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Civils et militaires : une vision manichéenne que…..mauritanienne?
Ely Ould Krombelé – Que ce soit sur les réseaux sociaux,ou à travers le microcosme politico-médiatique, les discussions de salons, mieux, dans l’inconscient collectif de beaucoup de citoyens…
il est rare de ne pas entendre souvent ou lire de temps à autre des propos voulant mettre en exergue un antagonisme ambiant entre civils et militaires mauritaniens. Surtout dans les domaines du droit ou de la gouvernance. Pire, pour certains compatriotes,la propension à s’ériger en pourfendeurs du képi étoilé,prend par moment une allure de credo.
Cette abstraction,certes issue de deux réalités, a priori antinomiques, va en se dégonflant pour finir cette fois en la concession d’une seule entité indissociable (Etat) au service… hélas de la même collectivité.
La force du droit ne s’est jamais nourrie du cursus universitaire,encore moins d’une éducation spartiate voire martiale. Elle est plutôt destinée pour la droite conduite des hommes, qu’ils eussent été primitifs ou modernes. Qu’on soit civil ou militaire les règles du droit se doivent de réguler les rapports sociaux entre nous, afin de nous soustraire surtout de l’arbitraire.
Si le droit doit être conforme aux normes de l’éthique dominante de la collectivité,cependant, aucune force de droit ne peut empêcher un militaire de gouverner…
Alors si civils et militaires ont le même dessein,pourquoi certains prétentieux agissant en “intellectuels” pro domo, voudraient bannir les “corps habillés” (une expression bien ivoirienne)de la cité? Y a-t-il une nation grande ou petite,antique ou contemporaine qui pourrait se passer des services de son Armée? Pourquoi les militaires en Afrique se sont-ils, le plus souvent “invités” dans le jeu politique?
Ex nihilo nihil (Aucune chose ne peut venir de rien)
Il n’est pas exagéré de dire que même le hasard, principe déclencheur d’événements non liés à une cause, soit une nécessité. A plus forte raison quand les principes de cette nécessité (qu’on ne peut éviter) sont vérifiables, connus de tous.Concrètement si les militaires mauritaniens ont pris le pouvoir le lundi 10 juillet 1978, c’est que les conditions pour ce coup d’Etat étaient réunies.
La guerre de 1975-78 à laquelle on ne s’attendait pas,a faussé toutes les aspirations du père de notre nation, maître Moktar Ould Daddah. Le maillon faible dans cet “accord tripartite” madrilène, partageant le Sahara Occidental entre la Mauritanie et le Maroc, fût le pouvoir central de Nouakchott qui ne pût que tomber. Les tombeurs ne pouvaient être que des militaires, rabougris, pris au dépourvu par une guerre subite.
En effet avant la guerre du Sahara, l’Armée n’existait qu’à l’état d’embryon et ne pouvait prétendre à quoi que ce soit.Cependant notre Armée a toujours été du côté de son peuple, elle ne l’a jamais malmené, jamais humilié. En dehors de la période d’exception où certains soldats ou gradés,poussés à la faute, torturèrent,tuèrent leurs compagnons d’armes par excès de zèle et surtout par manque de lucidité (1990-1991), l’Armée mauritanienne a toujours été exemplaire.
D’ailleurs elle est condamnée désormais à la vigilance car les soubresauts émaillent depuis un certain temps le ciel de la zone géographique à laquelle nous appartenons tous, civils et militaires. Si au Nord le Maroc et l’Algérie rivalisent pour nous charmer, chaque protagoniste voulant nous tirer dans son giron, à l’Ouest par contre nous avons le Sénégal dont la presse ne cesse de nous vilipender, nous calomnier pour attiser la haine entre les composantes de notre société.
Le danger peut venir aussi du Mali en proie à une rébellion. Incapables de la contenir, les maliens se pressent à désigner un bouc-émissaire, à savoir l’Armée mauritanienne, qui selon certains journaux édités à Bamako, nos “soldats sont déjà à Kidal pour prêter main forte aux rebelles de l’Azawad..
Quant à la France, sa position n’est plus ambiguë. Elle a besoin d’alliés forts en vue d’endiguer les attaques de plus en plus osées des terroristes et autres djihadistes qui écument la bande sahélo-saharienne.
A Dieu la bonne gouvernance (IBK a été réélu au Mali), la limitation de mandats, (le cas du Tchad illustre cette assertion ) les droits de l’homme; Paris, pour des raisons économiques (gaz et pétrole) joue désormais le jeu des multinationales (Total, Areva etc…).
