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Coronavirus: le Sénégal annonce un assouplissement des restrictions
Le Figaro– Le président sénégalais Macky Sall a annoncé lundi un assouplissement des mesures de restriction adoptées contre le Covid-19, à commencer par une réduction du couvre-feu nocturne à partir de mardi et la réouverture des lieux de culte.
Dans une allocution télévisée, Macky Sall a affirmé la nécessité «d’apprendre à vivre en présence du virus» qui devrait continuer à circuler dans le pays jusqu’en août voire septembre «dans le meilleur des cas», et «d’adapter (les) comportements individuels et collectifs».
«J’ai décidé de l’assouplissement des conditions de l’état d’urgence: à compter du mardi 12 mai 2020, les horaires du couvre-feu seront de 21 heures à 05 heures au lieu de 20 heures à 06 heures», a-t-il dit alors que commençaient à poindre des expressions d’impatience dans le pays sous état d’urgence depuis le 23 mars.
Macky Sall a aussi annoncé la réouverture des lieux de culte, essentiellement les mosquées fermées pour les prières collectives en plein mois sacré de Ramadan dans un pays musulman à plus de 90%, et les églises chrétiennes.
Les marchés et les commerces contraints de n’ouvrir que quelques jours par semaine ne devront plus fermer qu’une seule journée pour le nettoyage. Les restrictions imposées aux transports publics seront également allégées. L’école reprendra le 2 juin, mais seulement pour les quelque 551.000 élèves des classes d’examen (CM2, 3ème, terminale) sur un total de 3,5 millions.
Macky Sall a aussi levé l’interdiction de rapatrier les corps de Sénégalais décédés à l’étranger du Covid-19. Des dizaines de dépouilles sont bloquées depuis plusieurs semaines, en France surtout, mais aussi ailleurs en Europe ou aux Etats-Unis. La Cour suprême, saisie par les familles endeuillées, avait pourtant validé la semaine passée cette interdiction motivée par le risque de contagion lors de la manipulation des corps.
La pandémie demeure relativement contenue dans ce pays pauvre d’Afrique de l’Ouest. Le Sénégal a officiellement déclaré 1.886 cas de contamination et 19 décès depuis le premier cas annoncé le 2 mars. Les autorités se sont gardées d’imposer un confinement total, difficilement envisageable quand une bonne partie de la population vit au jour le jour. Mais elles ont fermé les frontières, interdit les rassemblements ainsi que la circulation entre les villes, et imposé le port obligatoire du masque dans les services publics et privés.
Le gouvernement «veillera particulièrement à ce que la fréquentation des lieux de culte», des écoles, des espaces publics, des marchés ou des restaurants, «obéissent strictement aux mesures de distanciation physique et aux gestes barrière, notamment le port obligatoire du masque et le lavage des mains», a dit Macky Sall lundi.
Par Le Figaro avec AFP
Mauritanie : De la femme-objet au martyre muet
Note d’alerte urgente Depuis l’adoption, en 2016, d’un projet de loi, d’ailleurs retoqué plus d’une fois, la Mauritanie ne parvient, encore, à produire une norme de protection de la femme contre les violences, le mépris, l’humiliation et la minorité civile. Jusqu’ici, les députés n’ont pu voter un dispositif, sans cesse révisé, entre apparence de conformité aux standards internationaux et souci de ménager le populisme du public dévot. Comme souvent quand il s’agit de la marge de l’individu dans l’espace arabo-musulman, la polémique devient le prétexte d’une confrontation des tenants du progrès, aux défenseurs de la tradition. Pour situer davantage l’opinion, il convient de préciser qu’en l’espèce, les associations à l’origine de la réforme souhaitaient mettre un terme aux voies de fait, insultes, abus sexuels, abandon de foyer, refus de règlement de la pension, la plupart commis dans le cadre du couple. D’autres brutalités, abus, éviction de l’héritage et divers actes de contraintes concernent, aussi, les célibataires, en premier les filles-mères. Enjeu passionnel L’ensemble nourrit la croyance d’une infériorité légale et pratique de la femme, en comparaison de l’homme, fût-il