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La souffrance du monde rural en Mauritanie étouffée par l’actualité politique
Pendant que le gouvernement, les chefs de tribus et les hommes d’affaires sont tous lancés dans les batailles électorales qui s’annoncent, le monde rural se dirige vers la plus grande catastrophe alimentaire, tandis que le cheptel est sous la menace d’une extinction totale. En effet, la longue sécheresse de 2017 avec ses affamés et ses transhumants condamnés à un exil prolongé dans les pays voisins, s’annonce encore plus clémente que celle de la saison 2018.
L’alerte est donnée par des équipes d’ONG actuellement sur le terrain au Brakna, au Gorgol et au Guidimagha, tandis qu’une note d’Action Contre la Faim indique que « l’analyse des prévisions de précipitation sur la région Ouest Africaine pour la saison 2018 fait apparaître…un déficit important avec un retard d’installation de la saison des pluies sur les pays littoraux, en particulier le Sénégal, la Mauritanie et le Cap-Vert« . D’après le « Bulletin des Prévisions des précipitations sur l’Afrique de l’Ouest Hivernage 2018″ d’Action Contre la Faim, « ce retard, conjugué à une saison des pluies déjà défavorable sur ces mêmes régions en 2017, pourrait entraîner un risque pour la sécurité alimentaire des populations de ces pays« .
L’inquiétude est ainsi grande dans plusieurs départements de Mauritanie. Selon Hamada Bneïjara, président de l’ONG ADIG, actuellement sur le terrain en compagnie d’autres organisations pour évaluer la menace, « la situation alimentaire et nutritionnelle en Mauritanie ainsi que les crises récurrentes depuis 2017 ont provoqué d’importants déficits en fourrage et en céréales dans l’ensemble du pays« . Il rappelle qu’en 2017, « la campagne agricole, présentait un déficit important en céréales et en fourrages », soulignant qu’en cette période, « la distribution inégalée des précipitations a fortement entravé la pousse des pâturages ainsi que la croissance des cultures, ce qui risque de compliquer une situation déjà précaire« .
A en croire les échos qui viennent de Mbout, Mounguel, Boghé et Aleg, la situation risque de se dégrader, ces départements n’ayant enregistré le retour d’aucun des cheptels partis au Malil’année dernière. Pire, des communes entières n’ont enregistré que de rares pluies disparates et les herbes qui avaient poussé se sont vite desséchées, comme à Tikobra, Lehrach et Souvadans la région du Gorgol. La situation semble encore pire, avec l’assèchement de plusieurs mares à Kankossa en Assaba.
Du coup, la situation alimentaire et nutritionnelle des populations de ces régions, entièrement dépendantes de l’agriculture sous pluie, est sérieusement menacée. Dans ces départements où la production agricole est affectée par les changements climatiques et la rareté des pluies, les populations pastorales peinent à faire face aux effets de la sécheresse. Elles ont besoin d’une aide d’urgence afin de protéger leurs troupeaux et faire face aux menaces de famine. Les enfants et les femmes enceintes sont particulièrement exposés aux différentes formes de malnutrition, notamment la malnutrition aigüe globale (MAG) et la malnutrition aigüe sévère (MAS) dont les taux pour la Mauritanie dépassent déjà largement le seuil d’alerte de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Face à cette situation, l’inertie du gouvernement et sa nonchalance à mesurer la portée d’un tel danger s’étaient déjà traduites en 2017 par une distribution tardive de 26.000 tonnesd’aliments de bétail sur les 150.000 annoncées et leur vente à des prix hors de portée des éleveurs. Pire, le gouvernement avait refusé de lancer un Appel à l’aide internationale d’urgence, privant les paysans et éleveurs mauritaniens, entre autres interventions des partenaires, FAO et PAM notamment, celle du fonds du CILSS.
L’année 2018 s’annonce encore pire, car pour le gouvernement actuel, la priorité semble être les élections régionales, législatives et communales dont la campagne va débuter le 15 août prochain et le premier scrutin le 1er septembre. La souffrance du monde rural, et son extermination, pourra attendre.