Les Etats n’ont pas d’amis, que des intérêts disait le général De Gaulle. Comme on peut le constater la situation est préoccupante pour ne pas dire explosive et un civil à la tête de la Mauritanie en ces moments d’insécurité, pourrait ne pas faire mieux qu’un militaire. En Mauritanie, la France a longtemps choisi son candidat pour la présidentielle de 2019, à mon humble avis.
Suivez mon regard avec la parole lapidaire mais légendaire du géorgien Joseph Djougachvili dit Staline: “Vous avez dit le Vatican, combien de divisions?” La France veut désormais des partenaires capables de relever le défi sécuritaire, et empêcher que les Etats ne sombrent dans la violence.
Comparaison n’est pas raison
Les militaires et les civils mauritaniens ne sont pas en compétition ni en émulation. Ils servent la même nation. Des considérations exogènes, issues surtout du passé, sans doute héritées de l’histoire latine de la France, voudraient qu’un militaire restât dans sa caserne et le civil, en honorable patricien habitant la cité.. puisse s’occuper de politique.
Ces codes sont biaisés et se tropicalisent dès lors qu’on aura quitté l’aire occidentale. La réalité africaine est toute autre, et ne saurait être prisonnière d’une vision occidentale, produit d’une civilisation qui a connu la démocratie 25 siècles auparavant.
Donc en Afrique, civils et militaires sont les bienvenus pour diriger, pourvu qu’ils ne ressemblent pas au capitaine guinéen Dadis Camara ou au caporal libérien Samuel Doé!!! Certes des officiers véritables produits de la coloniale tels Eyadéma du Togo, Oufkir du Maroc, Bokassa de Centrafrique sont des exemples à déplorer, à rebuter.. Mais en revanche que peut-on reprocher au capitaine Sankara du Burkina, au capitaine d’aviation Jerry Rawlings du Ghana, au Raïs Jemal Abdel Nasser d’Egypte ?
En Mauritanie deux officiers ont réellement marqué le cours de notre Histoire récente: les présidents Maawiya (de part sa longévité surtout) et Mohamed Abdel Aziz. Les 21 années que Maawiya a passées au pouvoir n’ont pas été bénéfiques aux institutions, ni aux services de l’Etat, mais plutôt à quelques individus qui en faisaient profiter la parentèle et sa clientèle.
Du temps d’Ould Abdel Aziz, tout a changé. Nous avons une Armée respectable de par son aviation, sa marine, son infanterie, ses commandos; une police qui se remet du “long sommeil hivernal”, une Garde Nationale restructurée, une Gendarmerie à point, un Groupement pour la sécurité routière en pleine innovation, une Douane répondant aux normes, une protection civile (forestiers, pompiers) opérationnelle. Certes tout n’est pas parfait mais on sent une volonté à vouloir parfaire les institutions militaire et paramilitaire.
Un soldat est un civil qui a fait une formation militaire; à ce titre il a une double casquette. Son instruction civique et morale, l’enseignement du patriotisme, de la méthode du raisonnement générale face à telle ou telle situation, lui confèrent un boulevard d’opportunités. Il n’est pas étonnant de voir des ministères dirigés par des civils qui n’avancent même pas d’un iota.
Depuis 1978, les budgets sont alloués à plusieurs ministères et quand vous les inspectez vous trouverez le même mobilier d’il y a 40 ans, autrement dit il n y a aucun changement. On peut citer plusieurs ministères mais le plus criant et qui dépasse l’entendement est celui de l’orientation islamique. Il a été donné de constater que les pèlerins nigériens, maliens ivoiriens etc… jouissent de meilleures prestations que nos pèlerins à la Mecque.
Depuis des années le même spectacle se produit, pour une république islamique, s’en est de trop. En effet nos pèlerins, une fois à la Mecque sont laissés à leur sort, habitent des taudis très éloignés des lieux saints, contrairement aux ouest-africains qui logent dans des hôtels proches de la ka’aba et qui ne ratent aucune prière.
Pourquoi doit -on subir et rester à la traîne? Je propose au président de la république de désigner un officier supérieur comme ministre de l’orientation islamique juste pour une année afin de juguler ou faire disparaître tous les circuits mafieux.
Un militaire quel que soit son degré de cupidité, n’utiliserait jamais 90% de son budget à des fins personnelles. Chaque année je constate une rénovation, un chantier au niveau de toutes les formations militaires : dans les différents Etats-majors, le BCS, l’usine d’Habillement, le lycée militaire, l’hôpital militaire et surtout l’Ecole Polytechnique sur la route de la plage.., une fierté.
Alors que l’on soit civil ou militaire, c’est la conscience professionnelle qui guide. J’ai rencontré dans ma vie des civils patriotes, probes mais qui n’ont malheureusement pas eu la possibilité d’exercer leur talent. J’en ai vu d’autres aux cursus universitaires garnis….mais que de paillettes, car intellectuellement malhonnêtes et corrompus.
