Category Archives: presse
Le conflit ethnique en Mauritanie entre politique de différenciation et société clientéliste
Le conflit ethnique en Mauritanie ne cesse d’interpeller les chercheurs en sciences humaines. L’anthropologue français, Francis De Chassey, fin connaisseur de la société mauritanienne et ses rouages politiques a animé une conférence à l’université de Nancy 2 ( France)sous le thème « Qu’appelle-t-on ethnie ? Pourquoi des conflits ethniques en Afrique ? Le cas de la Mauritanie ? Au cours de laquelle, il a pris le temps réactualiser ses hypothèses à propos des théories fondées sur l’ethnie et tous leurs corolaires dans les sociétés africaines contemporaines. Le chercheur, aujourd’hui à la retraite, a voulu partager avec le public composé d’enseignants-chercheurs, d’étudiants notamment mauritaniens à Nancy, un certain nombre d’interrogation au tour de cette thématique ainsi que les résultats de ses travaux sur la Mauritanie.
Cultiver le dialogue
L’ouverture de cette conférence a été faite par l’intervention de Bâ Sileye, le secrétaire général de l’association Nancéienne des étudiants Mauritaniens ( ANEM) lequel a fait savoir qu’en organisant cette conférence avec le département de sociologie de l’université de Nancy 2, l’objectif de l’ANEM est « celui de développer une culture de dialogue scientifique entre jeunes mauritaniens et faire découvrir les réalités que cachent l’histoire des conflits interethniques en Afrique, en l’occurrence la Mauritanie ». Monsieur Bâ a précisé que cette conférence vient à point nommé en faisant allusion à la période de turbulence que traverse la Mauritanie. Cette période est caractérisée par la recrudescence des affrontements interethniques à l’université de Nouakchott et de la revendication d’une justice sociale par toute la jeunesse mauritanienne. Il a aussi rappelé que les nouvelles déclarations du ministre des affaires islamiques et de l’enseignement originel sur le recensement des sépultures des victimes civils et militaires depuis l’indépendance à nos jours doivent être intégrées dans le dialogue pour la réconciliation nationale. Et que cette conférence constitue une ébauche d’une réflexion anthropologique des conflits ethniques contemporains visant à traiter, à notre sens, de trois groupes de questions : En ce qui concerne les différents groupes, partie prenante du conflit en question, elle devrait décrire les processus de formation de leur identité ethnique, ainsi que l’évolution de leurs relations avec des groupes voisins, puis, elle devrait décoder la logique ethnique justifiant le recours à la violence ; et enfin, lors des rapports des différents groupes ethniques avec l’État.
L’Etat-nation et la politique de la différenciation
Prenant tout de suite la parole, De Chassey a déclaré, il s’agit d’abord pour comprendre cette thématique de procéder à la définition en premier lieu qu’est qu’une ethnie ? Pourquoi tant de conflits ethniques en Afrique qui sont parfois « interminables, violents et sanglants ». Pour répondre à toutes ces questions, De Chassey a entamé son intervention par justifier l’objet de ses recherches sur la Mauritanie, tout en signalant, qu’il admet la « déconstruction » depuis trente ans de la notion admise des ethnies qu’il avait proposé et que ses « hypothèses » sur des ethnies et leurs conflits sont de nos jours « démenties » par les faits. Car, il déclare avoir vécu en Mauritanie le contraire de ce qu’il pensait pouvoir montrer. Il affirme avoir été le témoin du déclenchement du conflit ethnique en Mauritanie. C’est par une voix grave que l’ancien professeur de philosophie à Nouakchott livre : « Je regardais de ma fenêtre une bagarre, c’était une pure manipulation. Certains élèves negro-mauritaniens ayant éclaté le conflit étaient mes propres élèves. Mes élèves furent transférés à Walata. J’avais de la trouille de voir un conflit à coup de couteau dans une scène où l’on reclamé la peau d’un cuisinier négro-mauritanien que je connaissais pris comme Sénégalais ». A cet époque ajoute-t-il certaines idéologies étaient pourtant fortement répandues. Il évoque la participation de la jeunesse mauritanienne au « dialogue internationale » entre 1965 -1968 contre l’impérialisme. La création du mouvement national démocratique ( MDE) et le mouvement Khadihine, hostiles au régime de Moktar OUld Daddah avant d’être renversé par le premier coup d’Etat le 10 Juillet 1978. Les revendications étaient souligne-t-il entre autres la lutte pour la monnaie nationale et la nationalisation de la MIFERMA.
