Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Category Archives: presse

Des indemnisations “bis” pour solder le passif humanitaire

Des indemnisations L’annonce par le gouvernement de solder le passif humanitaire par des réparations matérielles supplémentaires : c’ est la démarche en cours que le président Mohamed Ould Abdel Aziz veut mettre en œuvre en vue d’achever son projet de règlement définitif du dossier des victimes des crimes commis par le régime de Taya entre 1986, 1989 et 1991.

Sans avancer des dates précises, ni livrer la composition des commissions chargées de piloter cette phase bis, moins encore la démarche à mettre en œuvre, le ministre de la défense à qui échoit cette mission s’est contenté pour le moment de l’information brute non suivie du moindre détail.

Les propos du ministre ayant provoqué un simple effet d’annonce ont entretenu le flou dans les milieux des organisations réclamant un règlement judiciaire de cette question. Là où le président ne veut pas s’aventurer au risque de s’exposer à la colère des bourreaux amnistiés par une loi scélérate votée par le parlement de Ould Taya.

Ould Abdel AZIZ n’a –t-il plus que cette recette pécuniaire pour mettre la dernière main sur ce dossier en tournant après, le dos aux voix qui veulent que justice soit observée pour panser les plaies.

Après la prière de l’absent organisée en 2009 dans la capitale du Gorgol et l’accord signé entre le gouvernement et les représentants des familles des victimes via une commission mise en place pour recenser et indemniser les ayants droits, le présidant semble poursuivre les promesses du discours de Kaedi qui s’est résumé à la reconnaissance implicite des faits sans situer la moindre responsabilité ni présenter des excuses de la part de l’État. En effet, Mohamed Ould Abdel Aziz en esquivant la dimension judiciaire de ce dossier évite d’assumer un héritage aussi encombrant que son ancien patron Taya a laissé à tout celui qui aura le courage historique de le résoudre.

On se rappelle, durant la transition démocratique de 2005 dirigée par feu Ely Ould Mohamed Vall, le passif humanitaire ne figurait pas dans l’agenda du chef de la junte ayant déposé Taya. D’ailleurs les défenseurs du règlement du passif humanitaire avaient été déçus par la réponse du Colonel Ely sur cette question. Si Ould Abdel Aziz n’a pour toute solution au règlement que l’argent, son chemin et celui des organisations exigeant la justice et le devoir de mémoire ont encore de longs jours pour se rencontrer.

Les nouvelles indemnisations comme les premières accordées aux ayants droits ne donnent aucune garantie de défense aux criminels que L’État n’a pas autorité religieuse ou morale à pardonner. Le principe de l’imprescriptibilité de la justice fait que si les juridictions nationales ne sévissent pas contre les coupables, des saisines auprès de tribunaux internationaux pourraient être un recours. La démarche du président Mohamed Ould Abdel Aziz n’est pas la solution au règlement mais juste un geste d’apaisement politique.

Face à ce dossier grave, il ne se résoudra pas à ouvrir la boite à pandore tant qu’il traitera avec des organisations à qui sont confiées les mallettes des indemnisations. Le président doit mettre en œuvre des mécanismes beaucoup plus adaptés pour que dimension sociale et morale prédomine sur les pressions politiques.

 

le renovateur

Partagez

Ahmed Ould Daddah, le président du RFD au Calame : ‘’Ould Bouamatou est le genre d’hommes d’affaires qu’il faut honorer’’

altDans un entretien accordé au calame, Ahmed Ould Daddah, le président du Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD) est revenu sur la situation que vit le pays, marquée, selon lui, par une crise économique, politique et sociale sans précédent qui pourrait menacer jusqu’à l’existence du pays. ‘’Jamais, depuis mon retour au pays en 1992, je n’ai été autant inquiet pour mon pays. Je ne vous apprendrai rien si je vous disais que la situation est explosive. Le pouvoir actuel n’a fait qu’exacerber les tensions entre des communautés qui vivaient auparavant en parfaite symbiose, en les montant les unes contre les autres. Une situation exacerbée par l’injustice sociale, le chômage qui bat des records, celui des jeunes et des intellectuels notamment, la mainmise d’un clan sur les ressources du pays et la démission de l’Etat qui n’assure plus ni éducation, ni santé, ni aucun autre service social, toutes choses qui constituent sa raison d’être’’, a-t-il déclaré. Le tout sur fond d’une prétendue lutte contre la gabegie qui ne s’est révélée finalement être qu’un slogan creux. ‘’Quand le nom du président et ceux de son cercle proche sont nommément cités dans des scandales financiers, et pas qu’une fois, il ya lieu de se poser des questions sur cette soi-disant lutte contre la gabegie qu’on veut combattre’’, dit-il.