Ce qui est un danger pour la société. Personnellement je préfère un caporal honnête et patriote qu’un universitaire jouant les rôles tantôt de Vautrin, tantôt d’ Eugène de Rastignac dans la “Comédie Humaine”.:.
Ely Ould Krombelé, France
cridem
Affaire Khashoggi : « La Mauritanie et Djibouti, fidèles alliés de l’Arabie saoudite »
Le Monde – Après la mort du journaliste à Istanbul, les deux États africains ont fait part de leur totale confiance en la justice saoudienne, observe notre chroniqueur.
– Chronique. Nouakchott est un fidèle allié de l’Arabie saoudite. A cinq jours d’intervalle, la diplomatie mauritanienne a publié des communiqués très proches des positions saoudiennes sur l’affaire Khashoggi, du nom de ce journaliste disparu au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, le 2 octobre.
Lundi 15 octobre, elle dénonçait « la campagne d’allégations fallacieuses qui ne sert ni la transparence de l’enquête en cours ni sa crédibilité », en référence aux images distillées par la Turquie pour prouver que le journaliste n’était jamais sorti vivant du consulat. A l’époque du communiqué mauritanien, l’Arabie saoudite soutenait que ses services n’avaient pas porté atteinte à l’intégrité physique du journaliste.
Puis, le 20 octobre, soit le lendemain de la reconnaissance par Riyad de son implication dans la disparition de Jamal Khashoggi, un autre communiqué du ministère était transmis par l’Agence mauritanienne d’information (AMI), dans lequel Nouakchott se disait confiant « en la justice saoudienne, en sa capacité et en sa volonté de parvenir à dévoiler toutes les circonstances qui ont entouré l’incident et à punir ceux qui l’ont mené ».
Depuis l’arrivée du président Mohamed Ould Abdelaziz, la diplomatie mauritanienne est souvent alignée sur les positions de Riyad. En juin 2017, Nouakchott avait déjà été l’un des fers de lance de la stratégie contre le Qatar, suivant ainsi l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, qui avaient engagé un blocus contre l’émirat gazier, mettant en avant son supposé financement du terrorisme et sa relation avec l’Iran.
Mohamed Ould Abdelaziz avait alors rappelé son ambassadeur à Doha et avait agi, de concert avec son homologue tchadien Idriss Déby, pour convaincre certains de ses homologues africains de le suivre dans cette démarche.
En août, Nouakchott a aussi vigoureusement soutenu Riyad lors de sa brouille avec le Canada, après que ce dernier a critiqué le manque de respect des droits humains dans le royaume. Ce tropisme s’est renforcé avec l’arrivée en juin du nouveau ministre mauritanien des affaires étrangères, Ismaïl Ould Cheikh Ahmed.
Ce dernier était jusqu’en février le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU au Yémen, où il a eu l’occasion de côtoyer de près les autorités saoudiennes pendant trois ans.
« Un Etat de valeurs, de principes et de justice »
Les intérêts saoudiens en Mauritanie sont importants, notamment dans le financement de projets via le Fonds saoudien pour le développement, mais ce n’est pas le seul pays africain à avoir adopté une dialectique tout en retenue sur la responsabilité saoudienne dans la disparition du journaliste. Outre une prise de position très pro-saoudienne de la part du Soudan du Sud, pourtant généralement peu disert sur les dossiers internationaux, Djibouti a publié un communiqué, le 22 octobre, dans des termes proches de ceux de la Mauritanie :
« La République de Djibouti félicite le gardien des deux saintes mosquées, le roi Salman Ben Abdelaziz, pour son vif intérêt et son étroit appui qui a permis d’aboutir, de manière transparente et objective, à l’enquête sur les faits relatifs au décès du journaliste saoudien. Il s’agissait pour le dirigeant saoudien d’instaurer par ce biais une justice équitable dans cette affaire.
A cet égard, la diplomatie djiboutienne se félicite des résultats des enquêtes menées par le royaume d’Arabie saoudite ainsi que des décisions qu’il a prises pour poursuivre légalement les responsables de cet incident. Ce grand pays restera un État de valeurs, de principes et de justice. »
Comme la Mauritanie, Djibouti a réduit sa présence diplomatique au Qatar lors de la crise avec l’Arabie saoudite. La Turquie, qui utilise l’affaire Khashoggi avec habileté dans sa relation avec Riyad, se trouve d’ailleurs être le principal soutien politique et militaire du Qatar.
Alors que la position stratégique de son port est fragilisée par le rapprochement entre l’Ethiopie, l’Erythrée et le Somaliland, Djibouti a besoin de conforter sa bonne relation avec l’Arabie saoudite, qui utilise son territoire pour sa guerre au Yémen et veut y investir massivement.