Pour lui, ce qui s’est passé en Mauritanie constitue un retournement. En se basant des thèses marxistes largement usitées dans les années 60 ans, l’anthropologue pensait que la prédominance des luttes ethniques allait disparaitre avec la naissance de l’Etat-nation en Mauritanie pour donner naissance à la lutte de classes et contre l’impérialisme occidental. Mais c’est le contraire qui s’est produit. Il a vu se développer, lors de son séjour à Nouakchott, dans les années 60 jusqu’au milieu des années 80 :« l’esprit ethnique communautaire ainsi que l’exacerbation des revendications identitaires ». Alors, l’anthropologue fait face d’un coup à la fausseté de ses hypothèses. Il change de fusil d’épaule car l’ hypothèse selon laquelle les ethnies, des réalités sociales « traditionnelles» appelées à disparaitre avec le développement économique et la construction d’un Etat fondé sur des réalités faites de classes de classes, se voit complètement démentie.
De Chassey pense que désormais qu’il est important de s’intéresser à des « diverses périodes historiques du pays avant, pendant, après la colonisation » afin de pouvoir expliquer le conflit ethnique en Mauritanie. Car selon lui « la colonisation invente l’ethnie comme catégorie classificatoire et prépare objectivement par sa politique différentielle les futurs conflits ». Elle établit des frontières arbitraires coupant des populations homogènes et leurs territoires et incluant des populations hétérogènes. Les nouveaux dirigeants de la Mauritanie ont hérité des autorités coloniales la pratique « d’une politique de races » et la gestion « différenciée des ethnies » (ordres et castes). L’anthropologue montre aussi la présence d’un pouvoir despotique et bureaucratique avec une structure sociale hiérarchique, inégalitaire et régie par le clientélisme sous tous les régimes militaires en Mauritanie.
Et pourtant, le conférencier a précisé que la Mauritanie a hérité d’une histoire de très longue durée et de grande ampleur d’échanges entre royaumes, empiriques, émirats où se nouent et se dénouent des processus complexes de sédimentation ethnique d’ordres et de castes hiérarchiques et inégalitaires. Il a appuyé ces propos en donnant l’exemple du Sahara et Sahel occidental qui fût pendant des siècles « un espace géopolitique en forme de couloir où le monde descend » notamment les agriculteurs négro-africains comme les pasteurs nomades maghrébins ainsi que l’islamisation et l’arabisation générale allant de pair, mais la seconde a été selon lui « diversement assimilée ».
Victimes d’une société clientéliste
La décolonisation et l’indépendance ont aboutit selon De Chassey à la lutte pour l’accès aux ressources par la participation au pouvoir dans une « société clientéliste ». Il ressort en effet de l’extension, de la transformation et de l’exacerbation des sentiments ethniques. On constate dés le début de la décolonisation, la compétition des élites traditionnelles scolarisées pour les postes administratifs et politiques. L’émergence des dictatures militaires, l’établissement de l’Etat néo-patrimonial et de la politique du ventre dans une société de plus en plus clientéliste. Et enfin, la généralisation de la compétition ethnique, la simplification ( Arabes versus Négros-Africains conditionnant, l’exacerbation des identités et sentiments ethniques d’où les événements de 1989.
Toutes ces difficultés font qu’il est difficile d’instaurer une véritable démocratie car la réconciliation devient « fragile et périssable ».
ESSIRAGE
Yimre: FLAM ko lannda ma! Kaaw Tuure
FLAM ko miijo, FLAM ko ngenndi.
FLAM ko daande ma, FLAM ko wonnki ma.
FLAM ko ɓernde ma, FLAM ko gilli ma
FLAM ko yarlitaare, ndeke FLAM ko yaakaare.
FLAM ko weliitaare ndeke FLAM ko ƴellitaare
FLAM ko sunna ma, FLAM ko hujja ma.
FLAM ko Fiɓnde ma, Flam ko konngol ma.
FLAM ko Olel, FLAM ko jaalal;
FLAM ko leelawal, ndeke FLAM ko pinal;
FLAM ko palal, ndeke FLAM ko malal;
Yo wuur dental men haa duuɓi dutal;
Yo Geno semmbin fedde momti gonɗi haa ummital;
Yaa barke sahodinɓe walaata, Jereyda haa Inaal.
