racines berbères et refusent de fait, l’appellation “arabo-berbère”.
Le débat sur l’identité culturelle est une question récurrente en Mauritanie où cohabitent plusieurs communautés. Les dirigeants politiques ont contribué à entretenir ce débat pour des questions purement politiciennes. Beaucoup estiment qu’il faut “diviser pour mieux régner”, critique Chez Vlane. Le terme arabo-berbère pour qualifier la composante maure du pays fait couler beaucoup d’encre.
Pourtant, dans certains pays du Maghreb, l’identité arabo-berbère est clairement assumée. Le roi Mohammed VI, rappelle le blogueur, a consacré un point de l’agenda de la première session ordinaire du Conseil consultatif royal sur les affaires sahariennes au thème: “le hassania en tant que composante de l’identité marocaine”.
Une démarche justifiée par le fait “qu’il s’agit d’une question majeure dans le cadre du projet de développement” marocain. Ce dernier “ne pourrait être complet que dans la mesure où il est capable d’accueillir toutes les composantes culturelles de notre identité nationale”.
Une option culturelle stratégique du “grand voisin du Nord avec laquelle la Mauritanie se trouve en net décalage”, déplore le blogueur mauritanien.
Celui-ci note avec une pointe d’amertume que “pour le pouvoir mauritanien comme pour une grande partie de l’élite, les racines berbères relèvent de l’histoire ancienne”. Beaucoup en ont honte.
Chez Vlane explique qu’à chaque fois que Samba Thiam, président des Forces progressistes pour le changement (FPC), une des mouvances de la communauté négro-mauritanienne (composante non arabe), parle des arabo-berbères, “les complexés se braquent comme s’ils avaient été insultés ou dénaturés”.
Ce complexe mauritanien est unique dans la région. Les peuples berbères du Maghreb sont fiers de leur lignée. Pour rien au monde, ils n’aimeraient être qualifiés d’Arabes. “Entre ceux-là et ceux qui se disent de pur sang arabe, on trouve le monde maghrébin à majorité arabo-berbère”, explique le blogueur.
Partout dans le Maghreb, la berbérité a droit de cité. D’ailleurs, «les pouvoirs arabo-berbères ont fini par tolérer et respecter ceux qui refusent un quelconque lien avec les Arabes, car ils savent qu’ils n’ont pas à rougir de leur culture et de leurs origines.
En Mauritanie, la culture berbère semble n’avoir jamais existé. Du moins, on fait tout pour. Comme on nie l’identité des noirs qui pourrait même constituer la majorité du pays.
Si cette culture berbère a existé, on essaie de la faire disparaître par tous les moyens. Elle a été arabisée pour la réduire à sa plus simple expression.
Ce complexe est nuisible à la culture mauritanienne et à la culture arabo-berbère du pays, prévient toujours le blogueur. Car, “chez nous, ce qui fait notre fierté, notre mode de vie, les rites du mariage jusqu’à la mariée qui se fait symboliquement enlever, la liberté de nos femmes et mille autres choses de la vie courante sont de la tradition berbère. A cela s’ajoutent les noms de certaines villes, certains points d’eau qui sont également tirés de la langue et de la culture de ce premier peuple de la région Nord-Africaine. Même le hassania, n’est autre qu’une langue métisse arabo-berbère”, explique-t-il.
Malheureusement, tout ce patrimoine est en train d’être anéanti par “les terroristes de la culture, qui veulent faire de la Mauritanie une île d’arabité tombée du ciel face à une démission collective sur le plan intellectuel et religieux”.
Depuis le putsch du 10 juillet 1978, la Mauritanie vit sous la férule de régimes militaires dont les chefs se sont recyclés dans la politique. Durant cette période, plusieurs mouvements “nationalistes” arabes ont fortement investi et même noyauté l’appareil d’Etat, selon l’avis de nombreux observateurs.