Cheikh Aïdara
Lettre de Biram Dah Abeid depuis sa cellule
Chers frères et sœurs de la coalition de Sawab et parti Rag /IRA
Militants et militantes d’IRA à l’intérieur et à l’extérieur, chers compatriotes
Je vous informe que la couardise de Mohamed Ould Abdel Aziz et de son pouvoir ne lui a pas permis de me laisser me présenter librement aux futures élections municipales, législatives et régionales. C’est pourquoi il a procédé à mon arrestation sur la base de l’échafaudage d’un plan fondé sur la malveillance, le mensonge et la mauvaise foi supervisé par la police politique depuis la salle où a été organisé le partenariat entre les ailes politiques de Sawab et IRA . Etant sûr que je ne serai pas présent avec vous au cours de cette importante bataille électorale de l’histoire de nos combats et de tous ceux des libres de Mauritanie, je n’ai aucun doute que vous allez gérer ce choc comme d’habitude et que vous allez administrer à ce régime qui torture, qui divise et qui appauvrit le peuple une défaite électorale sans précédent. Pour cela, je vous exhorte à vous concentrer sur la bataille électorale et ses exigences sans vous consacrer à rien d’autre comme les manifestations réclamant ma libération qui ne constitue pas pour le moment une priorité.
Sachez que ce régime et son président psychopathe s’est affolé à cause des données suivantes :
- L’intégration entre le parti Sawab et le Rag issu d’IRA dans une coalition qui soutient Biram Dah Abeid à la présidentielle et qui constitue un rapprochement et une concrétisation d’unité entre des communautés et ethnies nationales représente un danger sur la stratégie de Mohamed Ould Abdel Aziz et son pouvoir fondé sur la division et l’exacerbation des tensions communautaires.
- L’accès d’une ancienne esclave et d’une veuve qui a perdu son mari dans les assassinats de 90/91 et le risque d’entrée au parlement de grands leaders d’IRA et de Sawab pour défendre une nouvelle vision basée sur la lutte contre les injustices historiques et imposer le changement voire la fin du pouvoir autocratique afin d’arrêter le saccage des ressources nationales par les voleurs et les prédateurs du régime.
- Le chef du régime Mohamed Ould Abdel Aziz ne supporte pas l’élection de Biram Ould Dah Abeid au parlement pour que celui-ci ne bénéficie pas de l’immunité parlementaire. Mais je lui rappelle que mon immunité est d’Allah le Tout Puissant et Miséricordieux.
Enfin, j’appelle toutes les forces vives politiques, civiles, démocratiques et des droits de l’homme à être vigilantes et de dresser des jonctions et des passerelles qui permettent de raffermir leur unité et leur alliance dans ce combat face à ce régime destructeur et injuste. Tout comme j’adresse un appel solennel aux partenaires de la Mauritanie (ONGs non gouvernementales et gouvernementales, gouvernements, Etats et autres) de mobiliser des mécanismes de supervision pour assurer que ces élections soient justes et transparentes pour qu’elles constituent le début de la libération des Mauritaniens, de leur démocratie prise en otage et de leur justice inféodée et apprivoisée.
J’ai parlé du dossier fabriqué qui est la première réaction officielle sur le partenariat entre IRA et Sawab. Mais aussi une réaction officielle à la candidature de Biram Dah Abeid et certains de ses amis comme l’esclave Haby Mint Rabah et la veuve Adama Sy à des postes électifs qui leur permettent d’entrer au parlement. J’ai décidé de ne prononcer aucun mot ni aux juges ni aux instructeurs puisque l’expérience de cinq arrestations m’ont appris l’unitilité de cela pour des magistrats aux ordres du chef d’une autorité qu’ils suivent dans ses directives d’arrêter ou de libérer selon sa volonté.
Nouakchott le 09/08/2018
Biram Dah Abeid depuis sa cellule
le calame
Accrochage entre une patrouille de notre armée et des éléments ennemis au nord-est des frontières avec le Mali

L’état-major général des armées a rendu public vendredi un communiqué de presse dont une copie est parvenue à l’AMI.
Voici le texte de ce communiqué:
« Une patrouille de la deuxième région militaire s’est heurtée à des éléments ennemis qui se sont infiltrés par un point situé au nord-est de la frontière mauritano-malienne.