conjoint, parent ou sans lien particulier avec elle. La matière de la controverse porte, également, sur la faculté du divorce, la condition du veuvage et la jouissance de la personnalité juridique, dont le droit de voyager, d’entreprendre et de dépenser constituent des illustrations concrètes ; enfin, il importe de n’omettre, bien entendu, la molestation, la séquestration et le mariage forcé. A présent, le statu quo s’effrite sous l’influence de la mondialisation et du credo de la parité. Les avocats de la conservation souhaitent s’en tenir à des formulations vagues pour ne pas « heurter » la piété du peuple ; selon eux, les clauses en chantier consacreraient la notion de « genre », une innovation de l’Occident qui n’accorde assez d’égards aux prescriptions de la Charia, voire encourage leur effacement. Ceux du camp de l’éthique séculière insistent, plutôt, sur le retard du pays dans le domaine, au regard de l’Afrique subsaharienne et du Maghreb. Ils plaident la nécessité de combler un vide normatif, source d’impunité et vecteur de récidive… Une bataille de tranchées Il aura fallu, le 8 mai 2020, la signature, sur Facebook, d’une publication par une députée islamiste, pour enflammer le débat, à quelques jours de l’examen en commission de l’Assemblée nationale, avant discussion et amendements en séance pépinière. L’honorable Saadani Mint Khaïtoure y exprimait son soutien au projet et invitait, son parti Tawassoul, à s’émanciper de la ligne de promotion et de défense de la prééminence masculine et de l’obscurantisme. Sans doute à cause de la faveur et de l’enthousiasme que son propos déclenchait auprès du courant anti-esclavage, des Ong féministes et de la mouvance de gauche, l’aile dure de son obédience– imams, parlementaires et blogueurs – lui opposa une objection de toute virulence ; quelques contradicteurs l’accusèrent, à visage découvert, d’indiscipline, de trahison, voire de rébellion envers Dieu. Dans sa réplique d’une teneur inusitée parmi les islamistes, Mint Khaïtoure refuse de déférer à l’impératif de dévouement aux vendeurs de nourriture avariée et de médicaments contrefaits, négoce établi sous l’alibi de la barbe et derrière la piété de façade. La dispute se poursuit et enregistrera, le même jour, la contribution de Mahfoudh Ould Waled, alias Abu Hafs, l’ancien numéro trois de Alqaïda et conseiller de Ben Laden. L’auteur y avertit, le gouvernement, du risque de susciter une insurrection militaire où la Mauritanie sombrerait, si la législation en cours s’obstinait à édicter l’égalité des sexes. Certes, Abu Hafs se prévaut du droit d’expression mais l’assortit d’une exhortation implicite à l’émeute ; ses antécédents notoires confèrent, à l’insinuation, le crédit du chantage. Dans la structuration mentale du susdit, d’ailleurs figée aux siècles de l’Arabie d’antan, les hommes vont au combat, défendent la foi et exterminent les mécréants, tandis que les épouses, soumises, les attendent pour leur prodiguer des soins, des attentions et le repos du guerrier. Le reste de la gent féminine s’occupe de puériculture, de fantaisie, de petits rien et de casseroles, sauf à disposer d’esclaves car une telle représentation de l’humanité, assigne, à la servitude du noir, la logistique de pans entiers de l’existence en société. C’est ce monde trépassé mais imputrescible que Abu Hafs s’évertue à ressusciter et faire prospérer, au point de brandir, en guise de menace, le péril des armes et la suggestion de l’attentat. Le personnage n’en est à un coup d’essai. Depuis son retour d’Afghanistan en Mauritanie, ses déclarations et gestes perpétuent l’ambiguïté et laissent entrevoir la poursuite de ses desseins initiaux. Les autorités de la République, à rebours de leur prétention de dépositaires d’un l’Islam du juste milieu, compromettent ainsi le partenariat mondial de la paix et de la sécurité, face à l’extension du fanatisme. Nos recommandations Sur le fond, l’Ira-M, demande, aux gouvernement et élus, de bien vouloir prendre le temps de rediscuter l’énoncé, de l’expliquer aux gens, avec le scrupule de la clarté et du contradictoire, afin de recueillir