“Tout ceci mérite une grande attention et devrait inciter à la réflexion”, commente le Pr Gourmo Abdoul Lô, vice président de l’Union des forces de progrès (UFP-opposition). Une manière de dire que ce n’est pas seulement l’identité berbère qui est niée, mais aussi l’africanité de la Mauritanie toute entière, alors que les Haratines, Peulhs, Wolofs, Soninkés sont déjà majoritaires dans le pays.
Par notre correspondant à Nouakchott
Cheikh Sidya
Regard critique post- dialogue (suite) : les vraies conclusions : par SAMBA THIAM président des FPC
Au cours de ce dialogue national , deux ateliers ont essentiellement polarisé l’attention générale (où j’ai consacré les ¾ de mon temps ); l’un portait sur les réformes constitutionnelles et l’autre sur l’Unité nationale ( question négro-africaine et question haratine ) ; la question de l’Unité fut débattue longuement , avec passion, tout le long des assises . Dans le premier atelier, les points ayant fait objet de consensus , à tout le moins de majorité, forte , étaient le sénat ( dissolution ), le 3e mandat (rejet , même dans les rangs de l’Upr , à l’exception des caciques et griots de l’Udp), le refus d’ouvrir la limite d’âge (75 ans ) pour les candidats à la présidentielle . D’autres points sont restés clivants , tels le changement de drapeau et de l’hymne national -points de details – auquel j’avais souscrit, mais pour des raisons totalement différentes de celles de l’Upr, telle, enfin, la création du poste de vice-président …Pour ce poste , la conclusion fut tirée de manière originale par un compatriote arabo-berbère qui, avec humour et ironie, la résuma ainsi : ‘’Je constate que tous les Arabes qui se sont exprimés sur la question sont contre l’institution de la vice -présidence , et que la quasi-totalité des Négro-africains sont , au contraire, pour . Les premiers sont contre , pensant que si le poste était crée, il le serait pour les Négro-africains , et ces derniers étaient pour , pensant que si la vice-présidence était retenue , elle leur reviendrait, tout naturellement …’’. La salle rit , mais d’une rire jaune , car cet ‘’état d’esprit’’ , subtilement ressorti par ce compatriote , traduisait le malaise réel qui relançait , avec amertume, l’acuité de la question du ‘’ vivre-ensemble’’. (Notons au passage que les haratines furent divisés sur la question… )
Dans le second atelier ‘’ l’Unité nationale’’ retint l’attention ; elle fut débattue , longuement , avec passion , pour aboutir à la conclusion – toutes opinions transversales confondues – sur la nécessité d’enseigner et d’officialiser les langues nationales d’une part et , d’autre part, résoudre la question haratine .
Voilà , en résumé , les points essentiels, focaux, qui furent les véritables conclusions du dialogue national . D’autres points ont été portés récemment à la connaissance du public , mentionnés dans le projet de révision constitutionnelle en perspective du référendum , entre autres, la redistribution des membres du conseil constitutionnel – qui constitue une illusion, un leurre pour mieux ferrer l’opposition ; en effet la neutralité du conseil constitutionnel pendant les compétitions électorales ne peut découler, véritablement, que de l’indépendance totale de la justice et non de ce type d’artifice…les cas du Burundi , de la Côte d’Ivoire et récemment du Gabon sont là pour le prouver . On note dans ce projet d’autres points comme la fusion d’institutions islamiques – point superficiel – qui fut sans intérêt pour la majorité des participants .
A l’exception du point relatif à la dissolution du Senat , tous les autres points présentés dans ce projet de révision constitutionnelle sont de pure invention , et résultent de négociation menée en catimini et dans l’opacité totale ; ils ne reflétaient donc ni les conclusions véritables des assises , ni l’avis de la commission générale de suivi du dialogue national . Il ne s’agit donc là , ni plus ni moins, que d’une supercherie… L’esprit et la lettre des assises nationales ont été trahis…
Au vu de ces manœuvres du régime, iL appartiendra donc , à partir de maintenant, aux uns et autres de juger et décider de l’attitude à adopter face au référendum, en perspective, au contenu falsifié , très éloigné des conclusions réelles du dialogue national …
Pour notre part c’est tout décidé .
