Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

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Le jour où l’armée occupa l’opposition. Par Pr ELY Mustapha

Le jour où l’armée occupa l’opposition. Par Pr ELY MustaphaPr ELY Mustapha – Incroyable mais vrai. Du jamais vu. Des chefs d’opposition qui font la queue leu leu devant un président élu, élu à une majorité écrasante et qui ne sort pas de leurs rangs et…. plus incroyable encore, que lui demandent-ils ? Qu’il applique leur programme !

Mais alors se demandera le pauvre citoyen, si le Président applique les doléances de l’opposition alors à quoi sert l’opposition ? Et pourquoi l’opposition n’a-t-elle pas tout simplement soutenu lors des dernières élections Ghazouani, si celui-ci était prêt à appliquer leurs propositions ?

Etonnant n’est-ce pas, qu’une opposition, qui se veut opposition, requiert que le Président se substitue à elle pour réaliser ce pour lequel, elle milite ? Il y a alors deux cas de figure.

Le premier cas, serait que Ghazouani décide d’appliquer les doléances de l’opposition et dans ce cas, l’opposition ne servant plus à rien, puisqu’elle s’est vidée de sa substance, il serait logique qu’elle soit tout simplement dissoute.

Le second cas de figure, serait que Ghazouani n’exécute que son propre programme et que l’opposition qui défile en file indienne devant lui ne sert qu’à être anesthésiée par des promesses, qui lui permettront de la tenir dans l’expectative en attendant qu’il affermisse son pouvoir.

Dans les deux cas, une chose est certaine : Ghazouani est bien plus malin et plus stratège que l’opposition. Il manœuvre au ralenti en attendant la sortie du virage.

Mais pour le pauvre citoyen mauritanien qui a voté pour l’opposition c’est le cauchemar. Il vient de comprendre, tardivement hélas ! qu’il n’y a jamais eu d’opposition véritable et que même s’il a existé un « esprit » d’opposition, ses dirigeants ont vendu son âme et la leur dans les « dialogues » et autres « concertations » qui ont depuis les putschs militaires successifs aspiré son énergie.

En effet, au-delà de l’argumentaire de la « paix sociale », de « l’entente » qui anime ces dialogues du pouvoir qui ont fait saliver depuis des décennies l’opposition, il est un constat démocratique invariable et sur lequel se bâtit l’équilibre du pouvoir : « UNE OPPOSITION QUI DIALOGUE N’EST PAS UNE OPPOSITION ».

Une opposition qui dialogue, est une opposition qui trahit l’esprit du jeu partisan fondement de la démocratie, elle détruit l’essence même du jeu politique, à savoir servir de contre-pouvoir pour orienter, influencer et puis, si possible, conquérir le pouvoir en proposant des alternatives nouvelles, de nouvelles voies du possible et du réalisable en capitalisant sur l’expérience et les échecs du pouvoir en place.

L’opposition d’aujourd’hui est un médiocre reflet de ce que l’opposition doit être dans un Etat démocratique.

Une opposition qui dialogue n’est pas une opposition.

Appelez-là ce qu’il vous conviendra de l’appeler : juxtaposition, transposition, permutation, interversion, inversion…mais ne l’appelez pas opposition. Cette opposition qui recherche ou qui va au dialogue avec le pouvoir est le pire des maux que la Mauritanie puisse subir. S’opposer à cette opposition-là est le premier devoir de tout citoyen concerné par l’avenir politique de son pays.

Quel devrait être le comportement d’une opposition digne de ce nom ?

Une opposition s’organise, collecte ses moyens matériels et financiers prépare son programme politique, le vulgarise, rencontre ses militants, génère des alliances, déploie son énergie à rassembler une opinion qui lui soit favorable, en d’autres termes prépare avec militantisme sa participation aux prochaines élections.

Mais une opposition toute tournée vers la contemplation du pouvoir et attendant de son détenteur qu’il l’apostrophe, est un réceptacle d’une misère partisane tendant sa gamelle pour y recueillir les postillons d’un dialogue qui est devenu tout son programme.

Le devoir de tout Mauritanien, est de ne pas intégrer cette opposition-là mais plutôt de la fuir comme une peste institutionnelle. Si on a piétiné tout un peuple et accaparé le pouvoir, ce fut et c’est toujours à cause de cette opposition-là.

Historiquement, rappelons-nous…

Vivant sur les relents d’un accord de Dakar mort-né, croyant qu’elle a encore un poids dans les institutions de l’Etat, pour mener Aziz vers quelques concessions, l’opposition s’est gourée et continue de l’être.

Elle réclame une réponse écrite, mieux encore un engagement écrit d’Aziz sur les points de discorde qu’elle lui a fait parvenir et conditions du dialogue…. Opposition du ridicule.

Aziz n’avait pas demandé à l’opposition son avis en prenant de force le pouvoir, il ne lui a pas non plus demandé de s’exprimer en se faisant « légaliser » par les urnes. L’opposition ne sert à rien pour Aziz et Aziz le savait.

Ce qui a servi Aziz c’est que l’opposition continue à saliver, comme un cabot attendant un os, en lui miroitant le dialogue. Le dialogue, fut pour Aziz, un instrument machiavélique. Il l’avance quand sa mauvaise foi l’y pousse et il le retire chaque de fois que l’opposition y croit.

Cette opposition-là, fait le jeu du pouvoir. Et c’est en cela qu’elle est dangereuse. Elle est composée de groupes d’individus, sous-fifres, qui constituent une sorte de courroie de transmission avec le pouvoir. Ce sont ces groupes-là qui constituent les « poignées » dont se saisit le Pouvoir pour appâter l’opposition.