Kaaw Tokosel Tuure mo Jowol.
Souvenez-vous, commandant Hanena ?
Il y a des propos qui rappellent toujours leurs auteurs soient-ils glorieux ou non.Et le sujet en question est à son heure. Le plus grave ne serait pas de dire quelque chose mais de ne pas avoir le courage de l’assumer.Avec le recul cela devient encore plus intéressant.C’est l’occasion de remettre au goût du jour les propos courageux que le commandant Salah Ould Hannena avait prononcés lors du procès des cavaliers du changement en novembre et décembre 2004 à Ould Naga et nous parlons bien sous son contrôle sans intention aucune de déformer.
L’homme qui avait défrayé la chronique avait lors de son audition, nié en bloc toute implication dans l’assassinat du chef d’état-major feu Ould N’diayane. Le cerveau du putsch contre Taya qui s’est soldé par la mort de 16 personnes et la blessure de plus 60 s’était longuement étalé sur le passif humanitaire et avait déclaré que la communauté négro-africaine était victime d’injustice dans les recrutements militaires et qu’en tant que militaire à l’époque il a été témoin d’atrocités très graves. Hannena avait parlé de fosses communes dont il pouvait montrer les lieux. A l’époque de tels propos avaient jeté un pavé dans la mer d’un procès marathon et suscité des interrogations sur l’opportunité que le cavalier du changement avait de mettre le doigt sur un dossier considéré comme la bête noire de Taya. Des analystes avaient mis cette sortie « Hananiyenne » sur le compte d’une tactique d’intimidation adressée à Taya. L’actuel leader de Hatem avait beaucoup séduit par ses déclarations au sujet d’une question à l’époque tabou. Si ses souvenirs sont bons voudrait –il donner son avis en tant qu’homme politique qu’il est devenu , sur le projet de marquage des sépultures notamment des militaires négro -mauritaniens et du passif humanitaire de façon plus globale ? Même si aujourd’hui notre cavalier est sur une autre monture …
Amadou Diaara-le Rénovateur
Droit de sépulture aux disparus des années noires : Un pari national pour le président
L’annonce faite mercredi dernier par le ministre des affaires islamiques, l’illustre érudit Ahmed Ould Neiny, de la volonté de Nouakchott de procéder aux sépultures des victimes des droits de l’homme n’a pas eu un grand effet de surprise.Au contraire, elle était attendue depuis des semaines, en raison de la crise interne et des pressions croissantes sur le président de la république et sur son entourage, pour dévoiler le sort de dizaines d’officiers et de civils, dont les dépouilles ont disparu, après leur exécution dans des circonstances diverses.
Bien que les premières réactions des proches des victimes étaient positives, la majorité observe encore le silence total, dans l’attente de discerner les secrets du plan des sépultures envisagé par le pouvoir ; alors qu’au même moment, le mystère règne sur le destin des tortionnaires et des auteurs de ces violences tragiques. Bien que les proches des victimes sont concernées par la connaissance du sort des leurs, rendre justice et punir les responsables de ces événements douloureux peut tenir valeur de condoléances à celui qui a perdu son père, son frère ou son fils au cours d’incidents politiques violents ou inconnus, faisant l’objet de beaucoup d’incertitude, en raison de l’absence de confiance entre les parents des disparus, les tribunaux chargés de ces épineux dossiers et leurs enquêteurs. Un regard empressé sur l’histoire politique mauritanienne peut tout de même révéler la portée des attentes qui reposent sur la nouvelle commission ministérielle, à travers la présentation succincte de certaines périodes ayant connu des exécutions dont le sort des victimes est jusqu’à ce jour inconnu.