un optimum d’amélioration ; de l’expérience résulterait, non pas un autre compromis mais le rehaussement de la morale universelle, au degré le moins contestable de la dignité et du respect dû à l’humain. Le verset 70 de la sourate 17 comporte, alors, un rappel profitable : « Certes, Nous avons honoré les fils d’Adam ». En l’état, le texte sacrifie trop aux pudeurs, tabous et embarras d’une écologie sociale dont l’environnement a disparu, de manière irréversible. Les dispositions manquent de cohérence et d’audace, comme si la femme devait toujours s’excuser d’être la victime. La légèreté des sanctions et des réparations de préjudices graves contrevient aux engagements extérieurs de la Mauritanie. A titre d’exemple, l’article 7 stipule : « le retrait de la plainte ou la conciliation entre les époux éteint l’action publique relative aux infractions à la présente loi ». Le pouvoir et la majorité de l’Opposition, du moment joue à la duplicité, souvent subjugués par le calcul électoraliste de court terme. Soit nous appartenons au concert des nations, soit nous choisissons de reprendre et suivre, dès ses débuts, l’expérience liberticide du wahhabisme que bien des princes et de jurisconsultes d’Arabie saoudite n’osent plus assumer. Des historiens l’assimilent, désormais, à une barbarie. La Turquie, elle, s’obstine à préserver son modèle de laïcité. Dans la même urgence à libérer les consciences et lever l’hypothèque du terrorisme destructeur de l’esprit, figure l’article 306 du code pénal, lequel punit, de mort, des « crimes » immatériels, à l’inverse des brutalités conjugales et du viol. La Mauritanie a besoin de sortir du Moyen-Age. Plus elle tarde, davantage elle s’y enfonce.
Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M)
Nouakchott, 12 mai 2020
A. Rajoelina sur France 24 : “Le problème du remède Covid-Organic, c’est qu’il vient d’Afrique”
France24 – Dans un entretien exclusif accordé à France 24 et RFI, le président malgache Andry Rajoelina revient sur le controversé Covid-Organic, un remède issu de la pharmacopée traditionnelle de Madagascar, présenté comme efficace contre le coronavirus.
Bien que n’ayant pas encore obtenu d’autorisation de mise sur le marché et malgré les mises en garde de l’OMS, le traitement est distribué dans plusieurs pays d’Afrique. Selon le chef d’État, le traitement a fait ses preuves à Madagascar, et si un pays européen l’avait découvert, il n’y aurait pas “autant de doutes”.
Pour le président malgache, Andry Rajoelina, le Covid-Organic est efficace non seulement pour prévenir le coronavirus, mais également pour guérir de la maladie.
“Le Covid-Organic est un remède préventif et curatif contre le Covid-19, qui fonctionne très bien”, déclare-t-il dans un entretien exclusif accordé à France 24 et RFI, depuis Antananarivo, la capitale de l’île. “À Madagascar, nous avons eu 171 cas, dont 105 guéris” majoritairement par ce remède.
“Une nette amélioration de l’état de santé des patients ayant reçu ce remède a été observée en 24 heures seulement après la première prise. La guérison a été constatée après sept jours, voire dix jours. Ce remède est naturel, non toxique et non invasif”, assure-t-il.
Les éventuels effets du Covid-Organic, breuvage à base d’artemisia, une plante à l’effet thérapeutique reconnu contre le paludisme, n’ont pourtant été validés par aucune étude scientifique et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui recommande des essais cliniques rigoureux, a mis en garde jeudi 7 mai 2020 contre “l’adoption d’un produit qui n’a pas été soumis à des tests pour en vérifier l’efficacité”.
Médecine traditionnelle
Le président Andry Rajoelina balaie les doutes sur l’efficacité de ce remède, laissant entendre que ces positions sont dictées par une vision archaïque de l’Afrique. “Si c’était un pays européen qui avait découvert ce remède, est-ce qu’il y aurait autant de doutes ? Je ne pense pas […] Le problème c’est que cela vient d’Afrique. Et on ne peut pas accepter qu’un pays comme Madagascar, qui est le 163e pays le plus pauvre du monde, ait mis en place cette formule pour sauver le monde”.