L’Arabie saoudite sait influencer certains États africains lorsqu’elle a besoin de leur soutien officiel. L’ambassadeur saoudien accrédité dans une capitale rencontre souvent le président et parfois le ministre des affaires étrangères. En cas de nécessité, le diplomate est parfois épaulé par des missi dominici – souvent des vice-ministres – envoyés depuis Riyad pour exercer une pression maximale. C’était le cas notamment au sujet du conflit avec le Qatar.
Issoufou et Déby préfèrent ne rien dire
Deux autres États africains réputés très proches de l’Arabie saoudite, le Niger et le Tchad, n’ont en revanche pas communiqué officiellement sur l’affaire Khashoggi. Malgré la pression de Riyad, Mahamadou Issoufou et Idriss Déby sont sur cette affaire plus soucieux de coller à l’opinion des grandes puissances occidentales qui ont appelé l’Arabie saoudite à s’expliquer – à l’exception de Donald Trump, qui a adopté une communication changeante. Les deux présidents sahéliens préfèrent donc ne rien dire.
La plupart des autres pays africains ayant subi une pression de la part de l’Arabie saoudite, dans le conflit avec le Qatar comme sur le dossier Khashoggi, n’ont pas souhaité prendre fait et cause pour le royaume. Si Riyad a mis les moyens pour emporter l’adhésion du Nigeria, le pays africain à la plus forte population sunnite, Abuja n’a pas pris parti, considérant qu’il n’a pas à s’immiscer dans des dossiers concernant la région du Golfe. Le Mali et le Burkina ont également été sollicités mais n’ont pas pris position.
Enfin, le Gabon, qui s’était pourtant prononcé pour l’Arabie saoudite dans son conflit avec le Qatar, n’a cette fois pas encore émis une quelconque position officielle. Cependant, le président Ali Bongo, comme le Sénégalais Macky Sall, s’est rendu au sommet Future Investment Initiative, organisé du 22 au 25 octobre à Riyad à l’initiative du prince hériter Mohammed Ben Salman. L’Afrique du Sud s’est quant à elle dite inquiète de cette disparition, appelant à une enquête.
Par Benjamin Augé
La communauté Bidhane prisonnière de l’esclavage
Notre avenir, en tant que « communauté Bidhane », dépendra, dans une large mesure, de ce que nous aurons fait pour que les anciens esclaves acceptent de nous pardonner.
Car, aussi paradoxal que cela puisse paraître, aux yeux de certains, l’avenir de cette communauté demeurera menacé aussi longtemps que sévira l’esclavage et ses séquelles, en Mauritanie. Le phénomène de sclérose qui entame son unité, sociale et politique, est de plus en plus évident et puise sa force dans des sources intarissables. Bâtie sur un socle d’inspiration « guerrière», puis « maraboutique », puis des deux, cette communauté a toujours tenté de dominer les autres (communautés), principalement d’origine négro-africaine, revendiquée ou tue, d’abord par le fusil, puis par le Livre, puis, économiquement, par la boutique.
Lequel socle, qui a longtemps résisté aux secousses, limitées, des « dominés », se fissure de plus en plus, sous la poussée de la démocratie dans le monde, exigeant plus d’égalité et de justice.
Longtemps « bernés » par une certaine vision de la démographie, nos « leaders » n’ont jamais pensé que la somme des « minorités » pouvait, un jour, égaler, ou dépasser, celle d’une » majorité », rarement vérifiée. Jusqu’au jour où…les compteurs furent déplombés.
Une minorité parmi d’autres
Trois événements majeurs intervenus en Mauritanie entre 1984 (début du pouvoir Maaouya) et 2007 (élection démocratique d’un Président civil), ont remis en cause les « équilibres » traditionnels et le positionnement sociopolitique des différentes communautés ethniques qui composent la population du pays.
Il s’agit de ce que l’on appelle communément « le passif humanitaire » né des « évènements de 86-91 », de l’ouverture démocratique (multipartisme et liberté de la presse) et la radicalisation des courants Haratines (anciens et nouveaux).
L’objectif ici n’est pas de revenir sur l’analyse détaillée de chacun de ces évènements, mais, plus modestement, de tenter de « repositionner », la communauté Bidhane, la mienne, sur ce nouvel échiquier, en perspective d’un Etat-Nation où toutes nos communautés trouveraient leurs justes places.
Comme je l’ai annoncé plus haut,, mon souci premier est de contribuer à faire prendre conscience aux composantes de cette communauté, qu’elle ne peut, désormais, se maintenir et se développer, qu’en reconnaissant (en restituant ?) aux autres (communautés) leurs droits et leurs spécificités historiques, culturelles et démographiques.