1976
La première des victimes dont les demeures sont inconnues en Mauritanie, de la gestation politique, après l’indépendance est la tombe d’El Wely Moustapha, chef du Polisario et l’un des plus importants leaders de ce mouvement séparatiste arrêtés par le gouvernement mauritanien dans ses affrontements avec ce front, qui réclame la libération du Sahara Occidental des régimes mauritanien et marocain. En raison du symbole qu’il représentait aux yeux des sahraouis et de certains mauritaniens, curieux de savoir où il a été enterré, suite à sa mort au cours d’une bataille connue au centre de la capitale Nouakchott, son destin est demeurée une énigme. La mort d’El Weli a été vantée par le régime civil mauritanien de l’époque, comme une vengeance infligée à ses adversaires à l’intérieur et à ses ennemis à l’extérieur, avant qu’il ne soit inhumé dans un lieu inconnu. Le chercheur mauritanien Sidi Amar Ould Chiekhna estime que la dépouille de l’home se trouve dans la sixième région militaire à Toujounine, où il aurait été enterré le 9 juillet 1976 après sa mort. Son compagnon El Welid Laroussi, quant à lui, aurait été enterré, à Binnechab, au Nord de Nouakchott, après la célèbre attaque menée le 8 juillet sur la capitale Nouakchott. Une information que l’état-major n’a ni confirmé, ni infirmé jusqu’à cette heure. L’occasion sera-t-elle donnée alors aux proches de l’homme de connaître le lieu de son enterrement comme l’a promis le ministre des affaires islamiques ?
1979
En 1979, l’influent militaire et Premier ministre de l’époque Ahmed Ould Bouceif, s’était envolé au bord d’un avion mauritanien en direction de Dakar, pour assister à un congrès international organisé dans la capitale sénégalaise. Mais, c’était le dernier voyage de cet homme populaire, qui a quitté de manière précoce la scène et le conflit des officiers au sein du comité militaire. Bien que les causes de cette disparition restent encore mystérieuses, la stèle de Ould Bouceif restera inconnue en raison de l’incapacité, sinon du refus des parties habilitées de dévoiler le lieu de cette mort, en attendant une commission dont la formation suscite plus d’une interrogation.
1981
Les registres militaires au sein des rangs de cette forte institution en Mauritanie indiquent qu’un tribunal militaire spécial a été créé pour juger le commando accusé de fomenter le putsch contre le colonel Mohamed Khouna Ould Haidalla. Le 24 mars 1981, ce tribunal militaire spécial s’est saisi des dossiers des victimes et a commencé le procès des officiers, plus connu sous le nom du commando Kader et compagnons, au milieu d’un black-out médiatique total. La direction politique avait demandé aux officiers Cheikh Ould Boyde, Sow Samba, Mohamed Ould Boilil et Ahmed Ould M’Bareck le jugement rapide des leurs collègues impliqués dans le coup d’Etat. Le tribunal n’a pas accordé l’occasion aux officiers et aux civils d’organiser leur auto-défense, avec toute de même l’aveu de certains d’entre eux de leur rôle dans ledit complot, ayant fini par conduire à des sentences dures dont la peine capitale contre les officiers feux les colonels Mohamed Ould Abdel Kader dit Kader et Ahmed Salem Ould Sidi, le capitaine Niang Moustapha ete lieutenant Mohamed Ould Doudou Seck. Les verdicts étaient durs, comme le disent les proches des victimes. Le président Ould Haidalla avait tranché en refusant son droit de grâce aux auteurs de la tentative de putsch et en décidant leur exécution et leur enterrement dans des tombeaux jusque là inconnus. Des sources militaires indiquent que ceux qui ont été chargés de l’opération d’exécution avaient demandé à l’un des médecins français de leur remettre l’officier Mohamed Doudou Seck dés sa sortie du bloc opératoire pour être exécuté. Ce qu’il aurait refusé avant d’être soumis à des fortes pressions de la part de l’Ambassade de France qui ont fini par le contraindre à renoncer dans la douleur à sa décision ; pour que Doudou Seck soit exécuté avec ses collègues contestataires du régime militaire prévalent. La sentence fut accomplie et les dépouilles avaient disparus. Depuis, les injustices sont restées suspendues. Le président Ould Abdel Aziz et sa commission ministérielle seront-ils en mesure de retracer le paysage de nouveau ? La commission sera-t-elle effectivement capable d’accomplir sa mission sans reprendre les investigations avec les personnalités influentes qui ont exécutées les peines et inhumées les victimes ? Qui acceptera, au sein de l’institution militaire et sécuritaire d’assumer la responsabilité de ces drames dont il n’est resté que les effets politiques et sécuritaires après que les régimes et les positions de tous aient changés ?