Sur le plan extérieur, le pays n’est guère mieux loti.  Il est à couteaux tirés avec ses voisins immédiats et tout ne va pas pour le mieux non plus  avec nos principaux partenaires comme  la France, avec laquelle le courant ne semble toujours  pas passer depuis l’arrivée de Macron, selon lui. Et d’ajouter : ‘’la Mauritanie, qui occupe une position charnière entre le Maghreb et l’Afrique au sud du Sahara,  doit continuer à jouer le rôle qui a toujours été le sien, celui de trait d’union et non gérer ses relations selon des humeurs changeantes’’.

Concernant l’affaire dite ‘’Bouamatou et Consorts’’, qui défraie la chronique depuis plusieurs mois avec l’emprisonnement du sénateur Ould Ghadda et la mise sous contrôle judiciaire de 12 sénateurs, quatre journalistes et deux syndicalistes, Ould Daddah condamne fermement ce genre de pratiques anti-démocratiques, propres aux régimes d’exception.  Pour lui, ‘’ce régime ne se contente plus de créer toutes sortes de problèmes aux hommes d’affaires. Il veut les pousser à l’exil. Un homme comme Mohamed Ould Bouamatou, dont les entreprises font travailler des centaines d’employés, qui crée de la richesse, contribue au développement du pays, aide un grand nombre de nécessiteux et a ouvert un hôpital ophtalmologique qui soigne gratuitement, doit être honoré et non vilipendé.’’ Et pour quelle raison, pensez-vous ? Parce qu’il a aidé des journaux ou des syndicats, un acte de mécénat tout à fait normal et louable dans un pays comme le nôtre où ces secteurs  ont besoin de soutiens pour jouer leur rôle.

AOC

le calame

Partagez

L’Opposition marche le 16 Décembre (Déclaration/FNDU)

alt

Il est maintenant du devoir de chacun d’entre nous de s’accorder un moment de réflexion sincère, loin du tumulte de la propagande fallacieuse et des tiraillements politiques pour évaluer l’ampleur des préjudices causés, après près de dix ans de pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz, à la majorité écrasante de ce peuple, qu’il s’agisse des individus, des familles ou de la nation tout entière.

• Le processus démocratique a été torpillé et le pouvoir personnel s’est substitué celui de la loi ; la Constitution a été violée, les institutions élues ont été outragées et les symboles de la Nation mutilés et criminalisés dans une tentative de falsifier l’histoire du pays et d’en effacer la mémoire ; 

les libertés ont été confisquées, les manifestations pacifiques réprimées, les activités des partis politiques interdites, et la presse muselée ; l’immunité des parlementaires violée et eux-mêmes ont été emprisonnés et poursuivis, les journalistes, les syndicalistes, les hommes d’affaires et les défenseurs des droits de l’homme aussi. Tous les mauritaniens, sans distinction entre opposant et partisan, sont traités avec dédain et mépris. 

• Le pouvoir d’achat des citoyens s’est détérioré et leurs conditions de vie ont empiré à cause de la hausse des prix, des impôts et le manque d’argent pour l’écrasante majorité d’entre eux : ainsi, au cours de la période 2008-2017, le prix du kilogramme de riz est passé de 200 à 300 ouguiyas, le kilogramme de sucre de 180 à 300 ouguiyas, le litre d’huile de 320 à 450 ouguiyas, le kilogramme de viande de 1000 à 2200 ouguiyas, le kilogramme de poisson de 1000 à 2400, la bonbonne de gaz de 2300 à 3300 ouguiyas et le litre de gasoil de 280 à 384 ouguiyas.