Ces « poignées » sont composées de dirigeants aigris par le pouvoir et qui ne savent plus comment y accéder, mais aussi d’individus membres qui « monnayent » leur participation au pouvoir et qui émulent au sein de l’opposition une espèce de « psychose » du dialogue où le délire de l’intéressement matériel n’est pas absent.

Toujours est-il que cette opposition intéressée au dialogue, est le dindon de la farce.

Rappelons-nous que si le pays en est arrivé là, c’est à cause de l’opposition. Si aujourd’hui Ould Abdel Aziz est au pouvoir, c’est à cause de l’opposition. L’opposition juillettiste n’a donc que ce qu’elle a semé.

Cette opposition-là qui s’est précipitée pour négocier à Dakar la réédition d’un président élu, n’a aujourd’hui que ce qu’elle mérite. En Mauritanie, le peuple n’a pas seulement les gouvernants qu’il mérite il a aussi l’opposition qu’il mérite. Et c’est à cause de cette opposition-là, ses dissensions internes, son opportunisme et sa course en rangs dispersés à la présidence lors des dernières élections, que le pays est ainsi gouverné.

Une opposition qui dialogue, pour pérenniser sa forfaiture, n’est pas une opposition.

Que s’est-il passé pour que l’opposition devienne ce qu’elle est aujourd’hui ? Simplement qu’elle n’a pas tiré les leçons du passé politique récent du pays.

I- L’opposition ou la sape psychologique: les leçons du passé

En 2005, jamais une stratégie n’a été aussi brillante et aussi sournoise que celle qui réduisit l’opposition et lui enleva sa victoire aux présidentielles et aux législatives. Ceux qui dirigèrent la transition, avaient décidé de miner l’opposition et de la réduire autant que possible à travers une stratégie de « concertation » qui a permis de « piéger » ceux qui justement pouvaient tout faire basculer. Les « renards » de la transitions aguerris aux faux compromis et aux jeux de la souricière avaient décidé de neutraliser une opposition qui, à la veille du 3 Août 2005, avait une force et une légitimité qu’ils craignaient par-dessus tout. Cette opposition qui sortait d’une haute lutte contre l’ancien régime et dont certaines composantes avaient même pris les armes contre lui risquait de remettre en cause le coup d’Etat lui-même et la transition elle-même.

Il aurait suffi que l’opposition ne reconnaisse pas le coup d’état, qu’elle s’agrippe à ses acquis historiques qu’elle « tape sur la table » pour que ceux qui ont élaboré la transition dans des buts inavoués reculent et cèdent devant ses doléances. Cela ne fut pas fait parce que les renards de la transition avaient très vite identifié le talon d’Achille de l’opposition en la personne de ses leaders et notamment Ahmed Ould Daddah.

Cette identification se confirma pour eux très vite lorsque Ahmed ould Daddah fut le premier reconnaître le coup d’Etat et son apport pour la démocratie. Il devenait alors un « interlocuteur » qui allait servir de porte d’entrée, un cheval de Troie pour déstabiliser l’opposition. La bonne foi d’Ahmed Daddah n’avait d’équivalent que la mauvaise foi de ceux qui allient « l’utiliser » malgré lui. Et c’est là où l’œuvre de sape psychologique commença à la manière d’une forteresse assiégée.

Durant les premiers mois on le consultait on le travaillait dans le sens du poil et le travail psychologique finit par prendre : la conviction du leader du RFD en la volonté des militaires de céder le pouvoir à l’opposition et de façon démocratique. Par cette politique d’amadouement ils ont obtenu deux choses :

– L’immunisation : Faire passer calmement la transition jusqu’à son terme et appliquer leur plan stratégique

– La neutralisation : Assagir l’opposition à travers l’un de ses principaux leaders jusqu’à la mettre à genou.

Cette situation se manifesta à travers les idées lancées par Ahmed Ould Daddah dans sa fameuse déclaration sur « l’absence de chasse aux sorcières » qui reprenait l’argumentaire du CMJD et ses déclarations dans l’interview à Jeune Afrique. ELY Ould Mohamed Vall déclarait en effet en Septembre 2005 : « Il n’y aura ni règlement de comptes, ni chasse aux sorcières, ni esprit de revanche. « (JA L’Intelligent » Septembre 2005)

Le 07 septembre 2005 Ahmed Daddah déclarait à l’AMI : » “j’ai confiance, en toute objectivité, dans le projet du CMJD”.

Il était devenu ce que le CMJD voulait qu’il devienne « la courroie de transmission » avec l’opposition en la « piégeant » dans le processus d’un dialogue et d’une concertation qui allait être fatal pour toute l’opposition.

« Le RFD, déclarait Ahmed Daddah, en tant que parti, est favorable au principe du dialogue sur les questions nationales qui nous concernent tous. Nous nous réjouissons donc de cette initiative et pensons qu’elle marque le début d’une concertation que nous espérons approfondie, franche et exhaustive. Concernant le comité chargé du processus de transition, je tiens à préciser que cette période transitoire est essentielle parce qu’elle déterminera tout ce qui la suivra. C’est pourquoi nous estimons que tous les acteurs doivent y participer, y compris les partis politiques, la société civile, les leaders d’opinion, avec tout le sérieux et toute la franchise requise… »

Et la boucle est bouclée. Ahmed Daddah était devenu l’appât auquel on miroitait mille et une bonne intentions dont il nourrissait ses espoirs de changement.

Les militaires, en s’appuyant sur une structure gouvernementale triée dans le tas des anciens du régime précédent, avec lesquels ils partageaient les mêmes préoccupations de défense de ses intérêts et de ses basses-œuvres avait mis en place une stratégie psychologique militaire qui, comme on le sait, utilise de multiples techniques de déstabilisation de l’adversaire utilisant la psychologie préventivement, ou simultanément, à l’usage de la force.