1987
Le leader du mouvement Flam vivant à l’exil Fara Oumar Ba se souvient encore du sort de ses compagnons au célèbre bagne de Oualata, où l’obscénité de l’officier chargé de superviser la prison a crié aux yeux de ses détenus qu’ils ont été transférés à Oualata pour périr sous la faim ou sous la torture. Les propos du régisseur Mohamed Ould Bouffali peuvent être durs, mais gardent à la commission une chance de connaître le sort des disparus de ce bagne à savoir :Alassane Oumar Ba (26 août 1987) ; Tene Youcef Guèye (2 septembre 1987) ; Abdel Ghoudous Ba (rapatrié de l’Algérie après les bouleversements politiques, tué sous la torture dans les geôles de Oualata avec les lacets aux pieds (13 septembre 1987) et Tafsirou Djigo (28 septembre 1987).
1991
Le 28 novembre 1992, survient le génocide le plus dangereux de l’histoire des forces armées ; étant donné que des officiers avaient supervisé l’exécution de leurs frères d’armes négromauritaniens avant que leurs dépouilles ne soient transportées vers un lieu inconnu. Les mauritaniens, en particulier les négromauritaniens se rappellent qu’un nombre d’officiers de l’institution militaire étaient témoins de la tuerie alors que d’autres étaient une partie prenante.
Les mauritaniens sont également conscients que certains officiers, dont certains sont actuellement bien placés à la tête de la pyramide Etat, étaient témoins de cette barbarie et peuvent s’ y être impliqués. Mais les familles des officiers négromauritaniens ont continué à réclamer la révélation du sort de leurs fils, à juger les persécuteurs impliqués dans cette tragédie. La question qui se pose de soi est de savoir si les choses ont mûri pour cette fin ? Si également Nouakchott est déterminée à dévoiler le sort des victimes et qui désignera la commission ministérielle autre que les bourreaux et les registres émanant des cercles des forces armées et de sécurité, avec des changements opérés par la force ou à travers les scrutins !! L’un des officiers mauritaniens avait dit, au cours d’un procès organisé par la cour correctionnelle à Ouad Naga en 2004, lors du jugement des cavaliers du changement, qu’il avait vu les voitures de l’armée transporter les disparus vers un lieu inconnu après leur exécution. Le même officier avait indiqué qu’un cimetière non éloigné de la base militaire (non précisée) aurait recueilli des restes de corps déchirés par la torture dans les cellules de l’armée après des mois de tensions politiques en Mauritanie. Les négromauritaniens se souviennent tristement, à chaque anniversaire, les noms d’officiers et de soldats dont les plus connus sont : Abdallahi Djigo, Samba Baba Ndiaye, Samba Oumar Ndiaye, Brahim Diallo, Mamadou Hamadi Sy, Mbodj Abdel Kader Sy, Samba Demba Coulibaly, Demba Diallo, Mamadou Saidou Thiam, Mamadou Oumar Sy, Abderrahmane Diallo, Mamadou Ousmane Ly, Mamadou Demba Sy, Hacen Yéro Sarr, Amadou Mamadou Ba, Lam Touré, Camara Souleymane, Moussa Ba, Oumar Khalidou Ba, Amadou Mamadou Thiam, Samba Sall, Abdallahi Diallo, Cheikh Tidiane Jean, Samba Bocar Soumaré, Moussa Ngaidé, Sarajou Lo, Demba Oumar Sy, Amadou Yéro Ly et Djibril Samba Ba.
1992
Les élections présidentielles mauritaniennes avaient annoncé la victoire du président Maaouiya Ould Taya, alors que la capitale économique connaissait un regain de tension et une atmosphère coléreuse à cause de présumées fraudes ayant caractérisées ce scrutin et empêché par conséquent le leader de l’opposition Ahmed Ould Daddah de remporter le fauteuil de la magistrature suprême. Les autorités prêtaient une grande attention à la recrudescence des incidents dans la ville, alors que le Maroc suivait lui aussi avec inquiétude les tensions sur ses frontières. Les récits véhiculés actuellement indiquent que les autorités centrales de Nouakchott avaient convoqué le Wali Sidi Mohamed Ould Mohamed Ould Mohamed Lemine (frère de l’actuel président de l’UPR), mais son avion s’est perdu dans l’espace national sans laisser de traces. D’autres dires doutent de l’authenticité du crash et estiment que l’avion a fait l’objet de tirs au cours de sa route vers la cité minière Zouerate, précisant que le dossier a été clos pour des raisons liées à intérêts intérieurs et autres sous-régionaux au cours du règne de l’ex chef d’Etat Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya. En attendant d’avoir plus de lumière sur cet incident, Nouakchott sera sollicitée pour révéler une énigme ayant ému de nombreux mauritaniens et entraîné des douleurs profondes à certaines familles civiles et militaires, qui ont servi l’Etat et le peuple avant de disparaître dans des règlements de compte politiques étroits et dans des crimes que les jours montrent omniprésents et inaltérables malgré l’âge.