Il rappelle que Madagascar a une longue tradition de médecine traditionnelle et note, par ailleurs, que de nombreux médicaments autorisés en Occident, se sont révélés nocifs, voire meurtriers, comme le Médiator en France.
Enfin, interrogé sur le litige avec la France à propos des îles éparses, ces quatre îles au large des côtes malgaches, Andry Rajoelina explique que l’objectif annoncé avec le président français de trouver une solution d’ici au 26 juin 2020, date du soixantième anniversaire de l’indépendance de Madagascar, ne pourra être tenu en raison de la crise sanitaire du Covid-19.
Il rappelle que son pays réclame “la restitution” par la France de ces îles et rejette toute idée d’une cogestion.
Par : Christophe BOISBOUVIER | Marc PERELMAN
france24
A quand la rupture avec les mauvaises pratiques ?
Le Rénovateur Quotidien – Mauvaise gouvernance, gaspillage, pillage des richesses, enrichissement illicite, marchés douteux, prête-noms mystérieux, ce sont là des termes qui interpellent aujourd’hui par leur récurrence dans le discours politique.
Est-ce là l’expression d’un sursaut politique ? Le moment est-il enfin venu pour nettoyer les écuries d’Augias d’une décennie au bilan controversé ? Ou sommes-nous toujours dominés par notre prudence atavique qui à chaque fois nous invite à reculer et surtout à ne pas crever l’abcès ?
Une chose est pourtant sûre, aucun développent, aucun progrès ni justice sociale ne sont possibles à l’ombre d’une mauvaise gouvernance. Ce fléau est responsable de l’état de délabrement, d’arriération et de paupérisation dans lesquels se débattent bien des états.
Le monde est de plus en plus insensible à leurs cris de détresse lancés du creux de la vague. La politique de la main tendue ne semble plus payante. La tendance dominante est maintenant à plus d’isolationnisme. « l’Amrique d’abord » de Trump est une devise largement partagée parmi les grandes nations, même si par décence elle n’est pas ouvertement affichée. On assiste à un relâchement notoire des liens de solidarité internationale, les grands blocs sont en décomposition et au sein même, des nations jadis animés d’idéaux philantropiques, le populisme sectaire et xénophobe gagne de plus en plus du terrain.
C’est dire que la rigueur en matière de gestion est devenue une question existentielle. Toute obstination dans le sens contraire sera lourde de conséquences. Ils sont déjà légion, les dirigeants qui par indolence ou complaisance ont conduit leurs pays vers la faillite de l’état et par conséquent l’aliénation de la souveraineté. Manifestement le monde traverse une passe difficile et l’heure n’est plus aux accommodements et à la complaisance.
La corruption est un phénomène qui n’a que trop perdurer, il est temps de l’éradiquer. La tâche est-elle possible ? Oui, et pour ce faire, il suffit d’impulser et de renforcer l’autorité morale des instances de contrôle : l’Assemblée Nationale, et l’inspection générale, toutes deux guidées par les alertes d’une presse vigilante et responsable.
La réaction des réseaux maffieux ne se fera pas attendre et nous en connaissons déjà les axes principaux.
1. Distiller partout un discours fataliste prônant la résignation et l’acceptation du statu quo, tout statu quo, pour ne pas réveiller les vieux démons et raviver des tensions.
2. Jouer le jeu de la victime en criant à la chasse à la sorcière et au règlement ciblé des comptes.
3. Mobiliser les sensibilités tribales et régionales, les dresser en rempart derrière lequel se retrancher.
4. Enfin et pour noyer le poisson, lancer une vaste compagne de diffamation contre tous les acteurs politiques pour brouiller les traces et semer la confusion dans les esprits, comme pour dire, le mal est partout et personne n’est apte pour juger l’autre.
Tous ces manèges ne sont ni plus ni moins que des tentatives de diversion pour ébranler la volonté des décideurs politiques pour les résoudre à se rabattre sur la malheureuse formule qui consiste à dire tournons la page de passé et commençons à zéro. Ce recommencement continu, ce piétinement sans fin ne peut déboucher que sur un enlisement progressif imparable.