• Au cours de la même période, la valeur de l’ouguiya a baissé de 241 à 370 pour un seul dollar et de 354 à 455 pour un seul euro, la dette publique est passée de 1.427 millions à 4.669 millions de dollars, les marchés de gré à gré ont été distribués en milliards et la fortune du pays a été concentrée entre les mains deOuld Abdel Aziz et de ses proches. Dans la foulée, le changement de la monnaie intervient pour masquer la hausse des prix et dissimuler la dévaluation de l’ouguiya. Ajouter une ou cinq ouguiyas sur le prix d’une denrée de première nécessité ne sera pas ressenti par le consommateur, habitué qu’il est à la monnaie actuelle. Pourtant, il payera dix fois plus cette augmentation. Il en est de même de la dévaluation de la monnaie par rapport aux devises étrangères. 

• Le système éducatif s’est dégradé de façon inquiétante, les écoles ont été bradées et transformées en boutiques, l’enseignement public est devenu un outil de consécration de la marginalisation, de la division et de l’échec, et beaucoup de citoyens doivent désormais supporter des frais au-dessus de leurs moyens, espérant trouver dans l’enseignement privé, lui-même marqué par l’anarchie et le laisser-aller, un moyen pour préserver l’avenir de leurs enfants. De même, les citoyens ont perdu toute confiance dans les infrastructures sanitaires, à cause du manque d’équipements et de la propagation des médicaments trafiqués, si bien qu’ils n’ont plus comme recours que les pays voisins pour se soigner. La soif constitue la réalité quotidienne de plusieurs quartiers de Nouakchott et de nombre de villes et de villages de l’intérieur. L’appel au secours du monde rural reste n’a suscité que promesses vaines de la part du pouvoir, la criminalité, l’assassinat et le viol se sont propagés de manière jamais atteinte auparavant! 

• Non content d’exacerber les contradictions ethniques, tribales et de castes dans le but de saper l’unité de ce peuple, il y a ajouté de nouveaux facteurs de division, en imposant un drapeau et un hymne porteurs de graves discordes à la place du drapeau et de l’hymne qui faisaient l’objet du consensus de tous les mauritaniens toutes obédiences et générations confondues.

Tel est l’état du pays aujourd’hui et telle est la situation que vivent les citoyens, qu’ils ressentent chacun de son côté et telle que la propagande du pouvoir sur les « réalisations » ne pourrait cacher ni imputer aux « accumulations » laissées par les régimes précédents.

Le pays connait aujourd’hui une tension réelle. La question que se posent aujourd’hui tous les mauritaniens, qu’ils soient de la majorité ou de l’opposition, aussi bien dans les ménages que dans la rue, aussi bien dans les moyens de transport que dans les bureaux, est « Où allons-nous ? », traduisant ainsi l’inquiétude qui préoccupe tout le monde quant au sombre destin vers lequel ce régime conduit le pays.

Il est temps que nous nous libérions du fatalisme et de la soumission à cette situation à la fois dangereuse et intenable. Il n’y d’autre sauveur pour nous, ni salut pour notre pays que notre union et notre détermination de changer notre condition vers le meilleur. « Allah ne change en rien les conditions des hommes que s’ils changent eux-mêmes ».

Le FNDU appelle tous les habitants de Nouakchott à sortir dans une marche, le 16 décembre 2017 à 16heures, pour exprimer leur volonté de changement. 

– Points de départ :Polyclinique, Marche Othman, Marché Lekbeind.

– Point de ralliement : Carrefour Madrid. 

– Direction : Place Ibn Abass.

Nouakchott, 9 décembre 2017

Le FNDU 

 

Mauriweb

Partagez

Laser du lundi : Quand la politique fornique avec la loi, la démocratie s’abâtardit (Par Babacar Justin Ndiaye)

Laser du lundi : Quand la politique fornique avec la loi, la démocratie s’abâtardit  (Par Babacar Justin Ndiaye)Ainsi Khalifa Sall, maire élu par les populations de Dakar et député du peuple sénégalais (prestement débarrassé de sa cuirasse ou de son blindage parlementaire) marche vers la guillotine judiciaire qui sera fatale – dans l’immédiat – à son destin d’hiérarque socialiste au parcours dense. Malgré le festival du légal et du cérébral brillamment orchestré par la partie civile et la défense (interprétations savantes et croisées des dispositions et des textes en rapport avec la procédure), la perspective judiciaire et le futur politique de Khalifa Sall sont désormais dépourvus de mystère : la condamnation prochaine, la grâce éventuelle et la perte automatique des droits civiques. Affaissement puis affalement de Khalifa Sall, à l’orée de la présidentielle de 2019. Ainsi va la politique. Entre le Capitole et la roche tarpéienne, l’écart glissant dépasse, à peine, le millimètre. Autrement dit, l’homme politique, d’ici et d’ailleurs, balance entre privilèges accrus et dommages incommensurables.