Samba Thiam Pr des FPC
Nouakchott, le 24 Novembre 2016
FLAMNET-AGORA : Journée de réjouissance ou de deuil ? Par le colonel (E/R) Oumar Ould Beibecar
Le mois de novembre, qui symbolisait pour nous, pendant trente ans les moments de joie et d’allégresse, les moments d’euphorie pour l’unité nationale et cette communauté de destin fondée sur l’islam, des moments de souvenir des pères fondateurs et bâtisseurs, des moments d’espoir d’une vie meilleure, a perdu tout son charme et toute sa fierté depuis ce fameux 28 novembre 1990 où la tristesse a remplacé la joie et le désespoir. A la joie de l’indépendance et de la liberté se sont désormais mêlées la souffrance morale et la détresse de la cruauté, pendant ce jour mémorable.
En ce mois de novembre 1990, des centaines de nos frères négro-mauritaniens, civils et militaires ont été froidement exécutés. Plusieurs centaines d’âmes croyantes exécutées sans aucune raison valable, ou morts sous la torture. Certains ont été abattus de sang froid en public, leurs corps exposés pendant très longtemps devant leurs proches, empêchés de leur donner une sépulture, d’autres ont été enterrés vivants comme à Azlatt et à Jreida. Certains ont été pendus comme à Inal et à Rach Tachedbit dans le département de Rosso au 1er BCP, d’autres morts sous la torture à Nouadhibou et ailleurs.
Les viols ne se comptaient pas, certains viols avaient été effectués devant les parents des intéressées, d’autres devant les enfants des intéressées. Les pillages, les humiliations et les bastonnades étaient monnaie courante.
Les victimes dans les unités de l’armée nationale, un peu moins de trois cents hommes, dont plus de la moitié (154) dans la seule fosse commune d’Inal. Inal qui est tout un symbole car c’est ici où sont tombés nos premiers martyrs, sur le champ de bataille le 9 décembre 1975, dont l’adjudant-chef Abdallahi Sy dit lehrour de la gendarmerie, un foutanké du gorgol, le premier martyr des forces armées nationales et le brigadier Mohamed Ould Mahmoudi Ould Moussa MLE 2147 un guerrier du Tagant, premier martyr de la Garde nationale. Ils sont morts pendant la lâche attaque surprise de l’armée algérienne et quelques mercenaires du Polisario, qui a déclenché la guerre du Sahara où nous avons perdu plus de 2000 martyrs oubliés par la République.
Auteurs bien connus
Les tueries au niveau de l’armée nationale ont fait l’objet d’un rapport incriminant une poignée d’officiers. Etabli dans les règles de l’art en mai / juin 1991, par une commission plurielle composée de cinq officiers, dirigée par le chef d’état-major national adjoint, ce rapport avait fait toute la lumière sur ce massacre. Le chef de l’Etat, après lecture de ce rapport, avait été d’une grande naïveté, en demandant à son ministre de la Défense de voir avec la cour suprême la possibilité d’une solution interne, à l’amiable, impliquant des sanctions disciplinaires accompagnées de réparations matérielles.
Le ministre de la Défense a, par lettre N° 0056 du 17 juin 1991, posé deux questions, on ne peut plus absurdes, au président de la cour suprême, dont voici la teneur : « Les chefs d’états-majors détiennent-ils des prérogatives en matière de poursuites des militaires ayant commis des crimes et des délits? La sanction disciplinaire peut-elle se substituer à la sanction pénale ? » La cour suprême toutes chambres réunies, à son audience du lundi 15 juillet 1991, a par délibération N° 95/91 donné l’avis suivant : « Incompétence des chefs d’états-majors en matière de poursuites des militaires ayant commis des crimes ou des délits et impossibilité quant à la substitution de la sanction disciplinaire par la sanction pénale. »
En novembre 1990, à la Garde nationale, sur les seize victimes de ce massacre, plusieurs sont morts sous la torture. Pendant l’occupation de la vallée, dans le département de Boghé, des gardes avaient exécuté froidement un gendarme et plusieurs soldats de l’Armée nationale en tenue et en position régulière, et au lieu d’être sanctionnés, ils ont été récompensés. Ils avaient aussi massacré dans la forêt de BAKAW, plusieurs personnes dont des femmes et un bébé.