Comprenons bien qu’en continuant à lâcher du lest aux malfrats on finira par pervertir les valeurs motrices de la société. Et dieu sait que ces valeurs millénaires existent et crèvent les yeux pour quiconque sait séparer le bon grain de l’ivraie.
Pour illustrer mon propos je citerai ici quelques exemples :
– Maintenant que le temps a fait lumière sur la face cachée de nos anciens présidents, nous savons qu’ils ont presque tous quitté le pouvoir aussi dépourvus que lorsqu’ils y accéderent. Feu Moktar Ould Daddah a vécu à l’exil en s’appuyant sur la seule solidarité bienveillante de ses pairs africains.
Med Khouna Ould Haïdala est revenu modestement au train de vie des grands nomades du Sahara.
Maaouiya lui aussi, malgré l’enrichissement rapide qui a prévalu dans son entourage, est sorti du pouvoir propre, sans aucune fortune à suspecter. Dans son exil, il a eu, à un moment donné besoin de recourir au soutien de ses cousins proches, avant de bénéficier de l’hospitalité, sans doute généreuse, de l’Emir du Quatar.
– Ce même degré de probité insoupçonnée est fréquent parmi les cadres, on se souvient encore de ce cadre qui après des années à la tête du C.S.A, a décliné la candidature au poste député proposé par le PRDS parce qu’il était incapable de financer sa campagne.
– Ils sont fréquents les cadres, qui après avoir occupé plusieurs départements ministériels sont revenus à court de moyens pour partager la vie, combien austère, des professeurs de l’enseignement supérieur.
La bonne graine donc, existe bien, il suffit de l’entretenir et de bêcher tout autour, pour arracher sans discontinuer les mauvaises herbes.
Enfin pour aller au plus court, retenons que la décennie écoulée a été marquée par une campagne sans merci contre les auteurs de détournements ou de malversations, mais jusque là seul les petits ou moyens larcins ont été débusqués et sanctionnés. La campagne pour ne pas être sélective doit s’étendre pour toucher des domaines encore inexplorés où il est question de gros sous, et d’enjeux majeurs.
Abderrahmane Sidi Hamoud
le renovateur
Vidéo. « la logique de l’épuration ethnique de l’administration continue de plus belle». Entretien de RMI avec Dr. Dia Alassane, Président CVE/VR
RMI-Info– Dr. Dia Alassane, enseignant chercheur en linguistique à l’université de Nouakchott a été porté en février dernier à la tête de la Coalition Vivre Ensemble/ Vérité et Réconciliation. Dr Dia compte aujourd’hui parmi les leaders politiques nationaux dont les voix comptent le plus sur l’échiquier politique en Mauritanie.
Soutenu par une forte plateforme de partis politiques, d’associations et de personnalités indépendantes, le président de la CVE/VR est un exemple concret du renouvellement de la classe politique. Dans sa première interview exclusive qu’il accorde à Rmi-info, Dr Dia Alassane qualifie les dernières nominations administratives effectuées par le ministère de l’Intérieur et de la décentralisation de « révoltantes et écœurantes ».
Il a dénoncé ce qu’il appelle « la logique de l’épuration ethnique de l’administration ». Aux détracteurs du combat qu’il mène pour l’égalité et la représentativité, il martèle « Il n’y a pas plus radical que de vouloir rayer toute une composante nationale de l’administration, de la fonction publique, de la nationalité puisque le problème de l’enrôlement reste entier pour les négro-mauritaniens. »
Selon Dr. Alassane Dia, l’unité nationale ne semble pas être la priorité du président Mohamed Cheikh Ghazouani.
Entretien
Pour commencer, actualité oblige, quelle est votre appréciation vis-à-vis des dernières nominations du ministère de l’Intérieur ?
Alassane Dia:Les dernières nominations au sein du ministère de l’intérieur, comme d’ailleurs toutes les nominations égrenées à longueur des communiqués des conseils des ministres depuis au moins une dizaine d’années, sont écœurantes et révoltantes pour tout patriote sincère soucieux de la paix sociale dans notre pays.