Cette démarche, ce devoir, devrait, en premier lieu, viser l’ensemble Haratines, dont l’identification, culturelle et ethnique, est complexe, tant son imbrication dans toutes nos communautés est profonde.
J’avais, dans un malheureux essai, écrit en 2007, sous le titre de « Yessar, de l’esclavage à la citoyenneté », tenté de sensibiliser l’opinion sur les torts et souffrances endurés par cet ensemble, sans grand succès, hélas ! A l’époque, j’étais moins « communautariste » et j’avais moins peur.
Les Haratines, cheville-ouvrière de la société Mauritanienne
Pour introduire ce chapitre, je propose, en partage, l’image que donnait (Allah Yari7mou) Kane Saïdou, socio-anthropologue Mauritanien, des Haratines : « communauté en transition, les Haratines se donneront contradictoirement, par leur spécificité même, un rôle unificateur bénéfique. Non seulement à toute la Mauritanie, mais à toute la région.
Sauf si, pris par le vertige de leur force montante, ils commettent l’erreur de ne pas jouer entre les communautés nationales le rôle qui doit être le leur : le véritable trait d’union entre deux communautés transitionnelle exprime, en effet, très clairement et mieux que toute autre, la nature complexe des rapports actuels entre Maures et Noirs ».
Nous savons tous que depuis la nuit des temps, la quasi-totalité des tribus Bidhanes, qu’elles soient « Arabes ou « Berbères», ont soumis à l’esclavage nombre de leurs concitoyens, regroupés aujourd’hui, sous le vocable « Haratines ».
Nous savons tous, également, que cet abominable crime, « importé » par les Berbères et les Arabes, séparément, lors de leur arrivée dans l’espace géographique de ce qui allait s’appeler la Mauritanie, est à la base de la survie, de la richesse et du « prestige » de nombreuses familles Bidhanes, qui ont fait la pluie et le beau temps, tout au long de l’histoire de la Mauritanie.
Il aura fallu que la Mauritanie indépendante, candidate au statut de membre de l’organisation des Nations Unies, souscrive aux grands principes d’égalité et de justice entre les hommes, et notamment, à la déclaration universelle des droits de l’homme, pour que le mot « esclaves » trouve une place officielle dans le vocabulaire de l’Administration publique.
Et c’est ainsi que les premières actions de lutte politique contre l’esclavage, initiées par des descendants d’esclaves, en Mauritanie, virent le jour, au milieu des années 60, du siècle dernier, presqu’en même temps que l’émergence de mouvements nationalistes Arabes et Négro-Africains, autour desquels se sont cristallisées les premières cellules de contestation et d’opposition, au pouvoir central d’alors.
Entre ces deux nationalismes (chauvin et étroit), la mouvance Haratine a eu beaucoup de mal à se frayer son propre chemin et à identifier ses partenaires stratégiques.
Au cours de cette phase d’hésitation, deux groupes ont pu émerger du lot : « Akhouka El Hartani » (ton frère), qui n’a pas fait long feu et « El Hor » (Le libre), qui, de par son nom, évoquait déjà l’idée de la lutte pour la liberté et qui peut être considéré, aujourd’hui, comme le précurseur de la lutte pour l’auto-émancipation des Haratines en Mauritanie.
Ce mouvement, dont les leaders ont été considérés, tantôt comme opposants au pouvoir et « traités » comme tels, tantôt intégrés, comme hauts fonctionnaires dans les différents corps de la fonction publique, a largement contribué à l’éveil politique et la prise de conscience de « classe » parmi les travailleurs et la jeunesse Haratines.
L’APP, El Moustaghbel, et dans une moindre mesures El Wiam, sont aujourd’hui des partis politiques, à majorité Haratines, qui se partagent entre l’opposition dite radicale et celle dite « dialoguiste ».
Moins « politiques », mais pas moins actifs, l’ONG « SOS-Esclaves et « El Mithagh », sont des membres actifs des organisations de la société civile, qui se battent pour les droits de l’homme et en particulier contre l’esclavage et ses séquelles.
IRA, l’enfant prodigue de la mouvance Haratine, navigue entre le statut d’ONG et celui de parti politique, non reconnus tous les deux, s’implante davantage en Europe et aux USA.
C’est, forts de ces acquis politiques remarquables, et d’une supériorité démographique patente, malgré l’absence de toute statistique officielle, que le Mouvement Haratine est en train de se frayer un large chemin au sein du paysage politique Mauritanien, dans lequel il évolue désormais comme « un poisson dans l’eau ».