Bien entendu, les magistrats professionnels et autres conseillers du Tribunal correctionnel de Dakar n’auront pas sous les yeux, un carton rempli de slogans, de tracts et/ou de mots d’ordre politiques rédigés et dirigés contre le maire inculpé de Dakar. Les chefs d’accusation sont clairs. Je ne dis pas qu’ils sont justes. Je n’en sais rien. Les charges pivotent autour de formes variées de dissipation ou de détournement de deniers publics. Des pratiques bannies par la bonne gouvernance et proscrites par l’éthique de gestion. Et naturellement blâmées par tout peuple avide de développement et…d’émergence, pour employer un mot prisé et galvaudé. Bref, tout fossoyeur véritablement confondu (preuves à l’appui) des Finances publiques ne trouve et ne verra dans aucun segment sain du peuple sénégalais, des soutiens, des supporters et des inconditionnels. Car, une responsabilité nationale et une mission locale (à l’échelle d’une collectivité) sont des sacerdoces et non des garden-party ou garden-parties. Ajoutons, dans cet ordre d’idées, que les lois ne sont pas des gravures qu’on accroche ou fixe sur les murs mais des épées qui – indistinctement et implacablement –  s’abattent sur les justiciables convaincus de culpabilité. Compte non tenu de l’émotion populaire et du rang protocolaire.

Dans « l’affaire Khalifa Sall », le hic a fâcheusement les couleurs d’un péché originellement politique et les marques d’une justice à deux vitesses. D’où le brouillard de scepticismes et le nuage de doutes qui l’enveloppent, dès le départ. Telle est la tenace perception de l’opinion qui ne défend pas les prédateurs (de tous bords et de tout acabit) mais récuse, sinon exècre toute mise en œuvre sélective – à géométrie variable – des principes précieux de sauvegarde des deniers publics. A titre d’exemple, un célèbre homme d’affaires a encaissé un substantiel acompte de l’ARTP, sans finaliser le chantier…jamais livré. Curieusement l’apériste invétéré et zélé, Abdoul Karim Sall, n’a pas lestement brandi une plainte. Or, c’est le Directeur général de l’ARTP qui, en pleine après-midi de scrutin référendaire, voulut, de manière musclée, couper le signal de la télévision Walfadjri. L’acompte empoché par un privé (sans contrepartie satisfaisante et convenue par contrat) est-il inférieur et, surtout, moins utile pour l’Etat – la carte scolaire est truffée d’abris provisoires –  que la somme présumée irrégulièrement dépensée par l’élu des Dakarois et l’édile de Dakar ? La loi n’est crédible que lorsqu’elle est effectivement de portée générale.

Au plan strictement politique, la genèse et l’exégèse du « dossier Kalifa Sall » débusquent fort bien l’agenda et les calculs électoraux perceptiblement sous-jacents à la mise en branle de la Justice. En effet, on est allé de la collusion politique à la collision judiciaire. De la fraternité politique à la la plainte fratricide. Rafraîchissons les mémoires ! En 2009, le socialiste Khalifa Sall (figure de proue du Parti socialiste, parti d’opposition) triomphe électoralement du maire libéral, Pape Diop. Année où Macky Sall, ex-libéral et nouvel ennemi du Président Abdoulaye Wade, traverse le désert et essuie les complots des faucons du PDS et des extrémistes de la très active Génération du Concret. L’an 2009 où, à l’instar de Khalifa Sall, vainqueur à Dakar, Macky Sall gagne dans la commune de Fatick. Tout baigne dans l’huile. Khalifa et Macky « marchent séparément mais frappent ensemble » selon la directive révolutionnaire de Lénine.