Les affrontements ont entraîné la mort de deux assaillants et la blessure de deux autres, alors que deux soldats mauritaniens ont été blessés et ont été évacués pour des soins.
Des renforts des armées de terre et de l’air ont été envoyés sur place pour ratisser la zone ».
ani.mr
Mohamed Moine : La Mauritanie combat l’extrémisme, militairement, mais elle le fabrique culturellement
La Mauritanie combat l’extrémisme, militairement, mais elle le fabrique culturellement et l’abrite politiquement.
Les extrémistes à travers toute l’Afrique, parmi les Shababs somaliens, voire Boko Haram et AQMI, sont issus de nos Mahadras et ont appris auprès de nos disciples. Nous accordons à ces derniers l’autorisation de bâtir des facultés apostasiatrices que nous finançons avec l’argent public.
En Mauritanie, et dans chaque mosquée, se trouve un délégué de gangs extrémistes.
En Mauritanie, ould Dedew a émis une fatwa en faveur du port d’armes contre l’État pour El Khadim ould Semane. Et la chose est considérée naturelle, normale.
En Mauritanie, un individu ignorent et différent, peut se lever pour annoncer depuis l’estrade de la mosquée la »licité de l’effusion du sang des gens, tel Yedhih ould Dahi et ould Sidi Yahya qui le font tous les jours. Et cela passe comme une tempête dans une tasse de café!
En Mauritanie, Bah ould Abdallahi ordonne à ses disciples d’attaquer une télé privée, de s’en prendre aux magistrats et aux avocats au cours d’un procès. Et, après, cela n’attire l’attention de personne.
En Mauritanie, il n’y a pas d’écoles d’ingénieurs, ni de facultés de pharmacie, et des centaines de fondamentalistes sortent de l’Institut Supérieur et de l’Université d’Aioun sur le compte de l’État pour insuffler du sang neuf dans des partis et mouvements extrémistes, et ce tous les ans.
En Mauritanie, l’argent islamiste turc et qatari circule pour acheter les consciences et créer des tendances.
C’est en Mauritanie seule que le moufti d’Al-Qaïda peut se hasarder à donner des leçons aux gens, menacer l’État en entier et contraindre le président de la République la détention d’une personne que les tribunaux ont libérée.
La Mauritanie ne combat nullement l’extrémisme, car elle l’abrite et en est la mère protectrice.
Je présume que ce qui s’est déroulé ce vendredi 10 août n’est qu’une simple échauffourée avec des bandes de contrebandiers ou d’orpailleurs, ou tout autre chose, excepté la confrontation avec Al-Qaida et les djihadistes.
Mohamed Moine
Partis politiques : «Sauver ou périr»
La célèbre devise des soldats du feu – les sapeurs-pompiers –devient, ces temps-ci, celle de la centaine de nos partis politiques prêts à disputer les suffrages des quelques 1,4 million d’électeurs inscrits sur la nouvelle liste électorale en cours de finalisation. Un chiffre inférieur aux cent quarante annoncés dont nombre d’entre eux profitaient, depuis des années, voire des décennies, des subventions de l’État, occupant l’arène politique sans autre ambition, conscients qu’ils étaient de ne pouvoir accéder aux institutions de représentation. Plus souvent réfugiésen ce qu’on appelle la « majorité présidentielle », plutôt qu’en l’opposition, afin d’entrer dans les grâces du prince, accéder à ses invitations et dialogues. Voilà comment certains ne se sont bâti qu’un destin de potiche, faire-valoir complaisant, moyennant petit surplus dans la gamelle.