Vont-ils (les Haratines), pour autant, réussir à fédérer leurs différentes franges et à mutualiser leurs efforts, pour consolider leurs acquis politiques incontestables, et une expérience si riche, afin d’en récolter les dividendes, juridiques et économiques, qui constituent l’essence-même de leurs luttes ?
Face à ses questions, il est important d’essayer d’identifier les obstacles qui se dressent encore sur le chemin de l’extinction totale de l’esclavage, y compris la « résistance » de la communauté Bidhane, à travers ses deux composantes : l’Etat et les structures féodales traditionnelles
L’arsenal de domination et les techniques de résistance
Pour ceux qui l’auraient oublié, l’objectif de ma démarche est de contribuer à « sauver » la communauté Bidhane, ma communauté, des dangers qui la menacent de plus en plus. La sauver des conséquences directes, de ses propres agissements au sein de l’ensemble Mauritanien, qu’elle tente de dominer depuis que les premières tribus Berbères et Arabes ont foulé le sol de cette partie septentrionale de l’ex-Empire du Ghana.
La forme la plus abjecte et la plus inhumaine, de cette domination, fût la soumission à l’esclavage des ancêtres des Haratines d’aujourd’hui. L’arsenal qui permit d’imposer et de perpétuer cette pratique, était physique, économique et spirituel.
Si ses aspects physiques et économiques ont pu être, quelquefois, atténués par la « fidélité des sujets», ou leur acquisition de quelques bribes de revenu, l’aspect spirituel était sans limites et promettait les sanctions les plus redoutables, ici-bas et surtout dans l’au-delà.
Les premières lueurs de liberté, pour les esclaves, vinrent avec l’imposition des lois françaises sur le territoire Mauritanien, ayant pour champs d’application, les fameux villages de liberté, implantés dans la Wilaya de l’Assaba. Une « collusion » entre certains administrateurs coloniaux et des Chefs de tribus Bidhanes, a vite fait de limiter la contagion de ces villages, tout en maintenant (en théorie) le principe de la sanction contre ceux qui font le commerce d’êtres humains, ou qui les maintiennent en captivité.
N’empêche, ces villages, ancêtres des « Adwabas », ont constitué les premiers « No Bidhanes lands » et sont devenus, petit à petit, des espèces de sanctuaires, où les anciens « esclaves », ont pu se retrouver entre eux, loin de leurs anciens « maîtres ».
En parallèle, l’école française ouvrit ses portes, d’abord aux fils de Chefs, Bidhanes bien évidemment, lesquels la considérant relativement « Haram », y poussèrent, d’abords les enfants de leurs « esclaves ». Ils ne pouvaient pas imaginer que cette école-là allait constituer le premier creuset où se formèrent les futurs vrais libérateurs des esclaves, c’est-à-dire les leaders de l’aristocratie Haratines.
Les premiers Haratines, diplômés de cette école, devinrent rapidement des auxiliaires de l’Administration coloniale, fonction dans laquelle ils ne tardèrent pas à mettre à profit leur parfaite connaissance du caractère paresseux et corruptible, de leurs anciens maîtres.
Avec des revenus fixes et de bonnes oreilles auprès du Makhzen, une véritable mutation socioéconomique s’opéra, mettant certains Chefs traditionnels dans une position de quasi-dépendance de leurs anciens sujets. Ce début de semblant d’« égalité », ne tarda pas à être ralenti, puis freiné, par l’avènement de…l’indépendance.
En effet, avec l’indépendance les tribus Bidhanes ajoutèrent, à leur vieil arsenal deux nouvelles armes redoutables : un Etat disposant d’une Armée et le retrait de l’ex-arbitre. Le rapport de forces, largement déséquilibré, né de cette nouvelle situation, allait soumettre, à nouveau, les Haratines à d’autres formes d’injustice et de domination, où l’esclavage à «ciel ouvert » va céder la place à des formes plus « modernes », mais pas moins inhumaines.
La communauté Bidhanes : comment se racheter
Pour contribuer à l’extinction définitive du phénomène de l’esclavage, dont elle a longtemps été le pyromane, la communauté Bidhane a plusieurs défis à lever :
1-Se «délester » de la réputation d’être le parrain et le bouclier du système politique en place.
En effet, s’il est vrai, comme indiqué dans la suite 3, que l’Administration héritée du colonialisme et l’Etat Mauritanien naissant, ont d’abord, et avant tout, servi la communauté Bidhane, à laquelle ils se sont identifiés, au plan social et idéologique, il n’en est pas moins vrai que depuis l’arrivée des militaires au pouvoir, cette donne a bel et bien changé.
De fait, les pouvoirs militaires qui se sont succédé depuis 1978, ont provoqué et soutenu l’éclatement de la communauté Bidhane, en régions, tribus et castes. Cette « balkanisation » de la communauté en question, a largement contribué à affaiblir le nouvel Etat, dont la base et la « légitimité » communautaires se sont nettement rétrécies.