Une stratégie qui ressemble étrangement à celle utilisée par les experts militaires dans le Chiapas mexicain : diviser et semer la confusion dans les esprits pour atteindre des buts de déstabilisation des structures villageoises. A travers une pseudo- politique d’ouverture au dialogue, le gouvernement opposait les chefs de village en accordant plus d’importance officielle à l’un deux et en le favorisant financièrement et matériellement par rapport aux autres. Ce qui, à moyen terme, entrainait la division et les blocages dans les rapports villageois. De la division et des rancunes naissaient alors les dénonciations.

Lorsque Ahmed Daddah a compris qu’il n’était pas l’interlocuteur unique du CMJD, que celui-ci jouait son propre jeu, il fît machine arrière à travers les dénonciations que l’on sait sur la « dérive » du CMJD notamment après que Sidioca fut pressenti au mois de juillet 2006 comme candidat « favori » du CMJD. Mais déjà en décembre 2006 le vent avait tourné et la stratégie du CMJD était à son apogée.

La dissidence de Messaoud Ould Boulkheir qui permit à Sidioca de remporter la victoire, tient de cette stratégie car on se rappelle très bien que pour justifier son ralliement à Sidioca, le dirigeant de l’APP avait reproché à Ahmed Daddah d’avoir eu un plan secret avec le CMJD de constitution d’un gouvernement. La stratégie de déstabilisation avait joué.

Concertation et dialogue furent les deux armes absolues de la stratégie des autorités de transition pour « endormir » l’opposition et gagner du temps pour échafauder ses plans et les mettre à exécution.

Cette stratégie de « la concertation anesthésiante » est encore aujourd’hui mise en œuvre par les régimes politiques successifs. La présence encore aujourd’hui de personnages au palais et la plupart de ceux qui ont servi la transition et le régime précédent aux postes-clefs en est la preuve éclatante.

Mieux encore, la transition avait pensé à un mécanisme pour pérenniser cette « concertation » et neutraliser l’opposition même après l’avènement de l’ère démocratique : le statut de leader de l’opposition.

Le piège institutionnel se referma alors et l’opposition est actuellement toute réduite à cette fonction de « concertation » qui lui enlève tout rôle et toute volonté sinon ceux d’entériner ce que le « leader » glane comme assurances et expressions de bonnes intentions du détenteur du pouvoir sur tout et sur rien. Encore une fois, la bonne foi du leader mise à contribution à travers une concertation dont on sait ce qu’elle a donné par le passé.

II- L’opposition doit réagir à la sape psychologique : tout remettre en question

Il est incontestable que depuis 2005 les régimes successifs utilisent, le « dialogue » et la concertation pour neutraliser l’opposition et gagner du temps. Gagner du temps pour s’affermir politiquement et consolider son leur assises économico-financières.

– S’affermir politiquement: l’expression la plus immédiate fut la création du grand parti présidentiel qui a visé à damer le pion à l’opposition et au-delà. Quelle fut la réaction de l’opposition à ce « danger » institutionnel d’un parti-état ? La concertation !

– Consolider ses assises financières : On le sait outre que le favoritisme n’a pas quitté l’Etat, voici que commence la liquidation des entreprises publiques pour « renflouer », les caisses de l’Etat. Une cession d’actions de l’Etat dont on ne sait en fin de parcours si elle servira vraiment l’Etat à travers son budget. Et qu’elle est la réaction de l’opposition face à la menace qui touche les entreprises publiques ? La concertation !

Et qu’a donné cette concertation ? Une conférence dénonçant ces aspects, relayée par la presse.

Quel impact cela a eu sur la politique du gouvernement ? Rien ! On se concerte avec l’opposition mais on ne l’écoute pas. On continue à structurer le parti-état et on a continué à négocier la cession des entreprises publiques.

Alors est-ce là une opposition qui a un poids sur la scène politique ? Une opposition qui s’accroche à des concertations comme si elle était l’antichambre du pouvoir. Eh bien non. Cette opposition-là, le peuple n’en veut pas ! Elle est inefficace, anesthésiée par un pseudo-dialogue et réduite à sa plus simple expression : un contre-pouvoir qui ne contre rien.

Quelles sont les solutions ? Il faut que l’opposition se ressaisisse. Qu’elle quitte immédiatement ce processus de « concertation » et de « dialogue », qu’elle renonce à l’institution de leader et qu’elle entre… en opposition !

Qu’elle adopte sa propre vision des problèmes à résoudre, qu’elle élabore sa propre stratégie d’intervention pour contraindre le gouvernement à discuter et à obtempérer s’il le faut.

Si les problèmes sont connus et attendent solution (refus du parti-état, refus du bradage des entreprises publiques, rehaussement du niveau de vie, dénonciation de la corruption et du trafic d’influence etc.), quelle est la stratégie à adopter ?

La voici :

– Se déconnecter du giron des pouvoirs publics et donner à l’opposition son autonomie (« pas de leader, pas de concertation »)

– Utiliser les moyens légaux pour protester : grèves limitées ou généralisée, alerte de l’opinion publique nationale et internationale

– mise à contribution des cadres et des forces intellectuelles de l’opposition pour critiquer (socialement, économiquement, financièrement) et publier leurs critiques des mesures gouvernementales partout où cela peut influencer le système (ouvrages, travaux de conférences et de colloques etc.)

– Entreprendre des meetings et des sittings de protestations.

– Investir les aires d’information (presse écrite, audiovisuelle nationale et internationale) etc.