Comment peut-on comprendre que sur 120 nominations, l’on ne compte à peine que 5 négro-africains sinon que la logique de l’épuration ethnique de l’administration continue de plus belle. Il faudrait qu’on nous dise clairement si le pays nous appartient à tous ou sil est la propriété exclusive d’une seule composante.
On ne peut appeler les gens à s’unir comme un seul homme pour combattre le covid-19 et continuer de l’autre côté à épurer l’administration territoriale en l’occurrence de sa composante noire.
Et quand vous regardez encore de plus près ces nominations en particulier pour ce qui concerne les régions de la vallée, vous vous rendez compte que la logique de l’occupation, pour ne pas dire de la colonisation, est plus actuelle que jamais.
Comment peut-on concevoir que du gouverneur au moindre planton toute l’administration des régions du fleuve soit confiée à des gens qui n’y ont aucune attache, ne parlent pas les langues nationales qui y sont dominantes et, pire, n’ont aucune connaissance des us et coutumes locales.
Ce n’est pas pour rien que dans ces régions un chameau bénéficie de plus de considération qu’un paysan peul ou soninké.
Il faut que ces nominations racistes, je ne vois pas d’autre qualificatif, cessent. Il faut que l’on arrête de nous dire à longueur de communiqués de conseil des ministres ou des concours de recrutements nationaux, publics ou privés, que nous nous ne sommes pas des fils et filles de ce pays. La Mauritanie, n’en déplaise aux chauvins tapis dans les antichambres du pouvoir, se fera avec tous ses enfants ou ne se fera pas.
Vous avez été choisi par plusieurs partis politiques et organisations de défense des droits de l’homme pour présider la CVE/VR après la séparation avec la coalition électorale de base fondée lors de la présidentielle de juin 2019. Pouvez-vous revenir sur le processus de votre choix ?
AD: Il faut dire que le choix de ma modeste personne pour être le premier président de cette coalition a été une surprise à la fois pour moi-même et pour l’opinion publique nationale. Il faut dire que non seulement je n’y étais pas candidat mais qu’en plus la coalition compte les figures les plus emblématiques de la lutte pour une Mauritanie débarrassée des démons du racisme et de l’esclavage naturellement mieux indiquées pour la diriger.
Mais ce sont justement ces figures historiques qui ont choisi de me confier cette lourde charge. En cela la coalition a souhaité véhiculer au moins deux messages : le premier est que ces dirigeants historiques ne tiennent comme veulent le faire croire leur détracteur à rester indéfiniment à la tête de leurs organisations respectives et que surtout ils ont choisi de passer le relais aux générations plus jeunes pour continuer le combat.
Maintenant que vous prenez vos marques en tant que Président de CVE/VR, quelles sont vos priorités ?
AD: La priorité pour nous est d’abord de raffermir notre base c’est-à-dire les militants et sympathisants des partis et mouvements composant la coalition mais également ces gens qui ne sont encartés nulle part mais qui croient fermement en la coalition. Parallèlement à cette démarche, nous comptons nous ouvrir à l’ensemble de l’opinion nationale et ce à travers un certain nombre d’activités que nous avons en perspective et que vous avions entamé d’ailleurs avec une conférence sur les langues nationales avant que la crise mondiale du covid-19 ne vienne tout arrêter.
Nous souhaiterions tendre la main à tous les Mauritaniens à travers ces activités de vulgarisation de nos positions, de nos partis-pris pour le devenir du pays et déconstruire l’image mensongère que nos détracteurs veulent nous accoler.
Justement beaucoup d’observateurs de la scène politique nationale reprochent à certains leaders négros-mauritaniens leur radicalité politique. Face à cette critique quelle est votre approche : la continuité dans la radicalité politique ou un renouveau stratégique ?
AD: Ecoutez, cette prétendue radicalité n’existe que dans l’esprit de ceux-là même qui leur en font le reproche. Il n’y a pas plus radical que de vouloir rayer toute une composante nationale de l’administration, de la fonction publique, de la nationalité puisque le problème de l’enrôlement reste entier pour les négro-mauritaniens. Maintenant si vous voulez savoir si ma façon de gérer les choses sera la même que celle de ces leaders historiques, je vous répondrai assurément non.