En mars 2012, le PS et l’APR ont co-terrassé Abdoulaye Wade, au sein d’une large coalition baptisée Benno Bokk Yakaar (BBY). Deux ans après la chute de Wade (2014), la très ambitieuse et impatiente Mimi Touré rôde agressivement autour du fauteuil municipal de Dakar ; nonobstant la sacralité de l’alliance entre le PS et l’APR. Le Président de la république et Président de l’APR (Macky Sall) ne freine ni Mimi Touré ni son beau-frère qui (tous deux) font du braconnage politique sur les terres électoralement acquises à Khalifa Sall, à Grand-Yoff. Le Secrétaire général Ousmane Tanor Dieng, aussi, ne tonne pas contre ces démarches anti-alliance BBY. La suite est connue. Ce qu’on n’a pas pu obtenir par les bulletins de vote, on l’acquerra par un rapport de l’Inspection générale d’Etat promptement filé à la Justice.

Ce rappel n’a pas vocation à absoudre un auteur de détournement ou de dissipation de l’argent public. En revanche, il décrit un scénario où la politique fornique avec la loi et abâtardit la démocratie. Une évolution inquiétante qui acclimate, illustre et matérialise la théorie de Paul Austin : « En politique, celui qui n’est pas prêt à tout, n’est prêt à rien ». Remplacez « tout » par « deuxième mandat », et vous apprécierez le jusqu’auboutisme ambiant et galopant ! Cette stratégie d’essence despotique – en gestation flagrante et fulgurante – n’est-elle pas à la base du basculement moralement courageux de l’intellectuel de grande envergure et de grande probité, Abdoulaye Elimane Kane ? Ce philosophe qui, dans les années 70, croisa le fer avec les mamelouks du senghorisme, n’est pas un homme de décisions sans réflexions bien mûries. Son soutien à Khalifa Sall a incontestablement valeur et vertu d’électrochoc pour le pachyderme vert (le PS) que cornaque Ousmane Tanor Dieng. Mais également pour le cheval marron-beige (l’APR) dont l’influence est prépondérante dans l’alliance BBY, et l’autorité dominante dans le gouvernement de la République.

De ce double point de vue, les observateurs changent de lunettes pour lire « l’affaire Khalifa Sall ». Dans son volet judiciaire, elle est un mélange de méthode et d’habileté (avec un zeste d’astuces et une dose de vacheries) qui écrase impitoyablement, l’imprudent Khalifa Sall contre sa caisse d’avance. Par contre, dans sa dimension politique, le dossier est gros d’un retour de manivelle qui peut être politiquement contre-productif voire dévastateur. Certes, Khalifa Sall a prêté le flanc (la coutume ne vaut pas et ne remplace pas la loi, en matière de gestion de l’argent du contribuable) mais le Président Macky Sall a, de son côté, incidemment posé, contre lui-même, deux redoutables écueils, sur le chemin de la présidentielle de 2019.

Le premier écueil a pour nom : l’incohérence. Une incohérence, au demeurant, très peu respectueuse envers le corps électoral. Comment le Président de l’APR peut-il faire publiquement, à Kaffrine, l’apologie de la transhumance et concomitamment appuyer Ousmane Tanor Dieng, pour combattre la dissidence ambitieuse du maire de Dakar, qui n’est rien d’autre qu’une transhumance à rebrousse-poil, c’est-à-dire en sens inverse ? Vive la transhumance unilatérale et marron-beige, à bas les transhumances tous azimuts ! Ce n’est pas revitalisant pour la démocratie. Le second récif est d’ordre électoral et se love dans une interrogation : que gagne le Président Sall dans une affaire primordialement socialo-socialiste et subsidiairement judiciaire ? Il va sans dire que l’emprisonnement de Khalifa Sall et la liquéfaction de ses droits civiques dégagent et rendent un peu plus lisse le boulevard qui mène vers 2019. Mais l’élimination d’un concurrent n’entraine pas la capture de son bassin électoral. Pire, elle amplifie la colère qui est le parfait ferment et le sûr vecteur des vote-sanctions. C’est d’autant plus vrai et risqué que le futur candidat Macky Sall n’aura dans son sillage, en 2019, qu’un demi-PS et un fragment de l’AFP.