Dans le département de Maghama, dans la zone de Sangué Lobali, pendant ces années de braise, les unités de la Garde ont semé la terreur en coupant les têtes de certaines victimes avec lesquelles ils s’amusaient à terroriser les populations des villages riverains. Au niveau de la Garde nationale, il n’y avait jamais eu d’enquête concernant ces massacres, mais les auteurs présumés sont très bien identifiés. Malheureusement, les statistiques des massacres et viols chez les civils, pendant l’occupation de la vallée, ne sont pas répertoriés avec précision. Les ONG qui s’intéressent à ce dossier sont divisées, démunies et diabolisées et les ayant droits sont toujours terrorisés.
Le seul crime des victimes de ces massacres était d’être nées toucouleurs ou soninkés du Gorgol. Car les soninké du Gorgol, contrairement à ceux du Guidimagha plus conservateurs, étaient assimilés par le pouvoir à des toucouleurs, à cause des métissages et de la symbiose qui existaient entre ces deux composantes. Il parait que le but de ce génocide, car on ne peut l’appeler autrement, était de terroriser les ‘’kwars’’ (terme générique désignant le snégros-mauritaniens), afin de les amener à traverser volontairement le fleuve pour s’installer définitivement au Sénégal, considéré par les stratèges nationalistes du pouvoir, comme étant leur vraie patrie.
Certes, les kwars ont été complètement terrorisés au point où ils ne savent plus à quel drapeau se vouer, et où ils n’ont plus que des mains pour applaudir et des voix pour soutenir sans réserve, les gouvernements d’hier et d’aujourd’hui, qui protègent les bourreaux en légalisant l’impunité. Mais, heureusement pour la Mauritanie, les kwars n’ont pas encore traversé le fleuve « Sanhaja ».
Epuration ethnique
Les proches des victimes de cette épuration ethnique, sont depuis plus de 25 ans dans l’expectative. L’avenir de la Mauritanie vaut plus que la vie de tous les officiers, sans exception aucune, en activité ou à la retraite, à plus forte raison d’une poignée d’officiers génocidaires, qui prennent en otage depuis un quart de siècle la justice de tout un peuple, mettant en péril toute la République, et à l’ égard desquels la moindre sympathie ou le moindre sentiment de pitié constitue à lui seul un très grand péché.
Depuis 25 ans, les poursuites contre les auteurs de ces massacres sont suspendues, la justice mise en veilleuse, avec la bénédiction de beaucoup des oulémas et des notables de la République Islamique de Mauritanie. Depuis un quart de siècle, les ayant droits sont privés de justice par ces dictatures militaires qui se succèdent et se ressemblent, soutenues par les baathistes et les nasséristes à tour de rôle.
Depuis 25 ans, les parents des victimes n’ont même pas le droit de pleurer leurs morts, ni de chuchoter les noms de leurs centaines de martyrs, ni de murmurer leurs profonde douleur, ni de prier publiquement pour le repos de leurs âmes. Pourtant tous les auteurs présumés de ces crimes sont connus et beaucoup de témoins sont encore en vie et prêts à témoigner pour Allah devant les juridictions compétentes.