Même si du point de vue des idées et des principes je suis parfaitement en phase avec eux, j’appartiens à une autre génération et j’ai eu un parcours différent du leur. Cela a forcément son impact sur la façon de gérer les choses.
Depuis qu’il s’est installé au pouvoir, le Président El Ghazouani a multiplié des grandes annonces. D’abord son programme électoral « mes engagements », puis le lancement, tout dernièrement du programme quinquennal des « priorités », à cela s’est ajouté le programme d’urgence lié au Covid 19 Quelles sont vos lectures, vos constats et attentes ?
AD: Ce que je peux constater c’est que, neuf mois après son installation, il n’y a encore rien de nouveau sous le ciel de Mauritanie. La pauvreté continue à faire des ravages surtout en cette période particulière de Covid-19 dont la gestion, du point de vue économique et social, est tout simplement catastrophique.
Les populations, privées de leurs moyens de subsistance par les mesures de confinement, sont abandonnées à leur propre sort et la famine menace de partout. L’assistance distribuée reste non seulement insuffisante mais surtout discriminatoire.
Tout cela est dû à l’opacité la plus totale qui entoure la gestion des fonds publics alloués à la situation et d’ailleurs que valent cinq milliards de nos anciennes ouguiyas face à la détresse d’au moins trois quarts des Mauritaniens.
Pourquoi a-t-on choisi arbitrairement de n’assister que 30.000 familles et encore ? Nous avons vu, dans certains quartiers de Nouakchott, des gens censés recenser les familles devant bénéficier de l’aide alimentaire dire à des familles pauvres que tous ceux qui habitent dans des « maisons en terrasse » ne sont pas éligibles à l’assistance.
A l’intérieur du pays, c’est encore plus grave. Dans la vallée du fleuve, les populations ont le sentiment que l’Etat cherche délibérément à les affamer.
Que dire encore de tous ces Mauritaniens qui travaillent dans l’informel et qui n’ont plus aucune source de revenu ? Je pense par exemple à tous ceux qui vivaient de l’enseignement privé. Si du point de vue sanitaire, nous nous en tirons plutôt à bon compte, force est de constater que les mesures d’accompagnement qui doivent aller de pair avec la privation de nos libertés ne sont pas à la hauteur.
Pensez-vous que depuis sa prise de fonction, le chef de l’Etat El Ghazouani a réellement posé les jalons pour le règlement de la question de la cohabitation nationale à savoir le dossier du passif humanitaire, la mise en place de la justice transitionnelle, et la question des discriminations ethniques au sein de l’armée et des corps constitués.
AD: Malheureusement pour le pays, l’unité nationale ne semble pas être sa priorité, les nominations au sein du ministère de l’intérieur dont nous avons parlé plus haut viennent encore nous le rappeler. En fait, il pense pouvoir régler le problème de l’unité nationale à coups de millions injectés dans la lutte contre la pauvreté à travers les programmes Taazour et Awlewiyati, ce qui n’est pas efficient parce qu’en réalité c’est une façon de maintenir une catégorie de la population dans un statut d’éternels assistés, à moins que cela ne soit l’objectif caché.
Ce qui est sûr, c’est que le problème de l’unité nationale st beaucoup plus complexe que cela. Il se décline d’abord en termes de dignité du citoyen. Il faut que tous les enfants se sentent respectés dans leur dignité pour que l’unité nationale devienne une réalité.
Dignité économique bien sûr parce que chaque Mauritanien doit au minimum pouvoir subvenir à ses besoins eu égards aux immenses richesses de notre sous-sol, dignité culturelle et linguistique, dignité dans le partage du pouvoir et des responsabilités, etc.
L’enquête sur la décennie d’Abdel Aziz est plus urgente que les questions nationales ?
AD: J’ai l’impression que l’enquête sur la décennie d’Aziz n’a d’autre but que de légitimer le pouvoir de Ghazouani et de l’affranchir définitivement de l’image de marionnette de l’ancien Président que les Mauritaniens se faisaient de lui. La vérité est que tous ceux qui gravitent encore aujourd’hui autour du pouvoir, à commencer par Ghazouani lui-même, ont toujours été là et ils sont tous, de manière directe ou indirecte, comptables de la gestion criminelle de Ould Abdel Aziz à qui l’on cherche à faire porter le chapeau tout seul aujourd’hui.