Qu’on en sourit ou s’en persuade, le gouvernement a décidé de sévir, face à la pléthore de partis. Notre ministre de l’Intérieur, Ahmed ould Abdallah, l’a dit, haut et fort : cent quarante organisations politiques pour une population de moins de quatre millions d’individus, c’est trop. Mais son département ne se hâte-t-il pas à reconnaître certains avec promptitude, et à refuser le quitus à d’autres, qui remplissent pourtant toutes les conditions d’homologation ? Pour « assainir » l’arène politique ou, comme dit le ministre, « crédibiliser la démocratie », rendre représentatifs les partis politiques – intention certes louable, si elle se matérialise de manière objective et transparente sur le terrain – le gouvernement a concocté un projet de loi stipulant qu’ « un parti politique participant, deux fois de suite, à une élection municipale, sans atteindre un pour cent des suffrages exprimés, sera dissous. En cas de non-participation, deux fois consécutives, à un scrutin local, le parti sera aussi dissous ». À bon entendeur, salut ! Une décision jugée « unilatérale et arbitraire », par le président du FNDU, Mohamed ould Maouloud, également président de l’UFP, soulignant que son application pourrait entraîner la disparition de près de quatre-vingt formations politiques.
A la pêche aux moules
Voilà, en tout cas, comment tous les petits partis ou « partis-cartables » se sont retrouvés contraints d’aller à la pêche aux voix. À l’arrivée, on saura qui vaut quoi, dans l’arène politique nationale. On s’agite donc beaucoup. Comme beaucoup ne disposent pas de moyens, il leur faut nouer des alliances électorales, pour ne pas être rayé de la carte politique. Un coup de massue que supporteraient très mal, on l’imagine, certains « commerçants de la politique » qui en polluent la scène. Le parti dont tel ou tel s’affiche président n’existe que par son nom. Aucun siège – peut-être, même, aucun adhérent, excepté ceux inscrits, sur le papier, en tant que « membres fondateurs », comme l’exige la loi.
Résultat des courses, tous les partis politiques en hibernation doivent se réveiller pour mesurer leur représentation véritable. Certains partis se battent pour conserver leur ancrage, d’autres pour simplement justifier leur existence sur le papier. Un gros challenge, donc, qui a vu nombre d’entre eux sortir enfin de l’ombre et ouvrir siège, depuis la dernière décision du gouvernement. Beaucoup battent le rappel des proches et des amis, voire l’embauche d’inconnus, pour confectionner leurs listes.
Les trois scrutins vont mettre la CENI à rude épreuve. Elle aura du mal à relever le défi de l’organisation. Un autre sacré challenge pour cet organe de contrôle dont l’indépendance est mise en doute par l’opposition. Il a certes annoncé, par la voix de son nouveau président, sa disponibilité à travailler avec tous les acteurs impliqués dans le processus électoral. Mais une concertation officielle, entre tous ces acteurs, lui aurait permis de mieux surmonter sa tâche. Ils se seraient, par exemple, probablement mis d’accord sur le vote unique qui réduirait sensiblement le temps des opérations de vote. Est-ce trop tard pour bien faire ?
Cuisine politicienne
Pendant que les partis se cherchent des solutions de survie, le gouvernement ne fait pas quasiment rien pour éviter la transhumance politique. L’accord du 20 Octobre 2016 avait officiellement reconnu l’intention de tous les acteurs d’en finir avec cette plaie qui affecte surtout les partis de l’opposition. Mais le texte d’application de cette bonne intention n’a jamais vu le jour. C’est d’ailleurs ce qui permit à un ponte de l’UPR de tenter et réussir à débaucher quelques conseillers de la liste d’El Wiam qui venait de ravir, au parti du pouvoir, la mairie et la députation de Rosso. L’UPR digérait mal sa défaite et fit tout pour bloquer le travail de Sidi Diarra. Une insidieuse manœuvre que le président d’El Wiam, Boydiel ould Houmeïd, n’a cessé de dénoncer, en différentes correspondances adressées au Premier ministre et au ministre de l’Intérieur, leur rappelant les termes de l’accord du 20 Octobre 2016.
Aujourd’hui mécontents de n’avoir pas été investis par leur parti, nombre de cadres de l’UPR se sont fait parrainer par d’autres partis de la majorité présidentielle. Une consolation qui laisse entrevoir qu’une fois élus, ils retourneront probablement au bercail avec leur mandat, au détriment des partis qui les auront fait élire. Une perte sèche pour ces derniers qui n’oseront cependant pas lever le moindre petit doigt pour protester. Pacte tacite pour conserver sa place au soleil, avec des postes ministériels pour certains ? Savourez, citoyens, la cuisine politicienne : elle est présentement aux fourneaux…
DL

le calame