Toute la procédure judiciaire a été bloquée par le premier parlement issu de la démocratie militaire, composé majoritairement de tribalistes arabo-berbères et négro-mauritaniens dont des oulémas, qui avait voté presque à l’unanimité, sous l’impulsion du président du CMSN ère nouvelle, déçu par la réponse de la cour suprême en juillet 1991, et soutenu par des nationalistes arabes, le 14 juin 1993 la loi 93-23 portant amnistie et qui légalise l’impunité et l’arbitraire, dont voici la teneur :
Article premier : Amnistie pleine et entière est accordée :
-1/ Aux membres des forces armées et de sécurité auteurs des infractions commises entre le 1er janvier 1989 et le 18 avril 1992 et relatives aux événements qui se sont déroulés au sein de ces forces et ayant engendré des actions armées et des actes de violence.
-2/ Aux citoyens mauritaniens auteurs des infractions suites aux actions armées et actes de violence et d’intimidation entrepris durant la même période.
Article 2 : Toute plainte, tout procès- verbal et tout document d’enquête relatif à cette période et concernant une personne ayant bénéficié de cette amnistie sera classé sans suite.
Cette loi d’amnistie votée par cette assemblée monolithique, élue dans les conditions que l’on sait, qui n’a d’ailleurs pas plus de légitimité que le CMSN, composée de « députés » béni-oui-oui, dont certains sont plus militaristes que les militaires, et dirigée par un officier, ancien membre du CMSN, ancien ministre de l’intérieur, sans doute pour donner la cadence, est nulle et non avenue. Particulièrement en ce qui concerne les auteurs de crimes de sang, puisque contraire à la charia qui est constitutionnellement, le fondement du droit mauritanien. Seuls les ayant droits peuvent pardonner et seulement dans les cas du ghissas (loi du talion). Les cas de houdoud (châtiment pour un péché) ne peuvent faire l’objet ni de pardon ni de grâce et doivent être exécutés immédiatement.
Des officiers génocidaires ont été décorés les 28 novembre. Décorer les bourreaux, c’est encourager l’impunité, travestir l’histoire, maudire un peu plus cette journée mémorable, insulter davantage la mémoire de nos martyrs, humilier et frustrer les ayant droits, et renvoyer aux calendes grecques les mots comme réconciliation nationale et comme justice tout court.
Le 28 novembre 2015, les festivités pour la commémoration du 55ème anniversaire s’étant délocalisées à Nouadhibou, la cérémonie nationale va s’approcher de la principale nappe de sang de nos martyrs, du point culminant de la barbarie. Elle va se dérouler à 255 km d’Inal, le symbole de l’atrocité, l’adresse de la boucherie, le souvenir du cérémonial solennel de la pendaison de nos 28 valeureux soldats, l’incarnation du génocide.
Elle va se dérouler au commandement de la première région militaire, responsable de ce massacre. Elle va se dérouler à Nouadhibou, notre capitale économique, elle aussi entachée par le sang des dizaines de nos martyrs de novembre 1990. Cette année, notre drapeau national sera hissé publiquement et solennellement, en présence du chef de l’Etat, des membres du gouvernement et des hautes personnalités, dans une mare du sang de nos frères martyrs.
Journée souillée
Le 28 novembre ne peut plus constituer une fête nationale pour notre peuple. On ne peut pas fêter le sacrifice de nos 28 martyrs pendus, pendant ce jour mémorable. Leur sang avait entaché à vie l’anniversaire de notre indépendance, et souillé notre drapeau national. On ne peut pas fêter la pendaison de toute une communauté, de toute une culture. On ne peut pas fêter la pendaison de l’humanité tout entière.
Le sang de ces 28 âmes croyantes sacrifiées comme des moutons ce 28 novembre 1990, par leurs frères d’armes dans une ambiance incroyable, interpelle notre conscience religieuse, notre conscience nationale, notre conscience citoyenne, notre conscience patriotique. La réponse au génocide et surtout au sacrifice d’INAL doit être responsable et contribuer à apaiser les esprits, à consolider la cohésion nationale, le patriotisme, et surtout à renforcer la foi en Allah, après que justice soit rendue. Le fait d’ignorer le génocide est pire que le génocide. Le fait de nier la pendaison est pire que la pendaison. De grâce pleurons le 28 novembre. Exigeons la vérité. Exigeons la justice. Pleurons. Pleurons.