Les interrogations soulevées aujourd’hui par de nombreux mauritaniens sont « qui les a tués et pourquoi ? », « la justice doit-elle identifier les victimes et le criminel doit-il échapper au châtiment », « la Mauritanie sera-t-elle au rendez-vous d’une réconciliation historique ou d’un spectre de tensions politiques qui peut resurgir de nouveau au milieu de plaies douloureuses non encore cicatrisées ».
(Source : alakhbar)
Mohamed Ould Mohamed Lemine-LE RÉNOVATEUR
Quelle topologie pour des «morts sans sépulture» ?
Parler de sépultures suppose qu’il en existe pour les nombreuses victimes de la bêtise humaine sous l’Etat d’exception.Retrouver les corps est la grande et véritable archéologie et ce d’autant plus qu’il s’agit de remonter aux années des indépendances.On mesure d’avance le travail fastidieux qui attend ceux qui auront en charge ce projet qui doit inviter nécessairement au sens de la responsabilité et de l’éthique. Maintenant que cette idée a été lancée, il faut que tout le monde se mette à apporter sa vision positive sans complaisance aucune, de sorte que l’objectif final concoure à rendre leur dignité à toutes les victimes disparues dans des conditions atroces. Ce travail a besoin comme nous l’avions dit dans notre précédente édition pour se réaliser, de se débarrasser de tout à -priori politique et de tout bâclage du règlement de la question du passif humanitaire qui a besoin d’être soldé par une approche inclusive.
Quand on prend une décision aussi importante pour une question si impérative, on doit avoir le courage d’aller jusqu’au bout sans céder aux chants des sirènes ni aux manipulations de ceux qui sentent l’épée de Damoclès planer sur leurs têtes. Si l’heure n’est pas à la stigmatisation des présumés auteurs, le temps de l’impunité n’est pas non plus dépassé. Le travail qui doit se faire requiert la collaboration de tous les acteurs étatiques et non étatiques notamment ceux des droits de l’homme, des collectifs des victimes, des familles des disparus dans les différentes périodes, des spécialistes etc. Il faut sérier les cas en fonction des spécifications. A notre avis il y a lieu de distinguer entre les victimes de la guerre du Sahara dont les corps reposent dans des endroits comme Aine Bintilli, Dahkla, Inal et un peu partout dans les zones du Sahara mauritanien et Marocain. Les listes des disparus pourraient être retrouvées dans les archives de l’armée nationale ou reconstituées grâce aux témoignages de leurs frères d’armes en activité ou à la retraite. Pour ces cas il faut confier la supervision d’un tel dossier à des hommes ayant joué un rôle dans la guerre du Sahara et qui ont en mémoire les différentes odyssées ainsi que le topo du champ de bataille. La deuxième série se rapporte aux disparus dans des coups d’état qui ont jalonné les différents pouvoirs et dont les victimes ont été tuées au nom du complot « d’atteinte à la sûreté de l’Etat ». Parmi cette catégorie il faut comptabiliser des victimes collatérales militaires ou civiles. Il y a aussi des disparitions politiques d’hommes morts en prison pour leurs opinions et qui concernent essentiellement les intellectuels noirs décédés à Oualata ayant été placés dans le même bagne que les militaires noirs auteurs de la tentative de putsch en 1987 soldé rappelons-le, par l’exécution de trois officiers et la mort d’un officier et d’un adjudant au pénitencier de Oualata. La dernière série appelée le passif humanitaire concerne les massacres de plus de 500 militaires dans des conditions obscures. A cela s’ajoutent les massacres à grande échelle avec leurs charniers et leurs fosses communes commis à l’endroit de civils dans différentes localités du sud de la Mauritanie notamment. Ce travail complexe a de forte de chance de produire les résultats auxquels les familles des disparues espèrent voir se réaliser s’il n’est pas conduit avec méthode et sérieux. (A suivre …)
Cheikh Tidiane Dia-le Rénovateur.