En résumé : Etre une force politique réelle qui agit sans complaisance et avec les moyens d’une véritable opposition.

Puisse l’opposition comprendre cela, sinon s’en est fini d’elle. Elle restera un faire-valoir d’une politique qui s’affermit de jour en jour, institutionnellement et financièrement.

Et alors il ne sera plus très loin le temps où elle devra se soumettre ou disparaître. Car en politique, une opposition qui ne joue pas son rôle est non seulement une traitrise à l’égard de ceux qu’elle représente mais aussi la pire des menaces pour un Etat de droit.

Le seul espoir qui reste est que l’actuel président Ghazouani tienne ses promesses et ses engagements concertés avec l’opposition. Mais si en réalisant cela, Ghazouani gagnera en crédibilité croissante, alors l’utilité d’une opposition devient inversement proportionnelle à cette crédibilité.

“La dignité, a-t-on pu écrire, passe par le sentiment qu’on a de son utilité.”

Pr ELY Mustapha

(1)H. Lamoureux « L’affrontement » Éditions du Jour, Montréal.

cridem

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Moi aussi j’étais à Oualata (12) : D’autres distinctions/Par Oumar Ould Beibacar

altJe m’aperçois que j’avais omis de mentionner deux autres distinctions. Je vous les livre donc aujourd’hui. La première me semble redoubler mon titre de grand officier dans l’Ordre du mérite national. Elle me fut offerte par mon frère et ami Ly Jibril Hamet, premier président des FLAM, à travers un joli poème qu’il dédia également à mon collègue, le lieutenant Mohamed Lemine ould Ahmedou aujourd’hui colonel toujours en activité, qui m’avait précédé au Fort de Oualata, en tant que commandant d’escadron, entre Avril et Juillet 1988. En voici le texte : Serment de guerrier En prémonition / Je vis le Sceau des Prophètes / Je vis son Compagnon craint de Satan (1) / Cette vision / Se réalisa par la venue successive / De deux guerriers / Qui ne craignaient ni n’espéraient / Foi très forte ils avaient. Vint le premier / Il entra, enturbanné/ Il regarda à gauche comme à droite / Non ! dit-il / Il alla au fond de la salle / Revint sur ses pas / Non ! Non ! / Il regarda les uns et les autres / Il dévisagea l’un à la suite de l’autre / Ceux que l’on appelait naguère / Pater / Patron / Chef / Homme / Leurs mains étaient menottées / Leurs pieds étaient enchaînés / Non ! Non …Non ! / Lorsque son regard croisa / Celui dont il savait / Qu’il était aussi vaillant guerrier / Celui qui pouvait lui être hostile / Lui sourit. Il sortit précipitamment, ne pouvant (2) / Supporter plus longtemps ce spectacle / Non ! Non ! Non ! Non ! / Il fondit en larmes, ce preux / Qui avait côtoyé les agonisants / Qui avait vécu parmi les morts / Lui qui avait tant vu, tant vécu / Ne crut point ses yeux / Il s’éloigna pour / Pleurer / Cacher à la fois honte et colère / Dire non à l’inacceptable / Réduire des humains en animaux ? / Humilier des hommes ? / Des frères en Dieu ? / Des frères en la Patrie ? / Des fidèles serviteurs de la Nation ? / Et pour quel crime non commis ? / Point je ne me tairai! / Foi de guerrier ! Il parla (3) / Il dénonça / On le démit / On le remit / Il revint. Et vint un autre preux / Encore plus courageux / Encore plus décidé / Je ne ferai d’injure à la race des guerriers / En tuant des morts / En méprisant mes frères / Au prix de mes avantages / Quoi ? De ma vie ! / Je le jure ! Ils étaient quatre (4) / Peut-être cinq / Ils montèrent / Ecoutèrent / Entendirent / Virent / Redescendirent. L’homme de justice / Comme le Compagnon du Prophète / Le Successeur / Seul / Remonta / Vint à nous / Veuillez, Digne-Homme, partager notre repas (5) / Même s’il n’est ni délicieux ni copieux / C’est de tout cœur / Il accepta / Partagea / Sourit / Poliment / Tristement / Aucune larme ne coula / Pourtant à sa manière, pleuvra / Courage, frères / Tout changera ! Et les chaînes disparurent / Il sauva ceux qui le pouvaient encore être / Chaque point cardinal ayant usé de ses droits (6) / Et les visages s’emplirent de joyeux sourires / Ceux qui ne peuvent être vus de jour / Eclairent les ténèbres / Tout ce qui brille le soir / Du levant comme du couchant / Du boréal comme de l’austral / Unis à travers l’épanouissement de l’aurore / Ceux qui ne sont plus parmi nous / Et jusqu’à la fin des temps / Vous sourient / Et vous remercient / Du fond du Paradis / Vous guerriers / Les vrais ! L’un avait dit : « Je parlerai » / L’autre : « J’agirai » / Ils parlèrent et agirent / En vrais guerriers / Et tout changea / Et tout continue de changer / Et tout continuera de changer… (7) NOTES 1. Oumar ben Khattab, compagnon du Prophète (PBL) et second khalife de l’Islam, fut réputé pour son courage et sa droiture. L’officier en question portait son nom. Et lui ressemblait, quelque part. 2. Nouvellement affecté au fort de Oualata et n’en croyant pas ses yeux, cet autre officier ressortit en pleurs de la salle où étaient enfermés des prisonniers politiques. 3. Cet officier connut une forte altercation avec son supérieur hiérarchique. Tous deux dressèrent rapport. Lui fut relevé et affecté mais chargé, au niveau national, de nouvelles responsabilités qui furent salutaires pour les prisonniers que nous étions. Il revint à Oualata avec une forte délégation dont son remplaçant. Elle s’entretint avec les prisonniers et s‘enquit de leurs conditions carcérales qui s’améliorèrent considérablement, évitant de justesse l’irréparable. 4. Les membres de la mission composée de hauts gradés de la Garde nationale et du gouverneur du Hodh El Charghi. Parmi eux, le lieutenant (aujourd’hui colonel) qui devait nous ôter les chaînes, améliorer considérablement nos conditions de détention (nourriture, habillement, soins médicaux…) Les rapports envoyés à ses supérieurs jouèrent beaucoup pour notre libération. 5. Les deux officiers (le prisonnier et le geôlier) se connaissaient et se respectaient. 6. Quatre des détenus étaient décédés en prison. 7. Le poème compte 113 vers… Djibril Hamet LY (ancien détenu politique au Fort de Oualata) Chevalier de l’Ordre du mérite national bis Une seconde distinction de chevalier de l’Ordre du mérite national me fut octroyée par mon frère Mamadou Kalidou Ba, dans son roman, « La résistance pacifique », publié en 2017. En voici la teneur : « La rue Colonel Oumar ould Beibacar était, depuis quelques années, devenue le rendez-vous de la jeunesse branchée de Rènedango. Les cafés et autres buvettes y étaient nombreux et, pour attirer le plus de clientèle, ils rivalisaient par les programmes attrayants proposés. La buvette Soumpou avait trouvé un formidable moyen de diversifier son offre. En plus des soirées dansantes des samedis, elle offrait, aux groupes politiques ou à des particuliers, la possibilité d’y animer des conférences, suivies de débats. Pour être digne de l’éminente personnalité dont la rue portait désormais le nom, Soumpou proposa des tarifs spéciaux aux organisations de gauche dont les idées étaient proches de celles vulgarisées, en son temps, par le colonel Oumar ould Beibacar, un des officiers supérieurs les plus honnêtes, les plus justes et les plus patriotes de l’armée du Harfusowo. Cette offre était valable d’Octobre à Juin. Pour mettre l’accent sur la convivialité de ces programmes du mercredi, ils les appelaient thés-débats. Le thé était offert par la maison mais ceux qui désiraient consommer plus devaient mettre la main à la poche. Il était dix-sept heures quand Gayel et Fara franchirent la porte de la buvette Soumpou. Ils n’avaient pas eu beaucoup de difficultés à retrouver l’endroit. […] ». Ces deux distinctions me firent très grand plaisir. J’en ai déjà remercié mon frère et ami, feu le président Ly Jibril Hamet – que le Tout-Puissant l’accueille en Son saint Paradis! – et je profite de l’occasion pour remercier infiniment mon frère Mamadou Kalidou Ba auquel je souhaite une longue vie, pleine de bonheur et de prospérité, pour lui et tous ses proches. (A suivre).