Aussi le 28 novembre 2001, la Mauritanie avait livré le citoyen Mohamedou Ould Sellahi, brillant informaticien, aux USA en violation flagrante de notre constitution. Cet innocent moisit depuis une quinzaine d’années dans les geôles de la plus grande puissance du monde, qui le maintient en prison, hors de son territoire pour tricher, par excès de zèle, malgré son acquittement par la justice américaine. Cette honteuse livraison a souillé un peu plus cette journée mémorable.
On peut consacrer la journée du 25 novembre, encore intacte, à la fête. Date de la création de nos forces armées, premier acte de souveraineté nationale de notre pays. On peut réserver ce jour à la joie de l’indépendance et de la liberté, avec ses discours, ses musiques, ses chants, ses cérémonies officielles, ses défilés, ses levées des couleurs. Et instituer la journée du 28 novembre comme journée des martyrs ou journée de la cohésion nationale, pour partager la souffrance morale et la détresse de tous ceux qui ont souffert, ou qui souffrent de la cruauté de leurs propres concitoyens.
Avec une pensée particulière pour les victimes du génocide, et nos 2000 martyrs oubliés, morts les armes à la main pour défendre notre intégrité territoriale entre le 9 décembre 1975 et le 12 juillet 1979, et surtout les 28 pendus de l’anniversaire. Cette journée du 28 novembre sera une journée de prière, de recueillement et de pardon pour une meilleure harmonie, une meilleure concorde nationale. Pour que cette folie ne recommence jamais.
Les plaies provoquées par le génocide sont très profondes et ne peuvent se cicatriser que suite à un procès juste et transparent, et qui doit réparer administrativement les calvaires vécus par les ayant droits pendant ces 25 ans d’expectative. Le peuple doit connaître toute la vérité, rien que la vérité au sujet de ce massacre. Tenter de dissimuler cette tuerie, c’est comme essayer de cacher le soleil.
L’approche timide choisie pour régler le problème de ces tueries, par le pouvoir en place, en distribuant des miettes aux ayant droits, est contre-productive. Les amalgames créés par l’ajout sur la liste des victimes du génocide, des noms des auteurs des putschs sanglants du 16 mars 1981 et du 8 juin 2003 sont inacceptables et ridicules. La prière à Kaédi ressemble plus à une provocation qu’à un acte d’apaisement. On ne peut réaliser notre unité nationale tant que la justice n’est pas rendue aux ayant droits. Pourtant les parents des victimes sont prêts à pardonner. Mais pardonner quoi ? Pardonner à qui ? Pardonner comment ? Il est indécent de demander pardon avant de rendre justice.
Il ressort de ce qui précède que nous sommes majoritairement des musulmans non pratiquants, citoyens d’une république semi-laïque en voie de disparition, dirigés depuis le 10 juillet 1978 par des gouvernements irresponsables et hors-la-loi. Qu’Allah protège notre chère Mauritanie. Allah donnez-nous des yeux qui voient le meilleur, un cœur qui pardonne le pire, un esprit qui oublie le mal, et une âme qui ne perd jamais la foi.
Source: http://lecalame.info
REGARD CRITIQUE POST- DIALOGUE : PAR SAMBA THIAM PRESIEDENT DES FPC.