PS : Dans toutes les démocraties du monde, les batailles politiques sont féroces mais feutrées. La ruse et les vacheries n’en sont pas absentes, mais elles n’y font pas florès. Les coups fourrés foisonnent mais ne façonnent pas le paysage. La démocratie est l’apanage des gentlemen, à la fois, à cheval sur la Loi et à califourchon sur les gentleman-agreement. Macky Sall est-il plus soucieux de défense des lois (lois en majorité arrivées au Sénégal dans les fourgons du colonialisme) que ses homologues de France ? Même si elles ne se ressemblent comme des gouttes d’eau, l’affaire des HLM de la Mairie de Paris et celle des emplois fictifs ont des airs de famille, avec l’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar. Dans l’Hexagone, les deux Jacques (Toubon et Chirac) ont été mis en examen et laissés en liberté. Dans le même pays, Nicolas Sarkozy croule sous le poids d’une cascade d’inculpations, sans aucun mandat de dépôt. Sommes-nous plus mesquins et moins humains en politique que les autres ?

 

Source : dakaractu.com
Partagez

Jérusalem : le spectaculaire revirement de l’Arabie saoudite

Mohammed ben Salmane a proposé à Mahmoud Abbas de renoncer à faire de Jérusalem-Est la capitale du futur État palestinien au profit d'Abu Dis, localité située au sud-est de la ville sainte.Nouveau coup du futur roi : au nom de la lutte contre un ennemi commun, l’Iran, Riyad cherche à se rapprocher d’Israël, quitte à froisser les Palestiniens.

D’une capitale à l’autre. L’information est passée relativement inaperçue, mais le New York Times s’en est fait l’écho au début de la semaine. Le mois dernier, le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane (MBS), a rencontré le chef de l’autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et lui a fait une proposition pour le moins inattendue : renoncer à faire de Jérusalem-Est la capitale du futur État palestinien au profit d’Abu Dis, localité située au sud-est de la ville sainte.

Hors contexte, la suggestion est proprement incompréhensible : comment MBS, futur roi d’Arabie saoudite, peut-il suggérer à l’allié palestinien d’abandonner ce principe fondateur et faire ainsi le jeu de leur ennemi commun, Israël ? L’explication se trouve dans la redistribution des cartes au niveau régional.

Contrer les offensives iraniennes

L’Arabie saoudite est aujourd’hui engagée dans un bras de fer contre l’Iran pour des raisons de prééminence à la fois religieuse (sunnites contre chiites) et géopolitique. En l’espace de quelques années, Téhéran a avancé ses pions en Irak, en Syrie, au Liban, plus récemment au Yémen, et Riyad voit dans ce voisin aux ambitions nucléaires affichées une menace bien plus préoccupante que celle théoriquement représentée par l’État hébreu.

De leur côté, les autorités israéliennes sont arrivées aux mêmes conclusions. D’autant que les forces iraniennes sont présentes massivement en Syrie et qu’elles continuent à armer le Hezbollah libanais. Il a suffi de ce commun dénominateur pour rapprocher l’Arabie saoudite d’Israël sans toutefois qu’une reconnaissance soit envisagée à ce stade.

La proposition ébouriffante de MBS s’inscrit dans ce contexte inédit. Lever l’obstacle représenté par Jérusalem-Est, c’est s’assurer une certaine reconnaissance de la part d’Israël mais aussi de Donald Trump, qui a décidé de faire de Jérusalem la capitale du seul État hébreu. Bref, c’est se ménager des alliés dans le grand jeu qui l’oppose à cette autre théocratie qu’est l’Iran.

Écarter Mahmoud Abbas

Il est peu probable que Mahmoud Abbas ait son mot à dire dans cette partie de billard alors qu’il est concerné au premier chef. MBS ne fait pas mystère de vouloir mettre à la retraite l’octogénaire président de l’autorité palestinienne pour lui substituer Mohammed Dahlan, autre compagnon de route de Yasser Arafat.

Reste à savoir si la méthode MBS, qui ignore les tabous et la diplomatie traditionnelle, fonctionnera. Car elle a déjà donné des résultats contrastés. Le ménage opéré dans la tentaculaire famille royale saoudienne a impressionné. En revanche, l’implication massive de l’armée saoudienne dans la guerre au Yémen n’a pas donné les résultats escomptés sur le plan militaire, et elle est partiellement responsable de la situation humanitaire catastrophique qui règne dans ce pays.

Par

Source : lepoint.fr

Partagez