le calame

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La Mauritanie vit “la talibanisation de la société” (O. Mkheitir)

La Mauritanie vit Al-akhbar – La Mauritanie «vit la talibanisation de la société. Et la barbarie – flagellation, amputation, peine de mort par lapidation – est toujours inscrite dans le Code pénal», estime l’ex-condamné à mort pour blasphème Mohamed Cheikh Ould M’Kheitir, qui se réfugie en France.

Interrogé par La Croix, un site d’information français en ligne, Ould Mkheitir est revenu sur ses conditions d’arrestation et de détention : « Un colonel m’a embarqué vers un endroit inconnu, je comprendrai quelques mois plus tard qu’il s’agit d’une caserne militaire, et que je suis séquestré à la demande du président Aziz. Je n’ai pas craqué. Il fallait que je garde un bon état psychologique pour ne pas perdre de vue mon objectif. Combattre l’injustice sociale et l’esclavage en Mauritanie, c’est mon projet de vie ».

Le blogueur raconte qu’il avait en prison «une bouteille pour faire pipi, une vieille boîte de conserve pour mes besoins. Je ne me suis lavé que deux fois en sept mois. Je ne me suis jamais brossé les dents, jamais coupé les ongles et les cheveux. On me donnait à manger par la lucarne de la porte. Je n’ai pas eu une seule visite. Je n’ai même pas prononcé ‘bonjour’ une fois, les deux premiers mois ».

Mohamed Ould Mkheitir estime qu’en Mauritanie, «il n’y a aucun mélange entre castes. Dans la rue, chacun sait si quelqu’un est Beidane [caste des hommes libres, dirigeants, guerriers et marabouts], Maalmine ou Haratine, dit-il aujourd’hui. Beaucoup de Maalmines et de Haratines ne vont pas à l’école. On crée partout des mosquées, alors qu’il existe encore des adouaba, des anciens camps d’esclaves restés des villages isolés de Haratines, et qui n’ont ni école ni centre de soins. On sort des fillettes de l’école pour les marier. Rien ne pourra changer si on n’améliore pas l’enseignement ».

Mohamed Cheikh Ould M’Kheitir est condamné depuis décembre 2015 à la peine capitale pour “apostasie” après avoir publié un article jugé ”blasphématoire” à l’encontre du prophète Mohammet (PSL). 

 

alakhbar

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Menacé de destitution, Donald Trump dénonce un « COUP D’ETAT »

Menacé de destitution, Donald Trump dénonce un « COUP D’ETAT »20Minutes – Dans la tourmente, le président américain Donald Trump s’est exprimé ce mercredi sur l’affaire ukrainienne à l’origine d’ une procédure de destitution qu’il qualifie désormais de « coup d’Etat ».