Dans le document final de l’accord politique on a, de nouveau, parlé comme dans toutes les réformes administratives, politiques et scolaires précédentes ‘’ du renforcement de la langue arabe ‘’. Il faut soutenir ce renforcement de la langue arabe , mais le soutenir pour la nationalité arabo-berbère …Il n’est plus question de l’appliquer aux Négro-africains car , pour ces derniers , ce ‘’renforcement’’, dans le passé et le présent récent, s’est toujours traduit par davantage d’exclusion . Avec ce ‘’renforcement de la langue arabe’’ on a cherché à faire de l’unitarisme plutôt que l’unité ; Obstinément, on s’évertue à vouloir gommer l’autre identité du pays . Oui donc au renforcement de la langue arabe, mais pour les Arabo-berbères ;au titre du respect de l’ identité négro-africaine qui s’impose et exige, enfin, l’enseignement et l’officialisation immédiate des langues nationales wolof , pulaar , soninke et bambara au même titre que l’arabe ; identité pour identité…
Il n’y a pas de majorité en matière d’identité, tout comme il n’y a pas de majorité en matière de vérité. Rappelons au passage que le stade de promotion ou du choix des caractères pour la transcription de ces langues est un stade dépassé.
L’élite arabo- berbère ne semble pas se résoudre à admettre que l’Unité nationale suppose la reconnaissance de l’autre et dans son identité et dans son altérité! Qu’elle requiert l’égale dignité, l’acceptation et le respect réciproque, l’équité et l’égalité des chances devant les opportunités.
Voilà pourquoi nos langues pulaar , soninke , wolof et bambara doivent être érigées en langue de travail et d’alphabétisation des masses pour en faire de bons citoyens et des acteurs de développement avertis. L’indépendance culturelle, tant prônée , ne doit pas rester sélective . Elle doit rimer avec l’indépendance culturelle de tous , sans esprit partisan …
IL ressort par ailleurs du même accord politique que l’on s’acheminerait vers une consultation référendaire autour de certains points , dont les emblèmes nationaux , à modifier . Il nous semble plutôt que le contenu central de ce référendum, s’il avait lieu , doit d’abord porter sur la question fondamentale, première, du‘’ vivre ensemble’’ à trancher .Voulons-nous , oui ou non, vivre ensemble ‘’? Sur quelles bases, si la réponse devait être affirmative ? A quel prix ? Car comme le soulignait Yehdih : << Un pays est d’abord fondé sur une volonté des diverses parties de coexister , de vivre ensemble , dans la paix . Sans ce choix et cette volonté c’est une partie perdue >>.
Tout le reste constitue des points corollaires à cette question . S’il advenait que la réponse du peuple fût oui, alors forcément la constitution devra être ouverte afin d’y insérer les principes régulateurs du vivre –ensemble qui touchent à la redéfinition du pays ( la Mauritanie est un pays islamique , arabe et négro-africain ), à sa re-caractérisation ( la Mauritanie est bi-raciale , multi ethnique et pluriculturelle ) et aux principes , affirmés, d’équité et d’égalité en droits et devoirs des communautés et des groupes nationaux en présence .
Au sortir du dialogue national inclusif il y a lieu nous semble-t-il, pour rassurer sur la volonté réelle de changement de politique, de poser un certain nombre d’actes concrets qui répondent à des attentes pressantes. Il s’agit , entre autres , de déclarer l’officialisation de toutes les langues nationales , d’acter la représentativité des langues et cultures dans les médias nationaux , de rectifier le processus d’enrôlement à travers une recomposition plus équilibrée et des commissions techniques régionales et de la commission centrale de supervision; de ramener les refugiés du Mali enfin, de geler provisoirement toute occupation ou cession de terres, en attendant la mise en place d’une réforme globale plus juste . Ces points ne requièrent pas de débat particulier pour relever plutôt de l’initiative du Président de la république.
Si la Mauritanie connait depuis les années 60 des problèmes récurrents, c’est en raison du projet, inavoué, tenace, d’assimilation du groupe négro-africain… impossible à réaliser. On a cherché- on cherche toujours- à copier la réalité du Maghreb, où les populations noires sont reléguées au bas de l’échelle sociale, assujetties aux basses besognes, totalement effacées de la superstructure…C’est une voie sans issue parce que notre histoire et nos trajectoires respectives sont totalement différentes …
L’histoire des populations noires du Maghreb ( 80 millions d’âmes si on inclut l’Egypte ) est complètement différente de celles des populations noires du Waalo , du Tekrour, du Guidimakha . Les premières sont le produit de la traite négrière , surajoutées au substrat négroïde – groupe des vaincus assimilé- ; les secondes( les négro-africains )- autochtones sur la terre de Mauritanie -, ont, quant à elles , vécu libres, avec leur organisation sociale et politique propres ; celles -là ont gardé intactes leur culture, celles-ci ont été assimilées, acculturées et déracinées au double sens du terme .