Or, le nouveau rapport de force, basé sur la force (militaire) n’a pas réussi à compenser la perte d’adhésion, de solidarité et de cohésion de la communauté Bidhane, autour des objectifs fixés par les nouveaux tenants du pouvoir.
Aussi, certaines tribus et collectivités se sont regroupées au tour de leurs propres intérêts et ont cessé de miser sur l’Etat, en tant que protecteur et arbitre central.
Le multipartisme et l’éclosion des ONG allaient accentuer cette tendance à l’« autogestion », en lieu et place d’une dépendance aveugle de l’Administration publique.
Cet état de fait, né de l’absence d’un Etat de droit, « dédouane «, en grande partie, la communauté Bidhane de l’accusation d’être, systématiquement, solidaire des politiques désastreuses du Gouvernement, notamment en matière de justice, d’éducation et des droits de l’homme.
2-Redonner à cette communauté un niveau de respectabilité, au sein des autres communautés, à égale distance de l’« Etat-Bidhanes », comme certains qualifient le système politique en place. En plus, elle devra s’investir, de manière plus ouverte et plus efficace, dans la lutte contre les séquelles, nombreuses et visibles, de l’esclavage, ainsi que la mise à l’index et l’extirpation de ses rangs, de ceux qui continueraient à soutenir ou à tenter de justifier la pratique de l’esclavage.
3-Initier un élan national de solidarité, volontariste et mesurable, se traduisant par le soutien, matériel et moral, des victimes d’injustice des autres communautés, en particulier en milieu Haratine. Une telle mesure constituerait une preuve d’humilité et du désir d’un vivre ensemble et d’une cohabitation apaisés, sur la base d’une confiance mutuelle retrouvée.
4-Cet ensemble de mesures et d’actions doit être couronné par une demande formelle de pardon, clairement exprimée, par la communauté Bidhane, auprès des organisations Haratines.
Si un tel objectif était atteint, les futures élections législatives, précédées d’un recensement national, sans complaisance, permettront à toutes les communautés du pays, de se positionner librement, sur le plan politique, et de récolter le juste fruit de leur poids démographique, pour aboutir à l’instauration d’un Etat de droit et la construction d’une Nation, où nous aurons, tous, les mêmes droits et devoirs.
C’est à ce prix, me semble-t-il, que notre pays pourrait, enfin, se construire et se développer en ne gardant de son passé « communautariste » que les spécificités culturelles, qui font sa richesse globale et la fierté de chaque communauté.
Ahmed Ould Mohamed
le calame
Interdiction du niqab : la France épinglée par un groupe d’experts de l’ONU
Le Parisien – Le Comité des droits de l’homme, qui reproche à Paris sa loi de 2010 sur le niqab, n’a aucun pouvoir de contrainte sur les États.
Comme l’avait annoncé La Croix au début du mois, un groupe d’experts de l’ONU a « condamné » mardi la France pour avoir verbalisé deux femmes qui portaient le voile islamique intégral, demandant à Paris de « compenser » les plaignantes et de réviser sa loi. Toutefois, ces experts indépendants, réunis au sein du Comité des droits de l’homme à Genève, ne font que rendre des avis et n’ont aucun pouvoir de contrainte sur les Etats.
Ce Comité de 18 experts, qui dépend du Haut-Commissariat pour les droits de l’homme de l’ONU, avait été saisi en 2016 par deux Françaises de confession musulmane condamnées à une amende pour le port en public du niqab, le voile islamique intégral avec seulement une ouverture pour les yeux.
Une loi, adoptée par le Parlement français en 2010, interdit tout vêtement dissimulant le visage dans l’espace public sous peine d’une amende pouvant aller jusqu’à 150 euros. Dans un communiqué de presse, le Comité a jugé que « l’interdiction du niqab viole la liberté de religion (et) les droits humains » de ces deux musulmanes.
Paris insiste sur la « pleine légitimité » de la loi
« Le Comité reconnaît que les États peuvent exiger des individus qu’ils découvrent leur visage dans des circonstances spécifiques dans le cadre de contrôles d’identité, mais il a été d’avis que l’interdiction généralisée du niqab était une mesure trop radicale », poursuit le communiqué.
En réaction, le ministère français des Affaires étrangères a rappelé dans un communiqué « que la loi de 2010 interdit la dissimulation du visage dans l’espace public dans la mesure où celle-ci est jugée incompatible avec le principe de fraternité et le socle minimal des valeurs d’une société démocratique et ouverte ». Paris souligne également que « le Conseil constitutionnel a jugé la loi conforme à la Constitution. La Cour européenne des droits de l’homme a elle-même jugé dans sa décision du 1er juillet 2014 que cette loi ne porte atteinte ni à la liberté de conscience, ni à la liberté de religion et qu’elle n’est pas discriminatoire ».