Très agressif sur Twitter depuis son retour de New York jeudi, il a largement esquivé les questions sur le fond du dossier : la demande faite, par téléphone, à son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky d’enquêter sur Joe Biden, qui pourrait être son adversaire en 2020.

Escalade verbale

« Les démocrates-qui-ne-font-rien devraient se concentrer sur notre pays, plutôt que de faire perdre à tout le monde du temps et de l’énergie sur des conneries », a-t-il tweeté peu avant sa conférence de presse, prévue à 14 h (18 h GMT), dans les salons de la Maison Blanche.

Dimanche, le 45e président des Etats-Unis a cité un pasteur baptiste qui parlait de risques de « guerre civile ». Lundi, il a suggéré d’arrêter un élu démocrate pour « trahison ». Mardi, il a dénoncé un « coup d’Etat » le visant.

« J’en arrive à la conclusion que ce qui est en train de se passer n’est pas un “impeachment”, c’est un coup d’Etat, visant à prendre le pouvoir du peuple, son vote, ses libertés, son deuxième amendement (de la Constitution), sa religion, son armée, son mur à la frontière, et les droits qui lui ont été donnés par Dieu en tant que citoyen des Etats-Unis d’Amérique ! », a-t-il tempêté.

Stupeur à Washington

Même à l’échelle du style résolument provocateur de l’ancien homme d’affaires, ces propos ont suscité la stupeur à Washington. Pour Richard Haass, président du Council on Foreign Relations, un cap a été franchi. Dénonçant des propos visant à « saper les institutions », il a jugé « troublant » que Donald Trump et son entourage « qualifient une procédure de destitution de coup d’Etat alors même que la procédure est prévue dans la Constitution ».

Déterminés à maintenir la pression, les démocrates du Congrès ont menacé mercredi de forcer la Maison Blanche à leur fournir des documents qu’ils réclament. Les parlementaires adresseront formellement à l’exécutif une injonction à livrer ces documents vendredi, s’il ne s’y plie pas volontairement d’ici là.

« Tout acte de ce type, qui nous forcerait à avoir recours en justice ou à l’envisager » afin d’obtenir des documents ou des témoignages « sera considéré comme de nouvelles preuves d’entrave à la justice », a prévenu le président démocrate de la puissante commission du Renseignement de la chambre basse, Adam Schiff. Ceci viendrait alimenter le dossier à charge contre le président républicain au Congrès, a-t-il souligné, rappelant que l’entrave à la justice avait été l’un des trois motifs de destitution retenus à l’encontre du président Richard Nixon en 1974, avant sa démission.

« On ne plaisante pas ici. Nous ne voulons pas que cela traîne pendant des mois et des mois, comme cela semble être la stratégie du gouvernement », a-t-il ajouté en conférence de presse.

Tour de force des démocrates

Dénonçant le « mépris flagrant de la Maison Blanche face à de nombreuses demandes de livrer volontairement des documents », les chefs démocrates des commissions des Affaires étrangères, du Renseignement et de supervision de l’exécutif avaient expliqué plus tôt qu’ils estimaient n’avoir « pas d’autre choix que de délivrer cette injonction ».

Pour l’heure, le cercle rapproché du président semble déterminé à jouer la montre, son chef de la diplomatie, Mike Pompeo, et son avocat personnel, Rudy Giuliani, au cœur de ce dossier, refusant le calendrier que tentent de leur imposer les élus démocrates du Congrès.

20 Minutes avec AFP

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– Entretien aevc M. Samba Thiam, président des FPC, membre de la CVE

Entretien aevc M. Samba Thiam, président des FPC, membre de la CVE

Le Calame “Comme tout le monde, je m’interroge sur la capacité et la détermination de Ghazouani à opérer des ruptures, à sortir des carcans habituels d’appareil de parti”.

Le Calame : Bientôt 2 mois que le président Ghazwani est élu à la tête de la Mauritanie. Trop court certes pour porter un jugement sur sa manière de conduire les destinées du pays, mais si vous deviez en retenir quelque chose, que diriez-vous ?

Samba Thiam : Nous dirions que les signes annonciateurs, significatifs, émis ne sont pas de nature à inciter à l’optimisme ; pour être en porte-à-faux à la fois avec l’esprit de son discours d’investiture et celui du premier ministre dans l’hémicycle. Mais bon, comme vous dites donnons-nous encore un peu de temps, et nous serons fixés.

Vous n’avez certainement pas cessé de suivre et tenté de décortiquer les faits et gestes du nouveau président, depuis la campagne jusqu’à la formation de son premier gouvernement et enfin ses récentes rencontres avec les acteurs politiques de la majorité et l’opposition. Y trouvez-vous une cohérence par rapport à son discours d’investiture ?

La seule cohérence pour l’instant que je retiens demeure l’ouverture à certains leaders politiques. C’est une bonne chose, même s’il y a plus essentiel. Il faut espérer qu’elle sera élargie à tous les acteurs politiques significatifs de la vie publique pour aboutir à des échanges substantiels sur la prise en charge consensuelle des questions de fond.

J’avoue, pour passer à mon état d’âme, avoir ressenti de la frustration comme un bon nombre de mauritaniens, et comme eux, avoir été dérouté par ses messages brouillés. Comme tout le monde, je m’interroge sur la capacité et la détermination de Ghazouani à opérer des ruptures, à sortir des carcans habituels d’appareil de parti.

La communication du ministre de l’Enseignement supérieur, passée sans démenti, qui affirme, avec aplomb, la continuité avec l’ancien régime, ajoutée au halo ayant entouré la formation du gouvernement qui s’apparente à une sorte de chantage le laisse, forcément, penser….