Telle est la première raison qui justifie pourquoi il faut renoncer à copier le Maghreb…
La seconde raison tient à la proximité du Sénégal et du Mali voisins qui, par l’osmose permanente entre populations, rend tout projet d’assimilation voué à l’échec ; à moins d’un rideau de fer à nos frontières…
Et puis il y a la condition des haratines appelée à évoluer, en raison du vaste mouvement des peuples et des idées induit par la mondialisation…
L’intelligence de la situation , la bonne compréhension, lucide, de ces faits doit nous amener à modifier notre vision et sur les choses et sur notre devenir en commun qui ne peut plus se fonder sur des rapports de domination au travers de projet assimilationniste … Les tenants d’une telle entreprise doivent y renoncer, encore une fois … en dépit de ce que postule la loi de ‘’proximité’’ entre groupes humains . Ces gens doivent enfin intégrer cette vieille donne que ‘’ les hommes naissent libres et égaux en droits ’’, et qu’ils restent fiers de leurs cultures respectives.
Cette reconversion des mentalités devra également s’accompagner d’un changement de perspective…
Efforçons-nous de changer de perspective , ce serait tout bénéfice…
Au lieu de nous entre-déchirer sur un gâteau miniscule, que les uns veulent accaparer pour eux seuls ,à tout prix, travaillons plutôt à en augmenter la dimension… Autrement dit, mettons- nous, ensemble, au travail pour créer plus de richesses , assez de richesses… suffisantes pour le plus grand nombre …
Comment y parvenir ?
En ouvrant les opportunités, en octroyant plus de liberté, en libérant davantage les énergies … Si l’on donnait les mêmes possibilités au lumpen prolétariat du groupe arabo- berbère- laissé pour compte- que l’on accordait aux éléments négro-africains et haratines les plus dynamiques et les plus talentueux les mêmes possibilités et les mêmes opportunités , immanquablement nous accroitrions notre richesse en densifiant notre classe moyenne …En nous départissant de toutes considérations subjectives , pour ne retenir , dans le choix des hommes, que le profil . Des hommes dynamiques , des hommes d’éthique , des hommes talentueux , trempés dans la transparence…
Cette richesse, ainsi créée, détendra nos rapports sociaux assez tendus du moment, et réduirait, ipso-facto , la dépendance actuelle du plus grand nombre et, en dernière conséquence , la quantité de frustrations et de rancœurs accumulées toutes ces années qui, inévitablement, conduisent au conflit, à la violence… Alors que nous devrions nous atteler à panser la plaie des tragiques évènements du passé , à construire la paix ; et la paix ne peut se bâtir durablement sans l’éradication de ces innombrables inégalités et injustices, flagrantes . Aujourd’hui nous vivons tous, nantis comme démunis tous confondus, un stress permanent né de l’inquiétude et de l’angoisse grandissantes d’un lendemain incertain .Changeons donc de perspective …
Changeons de perspective en choisissant de vivre dans la gaieté , la fraternité , le partage …Partager les richesses, partage la joie et les peines ,partager les plaisirs et les douleurs , la souffrance et l’aisance …La vie est si courte !
Une problématique dernière qui aurait dû figurer en bonne place dans le document final : comment venir à bout du désordre généralisé si nous devions conserver le modèle d’Etat centralisé actuel ? On ne peut rien construire dans le désordre …
Samba Thiam
Inspecteur de l’Enseignement Fondamental
Président des Forces Progressistes du Changement (FPC)
1 Novembre 2016.
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