« La France souligne donc la pleine légitimité d’une loi dont l’objectif est de garantir les conditions du vivre-ensemble nécessaire au plein exercice des droits civils et politiques, auquel elle est attachée et qu’elle promeut dans son action internationale », conclut le communiqué.
Le président du Comité, l’Israélien Yuval Shany, a affirmé qu’il considérait personnellement, comme « nombre » des 17 autres experts, que le niqab était « une forme d’oppression contre les femmes ». Le Comité a estimé que l’« interdiction généralisée à caractère pénal […] a porté atteinte de manière disproportionnée au droit des deux plaignantes de librement manifester leur religion ». Il a également reproché à cette loi de « marginaliser » ces femmes « en les confinant chez elles et en leur fermant l’accès aux services publics ».
Réponse dans les 180 jours
Le Comité demande en conclusion à la France de lui envoyer un « rapport de suivi » dans un délai de 180 jours sur les mesures prises pour « compenser les plaignantes » et « éviter que des cas similaires se reproduisent à l’avenir, y compris en révisant la loi incriminée ». Les 18 experts, élus pour 4 ans, sont chargés de surveiller le respect par les pays membres du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
Dans une interview, la Lettone Ilze Brands-Kehris, membre du Comité, a reconnu que le voile islamique était « une très grande question qui suscite aussi beaucoup d’émotion et de réactions, et donc qui peut être politisée et manipulée ». Mais, a-t-elle ajouté, « ce n’est pas le rôle du comité, nous, on fait une analyse strictement juridique de la situation ».
Interrogée sur l’absence de pouvoir contraignant du Comité, elle a souligné que la France est, malgré tout, « dans l’obligation » de se conformer aux recommandations du Comité, en tant que signataire du Pacte sur les droits civils et politiques.
Déjà pour l’affaire Baby-Loup
Ce n’est pas la première fois que le Comité des droits de l’homme de l’ONU s’immisce dans le débat sur la laïcité en France. En août, le Comité a donné raison à une Française musulmane qui avait été licenciée par la crèche Baby-Loup parce qu’elle refusait d’enlever son foulard sur son lieu de travail. Les experts ont estimé qu’il s’agissait d’une « atteinte à la liberté de religion » et demandé à la France de l’indemniser dans les 180 jours.
Malgré la loi de 2010, le niqab ou la burka n’ont pas disparu de l’espace public en France et sont mêmes en augmentation dans certaines banlieues. Le braqueur Redoine Faïd, qui était devenu l’homme le plus recherché de France après son évasion spectaculaire de prison le 1er juillet, se cachait lui-même sous une burqa lorsque les policiers l’ont localisé après trois mois de cavale dans la ville de Creil.
Le Parisien avec AFP
Messaoud Boulkheir parle !
Dans une interview exclusive qu’il a accordée au Calame, le président d’APP, Messaoud Ould Boulkheir, par ailleurs président du Conseil économique, social et environnemental (CESE) revient, sans détour, avec son langage sincère, et parfois sincère, qu’on lui connaît, sur le déroulement des élections que le pays vient de connaître, les ratés de la CENI dont la première faute est d’ « avoir avalisé, par faiblesse un calendrier choisi par le gouvernement». Au passage, il plaide pour la recomposition de la CENI avant la prochaine présidentielle et la tenue d’un 3e dialogue pour tenir compte des mutations politiques que vient de connaitre le pays.
Le président Messaoud raconte, non sans amertume, la cabale qu’a suscitée contre son parti et sa personne le soutien qu’APP a apporté au parti au pouvoir, lors du second tour des législatives à Zouerate. Il explique les raisons qui ont fondé la décision souveraine de son parti, ses relations exécrables avec Tawassoul et annonce la tenue de son congrès avant les prochaines échéances électorales.
Le président Messaoud évoque également ses rapports avec le président Aziz et avec l’opposition dite radicale, son travail pour la consolidation de l’unité nationale du pays, sur l’état de droit…sur le 3e mandat, le président d’APP indique que l’intéressé lui a dit qu’il n’en briguerait pas un 3e et que si tel était le cas, ce serait anticonstitutionnel et irrecevable.
Le président d’APP se prononce sur l’arrestation, l’emprisonnement et la répression des militants d’IRA devant l’Assemblée Nationale, sur la cohabitation dans le pays, sur les frictions fréquentes entre la Mauritanie et ses voisins, sur le CESE qu’il préside …
Une interview à lire dans la version papier du Calame.
le calame