La Mauritanie est apparue fortement divisée pendant et après la présidentielle du 22 juin. L’unité nationale dont tout le monde semble se préoccuper a été secouée pour ne pas dire ébranlée. Tous les candidats ou presque ont préconisé, chacun en ce qui le concerne, sa solution. Laquelle ou les lesquelles vous ont paru pertinentes, réalistes et réalisables dans l’immédiats au sujet de cette question, devenue, d’une certaine manière galvaudée ?

Votre question appelle d’abord une remarque par ses sous-entendus, que je décoderai ainsi : ’’l’unité serait menacée à cause du vote ethnique, vote ethnique qui se découvre à travers l’alignement massif de la vallée du fleuve sur le candidat de la CVE…Voilà qui fait problème’’ !

Quand les arabo-berbères s’alignent, et ce depuis toujours, sur un candidat bidhaani, c’est naturel et normal ! Quand les haratines, se retrouvent, toutes tendances confondues, dans le ‘’Manifeste’’, ou s’alignent derrière Messaoud, il n’y a pas débat.

Mais dès que les négro-africains adoptent la même attitude, ça devient insolite, contre nature ! On crie au danger de l’unité menacée ! Mais, en vérité, cette unité est menacée depuis fort longtemps, aggravée depuis l’avènement du 12/12 et sous le mandat du président Aziz; en raison des politiques pernicieuses des hommes au pouvoir, et de certains militaires en particulier.

Maintenant, pour répondre à votre question qui porte sur la pertinence ou non des programmes des uns et des autres sur la question, je dirais ceci : chez Biram il n’y a rien de nouveau, il touche à tous les axes, Avec Maouloud, j’ai noté tout de même une évolution notable de position, même si son commentaire post-entretien avec Ghazouani vient tempérer la teneur de son discours de campagne sur la question. Quant à Monsieur Kane, il est le porteur de la solution préconisée par la CVE dont les FPC sont membres…

Une chose positive toutefois que l’on retrouve, je crois, dans tous les programmes des candidats : l’exigence de l’enseignement des langues nationales, pour une prise en charge cohérente de la diversité culturelle du pays… Tous également ont semblé opter pour la Démocratie comme solution à cette question de l’Unité.

Mais là je me démarque, pour rappeler qu’il existe de grandes démocraties, bien connues, qui se sont accommodées de l’esclavage et de la discrimination raciale.

La véritable solution à cette question de l’unité réside, à mon avis, dans la prise en compte effective de la diversité ethnique et culturelle du pays, qui passe par l’égalité des langues et cultures, encore une fois, par l’équité et l’égalité des chances des citoyens devant les opportunités, par l’égale dignité des communautés, à travers la reconnaissance de chacune dans son identité et dans son altérité.

Pensez-vus que le dialogue que toutes les chapelles et camps politiques prêchent depuis la fin de la présidentielle pourrait apporter des solutions idoines à cette problématique et aux préoccupations exprimées par les mauritaniens ? Pensez-vous que le nouveau président en a pris toute la mesure ?

Oui, si tous ces acteurs politiques l’abordent avec un esprit empreint de franchise et d’honnêteté, indispensables en pareil cas. Oui, un dialogue honnête, franc, sérieux et serein pourrait nous sortir de cette situation grave et dangereuse qui dure près de 60 ans.

5Si le président Ghazwani demande à vous rencontrer dans le cadre des concertations qu’il a engagées avec les acteurs politiques, seriez vous prêt à répondre à son invitation ? Quelle préoccupation ou urgence demanderiez vous de régler à l’orée de son mandat?

On ne peut décliner l’offre de dialogue et c’est, du reste, ce que j’observe tout autour de moi, même si la manière ne me semble pas des meilleures. J’y répondrais donc, à défaut de mieux, et ce d’autant plus que nous sommes parmi les premiers, sinon les premiers acteurs politiques historiques de ce pays à avoir demandé, depuis toujours, un dialogue autour des problèmes de fond ; depuis 1986 notre attitude là-dessus n’a pas varié. L’urgence pour nous , encore une fois, a été et demeure, l’Unité nationale ou la cohabitation.

Que vous inspire la récente sortie d’une association demandant l’arabisation intégrale de l’administration mauritanienne ?

Au regard du contexte interne fébrile, la demande de cette association peut s’interpréter comme une provocation, et y accéder reviendrait à jeter de l’huile sur le feu. Tant que cette hypocrisie permanente continuera de nous habiter, nous n’avancerons pas.

J’avoue honnêtement, par ailleurs, ne pas comprendre la logique qui anime ces segments idéologiques de notre société. Que voulaient donc ces lobbies ? Que veulent-ils enfin ?

Depuis 1959 un courant nationaliste arabe, largement majoritaire, n’a de cesse de réclamer, à cor et à cris, l’arabisation de l’école et de l’administration pour des besoins ‘’d’indépendance culturelle’’ soutient-il.

Rappelons qu’ en Avril 1979, suite aux crises récurrentes en milieu scolaire, le CMSN avait initié une réforme, à travers un Système à filière rendant obligatoire l’arabe pour la composante maure (Bidhaans et haratines ), avec option ouverte pour les Négro-africains entre l’arabe et le français (filière bilingue- ); et simultanément, l’expérimentation des langues maternelles (pulaar, soninké et wolof) par l’Institut des langues, créé pour la circonstance, était mise en chantier avec , en perspective, leur généralisation au bout. Ces langues nationales -arabe, sooninke, pulaar et wolof étaient utilisées comme langues – véhicules d’enseignement.