Tout récemment le gouvernement s’est engagé dans une vaste campagne de recrutement des jeunes sans emploi …vous qui êtes en contact direct avec la jeunesse, sentez-vous que les autorités réussissent ou c’est tout simplement un effet d’annonce destiné à attirer des bailleurs de fonds et servir de matière pour la prochaine campagne électorale présidentielle ?
AD: Comme je l’ai dit auparavant, je ne peux que constater avec les Mauritaniens lucides que la situation socio-économique du n’a pas évolué dans le bon sens. Elle s’est même dégradée à cause de la pandémie du coronavirus et de sa gestion calamiteuse.
Toujours sur les annonces gouvernementales, le ministère du développement rural a envoyé il y a quelques mois des missions à l’intérieur du pays pour recenser les terres arables. Quelle est votre position sur la question foncière ?
AD: J’espère simplement que cette mission ne consiste pas à recenser les seules terres arables de la vallée pour les spolier au profit de puissances étrangères et des hommes d’affaires dits de l’agro-business qui n’ont d’ailleurs aucun rendement pour le pays puisqu’ils ne produisent quasiment rien du tout, comme nous le rappelle encore une fois la crise sanitaire en cours.
Le problème avec la réforme de 1983 qui continue à régir la propriété foncière, c’est qu’elle semble faite spécialement pour la vallée du fleuve. Je n’ai pas connaissance d’autres spoliations dans les autres régions du pays et pourtant ce ne sont pas les terres fertiles qui y manquent. Cette réforme doit être revue notamment en ce qui concerne la non reconnaissance de la propriété foncière coutumière qui est la porte ouverte à toutes les spoliations.
Le débat sur les langues nationales et leur place ne cesse de faire des remous sur la scène politique nationale. Quelle est votre vision globale sur les langues nationales ?
AD: Ma position est que les langues nationales doivent prendre toute la place qui leur revient de droit dans la vie nationale, c’est-à-dire qu’elles doivent en gagner tous les rouages. Cela passe nécessairement par leur officialisation aux côtés de l’arabe et du français.
« Toutes nos langues nationales font partie de notre patrimoine culturel et sont le moyen de communication d’une partie de notre peuple. Nous ne pouvons retrouver notre identité nationale si une partie de notre culture est négligée. »
Ces propos sont de Hasni Ould Didi qui était alors ministre de l’éducation nationale et qui préparait les Mauritaniens à l’officialisation de toutes nos langues nationales décidée par le CMRN en 1979 et qui devait être effective en 1985. Que de temps perdu depuis mais il est vrai qu’entre temps, a germé l’idée du génocide qui sera froidement exécuté quelques années plus tard et qui continue sous d’autres formes aujourdhui.
Quel est votre message aux partenaires stratégiques et financiers de la Mauritanie surtout concernant la question sécuritaire et la lutte contre le terrorisme dans le Sahel ?
AD: J’ai le sentiment qu’il n’y a pas de véritable volonté de combattre le terrorisme dans le Sahel puisque le combat se limite au seul domaine militaire dont ne voit d’ailleurs pas l’efficacité jusqu’à présent malgré les énormes budgets engloutis.
Lutter contre le terrorisme, c’est d’abord lutter contre l’idéologie qui l’a engendré, et travailler à plus d’équité et de justice sociale pour que les populations abandonnées à elles-mêmes ne soient pas des cibles faciles des marchands d’illusions qui le portent.
Ce que j’observe, c’est que dans notre pays qui est présenté comme un champion de la lutte antiterroriste, l’intolérance religieuse, le fanatisme aveugle gagnent du terrain sous l’œil bienveillant du pouvoir.
Ce que j’observe, c’est que partout dans la sous-région, des milices sont constituées non pour combattre les terroristes mais pour s’attaquer à de paisibles populations en particulier de la communauté peule qui est entrain de subir un génocide dans l’indifférence la plus totale. Il faudrait vraiment repenser en profondeur cette question de la lutte contre le terrorisme.
La rédaction