Ces nationalistes arabes n’avaient de cesse de réclamer l’arabisation, et le CMSN le leur offrait . On leur donnait ce qu’ils avaient demandé depuis toujours, mais voilà qu’ils n’en voulaient plus, et même se dressaient contre ! On leur proposait d’apprendre l’arabe, rien que l’arabe, Ils n’en voulaient pas , l’élite y compris ! Et voilà que maintenant, ils revenaient de nouveau à la charge !!! Que voulaient donc ces gens ?

Ce fut à cause de leur pression et de leur opposition farouche à ce système que la réforme scélérate de 1999 vit le jour , qui sacrifia l’expérimentation , réussie, des langues nationales pulaar, sooninke et wolof – pour consacrer, depuis, l’échec massif et continu de nos enfants à l’école que nous observons dans les examens et concours ; à travers l’ imposition de l’enseignement de toutes les matières culturelles en arabe ( Histoire, Géographie, philosophie, instruction civique,, instruction morale et religieuse, langue ), affectées de coefficients accrus ; ainsi , sous le prétexte, fallacieux, d’unifier le système, on levait , en réalité , un écueil rencontré dans la filière arabe que l’on dressait , sciemment , sur le chemin des écoliers négro-africains.

Cet arabisme forcené a plombé notre école et notre unité. Il n’y a aucune sagesse à poursuivre une course effrénée qui mène aux abîmes …

Les résultats du concours d’élèves officiers a révélé l’absence totale de négro-africains sur la liste des admis. A la question de savoir pourquoi, un des organisateurs aurait laissé entendre qu’ils n’ont pas concouru. Un commentaire ?

C’est toujours l’hypocrisie dont je parlais à l’instant qui domine, hélas, à travers cette réponse indécente …A supposer que votre interlocuteur eût raison, cela évacue-t-il pour autant la question centrale qui est de savoir pourquoi des composantes nationales entières ‘’ boudent ‘’ l’institution militaire ? Si ces composantes n’ont pas concouru ou ne veulent plus concourir c’est bien parce que, par expérience, cette institution s’est révélée fermée à eux depuis 1987; par phobie sécuritaire ; par idéologie chauvine qui veut faire de ce pays un pays exclusivement arabe.

Et pourtant des négro-africains viennent de concourir, récemment, au profit de onze ministères. Sur près de 700 admissibles déclarés on compte 90 négro-africains ! L’idéologie chauvine demeure, qui conduit à ce racisme d’Etat, à cette logique d’exclusion devenue structurelle et banalisée…On le voit, en vingt ans, la réforme de 1999 a fait des dégâts, pour sceller le sort des écoliers négro-africains !

Répondant à une question posée, sur l’avenir de la CVE, au cours d’un point de presse tenu, au lendemain du scrutin du 22 juin, le président Kane Hamidou Baba avait laissé entendre qu’elle sera ce que voudront en faire ses militants et sympathisants. Une explication de texte ? Où en est aujourd’hui la CVE ?

La CVE durera tant que l’esprit initial de Coalition demeurera. Et qui dit coalition dit parties rassemblées, sans fusion organique. Le défi le plus sérieux pour la pérennité de ce rassemblement est d’ordre sécuritaire…Tout le reste est surmontable.

Nombre de mauritaniens, en particulier au sein des militants et sympathisants de la CVE ont été surpris par votre arrestation, intervenue au cours de la répression policière intervenue le 23 et 24 juin à Nouakchott, alors que vous n’étiez ni candidat, ni responsable direct de la campagne. Quelques mois après cet évènement, savez-vous ce qui a conduit la police jusqu’à chez vous? Que vous reprochait-on ?

Pour commencer par la fin, en matière de reproches, je ne trouve rien, sinon que je ne veux pas me taire face aux injustices et à cette discrimination continue. Je refuse toute compromission avec le Système. Je suis perçu, je crois, comme un homme gênant, voilà tout.

Cela dit, il semble que je devais servir de maillon dans un plan machiavélique, échafaudé pour les besoins d’un agenda perfide. Et comme tout plan, pour son exécution, a besoin d’agents pour les basses besognes, vous devinez la suite… On en trouve même dans les taules les plus dures, a fortiori … Bref, nous sommes cernés pour faire simple…

Certains négro-africains de la majorité ne vous pardonnent pas, vous de la CVE d’avoir monté une candidature à caractère ethnique et redoutent, par conséquent, « des représailles » de la part du pouvoir. Vous les comprenez ? Leur crainte est-elle justifiée au regard de la formation du nouveau gouvernement et des nominations opérées par Ghazwani?

Encore une fois le caractère ethnique ne se retrouve pas que chez nous ; arrêtez ce procès en sorcellerie…Maintenant les représailles ou la répression sont intimement liées à toute lutte digne de ce nom …Dans la composition du gouvernement dont vous parlez, il n’y a pas grande nouveauté, sauf pour le frémissement, positif, consenti à la composante haratine. Notre quota est resté le même. Je ne vois donc pas un rapport de cause à effet entre l’existence de la CVE et ces quotas du gouvernement.

Que vous inspire ce qui se passe, depuis quelque temps, chez vos anciens camarades de l’UFP ?

Turbulences internes naturelles dans la vie des organisations politiques, chez nous comme partout ailleurs.

Quel avenir envisagez-vous pour l’opposition mauritanienne sortie divisée de la présidentielle?

Sombre, si elle se révèle incapable de se ressaisir. Aller en solo voir le Président, sans stratégie commune et sans plan concerté, est porteur de risques pour ne rien dire de plus …

Pensez-vous que votre parti, les FPC a désormais des chances d’être reconnu par le gouvernement ?

Oui, si je me force à l’optimisme. Mais bon qui sait ? Chez nous, notre logique a presque toujours été de n’en avoir aucune !

Propos recueillis par DL

le calame

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